‹ Voyage Autour du MondeChapitre 13 sur 165 · LIVRE III. — De Timor aux Marianne* inclusivement · texte numérisé non relu

LIVRE III. — De Timor aux Marianne* inclusivement

Chaste

et pèche.

végétaux qu'ils nous ont apportés, tels que les ognons , les ananas, les llwd.s Papou* cannes à sucre, &c., nous donnent lieu Je le supposer: ce sont là, i| Indu*»». ■ est vrai, de foibles indices, mais ce sont les seuls que nous ayons pu nous ' ‘

procurer. ' • : . • - -

■ Lachasseest probablement plus en vigueur; néanmoins leur occupation favorite, celle à laquelle ils s'adonnent avec le plus d’habileté et de succès, c'est sans contredit la pèche. La manière dont ils y procèdent,. les engins dont iis se servent, sont absolument les mêmes que chez les Gùébéens.

Souvent nous jetions nos grands filets sans pouvoir rien prendre, tandis que, dans les mêmes lieux, il» se procuraient ,- par leur adresse et avec de petits înstrumens , une grande quantité ^de poissons, ils emploient de préférence la fouène, espèce de harpon en-fer; elle, est -légère’ et emmanchée d’un long roseau, auquel est fixée., pour la retirer, une ligne ou une corde mince; ils la lancent avec tant de justesse, que rarement ils manquent leur coup. Cette arme , quoique foible , peut tuer de fort gros poissons „çt même percer l’écaille la plus dure des grosses tortues : ils s’en servent ppùf poursuivre leur proie dans le creux des rochers sousmarins et sur les battîmes où la mer brise-, pêche qui se’ fiih ordinairement' la nuit et au flambeau .et paroif être pour eux très-productive, lis ont plusieurs sortes de filets en hl de coton : l’un, semblable à un saveneau, est destiné à prendre Je fretin dans de certaines localités ;- l’autre est un épervier fort bien travaillé ; quelquefois, mais plus rarement, ils font usage de la- seine. Leurs lignes , faites aussi de coton , sont souvent filées fvet l’écorce même du figuier dont-ils se Font des.langwttii. ils fabriquent des hameçons avec de t’écaille , rie la nacre de perle ou d’autres morceaux de coquillages., mais trop défectueux, encore pour qu’il* puissent en tirer ’ un grand parti. ^Plusieurs fois nous avons yu, avec, un plaisir mêlé d admiration, ces habiles pêcheurs debout sur l’avant de leur pirogue, chercher dë l'utdj le poisson qui nage près «le la côte, l'apercevoir, même à la distance de dixà douze pas, lui lancer ja fouène avec une rare pré- . cjsion.'.et t’atteindre, quoique fréquemment l’animal n’excèdè pas six ■pouces en longueur. Aussitôt iis reprennent leur arme, dont le manche , léger flotte verticalement sur l’eau, s’emparent de leur capture, et continuent le même exercice.

Iles des Papous.

Industrie.

Charpentage et construction naval*.

Préparations , alimentaires.

do. VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

Comme produits de charpentage et de menuiserie , nous avons remarqué dans leurs maisons et dans leurs' tombeaux des assemblages si bien faits et si délicatement travaillés , qu'ils feroient honneur même à un char pentier d’Europe; chose d’autant plus extraordinaire, que les Papous n'ont pour outils qu’une petite hache et un coutelas (pl. 46) dont il nous seroit peut-être fort difficile de faire le moindre usage, a J’ai vu les habitans de Kabarci', dit M. Duperrey, travailler avec de tels moyens à la confection de diverses pièces d'une pirogue alors sur le chantier, et j'en ai conçu une très-haute idée de leur intelligence et de leur adresse. •>

