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Moyen , par an.
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58,2 individus.
JV. B. La différence qui existe entre les variations annuelles de U population (colonne ij ), et l'excès de» naissances sur le» décès h Agagna (colonne 14J, doit provenir, à ce qu*il semble, de l'arrivée on du départ accidentel de personnes appartenant ata autres Tilles et vidages de l*îl« , peut-être même au mouvement des étrangers
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Iles Marianne*.
Dr l'homme en société.
Classification dts habitans. — Les tableaux qui procèdent font suffisamment connoître, sans qu’il soit besoin de les faire suivre d'aucun développement, de combien de races diverses la population actuelle des Mariannes se compose. Avant leur assujettissement à la monarchie espagnole, les indigènes étoient partagés en trois classes politiques : les nobles [ mateas ] , les demi-nobles [atchaots] et les plébéiens ou mangatchangs.
Ces derniers, qu’on doit considérer comme les parias du pays, avoient une taille moins élevée que celle des autres habitans : ils ne pouvoient jamais sortir du rang social dans lequel ils étoient nés; la navigation sur mer leur étoit absolument interdite : ce qui explique pourquoi on plaçoit toujours parmi les nobles les étrangers qui abordoient sur ces rivages. Les atchaots, au contraire , n’étant que déchus de leur noblesse par suite de quelque faute grave, pouvoient, après une réhabilitation convenable, reprendre leurs premiers titres; dans aucun cas cependant la dégradation n’eût pu les faire déchoir au niveau de la populace.
Les maloas, véritables chefs du pays, avoient sous leurs ordres les atchaots et les mangatchangs, et jouissoient de certains privilèges que nous ferons connoître ailleurs.
Sous le rapport des occupations habituelles, il existoit de nouvelles classilications des habitans. Au premier rang, il faut placer les makanas , sorciers, qui remplissoient une sorte de sacerdoce. Venoient ensuite les guérisseurs, ou plutôt les guérisseuses [camtis]; car presque tous étoient du sexe féminin ( 1 ) : il y en avoit dans les diverses castes. Chaque éamti ne s'adonnoil à la cure que d’une seule espèce de maladie : ainsi les diverses branches d’infirmités naturelles ou fortuites qui affligent l’espèce humaine , dislocation ou fracture de membres , blessures de tout genre, fièvres, dysenteries, indigestions, rhumes, &c. &c., comptoient autant d’empiriques spéciaux dont on invoquoit l'assistance selon l’occasion. Quant à la pratique des accouchemens , elle étoit exclusivement dévolue aux femmes.
( I ) En Europe, du temps de l'ancienne chevalerie, les dames ou demoiselles du plus haut parage apprenoient communément U chirurgie-, pour se rendre utiles à leurs pères, maris ou parent, qui couroient h tout moment le danger d’être blessés dans les combats, tournois oo joutes. ( V oyez Rolland, Recherches sur les prérogatives des dames chez Us Gaulois , dfc. )
LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 365 La profession de constructeur de pirogues appartenoit de droit aux llet Müriaonm. matoas, qui, attachant le plus grand prix à cette prérogative, mettaient De l'homme un extrême amour-propre à y faire preuve d’habileté. Les atchaots étoient admis à les seconder dans cet important travail ; mais de sévères réglemens empêchoient les mangatchangs d’y prendre la moindre part.
Les mêmes réserves avoient lieu pour la profession militaire et la pêche maritime : les deux castes privilégiées pouvoient seules s’y livrer.
Tous les nobles qui habitoient les bords de la mer étoient marins; mais, en cas d'expédition lointaine, les guerriers de l’intérieur venoient se m joindre aux premiers et partoient avec eux dans leurs pirogues. ■ *
Langage. — Sans être dépourvu de ressemblance avec le malais , répandu dans tout l'archipel d’Asie, et le tagale,' que l’on parle aux Philippines, l'idiome mariannais, d’une prononciation douce et aisée, a cependant un caractère qui lui est propre. Il existoit toutefois jadis des différences assez fortes entre le langage des îles du Nord et celui des îles plus voisines de Geam; différences qui se manifestoient même sensiblement d’une localité à l'autre de file principale, et dont on reconnoissoit encore des traces il y a peu d'années ; aujourd'hui même la prononciation n’est pas identique par-tout. Lors de la réunion des diverses peuplades à Geam, en i6pp, tout a été mêlé, hommes et langages. Le travail considérable que nous préparons sur la langue mariannaise, et qui doit former une division spéciale de ce Voyage , embrassera à cet égard un ensemble de détails qui pourront intéresser les amateurs de lexicologie (1).
