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LIVRE III. — De Timor aux Màjuannes inclusivement

iièrement l’opération; il est vrai. que ces puits n'ont en général quune petite profondeur.

Les aborigènes se bornoient jadis à- cultiver le riz , quelques racines nutritives, le cocotier, le vacoua, l’aréquier, le bananier et l’arbre à pain. On donne de plus maintenant des soins au maïs, au cycas ou fédeng , au tabac , à la vigne , et à un assez grand nombre de plantes potagères. • * . . •

L’époque la plus florissante de l’agriculture mariannaise est, sans contredit, celle où lef .célèbre D. Tobias gou'vemoit ces iles. Sous » son administration, dit le capitaine Crozet (t), les Indiens de Gaam » sont tous devenus cultivateurs. Chaque famille a sa propriété , qui est ■* partagée en jardin , verger et terres labourées ou' travaillées À la pioche. » On trouve dans les jardins presque tous les. légumes d’Europe, surir tout des melons délicieux et des pastèques ou melons d’eau- qui sont » très- rafraîchi ssans. Les vaisseaux y trouvent, pour leur approvi- » sionnement de voyage , des choux et des giraumons en trcs-grande » quantité. »■’.■ . . . . . . .

• Nous n’avons point vu les choses dans un état aussi prospère ■, il est

vrai que, lorsque nous y relâchâmes, une sécheresse obstinée désoloit le pays, et que par-tout où l’eau étoit rare , la culture des plantes potagères sur-tout avoit cruellement à souffrir. . • .

Le riz se cultive ici de deux manières : dans un terrain sec et dans un terrain humide. Par la seconde méthode , après .avoir préparé et ameubli convenablement le sol , qu’il faut choisir dans une. situation un peu fraîche, on sème le grain en novembre et décembre, parce que les grandes pluies étant alors passée», on ne risque pas de perdre celui qu’on a confié à la terre.. Il iàut avoir soin de couvrir aussitôt, la semence avec des feuilles de cocotier;, la plante pousse étiolée, et^e nomme en cet état sinagea. Quinze ou vingt jours Après , on arrache ces jeunes tiges , et an les repique dans un terrain grossier et, fangeux , où elles doivent parvenir A ia hauteur d’un pied et demi , ce qui arrive ordinairement au bout de deux ou trois semaines. A cette époque , on arrache ie riz de

• (l ) Dim la Vojtige de Marion. ... • .. •

Ile* Manannes,

Indutirie

agricole.

Industrie

agricole.

Un Marianne*, nouveau, on lui coupe la tête d’environ un demi-pied, et on le transplante dans un champ divisé par carrés , où il doit acquérir toute sa croissance. A mesure que l’opération se finit dans chacun de ceux-ci, on s’empresse d’y faire entrer l’eau , qu’on a soin de maintenir à i pouces au-dessous de la hauteur qu’avoit la tête de la jeune plante quand on l’a eu replantée. L’expérience prouve que, par cette triple manipulation, on obtient des produits beaucoup plus avantageux qu’en suivant toute autre marche.

Pour le riz cultivé à sec, il faut qu’il soit semé en juillet, août et septembre, a cause des pluies qui régnent alors et qui sont utiles à son développement.

L’incurie des habitait», et sans doute aussi les guerres opiniâtres qui ont amené .leur soumission définitive au gouvernement espagnol , ont rendu difficile la naturalisation du mais aux Mariannes, quoique le soi lui convienne â merveille. Introduit une dernière fois dans ces iies par le gouverneur Tobias , -il s’y est depuis passablement multiplié.

