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LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement

Nature des chasses. — La chasse, entièrement inconnue aux anciens, lle> Marianne», n’a pris naissance aux Mariannes qu’après l’introduction du gros bétail par les colons européens, et sa prodigieuse multiplication. Tous les procédés de chasse connus ici sont donc modernes. Les animaux qui procurent à cet exercice le plus d’activité senties boeufs, les porcs, les cerfs et les chèvres sauvages ; encore le nombre de ces dernières , comme nous l’avons déjà dit , est tellement diminué aujourd'hui , qu’on évite de tirer dessus, dans la crainte d’en détruire tout-à-fait l’espèce.

Les boeufs et les cochons sauvages faisant tous partie du domaine de l’état, il est sévèrement interdit de les chasser , à moins d’en avoir obtenu la permission du gouverneur. *< Un détachement de vingt hommes, placé à poste fixe sur file Tinian, est chargé du soin de procurer à la garnison de Cy>am la viande nécessaire à sa nourriture. C’est près des lieux où les bœufs vont boire qu’on les attend pour en abattre quelquesuns à coups de fusil.

» La chasse du porc , ne se faisant qu’avec des chiens courans , est un peu moins coûteuse que la précédente. Nous avons été surpris de la facilité avec laquelle on parvient à s’emparer de cet animal : armés , l’un d’une pique , l’autre d’une machete, deux hommes suffisent 'ordinairement. D’abord les chiens sont lancés; dès que les aboiemens se font entendre , le piqueur les fait tous rallier du côté d’où vient le bruit.

Bientôt le port est environné par la meute, qui se resserre à tel point qu’il ne peut s’échapper. Lorsqu’il est gros et gras, on le tue; dans le cas contraire, on le laisse partir: communément le premier pris est donné en curée aux chiens. Quoique la béte se défende contre ceux-ci d’une manière terrible, le piqueur cependant parvient, sans beaucoup de peine, à la saisir par les pieds de derrière. Ces hommes ont une telle habitude , qu’ils reconnoissent , aux seyis cris des chiens et à la façon dont ils conduisent la chasse , si le porc est gros ou petit. » ( M. Bérard. )

Les îlfmes employées à la chasse du cerf sont le fusil , le gourdin et la machete ; souvent aussi une corde de balibago à nœud coulant est tendue au débouché de sentiers pratiqués exprès dans les forêts, et que la facilité d’y circuler fait hanter de préférence par ces quadrupèdes. En général, on attend le cerf lorsqu’il descend de la montagne pour venir

Vtyagt Je l'U rouit. — * Historique. T. U. - • |j|

1 Ici Marianne*, pâturer dans la plaine. Tantôt les chiens le font sortir des bois et le CKme. forcent à passer devant une embuscade ménagée d'avance ; tantôt on le chasse au courre. S’il arrive qu’on le poursuive près du rivage, il se jette à la mer, gagne le large , et ne revient à terre que quand le danger a disparu. Dans tous les cas , la chasse est plus facile à faire lorsqu'il vente que pendant le calme; on trouve aussi, m’a-t-on assuré, que la chair du cerf est meilleure depuis juin jusqu’en octobre, saison des pluies, qu’à aucune autre époque de l’année : ceci doit surpendre, si, comme il paroit, l’époque du rut est la môme aux Mariannes qu’en France.

• M. le docteur Quoy , qui fut témoin d’une chasse de ce genre dans

les environs d’Agat , nous fournit les détails suivans :

« De grand matin nous nous rendîmes dans un petit bois peu éloigné du village , que des savannes environnent de tous côtés. Quelques chasseurs armés de fusils se placèrent à peu de distance de la lisière du bois, pendant que d’autres suivis de chiens en battoient l’intérieur. En moins de deux heures , il en sortit six cerfs qui gagnèrent les hauteurs sans courir beaucoup, car les chiens ne les poursuivirent que faiblement ; et quoique ceux des habitans qui se livrent à ce genre d’exercice soient de si habiles tireurs que rarement ils manquent leur coup , cependant iis ne tuèrent rien.

