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S. XI

Gouvernement des anciens Mariannais.

Je sépare le gouvernement d’institution mariannaise de celui qui s’est établi depuis la conquête, sous l'influence immédiate de l’Espagne, et dont il sera plus spécialement question dans notre prochain paragraphe.

Les îles de l’archipel , partagées en un certain nombre de tribus indépendantes ou alliées , dont chacune comprenoit .une ou plusieurs bourgades , étoient soumises à des coutumes et à des lois qui étoient les mêmes pour toutes (1).

( 1 ) Sans doute aucune dé ces lois ncioit écrite ; mais est-il bien indispensable'que les lois Voyagt 4* fUrmit. — Historique. T. 11. * O O O

, 47 i VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

ll« Marianne*. L’autorité souveraine de chacun de ces petits états , espèces de mo- Ancien , narchies domestiques, étoit dévolue à un chef unique ou roi, nommé

gouvernement. 1 • ' . r

maga-lahi , cest-a-dtre, ancien nomme, supérieur, chef de famille, patriarche,

parce qu’à l’exception des marigatchangs et des atchaots, la peuplade

entière n’étoit en effet composée que de parens. Pour bien concevoir

cette dignité, et les. autorités inférieures qui en relevoient, jetons les

yeux sur la figure ci-jointe :

. La courbe ponctuée indique l’enceinte

de la tribu; A représente le maga-lahi; et

"le groupe de points correspondans n.* i ,•

ses fils, petits-fils et autres descendans en

ligne directe. •

B et G, chefs des familles suivantes n.°* 2 et 3 , sont les frères cadets de A , classés par rang d’âge , et dont la lignée immédiate est aussi marquée par des points.

D et F, respectivement cousins germains et neveux du maga-lahi, ont leurs familles représentées par des signes analogues à ceux qui précèdent. Il suffit, pour être compris, de nous borner à ces seuls degrés.

Le maga-lahi étoit donc toujours , dans l’échelle ascendante de la parenté, le mataa le plus âgé .de Ja peuplade; il commandoit, en paix • comme en guerre , à la totalité des habitans, qui, nous le répétons,

pouvoient être réunis en un seul ou en plusieurs villages; après lui, les chefs de famille B , G , D, F, 8cc. , formoient Ja hiérarchie des autorités du second ordre, prises ainsi que nous l'avons indiqué (p. 37»); c’est-à-dire qu’après le souverain venoient ses frères , puis- ses cousins germains, ses neveux, ses fi|s, &c. : comme chefs, on ne leur donnoit aucun nom particulier.

La femme du maga-lahi s'appeloit maga-haga [supérieure , princesse], et jouissoit elle-même de certaines prérogatives dues à son rang et à son sexe.

le soient! N'en eaistoit-il pas en Égypte avant Hermès, inventeur des lettres! Et dira-t-on qu’il n’y eut pas de lois à Sparte, où Lycurgùe. avoir défendu aua citoyens l'étude des lettres! { Voyez Principes de ta philosophie de l’histoirt, traduits, de la Scienzamtovd de Vico,par Michelet.) " • * T ' . ’ • .

LIVRE III. — De Timor aux Mawannes inclusiveü^nt. 475 A la mort du roi, son frère aine lui succédoit; à défaut de frères, îles Marianne».

c'étoit un de ses cousins germains, puis un de ses neveux, par ordre d’âge; mais son propre fils n’avoit droit d’occuper le premier rang qu'en cas de décès de tous les parens mâles dont la naissance étoit antérieure â la sienne. Les femmes étoient exclues de l’exercice de cette prérogative.

Tout mau a dont la famille et les richesses étoient assez considérables pour lui permettre de maintenir son indépendance par la force des armes, avoit le droit de fonder un état nouveau, et d’emmener avec lui, non-seulement ses parens et ses alliés, mais encore ses atchaots et ses mnngatchangs.

