LIVRE III. — De TirtoR aux Mariannes inclusivement. j6p
sans encourir aucun blâme, avoir un commerce charnel avec sa propre Un Marianne».
sœur. Souvent on avoit vu les pères vendre sans rougir les prémices de De l'homme
. * . . el1 SOC1etCleurs filles au Jeune libertin qui vouloit y mettre le prix ; les mères elles-
mêmes engager leurs enfans à suivre l’impulsion de leurs sens et à
s’empresser d'aller sacrifier effrontément dans ces temples d’impudicité ,
de même qu’en France on permettroit aux siens d’aller au concert ou à
une soirée chez d’honnêtes gens.
On possède encore une des chansons quelles chantoient à leurs filles en pareille circonstance ; elle peint trop bien les moeurs du peuple qui nous occupe, pour que je ne la transcrive pas ici. J’y joins une traduction interliqéaire et quelques explications (i).
Hodjong akaga makanno !
Sors ma chère fille (pour) être mangée [pour que l’on profile de toi]!
Sa pas° mû •* (2)
Parce que maintenant ( si ) donner ( toi ) [si tu te livres maintenant] ... (tu seras) mannghi • • „ .. ..
savoureuse [goûtée avec plaisir ]w ‘ * . .
Sa gain la-mapa mm daghi
Parce que lorsque (il sera) plus tard ... (tu seras) frustrée dans ton attente
D)a èm hago palan sapit.
Et ... toi garder [ et tu auras ] (du) chagrin (3).
A-peu-près comme les arréoy de Taïli (4), les alitaos formoient.
(4 Y Les mois placés entre parenthèse* indiquent les idée! qu’il faut sous-entendre pour se rapprocher de la syntaxe française ; ce qu’on a mis entre crochets développe la phrase ou portion de phrase mariannaise, afin d’en éclaircir le sens.
(2) (Dm, signe de la seconde personne du futur, au singulier.
(3) A la morale près, là traduction qui suit seroit plus dans le génie de notre langue ;
Sors pendant tes beaux jours, sors, ma fille chérie '
Va maintenant chercher et donner le bonheur ;
. . Plus tard . mvcc dédain, tu serai* accueillie-, *
Et ce triste abandon ferait gémir ton cœur.
(4) « Un nombre trcs-cotiaidérable de Taitiens des’ deux sexes forment des sociétés singulière» où toutes les femmes sont communes à tous les hommes; cet arrangement met dans leurs plaisirs une variété perpétuelle, dont Hs oht tellement besoin , que le même homme et la même femme n’habitent guère plu* de deûx ou m>is jours ensemble.
» Ces société* sont distinguées sous le nom d’anwyy ceux qui en font partie ont des assemblées auxquelles les autres insulaires n’assistent point : les hommes s’y divertissent par des combats
Voyagt dt r Uranie. — Historique. T. II.
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lies Marianne», des sociétés particulières, dont le but , comme on voir, étoit un épicur‘sme grossier. Ils avoient un langage mystérieux et allégorique [fno gaala/on ] , principalement destiné à leurs chansons amoureuses , dont eux seuls pouvoient comprendre le sens. On les voyoit , les jours de fête , avons-nous dit ailleurs (i), marcher sous une enseigne symbolique fort ornée, et connue, chez eux, sous le nom de tinas.
C’étoit une chose établie à Pago , et probablement aussi dans d'autres villes de Goam , qu’une fille ne devoit pas se marier étant vierge; ordinairement on chargeott un des amis du père de lui épargner cet affront , lorsque , ce qui étoit rare, elle pouvoit en être menacée.
Usages jociüt». Occupations. — Nous allons ajouter ici quelques détails qui compléteront ceux que nous avons déjà donnés sur les rapports sociaux des habitans entre eux.
Les matoas établis sur les côtes possédoient , avons-nous dit , ie privilège exclusif de la navigation et de la pêche maritime ; il étoit assigné à chacun d’entre eux , pour se livrer à cette dernière occupation , une certaine étendue de mer qu’il n’avoit pas le droit de dépasser sans l’agrément des concessionnaires voisins : ils pouvoient seuls aussi faire le commerce avec les îles voisines. Les matsias de l’intérieur s’adonnoient habituellement à la culture des terres et à la pêche sur les rivières; mais, pour pêcher en mer, il falloit qu'ils y fussent autorisés expressément par ceux à qui leur position locale sembloit en garantir la jouissance.
On accordoit parfois à l’atchaot ou demi-noble un bénéfice , soit sur les pêches auxquelles il prenoit part, soit sur les cultures, quoique au fond le maître qu’il servoit ne lui dût que la nourriture : mais on cherchoit, par ces cadeaux , à exciter son zèle ou à récompenser sa bonne conduite.
