LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement
■*. . • * . * • • V . : . lies Caroline*.
- s ut. • • • • .
! • De l'homme considéré comme individu.
Quelque similitude qu’il soit permis de supposer exister entre lesCarolinois que nous avons observés et ceux des autres provinces, nous devons prévenir que, dans ce qui var suivre, nous aurons plus particulièremerit en-vue les babiuns des îles Poulousouk,- Poulouhot, Tamastm, Oliap ,
Fanadik, Satahouai, Gouliav, Goulimarao et Lamoursek, entre lesquels nous n'avofu remarqué aucune- différence appréciable.
Qualités physiques. ■ — » La couleur de leur peau, dit M. G ai marc) , est assez difficile à bien déterminer; on pourrait dire quelle est inter* médiaire entre le noir olivâtre et le rouge cuivré, ils ont en général les cheveux longs, noirs , lisses ou crépus (r); plusieurs les ont ramassés derrière la tète; chez d’autres; ils tombeur majestueusement sur les épaules en boucles élégantes,- qui ne sont point le produit de l’art, et- que l'on- voit flotter au gré du vent Ces insulaires, d’une taille assez ordinairement au-dessus de la moyenne, sont musculeux, torts et bien constitués; quelques-uns sont grands, bienfaits et fort beaux -hommes; ils ont les traits réguliers, le front haut , les yeux vifs, variant du gris au ttpir; le nez bien dessiné, quoique peut-être un. peu large -à sa base; la bouche graltde , sans être disproportionnée , èt garnie de dents éblouissantes de blancheur; les lobes des oreilles percés d’une ouverture telles mertt grande, qulls descendent presque sur les épaules; leur physionomie, enfin, est intéressante, spirituelle et douce. La barbe n’a pas ht même forme chez tous les individus ; les uns l’ont très-forte et réunie aux favoris, d'autres , et c’est le plus grand nombre , n’en laissent subsister qu’une touflè au menton ; quelques-uns ont des moustaches qui , dans ce cas, sont assez longues (»■). .• r
(i) Nous, avons vu, dans une des plus grandes pirogues, un vieux homme à cheveux h lança»
( 2 ) Le P. Cantnva , dans les Lettres édifiantes , parle ainsi de quelques Carolinois oui vinrent de Farroïlep i Guam, en 17*1 : « Ces [Cuples sont bien pris dans leur taille ; ils rom hante
Ui*s Carolinrs.
D«r üiomne comme individr.
TiUoitiïgrs. — >* Leur peau est ornée de diffcrens tatouages ordinairement bleus, quelquefois noirs, dont ht régularité et l'élégance sont des plus étonnantes. ( Voyt j pl. 53, j4, 55 et 57 ). Quelques individus ont treize raies sur chaque jambe , ce qui donne à cette partie de leur corps l'apparence de ces bas ra)és qu'on portolt autrefois en France : II n'est pas rare de leur voir sur l'avant-bras le même nombre de raies, que des intervalles égaux séparent constamment ; tel porte , au-dessous de chaque mamelle . une simple barre garnie en dessous de petits traits perpendiculaires , figurant comme une sorte de peigne; tel autre a des lignes transversales sur ia face antérieure de chaque épaule; (1 en est qui portent sur les bras des figures de poissons grossièrement dessinées , ou bien qui se font à la face interne de chacun de ces membres , des marques transversales et un moins grand nombre de raies longitudinales, qui se terminent toutes à la même hauteur ; -celui-ci n’est presque pas tatoué; celui-là réunit sur son épiderme tous ces divers genres d’agrément. Nous avons conjecturé que le plus ou moins de tatouage étoit toujours en rapport avec le rang social de l'individu : mais cette opinion est opposée à celle de Kotzebue, qui dit expressément ( 1) que les nobles ne se tatouent pas plus que les gens du peuple. Le chéf-carelinois que nos camarades visitèrent à Tinian, avoit le corps bariolé d« la- sorte avec un art admirable. » (Voyei pl. 57.) •
Les seules femmes carolinotses que nous ayons vues sont représentée!, l’unçpl. 53, l'autre pi. 57. Celle-ci, née à Lamoursek , se trcftivoitalors à Tinian, et y fut dessinée : nous avons parlé plus haut du rang quelle occupoit. La première vint à Guam dans une pirogue de Satahouai, avec sou enfant, jeune fille de six ans, dont la figure étoit intéressante; mais la physionomie de la mère, âgée de vingt- dnq ans, rcsprèoit sur- tout la douceur etia bonté : elle avoit les mains et les pieds d'une dimension et d’uae régularité parfaites. On la fitvétirà son arrivée; car, an langou ri près, elle ne portoit , comme ses compatriotes , aucun vêtement. Elle n'eut point l'air embarrassé dans ce nouveau costume ; ton caractère étoit gai , vif et
et d'une 'grosseur proportionnée: ta .plupart ont les cheveux crépus, le nec gros, de grand» yeux trés-perçani et la harlse assez épaisse. .
