CHAPITRE XXIII
Détails sur les îles Carolines,
Avant de mettre le pied sur le sol hospitalier des Mariannes , occuponsnous, dans ce chapitre, du petit nombre de faits qui ont été, le résultat de nos observations sur les Carolinois et sur leurs Hes. La plupart ont été recueillis dans le cours de notre navigation; le reste, pendant notre relâche à Guam, où ces intrépides insulaires viennent aujourd’hui assez fréquemment. Cé que nous n’avons pu voir par nous-mêmes a été tiré de documens authentiques.
Notice historique sur les Carolines , antérieurement à 1820.
Porté, par la nature de mes. travaux, à discuter les faits qui composent la plus grande partie deicette notice ( 1 ) , j'ai cru qu’il ne seroit pas sans intérêt pour le lecteur de les lui présenter sommairement. Je n’entrerai toutefois dans aucune discussion technique; il me suffit d’annoncer ici que mon opinion sur la route qu’ont suivie et sur les îles qu'ont rencontrées les anciens voyageurs dont je parle , n’a été fixée qu’apres l’examen attentif et raisonné de leur navigation , qui , faite à une époque où les méthodes de pilotage étoient peu perfectionnées, devoit nécessairement laisser beaucoup d’incertitude dans la position des vaisseaux qu’ils montoient.
Oh doit attribuer au capitaine portugais Diego da Rocha l’honneur d'avoir ouvert, en 151 6, la liste des navigateurs auxquels est due la
(1) L(1 principales sources où j’ai puisé, sont: les Archiva du gouvernement , i Guam; les Lettres édifiantes ; Y Histoire des navigations aux Terres australes , du président de Brosses; YHistoria general de Filipinas , por el P. Fr. Juan de la Conception; les Voyages aux Indes occidentales , de François Coréal; Y Histoire générale des Voyages, de l'abbé Prévost ; a Chro- ~ nological history of t!u voyages and. discoveries in die South sea, by J. Burney, &c. &c.
Ile» Caroline*, connoissance des Caroiines ( i ). Les îles qu'il nomma Sequtira, ne paroissent Hmoirc être autres , en effet , que les Matelotas, situées dans l’E. N. E. des Palans.
Naviguant pour se rendre des Mariannes aux Moluques, Alvaro de SaavcJra découvrit, en 1517, par u“ de latitude septentrionale, un archipel qu'il nomma îles Je los Reyes , et qui sont évidemment les iles Égoy ( 2 ) , un des groupes les plus importans des Caroiines. Après avoir fait un court séjour àTidor, et abordé à la Nouvelle-Guinée (3), Saavedra courut encore, en 1 5 28, ' à 250 lieues loin de cette terre, et aperçut d'autres îles, par 70 de latitade, où il vit des habitans blancs et barbus. Ce gisement , et les mêmes caractères que nous- avons retrouvés, non sans étonnement, chez un petit nombre de Carolinoh, • 11e permettent pas de douter qu'une de ces îles ne soit PoulousouL
Contrarié par les vents, et forcé d’abord de revenir aux Moluques, Saavedra, l’annce suivante, visita quelques îles nouvelles désignées par lui sous le nom de los Pintados et los Buenos- Jardines : nous reconnoissons dans les premières une portion des îles Ralik, et dans les secondes l’extrémité Nord des Radak, groupe exploré long-temps après ( j) par le capitaine russe Kolzebue.
Ces parages cessèrent d'être fréquentés jusqu'en 15)3, où Villalobos visita quelques îles déjà signalées et connues (5); . ■ .--■‘v "
-Legaspi aperçut aussi, en 1565, ces nu’ m/s iles Buenos- Jardines \ et l’on croit encore les Pescadorcs , ou l’extrémité Nord des île! Ralik , ainsi que les îles Arecifes, situées plus à l'Ouest,
* ^ 1) Je ne compte pas au nombre des lies Caroiines , Hic San-Barthoiomc, decouverte -en
* * 15 16 j>ar Loyasa ; car étant par 14° de latitude N., elle dépasse les limite» de cet archipel,
( 2 ) Ces (tes se trouvent indiquée*, sur quelques cartes anciennes , sous le nom AtGarhanzos , c’est-à-dire, des Pois chiches, probablement parce que, suivant leur usage, les pilotes carolinois 6 en figurèrent la position respective par l’arrangement de quelques-unes de ces graines. On les
ccfnnoU aussi sous celui d e Falalrp, que porte l’ilc principale.
(}) Par 128° de longitude à TEst de Pari». La Nouvelle-Guinée avolt été découverte par Loyasa Tannée précédente. s * - (4) En 1816 et 1817.
4 5 )• Notamment tes Buenos -Jardines de Saavedra. Les Espagnols ont attribué à Villalobos la découverte de celles des Caroline» qui gisent au Sud des Mariannes, opinion dont (’ai trouvé la preuve dans les archive* de Guam , et qu’on a d’ailleurs imprimée. H n’est pas douteux que ce „ navigateur n*»it vu quelques-unes dc< Caroiines; mats rièn n’est ri incohérent que les récits qui ont été publiés de sa navigation depuis la Nouvelle-Espagne jusqu’aux Philippines. .
Digitizfcd by
LIVRE- III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 77 Dans les Lettres édifiantes, le P. Cantova présume que les métis blancs Ile» Carolinw. qu’on trouve aux Carolines descendent- de Martin Lopez , qui , pour Union*, avoir cherché a s’emparer d’un vaisseau espagnol dont H étoit pilote, fut abandonné, en 15 66, avec vingt-huit de ses complices, sur une île barbare à l'Est des Mariannes. Nous ne saurions partager cette opinion , que démentent assez les faits, observés précédemment par Saavedra. 1 Drake , allant par l’Ouest de la côte d’Amérique en Europe , découvrit , le 30 septembre 1579, des îles qu’il nomma Islands o/Thieves, et qui paroissent être les îles situées au Sud de Yap( 1 ); il y séjourna trois jours.
