LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement
Parvenu i une brasse de profondeur, et la poïn étant toujours en lia Maisnnés. mouvement, le pêcheur ou «es aides mettent à l’eau la vaste caudrette Wd* [lugba titchamcw] mentionnée plus. haut; ce filet, en forme de poche, glissé avec précaution en dessous du pcn'a, qui continue toujours d’allécher le poisson , est relevé ensuite petit i petit-, jusqu’à ce que le cerceau qui en borde l’ouverture soit au niveau de l’eau. C'est alors que des hommes vigoureux , postés à cet effet , retirent le filet et jettent dans leur pirogue le poisson pris. On recommence aussitôt les mêmes manœuvres; l’alchoman revient en foule autour du pois , et- l’on peut dans la journée obtenir une seconde et même une troisième capture. On se borne là pour l’ordinaire, car il faut se hâter de livrer le poisson aux ’ femmes , qui s'occupent de .le faire sécher au soleil, après l’avoir légèrement salé.. Cette pêche productive, à -laquelle les anciens consacroient un certain nombre d’heures par jour, se continuoit . «
jusqu’à l’émigration des -atchonians, - ,
Par des alignemens pris à terre, on fixait les limites entre lesquelles chaque pirogue avoir le droit de se tenir; mais aujourd’hui les habitai» de l'ile Rota -étant les seuls ,à suivre le procédé que noos venons de décrire , toute restriction de ce genre est tombée en désuétude.
Pêche du Lsgaas. — Le poisson qui porte ce nom donne lieu à deux méthodes, de pcche : l'une a lieu la nuit, l’autre se fait pendant le jour.
A l’époque des nouvelles-lunes d'aôût, septembre, octobre, nôyembre et décembre, une pirogue part isolément après le coucher du soleil, lorsque la mer est basse et tranquille; u/i homme placé de L’avant porte à la main une torche, à la clarté de laquelle on aperçoit fort bien le poisson endormi près .de la -limite extérieure de» récifs, où il a coutume alofs de se tenir. Le pécheur, armé jadis d'une lance barbelée et maintenant- d’une fouène à plusieurs branches , pique le lagoa» , (e jette dans sa pirogue, et continue ce manège en silence et -avec précaution. ■ i .
Pins ingénieuse et plus récréative, la pêche du Jagaas pendant le jour ne peut guère être considérée que -comme une partie de plaisir.
Après s'être procuré un de ces poissons vivant, on lni perce l’os de la mâchoire inférieure, à laquelle on fixe une ligne ou cordelle de quelques Vyngt ii rUrniU. — Hisorifie. T. U. K k k •
Iles Marianne*, brosses de longueur : cette opération, qui ne lui -fait aucun mai, est Prrfie. combinée de manière qu’il ne puisse, avec ses dents, -qui sont très- •fortes (t), couper cette espèce de bride. En cet état, l’animal est'embarqué sur une pirogue , soit dans l’eau, soit à sec, car le iagoas ne meurt pas facilement lorsqu’il est hors de son clément. Le pécheur, se dirigeant" ensuite vers les bassins naturels que forment les coraux en dedans des récifs , met l'animal captif à la mer et le laisse nager à la longueur de sa corde. Dès que d’autres lagoas l’aperçoivent, ils se précipitent furieux pour le mordre; ordinairement un seul commence l’attaque : alors le pêcheur, tirant un peu. ia ligne à soi , soustrait son prisonnier à une nouvelle atteinte, et le ramène peu à peu auprès de ia pirogue, où il le rembarque aussitôt. Après avoir ajusté un nomd coulant (a) à l’endroit où l'animal à été blessé, il remet sur-le-champ celui-ci i l'eau; l’assaillant se liâte de revenir à la charge, et cherche toujours à mordre à la même place ; cette opiniâtreté est cause de $a perte ; le pêcheur, tirant à propos son lacet, s'empare de l’agresseur malavisé, qui se trouve ordinairement étreint entre ig nageoire pectorale et la nageoire inférieure, situation pour lui tellement douloureuse, qu’il ne fait même alors aucune tentative pour couper la corde qui le lie. ..
Le lagoas captif semble faire horreur aux autres; on en a vu qui, fuyant devant ia pirogue, se retournoient avec vivacité pour fondre sur lui: Rarement le pauvre animai cherche à se défendre.
Si, pour commencer cette pêche, on n’avoit pas de lagoas vivant, il seroit possible d’y suppléer par un poisson de la même espèce, salé depuis peu, et lesté d’un caillou inséré dans- l'estomac.
Un pêcheur -habile ne prend guère, de la sorte, que six ou huit lagoas tout au plus par jour. En plaçant chaque soir dans un parc près du rivage, le poisson vivant qui a servi de leurre, on peut le conserver et en faire usage pendant une semaine entière. . ’• , .
Cette pêche curieuse ne se pratique plus aujourd'hui qu’à Rota, île où tout ce qui tient aux anciens usages mariannais sert plus soigneusement conservé qu'ailleurs. •
( i ) 11 a deux dents en bas et deux en haut , qui occupent toute la mâchoire. ' > v (aj Je n’ai pu voir comment cet appareil étoit disposé.
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