Le lendemain, comme je parcourois les montagnes voisines, je rencontrai un chasseur qui venoit de tirer un cerf; il ne i’avôit que blessé, et son chien le poursuivant , nous eûmes bientôt perdu de vue les deux animaux. Après une heure de recherches inutiles , je me séparai de cet homme; et m’étant arrêté à quelque distancé de là pour déjeûner au bord d’un ruisseau , j’aperçus tout-à-coup le cerf étendu mort sur l’herbe à dix pas de moi : le chien, couché tout auprès, attendoit son maître; et s’il ne fût point venu , cet aninjal seroitallé, m’a t-on dit, le 0

chercher le soir même à sa maison pour le conduire au lieu où gisoit la proie.

» Quand un chasseur isolé a tué un cerf, il partage l’animal en deux avec sa machete, en place une moitié à chaque bout d’une espèce de fléau qu'il fait d’une branche d’arbre, et qu'il se met en équilibre sur l'épaule : chargé de ce- lourd fardeau et d’un fusil souvent fort pesant

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 4i > aussi , il parcourt quelquefois un intervalle d’une ou deux iieues pour ||« Mariann.c regagner son logis ( pl. 75 , vue n.“ 3 ). Chant.

» On évaluoit à mille la quantité de cerfs qui se tuoient chaque année à G nam , à l’époque où nous y relâchâmes ; malgré cela , le nombre n'en paroissoit pas sensiblement diminuer , bien qu’on n'épargnât ni les biches , ni les faons. Geux de ces animaux qui sont arrivés i toute leur croissance , pèsent parfois jusqu’à 300 livres [ s 47 kilogrammes]. Les mois d’avril et mai sont ceux où les femelles mettent bas. »

Nature des pêches. — Les produits de la pèche formant anciennement et aujourd’hui encore la partie la plus essentielle de la nourriture animale des habitons de ces contrées, les méthodes pour se les procurer étoient variées et souvent meme fort ingénieuses. Avant de procéder à leur description , commençons par faire connoitre les différens engins que les pécheurs mettoiertt en usage.

Ainsi qu’on le voit maintenant encore aux Carolines, les anciens Mariannais se servoient d’hameçons [hagail ] en écaille , en nacre, en os et même en écales de coco (pl. 58, fig. 9, 10, 11 et ta); mais depuis que les hameçons en fer ont été introduits dans l’archipel et que les ouvriers de Goam ont pu en fabriquer de semblables , une préférence presque exclusive Jeur a été donnée. On avoit des crochets de ce genre appropriés aux diverses pêches, et qui se distinguoient par leurs dimensions et par leur forme (t). Les cordes ou lignes auxquelles on les fixoit, étoient , de même qu'à présent , filées en kair, en balibago , et en fibres de bananier ; aujourd’hui on en fait également en abaca.

Une espece de baulfe ou paiangre [kitiatchit gamahga ] qui consistoit en une maîtresse corde soutenue par de petites calebasses [ tagaadji ] , et garnie de lignes latérales à une brasse ou une brasse et demie d’intervalle, étoit un appareil uniquement employé, comme son nom l’indiquera), à la pêche des poissons voians.

Pêche.

(1) Voici le nom de quelques-uns : gmatas , gros haim de g&atafi od d’espadon; nmtchon , haim de nacre ou d’écaille; anmichon , haim pour les poissons voians; o kka, ou Sbip, haim pour les dorades; tchong-a , gros haim moderne en ter.

(2) Kinatchit signifie appareil, uscensile; gamahga, composé de gahga, poisson volant, ei. de U particule intercalée, veut dire prtndredcs poissons volant/ d’où l'expression entière, kinatchit gomahgd, appareil k prendre des poissons voians.

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Il» Marianne!. Dans quelques circonstances, on faisoit usage du nœud coulant ou Pèche. lacet; dans d'autres, du gourdin, du damang (1 ), et de la lance en bois barbelée (pl. 79, fig. 1 1 ), à laquelle on a substitué, depuis, la fouène à une, deux ou trois pointes en fer.