En 1595 , Quiros, successeur de Mendana, lit fa découverte de l’lfe Hogoleu (z), qui d'abord reçut des Espagnols le nom de Qnirosa, puis celui de Torrés, d’un capitaine de cette nation (3). •
La flotte de Nassau, sous les ordres de l'amiral Schapenham , vie, en 1 <><2 y , deux îles seulement du groupe des Égoy.
Les- Espagnols étoient établis aux Mariannes depuis plusieurs années, lorsque en 16&6, le'pilote Lascano, commandant un de leurs navires, aperçut , au Sud de la route qui conduit de la Nouvelle-Espagne aux Philippines, une île qui, nommée par lui Carotina en l’honneur du roi Charles II, transmit ensuite son nom à toutes celles qu'on découvrit dans ces parages. Cette île est, sans aucun doute, FarroHq> : elle fut depuis cherchée long-temps et en vain par le pilote mariannais AlonzoSoon ( j).
Dix ans après le voyage de Lascano, deux pirogues sorties, non pas des Palaos, comme on l’a publié (5), mais des iies Lamoursek, situées au Sud des Mariannes , lurent portées par un coup de vent , avec les
( 1 ) Elles portent, sur la carte n.# 7 de notre Atlas hydrographiqùe, le nom tfîles Lamoliao Ourou, L’ile Yap est nommée aussi Eap par quelques auteurs.
(2) Cette ile gît par 6° environ de latcude Nord, et on ne lui donne pas moins de
* lieues de tour.
(►3 )*On a cru assez gratuitement , ce me semble , que Schouten ayant vu en 1615 dans le grand Océan « et à plus de mille lieues au S. E.des Mariannes, une grand e pirogue double , cette embarcation, pleine de monde, devoit appartenir aux Carolines. Schouten étoit alon dans le voisinage des îles des Amis, dont les Carolinois ne s'approchent guère; ils nont point <i ailleurs chez eux de doubles pirogues. ( Voyez le Voyage d' Anton , V Histoire générale des voyages, a Chronological lus tory of l/te voyages and discoveries in rhe South sea,&c.)
* (4) On ne dit pas à quelle époque; mais il paraît que ce n’est pas plus tard que l'année 1700.
* (5) A cette époque, le non! de Palaos se donnott généralement 4 toutes les fleS connues aujourd'hui sous celui de Carolines.
lies Cjrolinci. vingt-neuf personnes tant hommes que femmes quelles contenoient, sur Histoire. l'ile Samar, l’une des Philippines. Ces pauvres gens s'étant embarqués, au nombre de téente-cinq , pour se rendre sur une île voisine, avoient été jetés en pleine mer par un ouragan : d'abord ils luttèrent , pendant soixantedix jours, contre le mauvais temps, espérant toujours pouvoir accoster quelqu'une des îles qui leur étoient connues; mais ce fut en vain. Tourmentés par une effroyable disette , ils furent forcés de s’abandonner à la fureur des vents, qui ies conduisirent enfin aux Philippines, où on les traita avec humanité. Deux femmes, qui autrefois avoient été jetées de la même manière sur cette côte, servirent d'interprètes, et l’une d’elles trouva parmi ces étrangers quelqu’un de ses parens ! cinq personnes étoient mortes pendant le voyage ; une sixième mourut à leur arrivée. On obtint des autres quelques détails intéressans sur leur pays natal.
L’existence des Palaos avoit été démontrée, plusieurs années auparavant, d’abord par des fumées qu’on avoit aperçues dans l'Est de Samar, mais plus positivement par l’arrivée de diverses pirogues de ces îles, que le mauvais temps avoit forcées à chercher un abri sur l’ile Mindanao.
Dans le cours de cette année, le pilote Juan Rodriguez échoua sur le banc de Santa-Rosa, et vit de là l’ile Farroïlep, découverte par Lascano. ainsi que les deux petites îles qui l’avoisinent.
Les -colons mariannais ne furent pas heureux dans l'expédition qu’ils envoyèrent, vers la même époque, à la recherche et à la conquête des îles dont on venoit récemment de constater l’existence; car ils ne purent pas retrouver la Carolma, ou Farroïlep, l'une d’elles, quoique sa position eût été déjà bien constatée.
Cependant les récits des naturels jetés, fannée précédente, sur l’ile Samar , avoient tout-à-fait éveillé le zèle des Espagnols : un nouvel armement fut préparé, presque entièrement aux frais de quelques particuliers; mais le vaisseau , forcé de dérader pendant l'absence du capitaine , fut emporté en pleine mer , sans que jamais depuis ( 1 6py) on ait pu connoître son sort. Le P. Clain, jésuite , fît part de cet événement au générai de sa société, comme aussi des renseignemens qu'il avoit obtenus des vingtneuf insulaires des îles Lamoursek. Dans la persuasion où l’on étoit qu'on parviendroit à en faire la conquête , l'échec qui venoit d’avoir lieu
LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. jp ne parut qu’un retard dans l'exécution. Plein de cette idée , les PP. Clain et André Serrano furent députés auprès du pape pour lur présenter la carte de ces îles, dressée par l'un d’eux, d’après les indications mêmes des Indiens, et l’intéresser en faveur de ce nouveau domaine offert au christianisme. Clément XI approuva le projet d’établissement d’une mission sur ce point, et engagea le roi d’Espagne à fournir aux missionnaires les vaisseaux nécessaires A cette entreprise; les archevêques de Manille et du Mexique eurent ordre de concourir de tout leur pouvoir à cette œuvre difficile et périlleuse , et Louis XIV lui-même écrivit à Madrid pour en faire hâter l’accomplissement.
En conséquence de ces dispositions, une galiote quitta les Philippines , en 1708, emportant trois religieux missionnaires et vingt-cinq soldats. Mais leurs efforts furent sinon aussi désastreux , du moins aussi inutiles que ceux de leurs prédécesseurs; puisque, après une longue navigation où l’on ne put rien découvrir, on fut obligé, manquant d’eau et de vivres, de retourner à Manille.