(1) A Voyûgt tfdictvtry, in <ï/y — itit^ t. III. • ' .
LIVRE III. — • De Timor aux Marianne* ikclusiviment. j>j spirituel; elle nous amusa beaucoup pur sa pantomime expressive. A en ll« Csiolin». jueer par ces deux -là, il serait présumable que les femmes ont l'habitude •’ïiom«»e de se tatouée moins qiK? le» hommes, et que c’est particulièrement aux individu, jambes qu'elles placent ce genre d’ornement; sur les épaules de l'une d'elle»; on remarque^ aussi cependant de iégères mouchetures artificielles.
Leurs oreilles avoient le lobe p^rcé et non moins distendu que cher les personnes de l'aulrç sexe
Hommes Urnes. On se rappelle que, petidant notre séjour aux îles des Papous, nous reconnûmes qu’il èxistoit, parmi la race brune de ces contrées,' quelques individus d’une peau sensiblement aussi hldnche que celle des f uropéens : cette singulière anomalie vim de nouveau frapper nos regards , lorsque nous traversâmes l'archipel des Caroline»; là nous aperçâmes un insulaire dont la blancheur étoit également bien prononcée. Plusieurs navigateurs ( t ) ont fait des remarques analogues dans les mêmes parages , et à une époque meme fort ancienne. Il ne paroit pas que, jusqu’ici, ce phénomène ait été expliqué d'une manière satisfaisante. ' .
Dimensions Au corps. — > M. Gahnard mesura les différentes parties du corps de deux Carolinois, ei les détails de celte opération sont consignés dans le tableau suivant. L’un de ces individu», désigné par le n,° i étoit un grand ci bel homme, fortement constitué, ayant une heureuse physionomie, qile reievoient de beaux cheveux noirs bouclés et uiv. tatouage
( i ) Sam .parler de Saavcdra , qui a cq* cité plus haut ( p-ig. 4^ ) » voici ce que raconte l’historien do voftgd dfc Mârton, Vrtptroîr* CroÂt : fi **ÎVtmPT1i Notivêlte -ZMlMe trois ou quatre Indiens qui svorent les cheveux rouges. 11 y en «voit parif»! eux qui étoient aussi blancs
que«o*ma<eUm;«t nous avons vu souvent, s ur no? vaisseaux, un grand Jeune homme bied fait, d* J ai’" .£ qui «ui pu passer pour us Européen , par. «a couleur et par ses trait».
J’ai vu une fille de quinze ou seize ans aussi blanche que nos Françaises..»
*V||y vji.ir>A<W» fies hiffmarfs de Pîfe Gouîiay f iftée] ) , dit le P. Cantova dans les Ltttm rdifiantrs , beaucoup de m**M et quelques nègres qui leur servent de domestiques. H en vrtiscmldul^B que le* nègres viennent -de la Nouvelle-Guinée, où cos insulaires ont pu a-ler du <ot^auouu ; pour ce qui eu cfes blancs , sans m’arrêter aux moyens dont (a divine Providence a pü te servir pour les conduire dans ces fies, je rapporterai seul -ment mes conjectures. *» Ôr, ce» «tejactofl* sont justement celles quo j'ai fric connaître et quej'af combattues plus haut
Le même anteur'dit encore (/uf. cit. } que, parmi les habitant d’Hogoleu , il se troûvfe des nègre*, drt mulà'tfes et der Mânes. .
J Curtlim’S.
