LIVRE lit. — De Timor aux Mariannes inclusivement
confisqués , y compris le cadeau dérisoire dont on l’avoit gratifié pour 1k-* Mstuhiim.
son malheur. Ancien
gouvernement.
Sè refusoit-on ‘-volontairement à venir au secours de sa famille • ou négligeoit - on par paresse d’autres devoirs, on étoit à son tour condamné à ne pas recevoir l'assistance de ses parens dans les .mêmes circonstances , abandon qui cottvroit de honte celui qui l'avoit encouru.
Les enfans d un atchaot restoient dans cette classe dégradée jusqu'après la réhabilitation du père , ou jüsquà ce que quelque circonstance fortuite vint les en tirer. Jamais un banni n’était reçu dans une peuplade étrangère, avant qu'on se fût bien informé de I» nature er de la’gravité de sa faute ; dans certains cas ,• il étbit impitoyablement repoussé de toute part (1); • -.j. V- •<;
Tout démêlé d'individu à individu se vidoit entre eux deux ; mais s’il s’erisuivoit une rixe par trop violente, les spectateurs étoient tenus de interposer pour mettre le hdtà : souvent même le chef du village ctoit appelé à user de son autorité; en ce cas, une simple injonction de sa part, transmise même par un enfant, Suffisoit pour séparer les combattait* ; te refus d'obéir sans hésiter. eût été puni d'un châtiment exemplaire. •'« SH.. • ' H • *i
Nous avons vu (pa'g. 368) avec quelle sévérité étoit interdite ('union , même passagère, d'un matua avec une fille mang.lt chang; cette rigueur -avoit pour objet d'empêcher le mélange du sang de la noblesse àvec celui d’une race avilie,- mélange qui, d'après les idées répandues aux Mariannes, neuf pas manqué de produire une .fâcheuse altération des qualités physiques et morales des hautes classes de la société.
Une manière de voir toute semblable , établie cher un grand nombre de peuples tant anciens que modernes, ne seroit-eile que l'effet d'un préjugé d'amour -propre , ou bien faut~. il l’attribuer à’ l'observation de faits plus réels qur aurotent donné naissance à l'opinion des penchans innés! Il sesoit curieux d'approfondir si , comme certains auteurs l’ont avancé, le père et la mère peuvent transmettre à leurs enfans, avec la forme et les traits de la physionomie, lés goûts, l'esprit et le caractère
(1) V.y*z pl«« h»ut, pig.'jéâ, j p- n
Yofigi A rc/raïut. — HlptoftqiK. T. II.
PRP
48a •> » VOYAGE AUTOUR DU MONDE,
lies Marianne*, qui les distingue (’r); et si chez les animaux eux-mêmes , certaines habi- Aacifn
j;oitvenîemém.
Ancien tudes n'ont pas été souvent transmises par. voie de génération (1). ‘
••Ce n’est pas seulement dans ces rencontres, dit le Gobien top. rit.),
• que les nobles font paraître le mépris qu’ils ont pour le peuple; ils'
• le poussent si |oin, que c’est un crime d’approcher de la maison d’nrt ■•.noble ou de sa personne.;.-. Cet entêtement est si grand, qu’un noble ••^croirait sa maison déshonorée , si une personne du peuple y avait bu
où mangé. -
' Un mangatchang qui aurait passe sans s'incliner profondément devant un mÿtoa , eût été considéré comme l'ayant défié au combat , et pour cela seul puni de mort. { Voyr£ pag. j'68). "• •
L'adoption d’un enfant n’avoit lieu qu’après avoir consulté tes deux familles et pris d’avance l'avis du maga-lahi : on recherchoir scrupuleusement l’origine de celui qui devoit en être l’objet;' enfin le contrat’ ne recevoit sa sanction que lorsque toutes 'les conséquences de cet acte important avoient été pesées et discutées. L’adopté, jouissant dès-lors des prérogatives d’enfant légitime , participoit aux droits et aux obligations tracées par les lois aux membres de sa nouvelle famille. Un seul pdint étoit réservé ; c’est qu'à la mort du père , l’enfaht adoptif ne peuvent devenir chef de la famille au détriment d’un fils atchafgnag ou Issu du mariage; il eût été pareillement inhabile à succéder au souverain pouvoir.