Un chef carojinois, parti de l'île Feis (1), venoit d’être obligé, par la force des vents, d’aborder à Palapag (2) avec sa femme et ses enfans ; Moak qtoit son nom. Croyant avoir en eux des guides sûrs, le gouverneur espagnol Zabalburis fit préparer un nouveau bâtiment pour continuer les recherches; malheureusement d’horribles tempêtes et un ciel nébuleux empêchèrent encore d’apercevoir ce que l'on cherchoit , en sorte qu’il fallut, en septembre, revenir à Palapag, d’où l’on étoit parti le i.cr juin.
Loin d’être découragé par tant d’obstacles et de travaux infructueux , un nouveau gouverneur, le comte de Lizarra, équipa deux navires, dans la vue de leur donner la même destination ; mais , par une sorte de fatalité attachée à l’entreprise, l’un échoua près de Palapag, et se perdit. D. Francisco Padilla, commandant de l’autre vaisseau, partit seul, en conséquence, le 14 novembre 1710, emmenant avec lui quatre-vingtsix personnes, parmi lesquelles étoit Moak avec sa famille, ainsi que les religieux Duberron, Cortil et Baudin. Le 30 , il arriva devant deux îles qu'on appela SiVH-Aridres , mais que les naturels nomment Soronso I et
( 1 ) lie située dans TEst des lies Egoy.
(2) Port de Tilc Samar.
Iles Caroline*.
Histoire.
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il s Carolmps. Kadokupaué (1). Pousses par leur zcle, et engagés b ailleurs par l’accueil Hmofrt. pacifique des indigènes, les pères Duberron, Cortil, et quatorze personnes de l’équipage, s’embarquèrent dans la chaloupe, le 5 octobre, et se rendirent à terre, accompagnés de Moak.
Le vaisseau cependant, ne trouvant là ni port .ni mouillage, ne |Vut jeter l’artcre sur cette île, et fut réduit, pendant quatre jours, à lutter contre les çourans qui l’en éloignoient. Quelques insulaires qui vinrent à bord montrèrent le gisement des îles voisines Merières et Poul (2). Le 1 1 , on aperçut Piinlog, ou Bablttoup , capitale des Palaos, dont quelques naturels étant venus à bord se montrèrent si incommodes qu’il fallut faire feu sur eux. Le surlendemain, on se dirigea de nouveau vers Soronsol , dans l’espoir d’y reprendre la chaloupe et les personnes qu’on y avoit laissées : ce fut en vain. Padilla , pendant plusieurs jours, chercha d'abord à se maintenir aux environs de file; mais ne découvrant aucune trace de ses infortunés compagnons, ne recevant meme, contre l'ordinaire, aucune visite des insulaires, il dut avoir les plus tristes pressentimens. Privé d’embarcation pour descendre à terre, et. commençant d’ailleurs à manquer d’eau et de vivres, il fut enfin forcé, le 21 décembre, de reprendre la route de Manille, rapportant pour tout fruit de son voyage le récit de ce déplorable événement.
Padilla netoit pas encore de retour, quand D. Miguel Eloriaga partit lai-mème pour reconnoître Jes Palaos : ce voyage probablement n’eut point de résultat heureux ; aucune relation du moins n’est restée pour le constater. • ■•••••
Au désir de conquérir les Carolines se joignit alors celui de sauver les Espagnols laissés à Soronsol. Pour atteindre ce double but, le P. Serrano fît armer un navire à Manille, qui, monté par des marins choisis, portant plusieurs missionnaires, et commandé par D. Blas de Lesso, mit à la voile vers la. fin de 171 1. N’étant encore qu’en vue des côtes de file Marindouqué ( 3 ) , un coup de vent terrible assaillit le vaisseau , qui fut
( 1 ) Ces îles sont au Sud-Ouest des Palaos. La plus septentrionale des deux, appelée ici Soronsol, est aussi connue sous les noms de Sonrol, Soruorol, &c. . *
(a) Nommée depuis Poulo, puis abusivement, Poutou-Anna, ou meme simplement Artva. (3) Une des Philippines.
• LIVRE IIL — De Timor aux Mariannes inclusivement. 81 bientôt entièrement perdu ; deux matelots seulement échappèrent au U» Caroline!, naufragé. . ; ' Hi«oire.
Le 3 o janvier de l’année suivante , le bâtiment qu’on avoit coutume d’envoyer aux Mariannes, eut ordre d’aller, à son retour, sous le commandement de D. Bernard d’Égoy , à la recherche des hommes laissés sur Soronsol.
Cet officier aperçut, le 6 février, deux petites îles, et les jours suivans plusieurs autres, au nombre de dix-huit, qui , d’aprcs lui , furent nommées , lies Égoy; -il apprit des naturels les noms particuliers de plusieurs d’entre elles, comme Falalep et Mogmog. qui sont les principales. Enfin, le 19, il eut connoissance de Soronsol; mais continuellement repoussé par les courans et les vents contraires, il revint à Manille, 11e ramenant avec lui que deux Indiens des îles qu'il avoit découvertes , sans aucune nouvelle des malheureux missionnair<%et de leurs compagnons.
Toutes les recherches faites pendant les dix années qui suivirent l'abandon des PP. Duberron etCortil, à Soronsol', né donnèrent- pas de résultatplus satisfaisant ; car, si d’un côté on lit dans une lettre du P. Cazier, écrite de Chine, que, de leur propre aveu, les indigènes ont, à l’instigation de Moak, massacré les Espagnols, il est dit positivement dans une autre, datée de Manille en décembre 1721 , qu’on n’a encore rien pu découvrir sur leur sort , mais que sans doute ils *orit été victimes des sauvages.' ’••• .. '
A cette époque, l’espoir d'arriver aux Caroline* étoit sinon éteint, du moins fort ralenti par tant de vaines tentatives , lorsqu’un événement imprévu vînt le ranimer tout-à-coup. Une pirogue que montoient plusieurs Indiens, hommes, femmes et enfans, aborda, le 19 juin 1721, dans la baie dé Tarofofo, sur la côte orientale de Guam : le surlendemain, une autre barque portant six personnes prit terre à la pointe Oroté (1), sur la même île. Sorties de Farroïiep pour se rendre à Gouliay (2), elles avaient été jetées par un coup de vent sur les côtes de la principale des Mariannes. Les Espagnols traitèrent ces insulaires avec bonté, et
( 1 ) C’ést la pointe fa plus occidentale de file Guam.