Cette graminée, dont la culture est bien monts pénible que celle du riz, n’exige d’autre attention que de purger le champ des plantes nuisibles qui s’y’ trouvent; on fait ensuite Jes trous en terre à des intervalles et à. une profondeur convenable» ( i ) , puis on met dans chaque trou cinq graines , dont chacune donne ordinairement quatre épis. M. Lamarche s’extasie, dans son journal, sur la beauté des tiges de maïs qu’il a rencontrées dans ces îles. ■> J'en ai vu un champ, dit cet habile officier, dont la plupart avoient de 10 à 15 pieds de hauteur , et des feuilles proportionnées à cette dimension. » •

Parmi les racines féculentes particulières à ces contrées , les unes croissent naturellement sans culture; telles sont le gapgap. les ignames aika et dago, et les aroïdes papao et baba: Il suffit, en effet, de- détruire avec le feu, ou par tour autre moyen, les mauvaises herbes qui couvrent une savanne, pour qu’il y croisse bientôt après, concurremment avec beaucoup d’autres végétaux sauvages, une énorme, quantité de racines nutritives, et principalement du. gapgap. .Nulle part on ne s’avise- ici- de semer cette dernière plante , qui toutefois est estimée; cependant il n’est

( I ) Le maïs Payant pas besoin d’une grande profondeur de terré végétale, on s’embarraise peu des racines d’arbre qui , après le défrichement, pourraient encore rester- dam le sot

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 407 pas rare que les habitans donnent des soins à celles de ces racines qui ont poussé spontanément dans leur%qardins. De toutes les racines nutritives que l'on cultive aux Mariannes, les smnis ou choux caraïbes sont celles qui méritent le plus d’attention , et celles aussi dont on s’occupe le plus; à beaucoup d’égards, leur culture ressemble à celle de la pomme de terre en France, c’est-à-dire , si j’ai bien compris, qu’avant de les semer on les subdivise en fragmens contenant au moins un œil chacun.

Pour faire en terre les trous qui doivent contenir ces germes , les anciens employoient le ta nom , ou le dagast retourné sens-dessus-dessous; on préfère aujourd'hui le cubo, plus commode à raison de la pointe en fer qui le termine. Que le terrain soit sec ou humide, ce serait une faute de le piocher à l’avance; la plante rapporte Bien davantage lorsque la terre où le trou se trouve , a été au préalable forcément tassée. Loin de pousser latéralement et en dessous comme les autres racines , le s® ni se développe au contraire en dessus. Si on le sème en janvier, dans un terrain marécageux , ce doit être à un pied de profondeur , car les pluies étant finies à cette époque, la plante aura eu le temps de pousser hors de terre avant l’arrivée des nouvelles eaux , qui , sans ia noyer , i’empécheroient de grossir autant qu’elle le peut.

. En avril, le trou ne doit pas avoir autant de profondeur; 4 pouces suffisent , puisqu’il faut que la végétation oit le temps d’arriver hors de terre , et que les rejetons de sont se forment- avant juin et juillet , où commence la saison humide.

Lorsqu’on cultive le chou caraïbe dans un terrain sec, il convient que les semis n’aient lieu qu après les pluies d’hivernage , et que les trous soient faits de p à 1 2 pouces de profondeur.

Un champ de sani, préparé comme il vient d’étre dit, dans un Sol marécageux, peut durer non -seulement autant que la vie d’un homme , mais encore rapporter beaucoup plus que s’il eût été cultivé par l’autre méthode , qui d’ailleurs a le grave inconvénient d’exiger le renouvellement annuel de la plantation. Dans le premier système , après avoir arraché les racines qu’exigent les besoins journaliers du cultivateur, fl suffit d’enlever les rejetons qui sortent de terre, et de purger le sol 'des mauvaises herbes qu’il .contient. *

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agricole.

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4o8 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

Rarement, de nos jours, plante-t-on le dago et le nika, qui se rencontrent suffisamment à l’état sauvage^dans un grand nombre de loca- -* lités; ceux qui cependant veulent se livrer à cette culture, ont soin de semer les rejetons dans* une terre profonde, non marécageuse, depuis février jusqu’en mai .: le sol se prépare comme pour le sarni, et je pense qu’il en est à-peu-près dé même encore pour les patates, qui, avonsnous dit ; sont toutes exotiques. Je n’ai d’ailleurs recueilli aucun détail " . sur l’époque précise où ces tubercules doivent être semés.