Une formule de civilité qui, dans nos usages , esr considérée comme une marque d’in|érét , prenoic ici le caractère du sarcasme et même d’nne injure punissable. Si, en reconduisant une dame qui étoit venue rendre visite à son parent , celui -ci avoir l’impertinence de lui Jïre , Prenez garde de tomber en descendant t escalier, c’en étoit assez pour mettre en rumeur toute la parenté.' Cette étrange susceptibilité avoit pour principe la solidarité établie entre tous les membres d’une même famille ; 4 l’effet de veiller en commun au bon entretien de la maison de chacun d’entre eujr-r .
( >■) Verra, lürov de Buzsren nguw, Phtlotephe pfyiiottgique, ftbtiqm et morale.
(a) On trbuvera , dam le* AnnaUs desSciftt. na(. pour 1819, un curioux .Mémoire de M. le docteur RouJin , Sur qurhjuts • changements obéervâs Haut Us aniinauf‘ dcmtstifjits transportas df l'ancien mand* dans U nouveau ,• où c*«e <jtie*iou‘et quelque» auWfc* sont -panées ea ^vue.
LIVRE III. • — De Timor aux Marianne* inclusivement. 483 admettant sans doute la supposition qu’on ne saurait tomber dans un Ile» Marianne*, escalier tenu en bon état , un tel avertissement étoit censc n’être qu’un » Ancle» reproche indirect d'incurie adressé à lu parenté entière, une insulte enfin, *ouv'n'emtm' dont le ressentiment ne pouvuit être calmé que par une réparation authentique. A - > . . ** • • • v*. , •
. Tout hommê qui se serait battu avec une des lances barbelées destinées à la pèche, étoit condamné à mort, à moins qu'il ne pût prouver que, se trouvant engagé dans un guet-apens, il serait vu forcé, pour défendre sa vie, à taire usage de cette arme prohibée, la seule qu’il eût alors sous la main. -.i -s. ■
Lois relatives <iux etrangers. — Un étranger qui , arrivant en plein jour dans une bourgade, n’ulloit pas a l’instant demander au maga-lahi la permission d y séjourner, étoit arreté jusqu’à ce qu’on eut pu exactement coiyioître l’objet dé sa venue. Mais s’il annonçoit des intentions bienveillantes et amicales (r; , cette déclaration sultisoit pour le taire favorablement accueillir. . • 1. -..éf
L’imprudent* toutefois, qui pendant la nuit eût cherché à s’introduire sans précaution dans un village , aurait couru risque d’étre tué -par les premiers habitons qui l’eussent découvert, Pour y pénétrer à ces heuresda avec sécurité, il talloit s'arrêter sous le hangar des pirogues, tâcher de se faire entendre de quelque habitant, soit eii sonnant de la conque, kôit en appelant à haute voix, et le prier d'aller 'obtenir du chef de la tribu une petmissîon d’entrer : ces formalités remplies, l’étranger pour voit aller par-tout sans aucune crainte, • 1
Selon la tradition , une barque dont on ignore l'origine se perdit , a une époque très-reculée , sur file Saypan. L'équipage entier fut ég|rgc , à l’exception d'un enfant qui, ayant plu à la femme dit magalahi , obtint à ce titre d'avoir la vie sauve. Le motif de cette horrible cruauté fin la crainte qu'inspirait ta présence de ce grand nombre d’étranger» inconnus, dans un lieu où ils n «voient aucun moyen d'existence, et qui eussent probablement tenté de. dénaturée les moeurs et les usages
du pays.
ta*»* V
(r) P<ÿ»page36 ?.
Ppp»
J-U-s Marianne*.
Ancien 4 goevememcnt.
484 VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 4**Vs, .
Heureusement on cite peu d’exemples des effets d'une politique aussi atroce, La tradition consacre même le souvenir d’un bâtiment monté • par des Espagnols , qui, avant la conquête des Mariannes , fit naufrage devant (t)mata, et dont l'équipage, accueilli cordialement par les indigènes , reçut d'eux en outre une pirogue pour se rendre aux Philippines, il est vrai que la conduite antécédente des navigateurs dé cette nation européenne leur avoit concilié l'amitié de la population mariannaise.