(a) lie dopt le nom l'écrit aussi Guliay , U lie, Olié, Uléa, Vite t et même Vite. Il est (fouteux si le* insulaire* qm montoient ' ces pirogaes étaient de Farroïiep Ou de Gouliay; ce qui est certain, çVxt qu'd n'y ï pas une grande distance entre ces Iles. .
Vojogc de r C {ranU. — Historique. T. IL
CU.olinfi. en reçurent des reuseignemens détailles sur la situation et le nombre Hijiuirc. de leurs Iles (t), les mœurs des habitans , la. religion , le gouvernement, & c (2). Il n'en falloir pas tant pour exciter l’ardeur des missionnaires. Le P. Cantova entreprit de réaliser les projets qu'on avoit tant de fois conçus, et se mit en route, en 1721, avec les Carolinois dont il vient d'être fait mention. Malgré de tels secours , il chercha en vain , leurs îles natales, depuis le 11 mai jusqu’au 6 juin, et fut enfin forcé dé faire voiie pour Manille sans en avoir trouvé aucune.
Revenu à Guam, il obtint encore, neuf ans après, la permission d’entreprendre ce voyage, et partit d’Agagnq (3), le t 1 février 173t. sur un petit navire, ayant" avec lui le P. Victor Walter, douze soldats , huit mousses et un Carolinois naufragé , qu'on avoit baptisé à Guam six ans auparavant. Plus favoïisé ceitf.*fois , le P. Cantova parvint, le 2 mars, à Mogmog, d’où il paçsa à Falalep, ta plus grande de toutes les iles Égoy. 41 s'y établit, fut accueilli avec amitié par' les naturels, et conte meriçasés travaux apostoliques. Cependant il fallut se séparerdu P. Walter, fe compagnon de ses premiers succès, que pour son malheur il ne devojt plus revoir, Celui-ci fit voile de Falalep le 30 mai, dans l'espoir ' de, retourner aux Marianne» , doit il rapporteroît les secours et les • provisions nécessaires à la nouvelle mission : mais la contrariété des
vents l'ayant forcé dé relâcher à Manille, il ne put, malgré son iropàj tience, remettre en mer que le 1 2' novembre de l'année, suivante, sur un .
•vaisseau qui allôil à Guam; encore. fut-il rudement éprouvé dans ce voyage, puisque le navire ; en arrivant, échoua sur cette île au port de Mérizo. > V
Opposant la constance la plus inébranlable à d'aussi constans revers,
^ 1 ) C*est dan* ©es entretiens que fut tracée la célèbre cane xîés .Caroline* du P. Cnntova , publiée enSuhe dans le* Lttirtt érfifiantrs. , . - .
v (2) « La chose n’étoit pas facile, dit Cantova, car leur langage nous ciqit tout -à •fait inconnu, et nous manquions d'interprètes pour noys faire entr adre ; cependant, comme • quelques-uns demeuroient dans notre, maison , à force de les fréquenter et de les faire parler
sur dps choses que je leur indiquoi* par signes, en moins de deux mois Je fus en état de • • traduire en leur langue le Signe de la croix, l'Oraison doniipical© , le Symbole de* apôtres, les Commandcnlens de Dieu, et un Abrégé du christianisme. Ces insulaire* restèrent quatre mois dan* file Guam. »’ ( Lettres rdifiantts. ) • -
(3} Ville capitale de* Marianne*. • * ’u * ’ . *V
Histoire.
LIVRE IIJ. — De Timob aux MaRiannes inclusivement. 83 le P. Walter retourna aux Philippines, pour y presser l’équipement d’un Un Gawlini». autre navire qui j avec de nouveaux missionnaires, partit enfin de Manille pour les îles Égoy, monté par quarante-quatre hommes, tant matelots que soldats. Falalep fut aperçu le 9 juin. Le P. Walter, inquiet du sort des compagnons qu’il y avoir laissés, et cependant joyeux de l’espoir de fgs retrouver et de pouvoir leur apporter d’utiles secours, s'approcha de fije à petite distance : plusieurs coups de canon furent tirés; mais , sinistre augure ! aucun signal ne répondit au sien; pas un homme, Espagnol ou •
Indien, ne parut sur la côte! On rangea la terre.de plus près encore, et . les plus tristes soupçons se confirmèrent •. la croix, plantée pendant la première expédition , n’existoit-pjue; le .village voisin étpit en cendrés; la mHison seule du bon "père, et le magasin dé la mission, à demi ruiné», iaissoient ejicore voir quelques- vestiges qui avoieiit résisté à l’incendié.
Ces indices n’étoierrt que trop positifs; cependant on'aVoit de la peine à y croire. Enfin quelques pirogues parurent portant des iruits, sans vouloir . cependant accoster le vaisseau : ceux qui les montoielit, avec une crainte et une inquiétude marquées, répondirent aux questions qu'on leur fir sur" le P. Cantovg et ses compagnon? , qu’ils étoient passés à file Yap. Un seul •d’entre eux se hasarda â venir à bord ; bit l’y retint par force; et l’on sut de 1 lui que , dix jours après le départ du vaisseau, le P. Cantova, à, l’instigation du Caroiinois Digal, qifi lui servoit d’interprète, ayant été appelé par les habitans de Mbgmog pour baptiser un adulte, ceux-ci le tuèrent « coups de lance, ainsi que les deux soldats qui faccompagnoient , sous prétexte, disoient - ils , que lej Espagnols voulaient changer leurs usages; mais qü’eflrayés ensuite de ce meurtre, ils lui donnèrent la sépulture réservée aux'' chefs ; que lorsque la nouvelle de ce désastre arriva à Falalep', les insulaires assaillirent les Européens qui y restoient , et qifaprès une courageuse résistance, accablés par le nombre, ils finirent par y être massacrés jusqu’au dernier. Ce récit enlevoit toute espèce d’espoir : cependant le P. Walter, dans , l’impossibilité qu’il y avoit de jeter l’ancre à Falalep , ne laissa pas de faire route vers 111e Yap. On • la chercha Vainement pendant quatre jours , après lesquels le navire se dirigea vers AJanilfe, oùjl arriva le 14 juillet 1731.