Le pois, instrument fort curieux, mérite une description particulière : il est représenté planche 6) et pl. 79 , fig. 1 7 , et sert, dans la pêche des atchomans (2), pour accoutumer ce poisson, qui se tient ordinairement à quelques brasses de profondeur, à vivre près de la surface des eaux; • sans cela, au lieu de pouvoir le prendre au filet, on seroit contraint de

recourir à l’usage fort peu expéditif de la ligne. Voici en quoi cet instrument consiste: •

La pierre hémisphérique fge, de 3 pouces ÿ ou 4 pouces de diamètre, a sa partie ef qui est plane ; edf, demi-écale de coco , d’une grosseur analogue à celle de ta pierre, y est fixée en e et en /, à l’aide de cordons qui passent dans des trous faits à la pierre et à l'écale. Cette dernière est vide , et l’on a ménagé à sa partie supérieure une petite ouverture d, par laquelle on puisse introduire de l’amande de coco mâchée. Une tresse en kair, efcba, fixée également aux trous e et f de la pierre, sert d'anse à l’instrument, auquel on amarre encore une corde de 4 lignes de diamètre , assez longue pour le descendre, à 8 brasses , profondeur à laquelle l’atchûrrtan a coutume de nager. Nous parlerons bientôt de l’usage et des avantages de cet appareil.

. Les filets (3) sont de plusieurs sortes. Le plus important, nommé lagoa pala , sert à prendre de petits poissons sur la plage , et se compose de trois nappes rectangulaires ajustées bout à bout; celles des ailes ont une brasse de hauteur sur trois pieds de longueur seulement, tandis que celle du milieu a deux brasses de hauteur sur une longueur qui varie depuis 20 jusqu’à 30 pieds; on conçoit qu’en raison de ces différences de hauteur , la nappe du milieu , qu’il faut ajuster aux pièces des ailes, doit être froncée à ses deux bouts. A chaque extrémité du filet total , un

( i ) Vo)*l ce mot ci-dessus, page 401,

(2) Espece de maquereau. Voyez les tableaux de la page 27}.

. (3 ) Un filet, en général, se nomme ici lag*a, et Ton donne le nom de halml aux filets de

pèche. On les fait principalement en fil de loo , substance qui résiste assez bien i l'action destructive de feau de mer. ( Voyez plus haut, page 267.)

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 437 • bâton sur lequel il est lacé sert à le maintenir tendu-dans le sens de sa llti Mirum.e». hauteur ( pl. 6 3 ). La tête et le pied du lagea pulasont garnis de ralingues P«h*. ou cordes, dont une, celle d’en haut , porte des flottes en bois léger de balibago , et l’autre des pierres ou du plomb pour lui servir de lest : cette dernière substance est d’un emploi moderne.

On manœuvre ce filet à très-peu près comme notre seine ou plutôt notre seinetie , avec laquelle il a bien aussi quelque analogie ; rapproché beaucoup encore du trémail par sa construction et par sa forme, il n'est au fait précisément ni l’un ni l'autre. On en construit de diverses sortes, mais dont la différence ne consiste guère que dans la grosseur de la maille : les plus serrés servent à prendre le magnahak , les autres des poissons un peu moins petits.

On affecte à la pêche de i'atchoman un filet particulier, de la nature de ceux qu’on désigne en France sous les noms de chaudüre, de caudrettr, &c., et qui est connu aux Mariannes sous celui dttlagi M atchaman.

Sa forme est celle d’un large sac, garni d'un cerceau à son ouverture, mais sans manche; il a 9 pieds de diamètre et 4 pieds -f de hauteur; le cercle, ordinairement en bois de lodagao , a un pouce d’épaisseur. Quatre cordes bien tendues, fixées à sa circonférence, se réunissent en rayons au centre , point où l’on amarre ensuite la ligne qui sert à descendre le tout à la profondeur nécessaire. Le personnage placé le plus à gauche de notre planche 6 3 porte sur son dos un lagua atchaman.