Lois r douves à la pèche, -—-On assignoit à chaque pêcheur d'atche- • mans, avons- nous dit, une étendue de mer dont il lui ctoit défendu de s'écarter, et dont les limites étoient fixées par des alignemens pris à .* terre; mais, maigre ces sages précautions, l’homme de mauvaise foi trouvoit moyen de frauder les droits de ses voisins. En traversant plusieurs cantons- de pêche, il saisissoit- le moment favorable pour jeter A la dérobée son paia {1 ) à la mer; attirés par cet appât, les poissons suivoient en fouie la pirogue; et en arrivaht A sa propre place, il pouvoit en faire une ample capture, -Au grand détriment de ses camarades, dont il diminuoit par ce manège les chances de succès. Mais aussi , malheur A-lui s'il se laissoit prendre sur le fait! la mort ctoit le prix de sa coupable ruse. Cette punition-, au reste, paroît ' d'autant plus sévère, que de maraudeur de poisson dans le canton d'autrui n'encouroit que célle du bannissement.
Pendant -la pêche du magna kak , si celui pour le compte duquel elle se faisoit demandoit f assistance de ses parens, ils. ne pouvoient la lui refuser. On raconte, qu’un homme qui, par oubli, n avoit pas été invité à un mariage où il devoit assister tomme parent, attendit l’instant de ht cérémonie pour aller jeter ses filets, et somma le futur, sa prétendue et tous les gens de la noce, de venir à l’instant mettre la main à l'œujre et l'aidèr dans son travail. Ils s’y rendirent en effet, et éette plaisante malice ne provoqua que' de grands éclats de rire.
. Le pêcheur qui réclame les services d’une ou de plusieurs personnes , leur doit, à titre de salaire, une portion de- sa pêche; si le filet ne fui appartient pas , Ja moitié du poiison capturé revient de droit au maître
(O Vvyfz ptgc 4)6. • * . *
LIVRE 111. — De Timor aux Marianne* inclusivemeUt. f8j de cet instrument. Ces réglemens continuent d'être en vigueur parmi les Mariannais modernes.
Tout ce qui, chez les nobles, intéressoit l’honneur et la conservation de leur famille, y compris même les questions de guerre et de paix, étoit soumis à un conseil compose des chois et des i'emmes de la famille dont la tribu étoit composée (t-), dans lequel ce» dernières avoient une très-grande prépondérance.
- Ce tribunal exerçoit sa juridiction sur le matra noté dsnfamie à la guerre, pour cause de trahison ou de lâcheté ; sur celui qui, sans la permission du maga-iahi, s’étoit livré à des opérations de commerce avec des gens étrangers à sa peuplade; qui s’éloit battu avec des armes prohibées fi); qui avoit négligé ou seulement trop tardé de. venir au secours dun membre de sa famille dans le besoin; qui s’étoit allié ou mémo avoit vécu en simple concubinage avec une femme mangatchang; sur celui enfin qui s’ïtoit rendu coupable de qnelqtie délit relatif à la pêche, ou- bien avoit enfreint dè toute autre manière les ordres de ses chefs on les lois du pays. Commettre une- faute dont la famille pouvoit avoir» rougir, c’étoit insulter toutes les proches parentes: aussi venoiêntelies toujours en demander la. réparation en personne; dans les cas trèsgraves, les femmes même purement alliées avoient le droit de faire par: venir, leur* doléance». L’accusé se défèndoit lui-même , et faisoit ressortir, soit les circonstances atténuantes de sa faute, soit .son innocence. Si le délit, quoique avéré, ctoit jugé susceptible de rémission, les parentes, ou une seule au nom de toutes, déposoient un alas aux pieds du coupable, qui-, afin de répondre à. cette muette notification, consignait du poisson-sec ou frais, du riz, des racines, &c. , pour une valeur au moins égale : cet échange d’aias et de- denrées se renouvelait à plusieurs reprise»,
( t ) « Les Gaules, autrefois divisées en soixante cantons , avoient un cnnseit général, com- » pose pendant long-temps de femmes tirées de chaque canton ; elles délibéraient de la jsaia « " de la guerre, et jugeoient les différera qui jçlevoient er^re les juge» de chaque canton. Ce •'fut i ta’ suite tfutr discours prononcé /avec «ne dignité etNrné fermeté- héroïques , par une » dama gauloise, sur le choix d'un chef et quel en devoir être le but en rétablissant , qu'il fut v décidé de créer un tribunal de dames de la nation. Ote peut en hier l'époque en l'an 1 177 » avant J. C. C'est par ce conseil qu'étoient gouvernées les Gantes du temps d'Attnibal. s. ( Variations Je la wonarchif gaaloist r pat Gauthier de-Stbert.) ...