Telle fut la dernière expédition régulière des Espagnols aux Carplines;
.Histoire.
]l« Caroline», la peine qu’ils ressentirent tle son non -succès les força d’abandonner la conquête de ces îles , que tant d’efforts et de dépense» infructueuses leur avoient déjà fait juger comine très-difficile.
Depuis lors les communications . avec les Carolines ne furent plus qu’accidentelles, et séparées quelquefois par de grands intervalles de temps. C’est ainsi qu’en 1756 un des insulaires fut jeté sur les côtes des Marianties; un autre y arriva , l’année suivante, apres avoir préalablement touché aux Philippines : tous deux s’établirent à Guam, où ils rendirent plus tard d’importans services comme interprètes.
Dans leurs voyages autour du monde, le capitaine Carteret reconnut, en 1767, mais sans s'y' arrêter, les îles Soronsoi, et le capitaine Wallis les îles Pescadores, de l’extrémité Nord de la chaîne des Iles Raiik: six ans plus tard, D. Felipe Tompson découvrît celles de la Passion , de Saint- Augustin ( 1 ), &c. • '
’ I.’existence des îles Palaos ( 2 ) étoit encore révoquée en doute en Europe, quand le naufrage du navire anglais l Antilope sur ces côtes , en 1783, vint appeler vivement l’attention. Le capitaine Wilson , qui le commandoit, et son équipage, restèrent trSîs mois à terre; étant parvenus à construire une petite embarcation , ils se rendirent en Chine. Le récitde leurs aventures a été donné au public (3), ainsi qu’une description sommaire des habitahs et de leurs usages.
Vers la fin de mai 1787, trois iamofs ou chefs de l'île Lamoursek arrivèrent aux Mariannes, après dix. jours de navigation, dans deux pirogues montées par treize hommes. Le gouverneur espagnol en pbtint plusieurs renseignemens positifs et curieux.
t- Plusieurs de ces insulaires , touchés de l’accueil qui leur avoit été - -iâtit , partent, en 1788, pour retourner à Guam; mais surpris par un • ouragan , aucun d’eux ne put revoir sa terre natale. •
Uiie grande partie de la chaîne des iles'Radak. est explorée cette même année par les capitaines Marshall et Gilbert ; le premier, sur le Scarborough;
^ (*V Voyez, la ^Jànche n.* 7<Je notre Atlas nautique.
f (2 J Les Anglais donnent À CM Iles le nom de Ptlcw ; mais celui qué je lénr conserve et» beaucoup plus ancien. . ’ . ' ' * . .•*
(3 ) Sous ce titie : an Account of the Peiesy itlands, &c., bj G. Keate.
LIVRE Hf. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 85 le deuxième, sur la Charlotte. Plusieurs des groupes qui la composent reçoivent les noms de Mulgrave, A rrovsmitk , Polder , Daniel, lhhetson, Cahert et Chatanr. ~ '
La relation attachante des aventures du capitaine Wilson aux Palaos , fit penser au capitaine Mac-Cluer qu’on devoit rencontrer là plus qu’ailleurs le bonheur et la vertu. Parti de Bombay, en 1790, pour une mission scientifique, il s’arrêta sur ces iles, dans le dessein de remettre aux cTiefs du pays les présens que leur destinoit la'-compagnie des Indes anglaise: il . s’attacha, pendant quelque temps, à faire connoitre aux naturels l'art d’élever les bestiaux et de se servir des instrumens aratoires qu’il leur avoit apportés. Revenu aux Palaos trois ans après , il résolut d’accomplir ' . le projet, long-temps médité, de sy établir avec sa famille. Quinze mois de séjour ne lui firent cependant pas rencontrer l’âge d’or qu’il avoit rêvé *
, mais lui procurèrent un ennui si insupportable, qu’à la fin il résolut de s’en affranchir. D’abord il alla en Chine, revint une dernière fois aux Paiaos en 1794 5 d’où, après avoir expédié sa famille pour Bombay , il partit potir s’y rendre lui-même sut un autre navire. L’ignorance absolue où Ton -est de son sort a dû faire présumer qu'il avoit péri en mer ( 1 ).
Pendant la durée des aventures précédentes , plusieurs navigateurs aperçurent des portions de l’archipel, des Carolines. En 179 i , le capitaine Hunier voit quelques iles dans le voisinage de Gouliay et de Yap ; le Royal- Admirai, l’année suivante, découvre une portion des îles Raiiit, à laquelle il donne les noms de groupe Muskitto ( 2 ) et d’îles.Btiring ( 3 j.' Le navire l'Exelrr , deux ans après, reconnoît la pariie méridionale de Yap; le Musgrave', les Iles de la Passion, qu’il nomme Seven islands; ■ puis Poulousouk, et un petit nombre d’autres. Les îles de la Passion sont encore aperçues par U Britania , eh l yyi- -
C’est aussi dans le cours de la même année que le capitaine Butler découvre' les îles Brown, dans l’Ouest de Ralik, et qu’on obtient «ne connoissance plus exacte du groupe des Gouliay. Une-giirogue partie de la principale de ces îles, assaillie par un coup de vent qui
( 1 ) V oyez a Suppkmeal lo thc Aectunt of the Ptlew itiurAi, by John Pare Hocün. ;
(a) Ce sont, Je crois, les Ues Odia des naturels. - -
13 J Peut-être tes Iles Nmnurik. • ■ . ,
J let Carolines.
Hjnoirp. • •
Sè VOYAGE AUTOUR DÜ MONDE. :
■lté? ÇùolAtH. ' la fait errer deux mois à l’aventure , arrive, dans l'état le plus déplorable , Hisiom- sur la côte d’Ynarahan (pi. 59), où les trois hommes qui la montoiènt reçoivent des Espagnols toute espèce de secours. Une carte de ces îles, dressée par le gouverneur d’après les informations que les naufragés fui . donnèrent, a été conservée depuis dans les archives de Guam ( 1 ).