De l'homme c d.ihmc individu.
magnifique , qui lui avoi» fait donner à bord le nom dé beau- tatoué. Celui n." -2 , l’un des plus petits Caroline»* que-nous ayons v«m, paroi ssoii aussi fort bien constitué; il avoit Us lèvre* saillante», 1** cheveux noirs, longs et plats , le lobe de l’oreille largement percé : d’un côté il portoit un clou dans laduplicature de cet organe; l’autre oreii le éloit jprnie d’un hameçon.
iw-; *•« «nM);-*!
DOICNSTtOK DES HtSlim PKISTS.
Hauteur du cori*
■ " — ' >' » de In rolortne «rrftébndc .
Grande circonférence de U le Ut..
Petite circonférence de b tète. . .
Circonférence du cou.
— de U poitrine *u,scla
y compris les •kras. .
• du rentre, à r«»ml»tlic . *■. .
- du bassin ..**,.*.
Longueur du membre supérieur. .
Circonférence du bras
. ....... ■— r de l’aviat-bcM. . ,
Longueur du membre inférieur . .
Circonférence de fs cuiise . . . . ,
■■ du genou. ......
- ■- du mollet. ......
' ■ • ■ du bis de Jembe .
Longueur du pied
Largeur du pied. .
Circonférence du coude-pied.
Agilité. — - L’agilité et l’adresse des Caroliuois sont très remarquable* t excellens nageurs , toutes les fois qu'étant sous voiles il» desiroient de venir à bord de f Uranie , ils ne balançoient pas un instant à sautera la mer pour saisir l’amarre qu'on leur envoyoit du navire. Vouloient-üs ensuite rejoindre leur pirogue, iis mbrit oient sur le bastingage, et sjélad^oietit à l’eau avec autant de tranquillj'tp que s’il se fût agi de descendre.ut) escalier. M. Quoy a été étonné de voir qu’en nageant, U» eussent presque toujours la tète couverte d’eau, et. ne la rilevjssent quepour reprendre haleine: une telle manière d’agir. leur esl apparemment j>l«* comtr.pJe,
LIVRE HT. — De Timor aux Marianne* inclusivement. 97 en ce qu'ils ne sont pas obliges de supporter le poids de cette partie du corps, ils plongent aussi d'une manière étonnante. Maintefols, ainsi que M. Lamarche a eu occasion de l’observer, on les voyoit plonger par quinze et yingt brasses pour aller amarrer à une roche ou à quelque branche de corail le bout de cor4e qui, destine à leur servir de cablot, devoit retenir l’embarcation au mouillage. Quand il s’agit d'appareiller, un des leurs plonge de nouveau pour aller larguer l’amarre ; et je crois qu’ils préfèrent cette manière deprocéder à celle dont nous faisons usage, l'emploi de nos ancres étant un moyen toujours plus long et plus pénible.
.Caractère moral. — Rien n'est aimable comme le caractère de nos Caroiinois; toujours ils se sont montrés à nous aussi vils, intelligent et enjoués que conftans et intègre». Dans nos échanges réciproques, jamais nous n'avons remarqué ni l'astuce, ni la mauvaise foi, ni la honteuse rapacité, Si manifestes et si choquantes chez les Guébéens. A bord, il est vrai, leur curiosité et leur distraction étoient extrêmes; mais il faut fattribuer à la confusion que faisoient naître en eux la multitude d'objets nouveaux et extraordinaires qui frappoiçnt leurs yeux , autant peut-être qu'à -leur légèreté naturelle. Leur extérieur annonçoit plus d'assurance que de crainte, mais «ans timidité comme sans effronterie : la bonté éloit répandue sur toits leurs traits.
Les habitans de l’tle Gouliay (Ulée) ont de la gaieté dans l'esprit, die Cantova, sont retenus et circonspects dans leurs paroles, et s’attendrissent aisément sur les infirmités et les misères d'autrui { 1 ).
Kotzebue (1), d'après le major D. Luis, rapporte que ces mêmes insulaires sont humains, affectueux, généreux et reconnoissans. Ils ont la mémoire du cœnr : reçoivent-ils en don un instrument utile, par exemple, cet instrument prend et conserve parmi eux, comme signe inaltérable de souvenir , le nom de l’ami auquel ii est dû.
Quoique plusieurs individus fussent, ainsi que nous l’avons dit, affectés de la lèpre , et qu’un entre autres eût un sarcocèle d'une grosseur extraordinaire, l'air de santé dont brilloient tous les autres tendroit à prouver que leurs îles sont fort salubres. À Guam, nous en vîmes un
( 1 ) Lrttm Misantes.