Un filet pareil au précédent, mais beaucoup plus petit et garni d’un long manche (fig. 63 ), est encore en usage ici de temps immémorial; on l’appelle indistinctement lagaa popo et lagea emo-sehe : c’est absolument notre truble, et il a la même destination. Il est particulièrement eu vogue a Tinian , où la grande quantité de pierres et de coraux disséminés sur la côte rend impraticable la manœuvre du lagea pela ou seinette.

Ce filet, dont le cerceau est ovale, a un pied et demi sur deux pieds d’ouverture, et un pied environ de chute. On donne à sa hampe au moins 5 ou 6 pieds de longueur.

Les Mariannais connoissent encore l’épervier, filet conique qu’ils appellent lagoa Jjati, et s'en servent aussi bien pour certains gros poissons que pour les petits.

Iles Marianne».

Pèche.

Les parcs [^4/^nsi], connus jadis des indigènes, étaient, à ce qüe rapporte la tradition, construits en pierres sèches sur le rivage; mais i| n'en existe plus maintenant, du moins qui soient faits de cette manière : on y a substitué des bourdigues en roseaux qui, placées dans des positions avantageuses , procurent une quantité bien plus considérable de poissons. La plus développée de ces constructions, établie entre file Apapa et Goam , vis-à-vis de l’espace qui sépare Magnilao de l’embouchure de la rivière Masso ( 1 ), a , dans sa longueur , plusieurs tours divisées ordinairement en tfois et quelquefois en deux chambres ; le tout est lié par des châsses en clayonnage ch, ik , consolidées par des piquets et des traverses , comme le sont aussi les tours elles-mêmes.

Dans la figure ci -contre, qui repré- ,

sente une de ces tours, l’espace AB est ' v-y-v.

d’environ 1 5 pieds ; le goulet de la première chambre, partagé en deux également , laisse une double entrée au poisson, qui peut ensuite se rendre par d’autres goulets, de plus en plus étroits, dans les chambres E et F. Construits, ainsi que la figure

l’indique , en entonnoirs flexibles , ces goulets offrent un accès facile au poisson qui arrive , mais la sortie lui est interdite.

N} pub tornarc ,

Che quel serra glio l coo mirabîl usa

Seinpre ail ’ entrai aperlo , ail ' usçir chiitto ( 2 )>

A ffi

— Tr I T~~-

Quelques-unes des tours, quoique partagées aussi en trois chambres, n'offrent cependant pas , pour retenir le poisson, une combinaison aussi parfaite que la précédente: on voit cette dernière disposition dans le dessin ci-contre.

Lorsqu'on veut prendre les poissons dans ces réservoirs , on feit

( i ) Voyez pl. 59.

(a) 11 ne peut s'échapper, car ['enceinte, par une combinaison merveilleuse, est toujours ouverte pour l'entrée et toujours fermée pour la sortie. ( Cenualemmt libmtta , cant. vit. ) . .

» • ti. •

* • tf

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 43 9 usage du lagon popo , ou bien , s’ils sont trop gros , on les pique avec la Ile» Marianne», fouène. « PJche.

Le magnahak, remarquable par ses habitudes singulières, se pèche régulièrement sur le rivage, pendant les mois d'avril , mai, juin, et quelquefois , ce qui est rare , en septembre et octobre , mais seulement pendant les trois ou quatre jours qui précèdent la fin de chaque lunaison.

Les habitans nomment magnahak ababa [magnahak fou , qui extravague] celui qui vient en septembre et octobre, parce qu'en effètcette circons- •

lance se présente à peine une fois en vingt-cinq ans.