Les femmes,- sans être précisément investies de l’autorité politique, exerçoient néanmoins dans les conseils et dans les tribunaux, dont elles fitisoient partie, une telle influence ,' qu'il est exact de dire qu'en fait c'étoit à elles que la direction des allaites publiques se trouvoit réellement confiée. Maîtresses absolues au logis, elles y avoient en tout ta haute main, et rien ne se lâisoit sans qu’on çut pris leurs avis ou obtenu leur aveu. A présent même que la lime du temps n’a plus laissé subsister que quelques traces imperceptibles des anciennes moeurs , cette déférence des Mariaunais pour leurs compagnes n’a rien perdu de sa force , et a pu même paraître excessive à des yeux français, si accoutumés aux égards . que nous prodiguons nous-mêmes à ce sexe (1).

Alliances, divorces. — ; Une fille, en se mariant, n'apportoit jamais de dot à son mari; c’étoit à lui ou à ses parens qu'il appartenoit de pourvoir à toutes les nécessités de l'entrée en ménage.

L’acte d'union toutefois n'étoit pas indissoluble; il ne durait qu’autant que les époux étoient contens d'être ensemble; dès l'instant où l'incompatibilité étoit reconnue, la séparation avoit lieu. Une femme adultère répudiée par son mari et renvoyée dans la maison de sa mère après un jugement, étoit en même temps privée de ses biens. Le mari

• Ancien .

gouvernement.

Lois ,

tribunaux.

(1) « Chez les peuples les plus poli*, dit Montesquieu, les femmes ont toujoura eu n l'autorité sur leur» maris; elle fut établie par une loi chez les Égyptiens , en l’honneur «(Hsis, et chez les Babyloniens, en. faveur de Sémtnpm. .On disou des Romains qu’il»

» corn rua ndoient à toutes les nations, nuis qu’ris obéissoient à leurs femmes. *> t Lettres persanes.) *. . * • f * -*• , . '

OOQ*

Ancien

gouverneipei)t.

l.lt» Mariannes. n’eût pu sans infamie éviter cette séparation , et se fût même déshonoré en reprenant jamais avec lui cette épouse coupable (i).

Libre de venger sur le séducteur l’affront qu’il avoit reçu , même de lui ôter la vie, il devoit borner là son ressentiment, et n’infliger à celle qui avoit souillé sa couche, d’autre châtiment que l’exclusion du domicile conjugal.

Si le mari , au contraire, n’avoit pas pour sa compagne toute la déférence quelle étoit en droit d’exiger, s’il menoit une conduite répréhensible ou lui faisoit supporter les effets de sa mauvaise humeur , elle pouvoit impunément le battre , ou bien le quitter pour retourner à son premier état de liberté (i).

« Est-elle convaincue , dit le Gobien , que son époux a des liaisons dont » elle n’a pas sujet d’être contenté, elle le fait savoir dans le village à » toutes ses compagnes, qui se donnent un rendez-vous. Elles s’y trouvent la lance à la main , et le chapeau de leurs maris sur la tête. Dans cet » équipage guerrier, elles s’avancent en corps de bataille vers la maison .» du coupable. Elles commencent par désoler ses terres , fouler et arra- » cher ses grains, dépouiller ses arbres de leurs fruits, et faire par-tout ' ■> un dégât épouvantable: elles fondent ensuite toutes ensemble sur la >• maison; et si le malheureux mari n’a pas eu la précaution de se retirer » et de se mettre à couvert, elles l’y attaquent et le poursuivent jusqu’à ‘ » ce quelles l'en aient chassé.

■■ Elles ont encore une autre manière de se venger. Elles abandonnent »• leur demeure , et font savoir à leurs parens quelles ne peuvent plus » vivre avec leurs époux. Ceux - là se transportent sur l’heure à ia » maison du mari, la pillent, la saccagent, et emportent tout cé qu’ils y » trouvent : heureux encore quand ils s’en tiennent là et qu'ils n’abattent » pas les bâtimens, comme cela a lieu quelquefois î »

De quelque côté, au reste, que vînt la séparation , les enfans alloient avec la femme, et considéraient son second époux, lorsqu’elle se re- , marioit, comme leur véritable père. La même chose avoit lieu à l’égard d’une fille devenue mère : en se mariant , elle introduisoit ses propres

(1) Voyr^ plus haut, page 21 1. • ,

(2) Voyr^ le Gobien, ep, Ciu • . .'

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