Le P. Murillo (op. eir.) nous apprend que, portés à la poésie, les habituns ont conservé dans leurs chants nationaux des traditions historiques , mais obscurcies par le voile fabuleux qui les enveloppe.
Caractire. — On nous a assuré, et l’examen attentif des lois et des principaux usages de ces contrées le confirme jusqu’à un certain point , que les hautes classes de la société étoient animées des sentimens lés plus honorables , et sur-tout d'un grand amour pour la vérité ; or c’est là , comme on sait , ce qui caractérise en tous lieux la vraie noblesse (»). .
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Caractère et mœurs des habitai».
(1) On peut voir quelques échantillons du langage mariannais , ci -dessus, p. 199 et 200, et plus bas, p. 369 et sufv.
(2*) « Le respect le plus scrupuleux pour la vérité, et l’exactitude la plus religieuse à remplir
lin Marianne Quoi qu'ii en soit, les mœurs des mangatchangs ctoient bien loin de
De l’homme mériter un éloge aussi flatteur ; on pourroit même dire quelles formoient en société.
un contraste tranchant : menteurs effrontés , lâches , inhospitaliers et sans foi , souvent iis encouroient le blâme de transgresser les lois de leur pays, que les nobles, au contraire, «nettoient un soin si religieux à observer personnellement et à faire respecter.
On a cité (i) l’horreur qu'avoient ces derniers pour l’homicide et le larcin, leurs dispositions bienveillantes envers tous les hommes; mais ces bonnes qualités étoient ternies par une vanité incroyable et par un orgueil 'qui rappelle celui de la noblesse japonaise ; on conçoit bien, d’après . ... cela, pourquoi le bas peuple étoit tenu dans l’avilissement.
Les habitans de la partie septentrionale de Goam passoient pour être beaucoup plus farouches et plus indociles que ceux de la côte du Sud. Il
• est difficile de dire la raison de cette différence, mais il paroitra singulier qu’une observation analogue ait été faite dans l’ile Timor (2).
Habiles â dissimuler leurs desseins pendant la guerre , ils comptoient aussi la vengeance au nombre de leurs passions favorites. « Quand on leur a fait une injure, ils n’en marquent pas leur ressentiment par des éclats ou par des paroles ; rien ne paroit au-dehors : mais ils en renferment dans leur cœur toute l’aigreur et toute l’amertume. Ils sont si maîtres de leurs passions, qu’ils passent deux et trois ans sans laisser rien échapper qui puisse la foire connoître, jusqu’à ce qu’ils aient trouvé une occasion favorable de se satisfaire. Alors ils se dédommagent de la violence qu’ils * se sont faite, et se livrent à tout ce que la trahison là plus noire et la
• vengeance la plus outrée ont de plus affreux.
• » Leur inconstance et leur légèreté sont incroyables. Gomme ils ne se gênent en rien, et qu’ils se livrent aveuglément à leur caprice et à leurs passions, iis passent aisément d’une extrémitéà l’autre. Cequ’ils souhaitent avec le plus d’ardeur, ils ne le veulent plus un moment apres (3)..»
» tout sesengagemens, formèrent , dan* le moyen âge, le caractère distinctif d’un gentilhomme, » parce que la chevalerie ctott regardée comme l’école de l'honneur, et qu’elle exigeoit à cet » égard la plus grande délicatesse. » ( Robertson, Hist. of Charles thefifih , introd. )
( I ) Le Gobien , Histoire des Aiariannes.
( 2) Voyez ci-dessus , t. I , page 6)2.
(}) Le Gobien , op. ci/. '
LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 567 Humains apres la victoire, ponctuels sur-tout à tenir leur parole, ils lies Marianne», avoient coutume de n'exiger d’un prisonnier fait à la guerre qu'un simple ^ engagement verbal de ne point s'enfuir : celui qui en pareil cas eût faussé la foi donnée, auroit été mis à mort par sa propre famille, qu'un tel acte de déloyauté couvroit d'une honte intolérable.
Quand un ancien disoit à un de ses compatriotes, ou même à un étranger. Je veux que nous soyons amis , c étoit entre eux un contrat sacré.