' •• Les embarcations construites à Vaigfou sont de deux sortes, dit M. Pellion : J-" les corocares , formées de bordages liés par des gournables et assujettis d’après le système, suivi à Coupang ; elles se terminent en coins aigus et symétriques , comme chez les Guébéens, mais ne sont pas couvertes : 2.0 les pirogues, qui, la plupart très-petites, ne se composent que d’un arbre creusé, dont la stabilité est assurée par un double balanciér auquel est fiité un flotteur à chaque bprd. Je me dis- • pense de descriptions plus détaillées, qui jamais ne valent le plus petit dessin, pour pèu qu’il soit exact. •> ( V oyei pi. 4ç)On se sert de pagaies ■et de voiles tissées en feuilles de vaepuà pour les grandes embarcations , et de pagaies seulement pour les petites; toutes sont travaillées sous des •hangars, précaution exigée par la chaleur et l'humidité du climat.

M. Duperrey a vu confectionner dans le village de Kabaréi une ligne de flèche en coton : elle étoit commise en trois et parfaitement cordée. iJfiomme qui èxécuioit ce travail étoit assis par terre, et faisoit tourner, avec lesdeux mains , une sorte de fuseau croisé à son' extrémité inférieure par une pièce de bois, et dont la tige est recouverte d’un cylindre de bambou, au moyen duquel on met le font en mouvement. Des piquets, aussi de bambou, placés à une distance convenable les uns des autres, retenoient la digne dans une situation horizontale. Par les mêmes procédés, ils font, ainsi que l’a observé M. Gaudichaud , des cordes beaucoup plus grosses pour .garnir leurs filets. ‘

La fabrication ou plutôt l’extraction dù sagou est la plus importante' branche de leur économie domestique. “C’est du sagoutier ( t ), comme

.‘(l) Yofe* Crawfùrd, Hist. of the Indtan arJxijtlago, t. I. * •**" .

LIVRE III. — De Timor aux Mari-annès inclusivement. • 6j on sait , que les habitans de la portion- orientale du grand archipel J’Asie lL»d« P» pou», extraient la substance qui fait la base de leur nourriture, substance que Indnnri*. les autres nations du monde tirent des céréales ou des racines farineuses.' ' • Avant que i’arbre,qui est un des plus petits de la famille des palmiers, ait atteint tout son développement, ét que le fruit soit formé, la fige; revêtue d’une dure enveloppe, de deux pouces, environ d’épaisseur, contient Une énorme masse de matière médullaire, spongieuse , semblable à celle de l’aulne de nos climats. C’est cette substance qui sert de pain aux Papous.

A mesure que le fruit se développe, elle disparoît; et lorsqu’il est parvenu à son entière maturité , le tronc n’est plus qu’un cylindre creux. J.e *• sagoutier ne vit pas ordinairement, plus de trente ans : il se plaît dans les terrains lias et marécageux, et ne croît pas dans les lieux secs et élevés.

■> La vraie patrie de ce palmier est circonscrite par les parties orientales de Célèbes et de Bornéo , le Nor*d de Mindanao , le Sud de Timor et l’Est de la Nouvelle-Guinée;1 il abonde dans- les îles qui produisent le girofle et la muscade , plus que paf-tout ailleurs. De toutes ies plantes qui offrent à l’homme une substance nutritive, le sagoutier fournit la plus facile à extraire et la plus riche. ■ - ' ‘ :

' ■> Quand le temps de fa recueillir est arrivé, ce qu’on reconnoit en pra-

tiquant une ouverture dans le tronc de l’arbre , on coupe le sagoutier au niveau du scd ; on le partage en tronçons die six ou sept pieds de long, que l’on fend en deux dans leur longueur ; alors on en extrait la moelle, qu’on réduit aussitôt, avec un pilou de bambou , jen yne poudre pareille à la sciure de bois. Pour séparer ta farine pure, ou fécule, du son et des fîtamens,.on délaie la poudre médullaire dans beaucoup d’eau , pais on passe cette eau dans un crible ou tamis grossier, placé, à l’une des extrémités du baquet dans lequel' la mixtion a été faite ; oit la transvide dans un secondvase , au fond duquel la. farine se précipite ; et après deux ou. trois autres * semblables manipulations , on peu» en faire usage ( 1 ). Crue, et sans autre • * préparation , elle Se Conserve pendant un mois : si on veut la garder plus long-temps, en en forme des galettes , qui se font cuire suivant la méthode des Guébéens. » . '

^t) Crtrwfurd avance qq’îl n’est pas extraordinaire qu’un sagoutier produise 500 à

600 livre» ( avoirdupois ) { 22$ à *72 kiïogrjia*u\e*.] de forint. ( Op. de. 1. 1..)

lia» de» Papous.