( z ) Vo)ùp of iitemtry, h i iSif— 1S1H, r. III.
Vyagt dt r L'raait. — Historique, T. II. N
lie* Caroline**.
J^e l'homme comme individu.
Maladies
lies Caroline, qui étoit attaqué de i’éléphantiasis. lis ne font point usage du bétel, et
De l'homme oonservent par cette raison la plus brillante denture. > -,
comme . * .
jnditidu. Leur moyen de guérir les contusions et les blessures légères, est trèsdigne de remarque, L’opérateur promène circulairement, avec le plat de la main, au-dessus de la partie malade., et à quelque distance, la valve d’une grande coquille nommée paï, et garnie de rubans en feuilles de palmier. ( Voyez, pi. 58, fig. 17.) Ce mouvement de rotation est accompagné de paroles modulées et mystérieuses qu'il ne cesse de chanter ou plutôt de marmotter entre ses dents; de temps à autre il suspend son opération pour faire quelques gambades,, puis revient la continuer jusqp’à ce que le malade soit soulagé. La guérison est attribuée non moins à la puissance magique de la coquille, qu’à celle des charmes proférés. Pour l’observateur attentif, cette pratique est-elle autre chose qu’un pur magnétisme animal , dans le sens que donnent à ce mot Mesmer et ses disciples! C’est un pilote de file Satahoual qui m'a communiqué çes détails curieux.
. Lorsqu’ils ont une digestion laborieuse, 011 les voit se frotter en rond le ventre avec la main. Si cet usage n'est pas raisonné , il ne laisse pas d’être efficace, et rentre, ce me semble, tont-à-fait dans la catégorie précédente. .Probablement les végétaux leur fournissent différent top piques, mais nous n’avons obtenu aucune lumière à cet égard.
...... ... $. iv. ...
De l'homme vivat* en famille. , . -
Nourriture. Au rapport de ces insulaires, leur nourriture habituelle sur terre se compose de fruits., de certaines racines et de poissons, à quoi peut être, il faut joindre des tortues, des coquillages, des .oiseaux de bois et de rivage, enfin des poules, dont cependant iis ne mangent point, dit-on, les œufs. Surjeurs pirogues , ils vivent principalement de cocos „et d’un petit nombre de poissons; leur boisson se réduit à l’eau de pluie ( 1 ),, lors-
( 1) Nous n’avons point ouï dire qui!» embarquent de Teau dans des bambous, au départ, ni même que le bambou soit une production de leurs Iles. Peut-être cependant en ppitem-tls en provision dans des cocos. A cet égard, nous ne pouvons offrir que des conjectures.
LIVRE III. — De Timob àüx Mabiannes inclusivement. 951 qu'ils. peuvent en recueillir dans des écales de toco bit d’autres vases ; Hw. Carofinet. sinon ils boivent, sans aucun doute , de l’eau de mer. , rhnmme
En naviguant^ leur sobriété est excessive; un seul coco par jour suffit: à un homme : sur leurs îles , an contraire, où renaît pour eux l'abondance, ils consomment une prodigieuse quantité de nourriture | et l'on, pourroit , avec raisoii , leur appliquer alors ce vers de Juvénal :
Et quitus in solo vivendi causa pahto est (1).
Ou verra , dans le chapitre suivant , des exemples de cette voracité.
Lorsque nous les rencontrâmes sur leurs pirogues, ils dévorèrent générâlement tous les mets qui leur furent présentés: notre biscuit sur-tout parut leur plaire. Si la substance qu’on leur offroit leur c'toit inconnue, fidèles à cet instinct naturel à la plupart des animaux, ils la flairaient avant de la porter à la bouche, et l’eussent sûrement rejetée si l'odeur ne leur eût pas convenu. -
Les Carolinois se débarrassent assez volontiers de tout vêtement. Celui Vue mens,
dont ils font usage pour se montrer avec quelque étiquette, est un iangouti d'étoffe tissée- (a), dont ils' s’entourent les reins et l’entre deux des jambes : il est commun aux deux sexes. -( Voy. p 1 . 5 4- ) Les chefs se distinguent par une espèce de manteau presque exactement semblable à la chasuble de nos prêtres r c’est une grande pièce , de même étoffe que le précédent, longue de huit pieds environ, ouverte au milieu -de manière qu'on puisse y passer ia tête : la couleur en est jaune , et paroit exclus sivement réservée aux tamots. {PI. f 3 et y 5.) On assure que les femmes, d’un rang élevé portent parfois, en sus du kngouti, un jupon qui descend de la ceinture à mi-jainbe, et de temps en temps aussi Un petit tablier.