- ■ Le capitaine Mortloçk , sur te Ypung-'IFÜ/him, reconnaît, en 1 - 1 5 ,
les îles Roule,' et passe entre Poglousouk. et •Pdulotihot. L’année suivante,
. • le Cu'ffiitlf voit au Sud-Ouest de'Vapdes îles Lamoliao-Oyrou ( 2 } , qu’il
prend pour les Matelotas, situées beaucoup plus à l’Ouest;
Nous ayons- dit qu’on connoissoit déjà aux Marian n'es l'existence des ffesGouliay; elles furent aperçues de nouveau, en 1 797, par le navire te . 3} , qui les désigna sous le nom des 'Fhtrtcen ishm/h ; le même vaisseau
eut aussi connoissance de quelques îles voisines de ces dernières et' des •• ' Palaos. . 4 '
• Plusieurs groupes des îles Ralik forent encore explorés sous les noms dlles Hunier, d’îjes Lamhert , d’il es Ross , &c. ; et l’année suivante, le capitaine Fearn passa auprès des îles Brown, 'déjà découvertes par Butler. •
Le N/tutHus visita , en 1799! les îles OJia.de la chaîne des Ralik. , et une portion des Radak'; tandis qu'lbargoita , capitaine espagnol , rangea . de près poulousouk , île qu'il revit- encore deux ans plus tard, ainsi, que
d'autres qui 'gisent au Nortide celle-là. La navigation dèLafita lui permit^
■' de reconnoitre à son tour lés îles de la Passion, déjà découvertes par Tompsoh. . ■ -
D, Luis de Torrès , respectable-ofiicier, né aux Mariannes , dont, nous ■ aurons si souvent désormais à signaler l'esprit observateur et la rare Instruction, étonné de l'absence prolongée des Carolrnois de I.amoursek et de Gouliay qyl , en 1787, Fui avoîent promis de revenir, profita du voyage dtt navire la Maria de Boston (4 ) . pour aller visiter, en 1804,
. (1) Ceyc cait« difftTe peu de celle qui été grtvee dam’notre Atlas, nautique, 1
.'(/) Keyn^pl. 7 dè TAda* précité. • • • ~
* (5 J Le navire It Dujf est le pTemîer qui , soqs les ordres du capitaine Wilson ; ait été chargé
de transporter des missionnaires anglais aux îles de T aïti , • des Amis et Marquises. C’est en faisant son retour en Europe qu'il traversa l’archipel des Caroltnp*. : ' •
(4) Le voyage de U AJaria avoit pour but b’ pèche des kelothur'us, qui sont, comme on aaii, Ivt.irijxtngs des M'alaii et les tickos dimar ffes Espagnols et de* Portugais. .* :
LIVRE 11L — De Timor aux Mariannes inclusivement. 87 ses anciens amis.* Ce fut alors seulement que put cire constatée la perte Jes Ile» CanJUxu. pirogues qui avaient quitté ces îles en 1788, et dont , jusqu’à cet instant, Hitwii».
• • . on avoit tout-à-fait ignoré le sort. Les naturels crurent long-temps que
leurs -compatriotes avoient clé massacrés aux' Mariannes , et que telle •
'étoit la cause de leur absence : D. Luis prouva l'innocence des Espagnols, • et engagea les insulaires à revenir a Guani;' Ils. Je promirent, et depuiscette époqife jusqu'à celle où se termine cette noticé historique, ils y pnt paru régulièrement , en plus ou moins grand nombre..
„ Lé navire anglais l'Océan explora, la même année, quelques: unes -îles
■ îles Raiik, qu'il désigna sons les nofns de Lydca et de ffargant.
En 1 806., Monteverde découvre lés des Lougoulos , puis file. San'r ' '
Rafael ; et la frégate 1er Pala, un groupe d'autres îles dans l’Q. N. ’O.' des premières, auquel on a dormé plus fard le nom de Dwikin. • ... .
Une pirogue* de l'ile RéuA. égarée dans sa route, en 1807, fut -jetée sur ftleGuam; ejlt portoit quinze personnes, auxquelles on fit un accueil ' .
favorable : mais quelques salves d'artillerie, tirées pendant une fête qui. se céléhroit alors , ayant répandu j’effroj parmi tes timides insulaires, ils remirent en mer la nuit, quoiqu'ils n'eussenL à -bord aucune provision.
Heureusement .ces pauvres gens rencontrèrent la flotte annuelle de Lamoursek, dont ils reçurent de? secours: le roi, en- personne, se trouvent. sur celte petite escadre. , -, - '* ,• ; -
La même année, le navire H ope signale le premier, dans, le S. O. des Raiik ,. l'existence de l’ile Oualun , à laquelle qn impose d’abord le nom de ce vaisseau lu i: meme. Le brig, £//jn fait connoître, deux ans plus tard, les lies E/more. B'anham èt.Pftersoa ,'qùi appartiennent toutes à la chaîne , des Raiik;' puis le capitaine Mac-Askfll , un groupe d'il es au Sud des Arecifes; celles-ci lurent vues de nouveau, en 1811 , par le navire fa Providence. • ‘ * . .' ■* "
Un vent d’Ouest violent pousse , en 1 8 1 ) , une pirogue' des Gouiiay jusqu^à l’ile Aur (Aour), appartenant à la chaîné des Raduk.. Kadu (Kadou), un dçs hommes qui montoient cette pirogue, est rencontré en j Si 6 par le-capitaine russe Kotzebue, pendant lé cours de son voyage autour du monde, et obtient de lui. dé curieux renseignement. Le même .
Officier complette, l’année suivante, l'exploration de la chaîne drles que
lit» . -Carolines. nous venons de nommer. Les cartes qu'il en a données, offrent, avec celle H moire. (fe5 Palans , les premiers travaux réellement exacts qui aient été publiés
sur les Carolines.