Lies Mariant. ri.
Ancien
gouvernement.
Tribunaox.
fa) Vojftz d'dessus, page 48 J,
«T. ce- a.
lié* Mariannei. et au point que l'accusé, s’il n était pas puissamment riche, se Vbyoit Ancien bientôt hors d’état de continuer à y faire face; car il ne s'agjssoit point gouvernement. ^ comptcr sur des délais pour s’acquitter; il failoit que le troc Se fît de la main à la main, en nature et sur-le-champ. Aussi l'homme opulent que ses ressources mettoient en état de tenir bon jusqu’au bout, étoit renvoyé honorablement déchargé ; il se retirait comblé de politesses , emportant les morceaux d'écaille , et ses accusatrice» ies provisions de bouche. Combien étoit différent, au contraire, le sort de l'accuse dont les moyens ne pouvoient suffire à tant d’exjgences! Les organes de- la justice, inflexibles pour lui, te coiidamnoient à subir dans toute sa rigueur la peine qu’il avoit encourue.. . , r
Ces sortes de jogemens se. nommaient tajia. Les polafatui ho [proche» parentes] { i) étoient les seules qui pussent mettre d es a las devant les accusés. Les filles nuiulittws, c’est-à-dire, celles qui aVoient eu commerce avec les elitaos (i)î étoiem libres, d'assister à ce» séances, sans y\ être cependant obligées comme les ftmmrS mariées; il ne leur étoit pas permis non plus d’apporter des monnoies d'écaille-: les fHIes vierges étoffent exclues. En général une maeiitao, quelque jeune quelle fût, joui»soit de plus de considération qu’une personne de son Sexe, avancé* en âge, qui s'étoit maintenue dans ia-chasteté. • *.
Les. mangatchangs coupable» d'uh. délit grave n'étoiem soumis qu’au jugement du. niaga-lalti ou chef de la tribu; celui-ci déddoit encore en dernier ressort , conformément à la délibération du eonseil , sur les questions de paix et de guerre, les' traités d’alliance, en un mot sur tout «e qui intcresioit le bien-être et la sûreté du pays.
•Mon noies. On a vu précédemment (3 ) quelles étoient la forme et la nature dut colliers que ies dames mariannaises , et parfois aussi les hommes, fais'oient servir tant à leur parure qu’à s’acquitter de certaines redevances; le prix qu’on attachoit à l'écaillequi avoit mérité l'honneur d’être percée .d'un
certain nombre' de trous, «roissoii eh raison -même de leur quantité (4).
{*): Veyz plu» baai, page 37*.. . ; • * .
(*) Jbi<f. pàge rUo et 369. y ... , ^ •
(5) Pag. 3'i , 376, 39i« J95. \ . ... '•
(4) Y°y*Z re^pUcadon de cette coutume > page 377. ^ v - . * , ,
LIVRE III. — De Timor aux Mariantes inclusivement. <87 Sous le nom générique <1 Vr/a*. on comprenoit, avons-nous dit, le gainl , collier un peu moins gros que le petit doigt (pl. 79, tig. 14)* « le l&kiio- ItagAii , d'un pouce environ de diamètre (même pl., tig. 13) ; le ghintits étoil un fragment du précédent , sans distinction de longueur particulière. Une écaille de tortue toute simple s'appeloit Inilni : si cette écaille étoit légalement percée de trous, elle recevoit le nom' de pinipa, et sa valeur étoit dautapt de fois trois hit /ni qu’il y avoit de trous sur la même écaille : le pinipu que représente notre planche 79, tig. té, valoit donc 1 2 laïlaïs. Nous nous servirons de cette même unité pour établir le rapport des diverses monnojes mariannaises entre elles.
té g«iof valait f> Uïlafr.