« Nul peuple, dit M. Quoy , n’a mieux su cultiver le cocotier que les habitans des îles Mariannes. On sème cet arbre. depuis juillet jusqu’en octobre , en enterrant les noix à une profondeur à peine égale t leur diamètre. Souvent même des cocos tombés naturellement du aonfmei de l’arbre, prennent racine et produisent de belles tiges, sans, que le fruit ait pour ainsi dire pénétré la surface du soi. Depuis l’jntroduction de» grands bestiaux, il est indispensable d’entourer de buissons les jeunes pousses , pour les préserver de toute atteinte nuisible. Le cocotier vient bien dans le sable , lors même qu’il est accidentellement mouillé par les eaux de la mer. A quatre ou cinq ans , il porte déjà des fruits mangeables, dont la qualité augmente à mesure que l'arbre prend de l’accroissement; lorsque enfin, épuisé par lage, il ne peut plus produire de fruit , la sommité de sa tige est le dernier mets qu’il- offre- à l'homme.

Le chou du jeune cocotier seroit bien préférable par sa saveur et sa délicatesse; mais, pour l’obtenir, il faudrait tuer l’arbre, et rarement se résigne-t-on à un si grand sacrifice. » i

Le vacoua et le rima ( t ) étoient chez les anciens , comme aujourd’hui encore chez les modernes , l’objet d’une culture intéressante et suivie : on peut multiplier ce dernier en se bornant à mettre en terre un rameau fraîchement coupé, où il pousse sans autre préliminaire. Pour obtenu de jeunes sujets , certaines personnes, apres avoir mis à-nu en plusieurs endroits les racines d’un rima , y font des incisions légères, desquelles sortent de nombreux rejetons, espèces de marcottes qu’on plante ensuite, après avoir enlevé une petite partie de la grosse racine qui les a pro-

( i ) On ne plante pat le dogdeg ; cet arbre Sonnant un fruit bien moins estimé que cefui du rima , les habitans abandonnent i la nature le soin de sa multiplication.

LIVRE III. — De Timor aux Marjannes inclusivement. 409 chiites ( 1 ). Mais ce qui est remarquable , c'est que les habitans ont soin de ne faire ces plantations qu'a l'époque du croissant de la lune.

La multiplication des bananiers s'obtient par un procédé assez défectueux : il consiste à creuser un trou en terre et à y insérer un rejeton récemment détaché de la mère plante : l’arbre qui en est le produit rfe donne qu’un seul régime de fruits, -et meurt. Selon D. José de Médînilla, la méthode. usitée au Pérou, dans les environs de Lima, est beaucoup plus avantageuse : là on creuse une fosse de 7 à 8 pieds de diamètre , sur 1 pied 4* environ de profondeur , dont le sol a été bien ameubli , et l’on y plante trois scions de bananier, à environ 9 pouces l’un de l’autre ; on butte la terre à un pied de hauteur autour d’eux , afin d'y entretenir plus de fraîcheur. En grandissant , ces plantes produisent d'autres rejetons- qui, bientôt réunis en touffe, paraissent ne plus- former qu’un seul individu. Cultivé ainsi, le bananier donne des fruits pendant un nombre d'années indéfini., - . -

L’abaca , peu cultivé jusqu’à ce jour , pourrait offrir de grands avantages, si le commerce prenoit jamais aux Mariannes de l’accroissement: le climat lui convient à merveille ,. et l’excellente filasse qu'il produit dédommagerait amplement de ses peines le cultivateur. Telle étoit sans doute la pensée de D. Tobias, lorsqu’il importa cet utile végétal des Philippines à Guam. ‘ -, - ,

Quoique indigène , long-temps le cycas demeura étranger aux ressources alimentaires des Marianrrais : jusqu’à ce qu’on leur eut appris l'art d’extraire la précieuse fécule renfermée dans sa moelle et dans son fruit , le soin de sa reproduction avoit été entièrement abandonné à la nature. Aujourd’hui sa culture y. est placée au premier rang parmi les travaux agricoles.