La flotte de Lamoursek qui vînt à Guam en 1814., consistoit en dixhuit pirogues. A de cette ruinée, le capitaine Manuel Dublon , de Manille , découvrit , cinquante lieues à L'Est de Poulouhot et par sa meme latitude, un groupe de petites' jles dont une est remarquable par unè assez haute montagne. •'
. Tout porte à croire que, dans ces derniers temps! la population des
îles soumises au roi de l.amoursek a tellement augmenté, que les habifaris ont dû chercher ailleurs leur subsistance. Cent vingt.pirogues, parties en 1816 pour se . rendre sur divers points des îles voisines , eurent une navigation si désastreuse, que cent dix de ces frêles embarcations, portant 906 individus ,. ou près d’un sixième de la population totale soumise â Ce souverain, périrent victimes des vents;forcés et contraires. . '
Quelque considérable que fût une telle perte pour d'aussi petites * lies, cependant le. besoin des migrations s’y fit encore sentir. En 1818, Un de leurs principaux princes, Kaoutao, accompagné de six autres uimors, d’une cousine du roi ( t ), de cinq enfans, et de quatre-vingt-dix-huit ' . personnes de leur suite, fut envoyé en ambassade auprès de D. Medjjiilla, pour s’assurer si les offres qui ^voient été faites ay roi son maître, à diverses reprises, pour l’engager à venir s’établir, lui et ses sujets, aux îles Mariannes, ctoient sincères. Ce gouverneur ayant reçu le prince au milieu de son conseil , apprit de lui que, -dans le Cas où J’on consentiroit à concéder à ses compatriotes les terrains qui leur étoient nécessaires, ceux-ci pcomettoiem de vivre avec les Espagnols et les naturels de leur nouvelle patrie dans le plus parfait accord. Pour garantie de laloyautédes sentimens de son. souverain , Kaoutao proposoit Je laisser en otage une ■ patente du roi , le mari de celle-ci , leürs çinq enfans , et six domestiqués , avec prière dç leur permettre de se fixer à baypan , île pour lors, inhabitée qu’ijs préféroient aux autres, li invita en outre, et en son propre nom, le gouverneur à garder près de sa personne! au nombre de ses
. - t ). On peut voir son portrait pl. 57: - ’V, , ' . “ *
LIVRE III. De Timor aux MaKiaNnes inclusivement. 89 serviteur», deux jeune» insulaires dont un étoit son cpusin, et témoigna fc regret de ne pouvoir rester hri-même en cette qualité, attendu qu’il lui falloit aller rendre compte de sa mission. Kaoutao aroft ordre, dans le cas où ses demnndes seraient agréées , d'insister pour que ie gouverneur envoyât un navire d'une capacité suffisante pour transporter , des îles Lamoursek aux Marianne* , les femmes et les enfans. En effet , par suite de la catastrophe arrive en i« 1 6, ce» Insulaire» n'avoîent plus h leur disposition que quelques petites pirogues, auxquelles il eût éu? imprudent et même cruel de confier, ponr une traversé aussi longue, des êtres foihlés et dénués de vêternens capables de le* garantir contre les intempéries de iair.
Toutes ces propositions avant été acceptée» par le gouverner , Kaoutao se rendit tout de suite A Savpan pour y fonder les premières base» de son établissement, c’est-à-dire, faire le choix dçs terrains , en tracer les démarcations, et diriger enfin la construction des maisons et des magasins nécessaires à la nouvelle colonie, .
L'Uranie, parut en i8ij>, comme nous l’avons vu, dans l'archipel des Caroline» : six lie» seulement furent l’objet de son investigation rapide -, mais pendant son séjour à Guam , quelques pirogues de Lamoursek , de Satahouai et de Goulimarao, étant venues y relâcher, nous pûmes réunir sur leurs habitan» un plus grand nombre d'observations intéressantes. . •»* • „ . - .vît»,.*.- . •
Nous bornerons ici l'esquisse historique, nécessairement fort incomplète , de ce vaste archipel , pour présenter quelques vues générales sur son état physique et moral. -
fie» Carolinrs.
HHiwtre.
Considérations physiques et géographiques.
L’archipel des Carolines , désigné primitivement sous le nom de Paletot , puis sous celui de Nouvel] (s-Plilryjùnes , s’étend efl longitude depuia 1 ap*. jusqu’à. 171'.» l£st du méridien de Pari* ; et en latitude, depuj* ie *.• jinqu’au ta.* paraüéfe Nord, occupant ainsi un espace d'environ milfç
Vfyagt Jt r U riait, — H u torique. T. D. w
Géographie.
9o VOYAGE AUTOUR. DU MONDE, -j *;• TJ
IJ« Caroline*. iieuçj dg l'Est à. 1 Oufst , et de deux cent cinquante du Nord au Sud. c,n>gtapti(o. Çcs ijes se divisent en plusieurs groupes, qu'à l'exemple du P. C auto va nous .appellerons du nom de provinces ( i).
Première province. • — La première j oit celle qui est le plus à l'Est, cotnprendroit dès-lors les îles Radak et Raiik, partagées elles-mêmes en deux grandes chaînes, qui se subdivisent encore en plusieurs iiUullonj (i ). Scs limites en longitude sont d'une part le 17».* méridien , et de l’autre h 1 64.' - , - , -, . . ;
Douzième province. — : Elle s'étend depuis ce dernier terme, jusqu’au ; jo.' degré de longitude, et comprend lile Oualan , les îles lirowne, les îles nommées Arecifes', Casbobas , Feyoa , de la Passion , Saint- Augustin et Basse-Triste ; les lies Loùgoulos ou de Monteverde, tes lies Rouk,, Ole Torrès ou Hogoleu (t), et un assez grand nombre d'autres dont la position est plus ou .moius douteuse, : , .... : y
Troisième .province. — Le ijo.e et le 1 4o.e degré de longitude forment, à la hauteur de 5“ de latitude, les limites de la troisième province, ,qtti,.soos le j o.' parallèle, ne va qu'au 1 4*>c méridien, pour exclure de cette circonscription l'ile Feis , qui, se. rattachant aux îles Egoy, appartient au groupe suivant. C’es* cette troisième province que t‘ Uranie a parcourue du Sud au Nord. Ort ne comvolt pas bien toutes les îles qui la composent, et la position de quelques autres est encore et étois sur-tout alors fort incertaine. Indépendamment des îles tjue nous avons aperçues, il faut citer. le» fies Lamoarsek, qui paraissent former un attollan particulier, composé., dit-on , de, dix îles,- dont, sept sont fort petites : Satahoual', Mougrak (4)» Ifelouk, Élato et Goulimaroo, s’y
(1 V D'apres les renseigneniéns recueillis par ce savant et- infortuné missionnaire, chacune de ces provinces aurait une langue dUt&iC(ft« o*» du moins qui différerait peu d'une Üe à f’avtre.