Mais quel que puisse être le mois où le magnahak arrive, il se voit toujours en nombre prodigieux. A peine commence-t-il à paroitre , que tous les hahiians riverains se précipitent sur le rivage , et s’empressent d’en faire de très-amples provisions. Notre planche 6 } montre quelques détails de cette pêche. On y remarque, à droite, les personnes qui traînent au rivage un lagma pola qui n'a été tendu qu’à peu de distance de terre; sur une natte, à gauche, est déposé le poisson déjà pris, et que des femmes mettent en toute hâte dans un sac de vkcoua, pour le transporter au lieu où il doit être salé.

Lorsque commence l’apparition du magnahak sur la côte , disent les pêcheurs, ce poisson n’a encore pris aucune nourriture; dès qu’il mange, il change de couleur, et ne va plus par bandes, mais se tient au milieu des rochers. On reconnoit deux espèces de mâgnahaks, dont une est un peu plus grosse que l’autre. Qutyid ceux de la petite espece arrivent les premiers, on doit s'attendre que le lendemain il en arrivera encore , soit de petits , soit de grands ; si les petits continuent de venir le second jour, on aura, sans aucun doute, de grands mâgnahaks le jour suivant ; si c’étoient au contraire ceux de la grande espèce qui vinssent le second jour, il ne faudroit pas en attendre d’autres ensuite.

Lorsque les grands magnahaks se montrent le premier jour, il n’en vient point de petits; on peut compter, au contraire, qu’il y en aura abondamment le lendemain, et peut-être encore le jour suivant, si les petits et les grands sont entrés ensemble dans la baie. A-t-on vu les petits les premiers, et les grands sont-ils venus ensuite dans la même journée , on n’en aura aucun le lendemain. En général , il est fort rare

Ile; Marianne!, qu’après les petits magnahaks, il n’en vienne point de grands , et toutefois Pèche. cela n’est pas sans exemple. Ordinairement il en entre peu le premier jour; ceux qui arrivent sont comme une sorte d’avant-garde, propre à engager les pêcheurs à se mettre en mesure pour le lendemain.

L’atchoman se pêche en dehors des récifs, depuis une demi -lieue jusqu'à cinq lieues de distance de terre : plus près, on ne prendrait rien ou presque rien. L’operation commence au mois d’août et se continue • jusqu’en octobre , époque où ce poisson est déjà parvenu à toute sa

croissance. On s'occupe d'abord à leurrer en quelque façon l'atcheman, afin de le forcer, avons-nous dit, à venir vivre à la surface de la mer, où il est plus facile de le capturer. Suivons l’opération dans ses détails.

Le pêcheur remplit la capacité d’un poïa avec la pulpe mâchée d’un jeune coco, et le descend , à l'aide d'une ligne à laquelle l'instrument est suspendu, jusqu’à la profondeur de 6 oü 8 brasses; on donne alors de temps en temps à l'appareil de légères secousses, qui à chaque fois font sortir quelques parcelles de coco mâché ; ies atchemans, qui en sont trèsfriands, se réunissent tout autour en grand nombre pour en manger. Quand le poïa est présumévide, on le retire, on le charge de nouveau, on le redescend à la profondeur où il étoit primitivement, et on l’y laisse jusqu’au soir, .moment où on le retire enfin tout-à-fait. Le lendemain , le pêcheur revenu à son poste continue le manège de la veille, à cela près que le poïa descend moins bas d’environ t ou i pieds. Chaque jour on le remonte d'une quantité parfille, de façon qu’au bout d’un mois et demi ou deux mois, en comptant lés journées où le mauvais temps force à discontinuer cette manœuvre, l’atchoman finit par venir chercher presque à la surface de la mer l’appât perfide qui l’allèche. C’est ordinairement à une brasse de profondeur qu’on s’arrête.

Il est à remarquer que le leurre des atchamans ne dure aussi longtemps que lorsqu’on veut en obtenir une pêche très-abondante ; si l’on ne commençoit l’opération qu’en septembre, époque où le poisson a déjà atteint toute sa croissance, quinze jours de nourriture préalable pourraient suffire. Dans ce cas, au lieu de raccourcir graduellement la corde- d’un ou deux pieds, il faudrait la raccourcir chaque jour d’une quantité bien plus grande.

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