- <> Rien de plus facile et de plus. simple, dit JVi- Gaudichaud, que la multiplication de ce palmier. Des tronçons , des morceaux de tige , et même de- simples. copeaux , enfoncés en terre, y prennent racine, et donnent naissance à de nouveaux. arbres ; il. n’est raèroç pas nécessaire, selon D. Luis, d’enterrer ces boutures; il suffit de les disséminer à Ja surface du sol. , • •

(i y K<5»z le Voyage de Merion. ■ * \ • « -

Veyagt dt rUraxit. — Historique. T. II. t ff

lies Marianne!.

Industrie agricole.

4»o '. VOYAGE AUTOUR DU MONDE. . • ;

lt« Maria h ne*. » On consacre aussi à cette reproduction de jeunes" Cycas d'ilrr an -à

iniivfvW dix-huit mois, qui ont à cet âge la forme de grosses racines fusiformes : comme la pomme de tçrre , on les coupe-par morceaux, en conservant de même à chacun nn œil ou germe : puis on fiche en terre ces morceaux, ou on les dissémine simplement à la surface. **

L'indigo convient si parfaitement au sol des Mariannes, que, quoique * toot-à-fait privé de soins aujourd'hui, il y croit spontanément sur tous les points. • * .-.‘s

Il n’en étoit pas de même autrefois. Le gouverneur D. Tobias, sentant mieux que personne toute l’importance d’une plante dont ces îles lui doivent l’introduction , veilloit avec une constante sollicitude , à ce que les agriculteurs lui donnassent ^attention qu’elle exige.

En effet, pour que ia plante indigofère puisse prospérer, il lui feut une terre à-la-fois argHeuse , meuble , fraîche et soigneusement purgée de tout antre végétai. Des trous de 2 ou 3 pouces de profondeur , laits à ia pioche, et éloignés l’un dé l’autre d’environ un pied, sènt disposés pour recevoir chacun dix otr douze graines. Il èst préférable de semer iorsqu* te temps est un peu humide; la semence alors germe plus vhe, plus sûrement ;■ et ttois'au quatre jours après-, on voit ia plante qui commencé a sortir de terre. ■ •

Deux mois pius tard, elle aura atteint toute sa maturité; mais durant cet intervalle, nn sarclage assidu doit avoir lieu; ii faut aussi ta garantir de l’invasion meurtrière d’une espèce de chenille qui , s’attaquant aux feuilles, aux ramilles; et même à l’écorce , peut dévorer en peu de temps toute ia plantation. • • ■■ • • ■ • «

Ainsi soigné, fitldigo dure deux ans : on l’arrache ensuite, et'i’on sème de nouveau. .

Les végétaux potagers sont l’objet de cultures spéciales , où rien hfest .à remarquer, si ce n’est l'attention qu’oh a- de les tenir dans des terrains frais, débarrassés de pierres et voisins des moyens d’arrosage,

La' même chose est observée -pour le tabac, dont chaque habitant cultive ■précieusement ce qui est nécessaire à sa consommation et à celle de sa famille, . . . ..

La vigne, qui paroit se plaire à Goam , n’y est point façonnée. J’y ai

LÏVRE m. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 4' • vu des ceps magnifiques, plus gros que le bras, languissant faute de llet Marianiwi. soins, et surcharges de sarment. Dévastés tonnelles, établies à A gagna , Indwtwe (t)mata et Pago, montrent ce qu’on pourroit obtenir, en ce genre, par une culture active et bien entendue.

On doit en dire autant du cotonnier, de l’oranger, du citronnier, çt de plusieurs autres arbres fruitiers, qui, entièrement abandonnes à la nature , ne doivent i’éciat d’une végétation abondante et vigoureuse qu'à ’ l’excellence du sol et à l’influence d’une atmosphère salutaire.