Mais s’il arrivoit que ce dernier vint à agir contre les intérêts de son ami , la famille toute entière de celui-ci devenoit alors ennemie de la personne qui avoit manqué de foi. Or, les torts imputés pouvoient être réels ou imaginaires, et c’est en examinant la chose sous ce point de vue qu’on parvient à s’expliquer les altercations des Mariannais avec les premiers missionnaires. Par d’horribles calomnies , le Chinois Choco- Sangley rendit d’abord ces courageux ecclésiastiques suspects à un grand nombre d’habitans (1); d’un autre côté, les efforts des Espagnols pour extirper le libertinage et changer certains usages , finirent par exciter contre eux l’indignation des gens mêmes qui d’abord les avoient le mieux *accueillis. * . «
A des dispositions intellectuelles fort heureuses , les anciens insulaires joignoient de la docilité à s’instruire et une grande aptitude tant aux professions manuelles qu’à l’ctude des lettres et des beaux-arts.
Peu de mots suffiront pour peindre les modernes : esprits plus paresseux qu’actifs, gens simples, hospitaliers et généreux, en général fort soumis à leurs chefs. •
Maurs. — Les liens de famille étoient et sont encore extrêmement resserrés aux Mariannes; nulle part les parens ne montrent une affection ' %
plus tendre pour leurs enfans, ne s’occupent avec plus d’ardeur de ce •’
qui peut leur être agéable ou utile.
Jadis, quoiqu'il fût loisible à un homme d’entretenir plusieurs concubines, toutes tirées de la caste à laquelle lui-même appartenoit, il ne devoit avoir qu’une femme légitime (1). Il étoit sévèrement interdit aux
( 1 ) Voyez plus haut , p. 1 71.
(i). Le Gohien ( op. cit.) avance que la polygamie étoit permiie aux Mariannes, mais il convient en même tempe que fa coutume vouloit que l'on n’eût qu'une femme.
De l’homme en société.
Iles Marianne», nobles, non-seulement de s'allier avec des filles mangatchangs , mais encore de prendre des concubines parmi elles. On cite cependant des exemples d’infractions à cette règle : dans ce cas , le matoa qui s’en rendoit coupable, avoit bien soin de se cacher de sa famille, qui, si elle l’eût su, l’auroit puni de la peine capitale. A la vérité-, le délinquant, pour éviter les poursuites, avoit l’alternative de renoncer à sa caste, et de passer «n qualité d'atchaot dans une autre peuplade. 11 est assez remarquable, au reste, que la fille plébéienne ne recevoit aucune punition. On nous a raconté que, depuis l’arrivée des Espagnols à Gaam , un matoa du village de Gnaton ( voyez pi. 55) , et le tableau p. 237), étant devenu amoureux d’une jeune et jolie mangatchang, s’enfuit avec elle, mais ne put trouver asyle dans aucune autre peuplade , parce qu'il refùsoit de se détacher de sa compagne. Poursuivis par les parens du jeune homme, les deux amans errèrent pendant quelque temps au milieu des bois et des rochers les plus inaccessibles. Une existence si précaire et si misérable les réduisit au désespoir : résolus d’y mettre fin, ils construisent une enceinte en pierre, où ils déposent l'enfant, triste fruit de leurs amours; puis, égarés, éperdus , ils gravissent à la cime d’un roc élevé et taillé à pic du côté de la mer; là, s’étant enchainés l’un à l’autre en nouant ensemble leurs chevelures et se tenant embrassés, ils se précipitent dans les flots. Ce cap a été nommé depuis, par les Espagnols, cabo de los Amantes [ cap des Amans ] : on peut en voir la position sur notre carte (pi. 59).
Avant le mariage, la plus grande licence régnoit entre les personnes des. deux sexes, et même il y avoit, dans les principales bourgades, certaines maisons ouvertes pour favoriser leurs lubriques réunions : elles portoient le nom de ganta ojitaos : maisons des célibataires]. Nous avons dit quelques mots de ces honteux érablissemens. A la différence des lieux de -prostitution que la politique tolère dans nos villes, et où n'habitent que des femmes vouées au mépris public et qui ont dépouillé toute home , les guma olitaos étoient hantées par de jeunes tilles , sans qu’il en rejaillit aucun déshonneur ni sur elles, ni sur leurs parens : et, chose étrange! dans un pays où les devoirs des époux et les degrés de parenté qui s’opposent aux alliances étoient clairement définis, le frère pôuvojt là,