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CHAPITRE XXII

Traversée de Rawal aux îles Mariâmes ; Vue des îles Ayou;'

de celles des Anachorètes , de C Amirauté et des Car o Unes.

- Ce fut le 6 janvier que nous appareillâmes de Rawak; aussitôt on fit route vers les îles Ayou , que l’on aperçut bientôt. Quoique contrariés par les courans et la foiblesse de la brisé, nous pûmes nous occuper den faire la géographie ( i). Ces îles sont fort basses .et- entourées de brisant étendus; les plus grandes paroissent boisées^ et semées de villages ou de maisons éparses près des bords de la mer; d’autres du même groupe ne sont que des bancs d’un sable nu et stérile r c* dit que les tortues les fréquentent en grand nombre, Je. pense qu’il seij>it possible, au besoin, de mouiller près de-ces récifs, peut- être même dans l’encejntequ’Hs • décrivent ; mais la prudence exigerait que ce fût avec des chaînes en fer.

Le début de notre traversée fut signalé par un événement funeste qui nous consterna tous , la mort de M. Labiche. Atteint depuis long-temps de la dysenterie, il avoit vu sa santé aller sans cesse en déclinant; enfin, le p janvier, à p heures j/4 du soir, il s’éteignît sans agonie. Cette perte nouvelle, à laquelle cependant fa progression alarmante de fa maladie nous avoit préparés, nous causa le plus grand chagrin. D’un caractère doux et affectueux, JM. Labiche joignoit à beaucoup de fermeté et de courage une grande habitude de la mer, et cette présence d’esprit dans ledanger, qui sont si précieuses dans un voyage de découvertes. ‘Son coup d’œil étoit exercé et son esprit juste. Plein d’honneur et de délicatesse, il pouSsoit quelquefois ces vertus jusqu’au scrupule; ce qui fui donnoit parfois une tçinte de susceptibilité que ses amis trouvoient trop prononcée. . S’agissoit-n de remplir un devoir, jamais sa santé n’entroit dans ses calculs; les recommandations de l’amitic, de l’autorité meme-, ne pouvoient tempéreé son zèle ; et cependant, il aimoit tendrement sa mère, une sœur, des neveux sur lesquels il a reposé ses dernières pensées ; mais fo vtytzyi j6. - •* v •;* • ... ’

Vepagc de V Uranie. — Historique. T. II. . ♦ [

Jauger.

De Rawak aux Martanre».

1819. il vouloit illustrer sa carrière et- se rendre digne des objets de son affection.

Victime du climat de Timor, peut-être ne prit-il pas toutes les précaua»i Marianne», tipns qui eussent pu prévenir sa maladie ou en accélérer la guérison. Depuis long-temps il avoit fui-méme Jugé son état et Tait le sacrifice.de sa vie : mais son coeur se brisoit , lorsqu'il pensoit à sa famille; if en parioit souvent, ou plutôt il en parloit toujours; et je ne puis m empêcher de croire que la mélancolie, suit? de Ce s continuels regrets, n’aft mis obstacle à son rétablissement. Il vit approcher sa dernière heure avec calme; et, dans une conversation que j’eus avec lui trois jours, avant sa mort, ses seules plaintes furent de n'avoir pu réussir à être utile, autant qu'il' en. avoit eu le désir, à l’expédition dont il fâisoit partie, et à des parens adorés. ' ■ , .

Comment ne pas associer aux larmes données â un aussi braye officier la compassion 'et<,intérêt que m’inspire le sort de sa respectable mère! M-. Blondela , Ijère de cette dame , étoit uq compagnon distingué de la Pé- • rouse , dont, jl partagea l'infortune ; elle perdit son mari , chirurgien-majoj

de la frégate ta Venus, qui , pendant un ouragan , sombra sous voiles près • de l’Ile-de-France; sort gendre, officier d’artillerie, mourut également au service; fet son fifs unique a expiré sous mes yeux. Quelle famille de. marins a été frappée de plus de malheurs !

La sépulture de notre infortuné camarade eux lieu le lendemain; l’étatmajor et l’équipage lui rendirent les derniers devoirs -, la tristesse étoit générale", et la douleur dana tous les cœurs : après les prières d’usage, son corps fot abandonné aux flots.!. Son souvenir jseul demeura parmi nous; ’ H nous sera toujours cher; ” •’*

. Mais cë n’étoit là que le commencement de nos maux ; et bientôt nous

nous aperçûmes combien étoit mal fondée l’opinion que nous avions eue, qu’en quittant Rasvak. aucun de nous n’avôit contracté de maladie dans ces . lieux insalubres. Le troisième jour après notre départ , ia fièvre' je déclara, d’abord sur cinq, puis successivement sur trente individus . parmi lesquels cp corn p toit quatré élèves de marine. A mesure que les premiers affectés guérissoient , d’autres prcnoient leur place; en sorte qu’on peut affirmer que quarante personnes furent atteintes de cette maJadie.M. Quoy en a, ainsi ’ qu’il, suit, décrit les symptômes et les ravages.

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