Clôtures. — f A Goam , quelques propriétés sont entourées de- murs; c’est le plus petit nombre : la plupart des clôtures se font arveC des tronçons de cocotiers, coupés à 6 ou '7 pieds de hauteur, fichés en terre très-près les uns des autres ; et consolidés par des lattes transversales ;

.ou bien avec des bambous, des roseaux, des tiges de cycas : ces dernières jouissant de la précieuse propriété de prendre racine en terre, on les- considère comme les meilleures et les plus durables- de toutes,

Sans doute on pourroit fort utilement aussi -employer des haies de limoncitos, cet arbuste étant bien fourni par le -pied, et portant de nom- ' breuses épines, qui opposeraient un obsiacfe presque insurmontable aux maraudeurs. ! •

Récoltes. — < Le rit de marais rapporte beaucoup plus que celui qui est confié à un terrain sec , mais il mûrit moins vite-; cinq mois ou cinq mois et demi sont nécessaires à l'entier développement du premier, tandis qu’il n’en faut que quatre pour l’aiitre. Les- meilleures terres de Geam , où le riz est cultivé avec soin . peuvent donner 100 pour 1'; le major D. Luis a observé cette fécondité dans la plaine de Fahasga, située au -Sud- Quest de Pago (•t’gyflj pl. jp). * , . • • •

• jadis, quand les gerbes avoient été . pictinées , soit; sur des plateformes , soit sur des nattes, art recueillait le riz; sans èn ôter la glume, dans des sacs de vacoua qui -ensuite, placés sur un plancher élevé, étoient mis à l'abri dans une case ou un hangar. Il se conserve mieux ainsi que dépouillé. ’ ' •

Cet ancien usage n'a éprouvé aucun changement' i seulement on- a emprunté Aies Espagnols la méthode de vanner le grain avant de le mettre en sac. Placé à un courant dsirun peu vif, le vanneur laisse

Fff*

4<a ' VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

Ile» Marianne», tomber ce grain de 4 à 6 pieds de hauteur ; ie vent emporte les brins

Jndu«rie Je paille et la poussière, et le riz, plus lourd, reste aux pieds de

agricole, .

(ouvrier.

Pour soustraire le maïs aux atteintes de l’humidité et des animaux destructeurs, on suspend les épis dans les magasins, toutes les fois qu’il est possible de 4e faire; Une mesure de semence de maïs rapporte communément à Geara 175 pour 1 ; si le terrain, de première qualité, n’est pas trop dévasté par les rats et les animaux domestiques , le produit peut s’élever à s 50 pour 1 . La récolte du maïs peut être faite, en général , quatre mois après les semailles. '

Certaines racines nutritives fournissent toute l’année aux besoins du consommateur : tels sont en particulier les nikas. Les semis, quel que soit le mode de culture qu’on ait suivi, s’arrachent en décembre; les dagos , de novembre en janvier ; les ikamas , de noyembre en mars ; et le» g&pgaps , de décembre en janvier. D’après M. Lamarche, -» cette dernière'époque est celle où tombent les feuilles du gapgap; on tire alors de terre les racines, parce que -toute espèce de- traces ne tarderoient point à disparoîrre à la- surface du sol, et qu’on seroit obligé de fouiller au hasard le champ d'un bout à l’autre : d’ailleurs, si l'on diffère trop d’extraire ces racine», elles deviennent coriaces et fourbissent beaucoup moins de fécule. Quand la saison des pluies arrive , ie gapgap pourrit assez promptement; mais' avant de tomber en dissolution, il donne naissance à des 'rejetons qui perpétuent son existence. » ■ • ' j-. .

