‹ Voyage Autour du MondeChapitre 25 sur 165 · LIVRE III. ~ 1>e Timor aux Marianne* inclusivement, i · texte numérisé non relu

LIVRE III. ~ 1>e Timor aux Marianne* inclusivement, i

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• V I I. ■ ■ 1)« Oiomihe

«# wciéfé.

Gouvtmcment. . '

Les informations que nous avons reçues à.Guam nous, ont appris que le gouvernement de Lamoursek et celui des Gouliay est monarchique, et que le roi a sous lui plusieurs ordres de chefs. Ce mode de constitution paroît adopte dans tout l’archipel, depuis les Paiaos jusqu’aux Radak. Voici comment le décrit le P. Cantova(i) :

« Au milieu de la rudesse et de la barbarie où vivent ces insulaires (1), il ne iaisse pas d'y avoir parmi eux une certaine police qui donne A conuoitre qu’ils sont plus raisonnables que la plupart des autres Indiens, en qui on ne voit guère rien d'humain que les traits. L’autorité du gouvernement se partage entre plusieurs familles nobles, dont les chefs s’appellent tamors (3). II y a de- plus, dans chaque province, un principal tamor auquel tous les autres sont soumis. - ' • .

» Ces tamors laissent croître leur barbe , fort longue., pour se concilier davantage le respect : iis commandent avec empire , parlent peu , « affectent un air grave et sérieux. Lorsqu’un de ces personnages donne audience, il est assis (4) sur une table élevée: ses vassaux s’inclinent

Pouvoir

souverain.

Clwfi,

hiérarchie.

Prérogatives.

( t ) Dam les Lettres édifiantes.

{x) Les habitant des iles Lamoursek et Gouliay , ou en général ceux de notre troisième province.

( 3) Cantova dit tamoles ; mais je me conforme ici à une orthographe qui est appuyée sur nos observations particulières. 4

(4) H résulte des recherches auxquelles nous nous sommes livfés, que les nobles ne s'asseyent jamais devant un homme du bas peuple, puisque dans leurs idées ce serait manquer de dignité. Le plébéien, de son côté, doit, non se tenir debout devant son supérieur, mais s'asseoir ou s’accroupir à terre pour lui parler. Si le noble, cependant, est fatigué, il peut s'appuyer contre un mur, contre un arbre, en y posant un de ses pieds et ployant le jarret ( nous retrouverons le meme usage aux Marianncs, voy. pi. 62), ou bien il faut qu’il patte dans un lieu où il n’y ah aucun homme de cette caste abjecte, pour pouvoir /asseoir' sans déroger. Quand nos Carobnois venoient nous voir à Guam , ils Vaccroupissoiem sur leurs talons dès qu'ils arrivoient prés de nous; c'étoit un signe de politesse. Si cette marque d'humilité nous a paru singulière , ils rie trouvoiem pas moins bicarré de leur côté notré manière de saluer, qui ne minquoit jamais d’exciter leurs bruyans éclats de rire. . <

,j4 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

ll« Ciruimw. profondément en paraissant devant lui; du plus loin qu'ils arrivent, ils De l'homm* marchent le corps tout courbé et la tête presque entre les genoux , jusqu'à ce qu’ils soient auprès de sa personne : alors ils s'asseyent à terre , et, les yeux baissés, reçoivent ses ordres avec la soumission la plus absolue.

- Quand il les congédie , ils se retirent en se courbant de ia même manière qu'à leur arrivée, jusqu'à ce qu’ils soient hors de sa présence. Ses paroles sont autant d’oracles qu'on révère , et l'on exécute ses commamiemens avec une obéissance aveugle ; enfin, on lui baise les mains et les pieds avant de lui demander quelque grâce (i). »

Atlminutntion •> Les principaux chefs carolinois , dit Kotzbue (a) , jouissent d'une * grande autorité , et exercent la justice pénale selon les principes les

plus stricts du talion : cal pour œil, dent four dent. » Selon Cantova ( op . rit.), on ne punit les criminels ni par la prison ni par des peines afflictives , mais on se contente de les exiler dans une autre île.

A Gouliay, les successions, à la mort des parens, arrivent d’abord aux frères , puis aux enfans mâles du 'fils aîné (3). .

(>i*rreeiami'i. Les habitons de la troisième province, et particulièrement ceux des groupes de Gouliay et de Lamoursek, sont d’humeur assez pacifique, et la guerre est rare chez eux. Voici sur ce point le témoignage du P. Cantova : « Lorsque des inimitiés s’élèvent entre des particuliers, dit-il (/or. rit.), d’ordinaire quelques présens les apaisent; mais quand elles sont publiques et de bourgade à bourgade , la guerre seule peut les terminer, ils n’ont d'autres armes que des pierres (4) et des lances armées d’os de poisson (5).

( 1 ) M. Quoy reçut à Guam la visite d'un Carolinois qui, voulant obtenir quelques ha meçons, se prosterna devant lui la face contre terre, lui prit. le pied , et Payant soulevé, se le posa sur la tête.

(2) ji Voyëge vf diarovfjp, in t, 111.

(3) Kotzebue , lac. cit. .

(4) lis les jettent avec des frondes en tout semblables à celles que nous avons (ait dessiner

pl. 79, fig. 6. - .*

( 5 ) D’après une lettre du P. Clain { Lcd 1 rts édifiantes ) , ils garnissent aussi leurs lances avec des pointes d’ossemeas humains. Les bâtons, semblables à celui qui est représenté (pl. y#, fig. 13), ne servent que pendant les. danses déjà décrites, et point du tout à la guerre : celui qu£ tient le tamor de la pl. 57 n’appartfent pas aux. peuples qui nous occupent; c’est un cassetête d'une lie plus éloignée dans l'Est et le Sud,doot nous ne savons pus précisément 1a position.

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes Inclusivement. *3 J Leur manière de faire la guerre ne donne lieu, pour ainsi dire, qua des lies Caroline!, combats singuliers, chacun ne se battant qu’avec l’ennemi qu’il a en tète. De l'homme >■ Lorsque deux peuplades ennemies ont résolu d’en venir à une action décisive , on s’assemble de part et d’autre en rase campagne ; et dès que les deux troupes sont en présence, chacune forme un bataillon de trois rangs de profondeur : les jeunes gens occupent le premier; ceux d’une plus haute stature, le second, et les plus âgés, le troisième. L’afiàire s’engage entre les deux premières lignes, où chacun se mesure d’homme à homme à coups de pierre et de lance. Un des guerriers est-il blessé et hors de combat, aussitôt il est remplacé par un du second rang, et celui-ci l’est ensuite par un du troisième. A la fin de la guerre, c’est-àdire , après la soumission ou la défaite d’un des deux partis , les vainqueurs insultent aux vaincus par des cris de triomphe. »

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