La- pi ni I- O’ * 4 • e* ev. . »«. * •
Enfin le Ukio-h«£»l valûit 24 lirtaï;, nn un pinipu perce de 8 vont.
Le jlKffitei étoit d’un prix moindre que le gotnï,- màis plus considérable que le I ail aï : c’est tout ce que la tradition conserve à ce sujet; quant à la valeur du gtuttihu ftimugaon , on la regardôit comme inappréciable ; elle étoit ;■ aux yeux des Mnriannais , ce' que serait pour nous un diamant de très-haut prix.
Ici se présente une réflexion bien naturelle : chaque habitant rt’étoit-il pas libre d’augmenter à son gré là valeur des écaillés qui cfoient en sa possession,, en y multipliant indéfiniment le nombre des trous \ La bonne foi et la sincérité qu’ils fnéttoient dans leurs relations mutuelles, pourroient servir de réponse à cette objection : mais, une telle fraude, au cas où quelqu'un eût osé la commettre, n’eût point échappé aux Veux vigîlans des membres de sa famille' et même de ses compatriotes, et aurait attiré sur son auteur le châtiment et l'infamie. Ces especes de monumens, destinés A perpétuer le souvenir dé faits remarquables et connus de tout le monde, naîtraient pu en présenter d’inexacts sans qu'ils fussent à l'instant démentis.
La. cupidité’ des Européens qui les premiers vinrent- sîétàbflr aux
lié* Mari.mntr*.
Ancien # gaùvememeni.
lies Marianne*.
Ancien
^ouvrrnemeat.
Guerre.
Mariannes , leur fil rassembler soigneusement toutes ces anciennes monnoies d’écaille, qu’ils portèrent ensuite et vendirent en Chine: aujourd’hui il seroit , comme je l’ai déjà dit , extrêmement difficile d’en trouver ; et mot-même, malgré les recherches obligeantes du gouverneur et du major D. Luis deTorrès, j’ai eu la plus grande peine à m'en procurer quelques fragnhens. ■ . - . ’ * • * ■ "■ '•
Nature et durée des guerres.— Les guerres que les Marianhais se faisoient entre eux n'étoient ni fort meurtrières, ni de bien longue durée. Jamais elles n’étoient suscitées par l'esprit de conquête ; ils ne prenoient les. armes que pour se venger d’une insulte grave, ou pour se soustraire au caprice et aux vexations de leurs voisins. Une tribu de l'intérieur detoumoit -elle ou arrêtoit-eile les eaux qui abreirv oient une peuplade placée sur un’ terrain moins élevé, c'étoit un sujet de guerre, à moins qu’à l'amiable on ne parvint à régler le different.
Manière de combattre. — u Prompts à t’irriter pour la moindre chose, les habitans n’hésitoiènt point à courir aux armes, mais iis les qüittoient avec autant de facilité. Lorsqu’ils se mettoient en campagne , leur usage étoit de pousser de grands cris, plus encore peut-être pour s’animer euxmêmes que pour effrayer leurs ennemis,, car ils n’étoient pas naturellement fort braves (i). Ils marchoient sous les ordres d'un des principaux chefs de leur tribu, et, en cas de ligue entre plusieurs peuplades , on déferoit- le commandement à celui qui, d'uB commun accord, en étoit jugé le plus digne par ses exploits, son courage et les ressources de son génie.
. La hiérarchie, telle que nous l'avons signalée dans le gouvernement civil , existait encore pendant la guerre ; le raagà-iahi , commandantné des troupes, avoit sous ses ordres, d’abord son frère aine, puis ses autres frères par rang d’âge , ses cousins germains , &c.
Au reste, la discipline de l'armée, l'ordre à suivre pendant la marche • et l'attaque , n’avoient .rien de commun .avec la tactique européenne. Chaque guerrier, à-la-fois officier et soldat, proposent ses. idées comme elles lui yenoient à l’esprit, dans l'intérêt de d’entreprise » et payait de sa personne à l'instant du .danger. La troupe se ralliait- au son de la
(«) Ciobi«0,«/>. ci,. -C . - . , , .
LIVRE IH. — De Timor aüx Mariannes inclusivement. 489 conque {1), et marchoif sous une bannière appelée baba a (a), dont on ignore aujourd’hui la forme précise et la couleur.