.Les anciens, pour conserver les racines féculentes nouvellement recueillies, les plaçaient en tas dans' leurs champs-, au milieu d’une enceinte entourée de piquet» et couverte en feuilles de cocotier, où elle» pouvaient se garder une année entière- : pour économiser ces- provisions , on afloit chercher dans la (erre , au for et à mesure- du- besoin ,- celles des racines qui n’étoient point l’objet d’une -récolte régulière.

Nous devons -ranger àu nombre des produits de l’agriculture , les gommes et résines fournies par quelques-uns des arbres de ces contrées , tels que le cycas, le rima, ie dogda^ et ie takamahaka ou daok.

« Depuis long-temps, -dit M, Gaudichaud, on -çait que le premier de ces végétaux sécrète de la gomme. Aux des des Papous , et sur-tout aux

LIVRE. HI. — De Timqr -aux Marianne* inclusivement. 4 1 3 ■ Marîannes, on la voit sur le iront, et quelquefois, mais plus rarement-, «ur les spadices de ces plantes. - • - '

» Mais si les spadices ne produisent que peu de gomme, et en quelque sorte accidentellement, H n’en est pas de même'des troncs, qui en donnent sans cesse, #t qui, fort souvent, en sont même entièrement recouverts: cette particularité appartient aux cycas femelles , et ne se rencontre peint cher les mâles. • - -

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agricole.

*■ A Rawak, nous éprouvâmes quelques difficultés â en recueillir-, tant elle étoit molle et gélatineuse, ce qui tient sans doute- à l'humidité habituelle de l’atmosphère dans ces parages. Il n’en fut pas de même aux Mariannes, où tous les cycas femelles , chargés de fruits presque mûrs, avoient , en mars, avril et mai, la partie supérieure- de leur tronc ' garnie de cette substance. Beaucoup d’entre eux en portoient, par estimation , plus de cinq ou six livres chacun.

• » La substance qui s’écoute ainsi du cycas , ayant de fort grands rapports avec la gomme adragant, pourroit probablement la remplacer', circonstance d'autant plus désirable , que Cette dernière est toujours d’un prix assez élevé dans ié commerce. Je pense que cet arbre utile réussiroit fort bien dans nos colonies intertropicales. °-

Une espèce de baume ou de vernis liquide se retire par -incision de l’-arbre à pain et du dagdog. 11 suffit de donner un coup de hache, ou simplement de machete, au tronc de i’arbre, pour en voir couler cette substance résineuse , qui a un aspect laiteux , et sort avec d’autant plus *» d’abondance, que l'opération a été faite te matin, de bonne heure;

à. midi on n’obtiendroit plus rien.- Ce lait- de rima ou de degdûg; lorsqu’il est récent, peut s’employer à la peinture; en le mêlant avec des poudres colorées : cependant il faut se hâter, car 11 sèche promptement. En le faisant réduire sur un fourneau , on obtient une. résine concrète propre à divers usages , qui se fond au feu , et y brûle même avec flamme xjuami on l’y jette.

L’arbre auquel de telle» blessures ont été faites ne paroit nullement en souffrir, et l’on a même remarqué qu’il produisoit d'autant plus de fruits qu’elles avoient été plus multipliées.

Après chaque entaille, le lait de rima ou de dogdag coule pendant

4 1 4 • VOYAGE AUTOUR DU MONDE. • y • -,

lie» Maritane*. environ un quart d’heure ; la plaie se cicatrise bientôt d’elle-mérte. Il Induitnt est probable que la résine de takamahaka s’obtient par des moyens ana* iogues : je n’ai pu m'en assurer. . . .

Animaux nuisibles à f agriculture. — Aux Marianne* , comme par-tout ailleurs sur le globe, l’homme est forcé de faire perpétuellement la guerre à une fouie d’animaux, souvent à peine perceptibles, qui lui disputent les fruits de son labeur avec une persévérance dont il ne peut toujours se garantir. . .