Industrie.

Fabrications * diverses.

PohT ia conserver crue, les habitam de Vaigiou la tassent fortement dans des sacs tlssé9 en vacoua, et en font ainsi des pains d'une vingtaine de livres qu'ils mettent sécher au soleil pendant plusieurs jours. Au besoin, ils en coupent des morceaux qu’ils font griller sur des charbons ardensi moyen plus expéditif, à leur gré, que te four en terre à poterie plus généralement employé chez les Guébéetis.

' ■ M GautUchaud s’est assuré que les Papous extraient du tronc du palmier cycas une substance médullaire tout-à-fait semblable à celle du cagoutier. Ils commencent par la faire macérer dans l’eau douce, pour lui eqlever son principe extractif délétère , puis laissent sécher ta fécule qu'ils ont obtenue , en l’étendant sur des nattes recouvertes de feuilles de palmier. •> Ne pouvant m'expliquer avec eux que par signes., poursuit-il, il. me fut impossibje de leur faire concevoir que les Iruits du cycas, préparés de la même manière; c'est -à -dire, -coupés par morceaux et macérés pendanrjé, 48 à' 7 2 heures (1); valoiem autant et mérite . mieux que la moelle de l’arbre. Mais il est probable que je irai rien a regretter sur ce point, et que les Papous connoissent aussi cette nourri - turc beaucoup plus facile et plus productive. •■-. . . ' -,

Nous avons recueilli trop. peu de faits sur tes arts, mécaniques des Papous pour traiter de chacun séparément ; nous nous bornerons donc a rapporter ici nos observations sans beaucoup d'ordre. II. est certain qu'ils

% ( 1 ) a J e rèmps qae doit durer celte opération est relatif* une foule de circonstances, et. particulière ment à U température du Irqu, à U grosseur des morceaux, aux masse» sur lesquelle* on agit, Ac. ' f

« K* général, jL va mi mieu* prolonger la macération au-delà du terme nécessaire’, que (fi Arrêter trop, vfte, puisque de nombreux exemples attestent qu'une préparation trop hâtée de .cette fccule a causé der acciden» très-grave*, et même la mort. D'après cela, il ne sera pas . inutile de signaler ici les précaution» générale qu’il rtt indispensable d’observer. On doit : ni.® Couper les fruits m ués fe -plttskienirpostiblê ; rl seroit meme pim 4ar de le* hacher, dç le* râper ou deies piler ;

* H Ne. pas agir sqr de trop grandes masses; -* . - ' ' '

‘ » $.• Hernuef souvent- erméme malaxer ces froirst afin de faciîijer la dissolution du prirt- «pe extmtif, cause de Jeur propriété malfaisante;. ' . * ’ 1

» 4.” Kenouvelcr Veau -au moins imites te* itf ou 24 heures,, Ce temps suffit, dans. tes régions chaudes, pour que la liqueur parvienne à un degré de fermentation suffisant 4

» .Enfin, exprimer la matière soo» jme fope presse, av/lnt de la soumettre c la vJesskcalion, La fccule ainsi préparée ne présente plus aucun dangeu »{ M .GaudiffUiu J. )

■LIVRE III. — Dk Timor aux Marianne* inclusivement. 6] travaillent la terre glaise, et en font des poteries et des fours à compar- Papous,

timerjs pour cuire leur sagou : quelques-uns de leurs vases, destinés à Industrie, pétrir la farine ont une forme agréable; et il ne faut pas les confondre, • dit M. Quoy, avec la grosse porcelaine que leur apportent sans doute les Chinois , et dont nous avons vu çà et là de' nombreux fragmehs. >

Ustensiles Je meruige. — Outre ces vases et ces fours , on remarque sans cesse, dans leurs cases, des espèces de. marmites, des vaisseaux coQverts destinés à contenir de l’eau , qui se conservé aussi dans des bambous.