Les maffias et les atchaots s’armoient seuls lorsqu’il s’agissoit d’aller soutenir une guerre. LeS roangatchangs , privés de cet honneur, étoienr, dàns les expéditions sur terre , chargés du transport des munitions et des vivres (j): au reste, quant au second article , ils n’avoient pas de grandes fatigues à essuyer; car dans une campagne ordinaire, dont la durée n'excédoit guère trois ou quatre jours , la nourriture des guerriers se réduisoit à presque rien (4)- Observer avec un soin extrême les mouve* mens de i'ennemi , déployer une sagacité vraiment étonnante pour le foire tomber dans.quelque embuscade ( 5 ) : telle étoit la base de leur stratégié.
« Il semble, dit te Gobien (op. cit.); qu’ils ne se mettent en cam- »’ pagne que pour se surprendre les uns les autres. Ils n’en viennent » aux mains qu’avec peine, et, s'ils le font, ce n’est que pour ne pas » avoir la honte de se retirer sans rien foire. On diroit qa’ils ont peur » de se foire mai ou d’ensanglànter le champ de bataille {6). Deux » ou trois hommes tués ou grièvement blessés décident la victoire. » La peur les saisit à Ig vue du sang répandu; Hs prennent la fuite, et » fs* dispersent dans un moment (7).
(1) La ■ conque (pi. 58, Gg. 7) servoit , aux Mariannes comme aux Carofines , non-seule* ment à rassembler les combattant, mais encore à appeler leur attention Air un mouvement qui alloit sa faire, sur un ordre qu'on allcm donner. Si le son de cet instrument part 01 1 de la demeure du maga-bhi ou chef de la tribu , cétoft ufi ïyertissemcbt 1 tous les habitans dè se réunir chez, lui, pour recevoir qtrelque communication ; lorsqu'il »e faisoit entendre d'une maison particulière, c'c toit un lignai pour demander du secours,
(2) Il existe encore à Gaam une famille dont le nom de Babaura signifie qui a Sun défendu
notre bannière. Impose peut-4tr* par la reconnoîssJnce d’nn peuple à un homme valeureux , te nom offre, ce me semble, une preuve q\ie les anciens teiiotent abonnent, comme nous, la défense de leur drapeau. ; '
(3) Ils se servofeni, à cèt effet, des grands paniers en vacoua nommés hagmg, figurés pl. 79, % a. yyexpaf. 317. •
(4) Les mêfnes hommes qui don noient à la guerre des preuves .(Tune excessive sobriété, se monrroiem, dam d'autres circonstance», des mangeurs insatiables. ( Pfyçç ce qui a été dit des Carolihois, page 160.)
(5 ) V°y*Z. P*115 P*g- *7* et 1 79-
(6) Le célèbre Quiroga «voit remarque que fos Marian nais étoienr d'autant plus timides quoh leur montroh phia d'audaCe. Vty<\ pag. 202. J
(7) Ceci ne peut s’entendre que de leur* démêlés entre compatriote? ; car on le* a vus sou-
V'oyage de V Uranie. -*► Hi; torique T. 11. Q<| <[
Iles Marianne*.
Ancien
gouvernement .
]J« Marianne».
Ancien
ymvtnwaiw.
49o . VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
■ •» Les vaincus envoient aussitôt des ambassadeurs et des présent (i) >• aux victorieux , qui ies reçoivent avec tout ie plaisir que goûtent des •* gens timides et lâches, quand iis voient leurs ennemis abattus à leurs » pieds. Comme ce peuple est naturellement 'vain et orgueilleux , les » vainqueurs triomphent d’une manière insolente. Ils insultent aux n vaincus, iis s’en moquent par des chansons satiriques, qu’ils com- - posent et qu’ils récitent dans leurs fêtes. ■> Iis en usoient de même avant d’en venir aux mains avec l'ennemi , afin d'exalter leur irritation contre lui et de s’animer au combat (1). , .