Au premier rang doivent être placés, les rats , dont l’engeance maudite est ici un véritable fléau pour l’agricuheur et le magasinier : quoiqu'on en détruise une foule avec des pièges, il s’en faut beaucoup que ' le moyen qu’on emploie suffise pour reprimer d’une manière sensible leurs ravages. Les chats, dont le -naturel se rapproche ici de- celui du renard , aiment bien mieux se ruer sans péril sur fo paisible volaille des fermes , que: d’en venir aux prises avec des adversaires redoutables par leur grosseur- et par leur audace. - • •• . ■ ' ' -■

.■ ' Les chiens marrons (i) sont à-la-iois les destructeurs du gibier et des

plantations; trop, souvent on les voit aller chercher, dans les champs dé', maïs , un supplément à la nourriture que les forêts ne leur donnent pas toujours. •. v ' • • -, - • ••■

Les lézards, les poules domestiques, les petits oiseaux eux-mêrqei, détruisent les produits de la vigne , qu’ils recherchent avec avidité, et parfois ils consomment en grande partie , dans les champs nouvellement ensemencés-, ce qui fiusoit l’espoir du cultivateur. • .

On connaît- la puissance -malfaisante des kankerlas et des fourmi; : ces insectes sont ici nombreux et excessivement incommodes ; malgré des soins presque inffois , il est impossible de' s'en garantir ttnu-à-fait , et même il faut- une activité soutenue pour ne pas être, victime de leurs javages. La mouche, puante, nommée taghatut, et une espèce de chenille, sont encore pour l’agriculteur de terribles ennemis : -l'une dépose sa larve dans les jeunes épis de riz et les fait avorter; d’autre dévore les germes du maïs. On ne peut combattre la pernicieuse influence de ces

( i ) Marron y expression commune dans nos colonies, où elle signifie : qui est passé de l'état domestique à l'état tauvage. "

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 4 1 5 animaux que par des visites réitérées sur Jes plantations , et le nettoie- Ue» Mariant»», ment minutieux des parties attaquées.

Étendue des cultures. — Les fermes établies dans les localités les plus avantageuses, celles dont la culture a été conduite avec le plus. d’intelligence et de soins, sont dues aux anciens Jésuites , qui en devinrent les premiers propriétaires. Rentrées, à l’expulsion de ces religieux, dans ie domaine du roi d’Espagne, elles ont depuis beaucoup perdu de leur valeur , par suite des soins moins assidus , moins éclairés peut-être * qui ont été donnés à leur exploitation.

Tachagna (pi. 5 p et 71 ), une des plus étendues, ne sert plus aujourd’hui qu’à l’éducation des bestiaux. Sama-Rosa n’a pas une destination plus importante, quoique le sot en soit excellent; il est vrai que * les moyens d’arrosage y sont rares et peu commodes. •

Les fermes dont les. terres sont le plus productives, appartiennent aux districts d’Agagna, Assan, Agat, ©mata , Ynarahan et Sinahagna. Les » plaines de Mérizo, ©mata, Agat et Assan , fournissent , en général, le , plus de riz;, celles d’Agagna, le plus de maïs; enfin, celles d’Agagnà,

Sinahagna, Mongmon et Agat , le plus des racines nutritives de sani , dago , nika , Sic.

On puisera, au reste, des notions beaucoup plus détaillées sur l’état des cultures À Graam, dans jes tableaux méthodiques qui vont suivre.. Je dois cependant les faire précéder d’une remarque ; c'est qu’une partie des champs livrés à l’agriculture étant fréquemment laisses en jachère, on se formeroit une opinion par trop favorable de l’activité de la popu- . lation agricole , si l’on alloit croire que les terres qui sont énumérées dans ces tableaux sont en totalité l’objet de ses travaux annuels. Une . portion, d’ailleurs , est abandonnée à la production naturelle des racines féculentes. • .

Industrie

agricole.

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Tableau AGRICOLE de Tde Caam, présentant l'étendue des terres en culture, et Li nature de leurs produits , pendant l’année 1S1S.

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