Il n’en étoit pas de même du mangatchang, qui devoit -se suffire à lui-même et n’avoit droit à aucun salaire. L’espèce de mépris auquel il étoit voué , ne lui permettoit pas de prendre part à certains travaux regardés comme une prérogative, des hautes classes. Sa coopération étoit-
de lutte, et le» femme» y dansent en. liberté I*. timoràdte [ timorodi ] , afin d’exciter en, elle* des désirs qu’elles satisfont souvent sur-le-champ. » (Cook, !.** voyage, collée t. d'Hawkesw.
( » ) Ci-dessus , page 184». - . .....
LIVRE III. — De Timor aux Majuannes inclusivement. 371 elle jugée necessaire , il étoit obligé d'accourir ; on en a même vu sup- II» Maria™», plier leur seigneur de les employer , et s’informer s’ils avoient eu le *>« n»™™* malheur de déplaire , lorsqu’ils se croyoient délaissés.
Invariablement attaché à la glèbe, le mangatchang faisoit delà culture des champs sa principale occupation. Il travail loi t aussi à la bâtisse des grands hangars sous lesquels s’abritent les pirogues , au nettoyage et à la réparation des chemins, au transport des vivres pendant la guerre, et des matériaux nécessaires à la construction des maisons : en général , les détails les plus abjects et les plus pénibles lui étoient dévolus.
La pèche sur mer lui étant entièrement interdite, il fâlloit qu’il se réduisît à celle des rivières ; encore l'anguille , poisson qui se plaît dans la vase, étoit-il le seul qu’il lui fût permis de prendre. Cet excellent poisson étoit en horreur aux personnes des castes supérieures ; antipathie inexplicable , et qui , quoique affoibtie parmi la population moderne , y subsiste encore en partie. Le mangatchang étoit obligé de saisir les anguilles avec la main, après les avoir étourdies d'un coup de bâton, la nuit, pendant une pèche au flambeau ; l’usage de l'hameçon, du filet et de la fouène lui étoit sévèrement interdit.
Les femmes des matous et des atchaots ne daignoient pas employer à leur usage personnel et & celui de leur famille des ustensiles confectionnés par les mangatchangs ; elles préferoiem travailler elles-mêmes aux nattes, berceaux d’enfknt , paniers, &c, , qui avoient cette destination.
Les ouvrages faits par ces êtres dégradés servoient aux étrangers quelles hébergeoient.
Il étoit aussi certains mets dont elles se réservoient la préparation, de peur qu’ils ne fussent souillés par les mains impures de leurs mangatchangs ; la cuisson du riz , des racines , et d’un petit nombre d’autres alimens , étoit seule confiée aux soins de ceux-ci.
Les tresses pour amarrages, les cordes pour grément d'embarcations, l’étoupe ou grosse tresse propre au calfatage , les nattes de diverses sortes , cette multitude de paniers , sacs , boîtes et autres tissus dont nous avons ailleurs présenté la liste , étoient l’objet du travail habituel des femmes de la basse classe.
Degrés 4e pareille. — Considérée en général , la famille se nommoit
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lk* Marianne*.
De i'bommé en société.
matigaffà ; on- distinguoit le* parens-, i .• en atchajgiuig [ paren» du sang ] , tenu* de remplir toutes les obligations imposées à la famille, ainsi qu’on le dira plus bas ; 2." en atchagma [parens d'amitié] , soumis aussi à des devoirs particuliers; 3.° enfin, en atogtcha -gema [parens de maison , d'union, de reconnoissance] ; ceux-ci .tiraient leur origine d’un service important rendu à un individu , soit par cas fortuit , soit de propos délibéré. Tel qui avoit sauvé d’un péril imminent l’enfant de son compatriote, ou seulement qui avoit aidé ce compatriote dans un travail difficile , devenoit son atagtcha-gsma. -
En raison de leur grande influence dans les affaires, c’étoit ordinairement sur les femmes que s’étabiissoit l’échelle- de la parenté mariannaise. Voiçi cette classification, seulement pour les pala-aan [proches parentes] (t) ; celles du côté du mari étoient réputées les plus proches. Jetons les yeux sur la figure ci-jointe (2) :
Les traits plein* y indiquent les lignes de parenté directe; ceux à points ronds, ies lignes contemporaines; les points longs, enfin, les lignes collatérales ; le tout rapporté à l’individu N.
Cela posé, l’ordre de relation des diverses parentes entre elles, depuis le degré le plus élevé jusqu’à celui qui -fat le moins, doit être noté ainsi qu’ilsuiu - • • •