Des nattes, des paniers et des boîtes tissées avec autant d’art que les plus . beaux chapeaux des Gtfébcens , ont été trouvés chez eux , sur-tout dans leurs tombeaux, où ils étoient placés comme offrande. Peut-Être ces objets précieux ne «01x1-115 pas de leur fabrique , et leur ont-ils été apportés de Guébé. • .,

Sculptures. •. — Quant à leurs .statues, à leurs idofes, et aux autres objets sculptés, tout porte à penser que ce sont les produits de leur industrie particulière. MM. Quoy et Duperrey ont observé-suf la côte de Vaigiôu , dans le havre Boni, une statue en argile blanche placée sous un hangar, près d’un tombeau : elle représentoit un homme de grandeur naturelle, . ,

debout . lés mains étendues vers te ciel; la téteétoit en bois, les joue< creuses et les’yeux remplis par des coquillages blancs. Notre planche 47 donné les dessins de divers simulacres découverts , soit dans les-tombeaux des Papous , soit dans leurs cabanes : nous supposons que la plupart et peut-être même la totalité de ces objets , sont des idoles-

Açînsùète Je faire h feu. ^-‘Les indigènes de. ces îjes, comme presque tous les autres sauvages , ‘se procurent du -feu par le frottement de deux morceaux de bois. Voici là description de ce procédé tel que l’indique M. Duperrey. Ils prennent un morceau de bois long définit pouces environ, taillé à plat , au milieu duquel est fak , sans le traverser, un trou hémisphérique, ayânt atie petite échancrure sur le côté; ainsi preparé, cemorcèàu de bois est placé sur le sol dans une situation horizontale, où on le maintient avec les pieds ; une autre pièce , taillée eh fuseap , est insérée' verticalement dans le trou de la première, quelle dpir remplir exactement ; dans cette situation, un. homme la fait tourner avec vitesse • ’ s

entre seS mains, comme un moussoir de-chocolat." Par suite du frottement ,

Industrie.

Commerce.

Ueid?« Pnpour. il se dégage -une poussière légère, qui; sortie du rentre de mouvement p;ir i’échancrure , ne tarde pas à prendre feu. Cette poussière est, en sortant, toujours recueillie dans une feuille sèche, et dès qu’elle est alliçrtée , on l'emploie en guise d’amadou pour communiquer le feu à d’autres feuilles de même nature, et les enflammer à l’aide du souffle ou d’une rotation rapide. •> • '

' Les Papous des environs de Rawak. paraissent avoir Une grande habitude du commerce' : nous ignorons s’ils ont .eu ponr maîtres les Guébéens ou les Chinois , ou s’ils reçoivent des leçons des uns et des autres; quoi qu’il en soit, il est hors de doute que les objets en fer qu’ils possèdent , tels que leurs fouenes de pêche, leurs haches, et l’espèce de coutelas que chaque homme porte toujours à sa ceinture, ne sont point fabriqués par eux, 11 eft est de même des plombs dont ils garnissent parfois leurs filètl , et de quelques menus articles de ménage dont j’aiparic. Les étoffes tissées , ou plutôt les pantalons et les robes, ainsi que lçs mouchoirs qui servent dç parure à leurs chefs, sont évidemment de manufacture indienne. Je suppose qu’ils donnent en échange de ces richesses, les mêmes productions que noùs avons mentionnées plus lut ut en pariant du tribut payé par eux au sultan de Tidor. * •

’ pigitized by Goôgle

Page 1