Le chapeau, de forme conique, en feuilles de-vacoua , représenté sur nos planches 55 et 58, sert indistinctement aux'horame» et aux femmes.
Quant aux ornemens dont i'un et l’autre sexe font usage, ce sont diverses sortes de bracelets et de colliers, ainsi que. des fleurs ou des plantes aromatiques qu'ils insèrent dans les larges trous pratiqués aux lobes dçi
( ! ) " Ces gens là ne semblent Vivre que pour- boire et pour manger. W J u Vt-NA L , fût. X I.
(x) M. Gaudieheuda observé que, cher, quelques-uns, cette ceinture étoit formée plutsimptement encore de l’écorce brute d’un figuier. •«■ 4 — * - L
11m CaroHne*.
De l’homme en famille.
Habitations.
Meubles et ustensiles.
îoo VOYAGE AUTOUR DU MONDE,
oreilles et à la cloison du nez. Pour colliers, Sis ont tantôt de simples rubans ou bandelettes de feuilles de palmier; tantôt des fleurs (pi. j8, fig. 3 ), ou de petites rondelles blanches et noires de dure consistance, enfilées à un cordon (pl. 58 , fig. 2); tantôt enfin ce cordon lui-méme a une suite de nœuds entre lesquels sont placées, à intervalles inégaux, les dents de quelque animal (1), ou de petits corps cylindriques d’urte substance dure et rougeâtre (pl. 58, fig. 1 et 4}- Ces derniers colliers tiennent peut-être lieu d’almanachs, ainsi que nous le dirons plus bas.
Des bandes de feuilles de palmier servent également à orner la coiffure et à former des bracelets ; il se fait encore de ceux-ci avec des anneaux d’écaille de tortue, ou d’une matière inconnue que l'on dit ressembler à l’ambre gris sans en avoir la transparence.
Pendant que nons naviguions dans le voisinage des Caroline* , nous avons aperçu , à l’aide de nos lunettes , quelques-unes des maisons- qu’habitent ces insulaires; elles étoient réunies en groupes, ou bien disséminées çà et là. La plupart ne sont que de simples hangars; d’antres, de misérables huttes faites de branchages grossièrement assemblés en pointe par le haut (2). La porte, seule ouverture quelles aient, est quelquefois si basse, qu’il faut se mettre à genoux pour pénétrer dans l’intérieur, non moins négligé que le dehors. On a lieu de s’étonner que ces hommes mettent tant d’art dans la construction de leurs pirogues, et si peu dans celle de leurs demeures. Cependant, au rapport de-quelques Carolinois venus à Guam , leurs tamors ont des maisons en charpente et ornées de peintures. On peut donc conclure de ce qui précède , qu’il y a aux Carolines trois sortes d’habitatioéis : celles des chefs , celles des gens du peuple, et tes hangars destinés, soit à l’établissement des chantiers de construction, soit- aux réunions générales.
Nous savons très-peu de chose sur leurs meubles et ustensiles. Indépendamment des vases en bois que nous nous sommes procurés par échanges, et qui, taillés et vernis avec le degré surprenant de perfection qui brille dans la structure de leurs barques, paraissent destinés à préparer et à
( 1 ) Peut-être de* dent* de rats. Mais y eo a-t-il cher euxï
(a) Quoique* U figure de notre planche 8 f *e rapporte aux lie* Marianne*; elle peut aussi donner une idée exacte de* hutte* dont fi s’agit.
LIVRE III. — De Timor aux M ari a nn es inclusivement, joi contenir leurs alimens ( pi. 5 8 , fig. 1 4 et 15). ils ont des boites en bois couvertes, et de dimensions variables, depuis six pouces jusqua trois pieds de longueur et au-delà ( pl. 58 , fig 19 , ao et 21 ), qui leur servent à
serrer leurs étoiles, leurs lignes de pêche, leurs hameçons et autres objets précieux. Les écales de coco sont employées comme verres à boire; ils font des couteaux avec de certains coquillages : mais probablement leur industrie domestique ne se borne pas là.