(a) On appelle anuitons ouattollet, un assemblage cfiles liée* entre elles par des récifs de casai!. ' * • *• v • • * , * • • ’ * -1
(5) Cette rie, selon Cantova ( Lettres éJifianus) , aurait beaucoup plus d'étendue ijûe Cuapx • , .• ; „ •. . . -, nj
(4) Quelques personnes prétendent que Mougrak et Laruoursek sont identiquement ]* même lie. !S««» powmrtw entrer rd dans »n* discussio» étendue à ce sujet, mini* elle ne prouverait guvre que rinjpsffcat»«e dr* de eu tèe as connu» pour établir une aprhiou <ié6niiiee. Npus pensons qu’dest beaucoup plot **g£‘ <îu* \& géographie .de ces potages ait été » ,
LIVRE III. — De Timor aux Mariaknes inclusivement, pi font aussi remarquer, <le mt'me que Gooliay , qui compose un attofiofl 11m C.rolines. distinct, où l’on voit vingt et une fies dé diverses grandeurs, dont la Géographie, principale donne le nom an groupe emier: de petit* navires peuvent y .jeter l’ancre. Les lie* Aouroupig, dans le Sud, et Fatroïfep, dans le Nord, appartiennent aussi à notre troisième province.
Quatrième province, —r Nous rassemblons dans celle-ci les îles Égoy, qu’pn dit se partager en deux attollons , i’île Feis , dom nous avons parlé déjà, et quelques autres de moindre importance , situées toutes entre p et 1 1* de latitude. Le* îles de cette division ont pour limites, en longitude , le i4z.‘ et 1* 1 3 8.® méridien (1). Falaiep et Mog*- «
roog , appartenant toute* deux. au groupe des îles Égoy, en sont les capitales.
Cinquième province. — L'île Yap, à laquelle on ne donne pas moins de quarante lieues de tour; les lies Philiip, celtes de Humer, et le groupe de Lamofiao • Ourou , dont Nolog paroît être Vile principale , constituent la cinquième province : ses limites en longitude sont le J j8,p et le 13 4-* méridien.
Sixième province. — Les lies Palaos (Pefew des Anglais), les îles Maielotas, Katrikan, Johannes, Soronsol, Kadokopoué , &c., appartiennent à la sixième et dernière province , qui est aussi la plus occidentale. . ... • ■ ‘ , • •
Constitution générale. — S’il étoît permis de juger des fies Carofines par le petit nombre de pelles que nous avons examinées , nous devrions croire qu’elles «ont toutes basses, uniforme* et assez fertiles, quoique
exactement faite, que de se perdre en conjecture* «r la position qu’occupe ou que a occupe pas telle ou tefle de ces île* , e» »f te» noms qu’on leur donne ot» qu’on devrait leur donner. . • . . ,
Inhabiles navigateurs s’occupent aujourd’hui, comme à renvi* de compléter cette géographie, où règne encore tant d’incertitude : ce sera plus urtf, par la réunion de tous ces travaux , qui ne laissent pas d’avoir leurs- difficulté» et leurs dangers, qu’on pourra espérer de jeter quelque lumière dans la discussion des relations anciennes , et de rectifier ce que nous ne donnons maintenant que comme de simples aperçut. Rendons néanmoins hommage aux premières difficultés vaincues, et à la sagacité comme au courage des voyageurs qui nous ont ouvert la route. *
( 1 ) C’est au moins ce que Ion doit conclure de la position approchée qu’on donne aux Ile* qui nous occuper u Peut-être pourroit-on soupçonner quelles s’étendent un peu plus à l’Ouest que nous n« l'indiquons ici*
ju - VO-V AGE. AUTOUR. DU MONDE.
Il« Caroline». la végétation y soit pâle, et biea différente par conséquent de ia-beHe verdure des Moluques; enfin que l'abord en est difficile, à cause des récifs qui les entourent. Mais nous sas o us qu’il n'en est pas toujours ainsi : il y en a de haute* , et, plusieurs laissent entre, les récife des ports favo* râbles à la s tire té des navires. Nous nous bornerons à ces généralités, que nous ne saurions dépasser sans sortir du plan que nous avons dû nous prescrire. . . , ... .. fc.
Production!. L'arbre à pain et le cocotier paroissent y être trcs-comtnuns ; ces grand» végétaux, avec le bananier et certaines racines farineuses , occupent, sans , aucun doute, un rang distingué parmi lest élément de la nourriture de
l'homme. Nous ne pouvons rien dire de plus sur les productions de la terre. La tortue, qui se plaît Sur les rivages sablonneux, les coquillages, et une grande variété d exceliens poissons ,. sontdes seuls animaux qui paroissent offrir des ressources alimentaires. La .poule domestique, naturalisée sur quelques îles, n.’y est que peu multipliée. On assure qu’on n'y voit aucun quadrupède; ce qu'il fàut peut-être entendre d« celles des lies qui n’ont que de piftites dimensions. Les holothuries ou tripangs y abondent ; mais les naturels n’ont fait jusqu’ici aucun usage de cette denrée si recherchée des Chinois. ; .. • .
Mrk'orologir. Température. — : La moyenne de plusieurs jours d’observations tbermométriqnes , prises du j au 15 mars, et rapportées à la latitude de 70 lo’ Nord, nous a donné, pour lu température de l'air, z6*,p, et pour celle lie la mer, à sa surface, a 7 '*,4.
, Venu. — 11 n'est pas douteux que les Caroline* ne soienttoutes placées sous l’influence des moussons : celle qui souffle de l’Est amène le beau temps; l'autre est accompagnée de tempêtes et .dorages. Le voisinage oie ces îles se trouvent des Mariannes, nous fait penser que ce que nous dirons plus tard des vents qui régnent dans ce dernier archipel, sera également applicable .à celui des Carolitles. , ,. ..... ...