Armes. -—L’arc et la flèche leur éloient inconnus; ils se servotesnt, à la guerre principalement, -d’un bâton à deux bouts (pl. 79, fig: 3 nommé godg&d attam , fait en .bois- d’aréquier ’(j), et ayant huit pieds de longueur et deux pouce» de diamètre au milieu; quelques-uns étoient garnis, à chaque -extrémité , d’os humain; (4) divarsement barbelés. »Ces us, qu'ils travaillent assez proprement, dit le Gobien, sont si veni- » fneux par leur propre vertu, que la. moindre esquille qui en reste au ». corps blessé, lui cause infailliblement la mort ( 5 ) avec des convulsions , • •des tremblemens de tout le corps, des grincemens de dents et des » douleurs inconcevables, sans qu’On ait pu, jusqu’à présent, apporter » aucun remède pour arrêter un poison si violent. Ces barbares ont une
». grande quantité de ces traits. » ;• • - - . • .
Lé dàgaa (pi; 79, fig. 4), instrument d’agriculture dont il a déjà été question, page 40i ■ servoit au besoin tant pour l'attaque que pour la défense. L’espèce de harpon barbelé , palms '(pl. , fig. Ji r), spéciale-
ment Consacré à la pêche de certains poissons et deS crabes , et dont
vent, pendant leurs guerres contru les Espagnols, montrer assez de' résolution et d«? courage.. (y<y*l p*g-.»79-) * ;
( 1 ) Les monnoie* en écaille; étoient üue chose» précieuses tju'iU. s’eaipressoieut le plutôt 'd’apporter comme gage de Jeur soumission. ( Voyez page 184. ) . •
(») pl«»iwut,‘pag. 177- et 18a. . , „ . •
. ho» «t très*- dur quand il est vieux. Le bâton i deux bouts, a fait autrefaU
partie de nos- armes de guerre otferuive* ; on ie retrouve encore an Brésil chei les. sauvages Mbayas. ‘ *
i4) C’ctoit ordinairement le tibiq qui servoit 4 former ces pointes. - •
(5) Le P. Murillo, dans son Mistorta de Filipiaas , fait, sur Je, danger de ce$ sortes de bfei* sHtcs,/lcA réitutions anajoguei.â.4felle».d6‘U Gt^en.,, 4’ „ #
LIVRE ni. — De Timor aux Marianne* inclusivement. 491 les aspérités étaient formées d’os humains ou entaillées dans le bois Ile* M«i»tine,. même, ne pouvoit non-seulement être employé pour la défense person- -Antien
ii ii. i gouvcrnem-nl ,
Relie que dans les circonstances impérieuses et prévues par la coutumo. mais, pour des . motifs que je ne saurais m'expliquer, ils sç faisojem même un point d’honneur de n’en faire jamais usage à la guerre. A>t .
En cas de nécessité, on se servoit encore, pour parer les coups de lance, du jsxijtiâ bâton de 3 pouces de diamètre et de 5 pieds £ dé longueut (pl. 79, fig. 10), qui, garni de feuilles de palmier.à une de ses extrémités, étoit plutôt destiné, les jours Je fête, à faire de» simulacres de combine qu'A devenir un instrument meurtrier. Les Mariannais n'avoient aucune autre arme délensive, et ne se préservoient des coups qu'on leur portoit que par l'agilité et la souplesse de leurs mouvemens , sur lesquelles ils comptaient beaucoup. .
La fronde [ atopet ] étoit une de leurs armes offensives les plus redoutables ; ils lançoient par soit moyen dés pierres avec tant de, raideur, qu’il n’étoit pas rare d’en voir pénétrer dans le tronc des arbres. La plupart des frondes étaient tissées en kair ( pl. .79 , lig. 6 ); .d’autres , faites en vacoua, étaient beaucoup moins estimées.- Le. projectile [djitjtr fiuttt] qu'on y mettoit avoit la forme que représente la figure 7 de notre planche 79; chaque frondeur en portait une certaine quantité dans pu sac [ha/nhtig] (1) suspendu à son côté par une bandoulière. ^ er Les armes décrites ci-dessus serv oient sur-iout pour les engage mens à une certaine distance ; falloit-il se, battre corps à corps,, le damaug et kata^a (1), espèce» de coutelas ou de casse -têtes dont la forme précise est maintenant inconnue, croient préférés : les anciens habijans avoiem aussi L’habitude de porter constamment ces dernièresarmes.è leur cfijif-* ture, ainsi que les modernes le font poqr la machete. *
, Fortifications. ~-r L’&rt des retranche mens ne leur étoit point étranger,