De l'homme réuni en société .
Nou» n’avons tks données à peu-près certaines sur la population des Carolines, que relativement aux îles qui sont soumises au roi de Lamoursek : en voici la note telle que nous l'avons tirée des archives- de Guam ( 1 ). Je me suis borné à classer ces îles par ordre de grandeur.
Lamoursek
i ooo âmes.
Report. . • .
. 5110 âmes.
Êlato .
Fagounlap. . . .
. 8tf.
Oulimaray.
5 JO
Soliap
Falalap. .......
Fallougla. ....
JO
Goulimarao. . .
aa5.
H arradies ....
JO
Oulor Vi
Faloualap ....
Pouk
Hanarizaray. . .
Falau
Falipti
Paliao (a)
ia5.
Lassagny
if.
Raor
I ÎO.
Kar
ij.
Toukouas
IOO.
Oulaun
Mariog
Total. . .
A reporter ... j 1 1 o.
Selon le rapport que me fit à Guam un pilote de Satahoual, file
( 1 ) Ces documens ont été fournis par le plu* habile pilote de Lamoursek, lors de l'ambassade envoyée 1 Guam en 181V , et dont nous avons parié plus haut.
(a) Oo trouve parmi les Iles G ou H a y une* Ile Paliao, puis une Me Pahul, dont le nom est bien synonyme de Raor , dans un pays où / et r , o et ou se prennent indistinctement Pun pour l’autre. Nous ignorons si ces deux Iles, citées ici dans le texte, font réellement partie de PaueUon des Gou’iay.
Iles Caroline*.
De l'homme en famille.
Population.
Mes Caroline*.
De Hiomme en société.
Education.
Instruction
nautique.
roi VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 1
Lamcmrsek devoit également contenir 2 000 habitons-, Satahoual , çooy ainsi' que Poulousouk; Poulouhot, a 000, nombre peut-être trop élevé; Tamatam , 100; Fanadik, moins de 1 00; Ifelouk, a 000 ; Gouiiay, 3 000; Feis, 500 âmes seulement. J ■ • 1
Nous avons cherché à conclure' la population des Hes Palaos des notes recueillies par le capitaine Wilson. Si nous admettons avec lui que ce» îles puissent armer plus de 4000 combattans, elle seroit au moins de 1 1 000 âmes; mais comme, dans ce calcul, on n’a pas tenu compte des forces ennemies, je crois qu'il n'y auroit rien d’exagéré en la portant, pour toutes les Palaos, à 1 6 000 hommes au moins ( 1 ).
Cantova assure (1) que, dans chaque village ou ville de Farroïlep et de Gouiiay , et cet usage se retrouve probablement dans les autres îles caroiinolses , il existe des maisons destinées, l’une à l’éducation des garçons,1 l’autre i celle des filles ; tout ce qu’on leur apprend se réduit à quelques notions vagues d'astronomie , à laquelle ils s'appliquent à cause de son utilité dans la navigation. Le maître a une sorte de sphère où sont tracés les principaux astres, et il enseigne à ses disciples le rumb de vent qujjis doivent suivre , selon les diverses îles où ils -veulent se rendre.
L’enseignement de ces écoles n’est point contenu dans des livres , mais conservé dans des chansons qui se transmettent d’âge en âge, et renferment les principes de géographie, d'astronomie et de pilotage, résultat de l’expérience et des découvertes de leurs pilotes , que l’on considère chez eux comme les personnes les plus instruites.
Ils destinent ces singulières annales à perpétuer non-seulement leurs connoissances scientifiques , mais aussi le souvenir des événemens historiques les plus remarquables, et les louanges des hommes extraordinaires qui ont ou existé ou abordé parmi eux.
M. Bérard tient de la bouche du pilote de Satahoual déjà cité, que, pendant le jour, on dirige la route de l'embarcation sur le soleil , et la nuit sur le cours des étoiles (3). Pour venir de Satahoual à Guam,,ajou-
(1.) La population d* SorotuoI étoit estimée & 800 habitans à l'époque où y descendirent les PP. Uuberrpn et CoriU. (Voy. Lettres édifiantes.) . .
(2) Lettres édifiantes.
(3) La hauteur de l'astre au-dessus de l’horizon , estimée avec une admirable justesse, mars