LIVRE III. — De Timor aux Marjannes inclusivement
une quantité si prodigieuse d’aljmens. En général , iis s'inquiètent peu de lies Mzrirfna».
l’avenir, et abusent de l’abondance éventuelle , persuadés qu’il sera ton- ExCsnkm . . . « nota
jours temps de se réduire a la mince pitance d un coco par jour. et Tinian.
» Nous louvoyâmes toute la journée du 3.6 avec une bonne brise et une mer très-grosse. Le 27, à 5 heures du matin, nous aperçûmes Agwigan., mais encore à grande distance, et peu après les terres de Tinian et le pic de Saypan. A midi, je pus observer la iatitude. Lescourans et les vents contraires 11e nous permirent d’arriver au mouillage de ia seconde de ces îles qu’à dix heures du soir. Nos barques furent halées à terre vis-à-vis de la maison de l’alcade, qui, sur les recommandations dont nous étions porteurs, fit tous ses efforts pour nous être agréable.
» Le lendemain, les Carolinois remirent leurs barques à flot, et partirent pour Saypan. Quant à nous, nous ne reposâmes que' le temps strictement nécessaire, pressés par un impatient désir de visiter l’île célèbre sur laquelle nous avions abordé. Sa description, nos remarques sur la pêche, la chasse, l'agriculture et la fertilité du sol, les productions qu’on y trouve , et sur ces ruines de piliers antiques si admirables et si étonnans , occupèrent tour à-tour notre attention. Ces détails seront classés après ceux que nous avons recueillis sur l'île Rota.
» Le 30, à deux heures du soir, les pros carolinois révinrent de Saypan , où ils étaient allés visiter leurs compatriotes déjà fixés sur cette île: ils amenoient avec eux le tamor ou chef de cette colonie naissante, ainsi que sa femme, dont la figure est très-agréable; le tamor lui-même ejt un fort bel homme, admirablement tatoué. M. Arago , après -avoir dessiné la première, copia aussi ce tatouage magnifique (pl. J7).
» Nous abandonnâmes Tinian le même jour, à trois heures et demie du sprr, avec un nouveau passager, l’alcade D. Francisco de la Cruz, qui s’arracha aux larmes de sa famille pour aller à Çoam revoir ses amis.
Nous vîmes sans regret fuir les plaines arides de cette île, qui,- te premier jour, nous rappela trop exactement le sol affreux de la terre d’Endracht. Il faut que les choses aient bien.changé depuis le lord Anson, qui s’y trouvoh comme dans un paradis terrestre, ou que notre manière de voir et de sentir soit singulièrement opposée.
» Nous étions sous voiles, quand le soir, à 5 heures , un grain très-noir
Voyagt <it l'Ura\i<. — Historique T. II. jç
ll« Marianne», formé à l'horizon , s'étant élevé tout- à- coup, nous donna une forte Excursion pluie. Nos trois, pros naviguoient très-près les uns des autres ; et ce fut
ci Tinian. pour nous une scène bien curieuse de voir nos compagnons faire leurs
prières à haute voix, et gesticuler tous ensemble. Le temps se remit assez vite au beau,
» Sur les 8 heures, nous rencontrâmes les quatrç pros mariannais que nous avions laissés, à Rota; probablement ils arrivèrent le lendemain à Tinian, c’est-à-dire, plus de quatre jours après nous. Dans la journée, nous racontâmes aux Carolinois, au moyen des gestes et de quelques mots que nous avions appris, l’arrivée d’un vaisseau sur une île habitée par des anthropophages ; nous leurs disions qu’un des matelots avoit été fait prisonnier, tué et mangé par eux. Jis frémissoient d’horreur, s’eXpliquoicnt les faits lesunsaux autres, et détournoient la tète, comme s’ils n’eussent pu supporter ie récit d’une pareille atrocité. Leur figure, toute décomposée, inontroit à quel point ce bon peuple a horreur du crime. Aussi, quand nous leur dîmes qu'enfin l'équipage du vaisseau avoit fait feu sur les sauvages et en avoit tué un grand nombre, ils applaudirent; et leur front se déridant tout-à-fai.t , iis nous demandèrent si ces barbares avoient tous perdu la vie.
•• Ç’est ainsi que nous charmions les ennuis d’une navigation fatigante , et que nous occupions nos loisirs forcés à étudier- un peuple intéressant, et à en obtenir certaines particularités que les circonstances seules pou voient nous permettre de recueillir. Dans ce nombre sont les détails relatifs à la manœuvre de leurs pirogues , et à fart de les diriger par l'observation des astres, avec cette sagacité et cette précision dont nous avons plus haut rendu compte.
v Le.!.*' mai, à la pointe du jour, nous vîmes pour la deuxième fois lesplages de Rota, et^embarquâmes la collection d’histoire naturelle que nous n’avions pas cru devoir transporter à Tinian : l’alcade D. Juan de Rivera, pendant notre absence , lu voit augmentéede plusieurs individus curieux. Après l’avoir remej-cié-, lui et sa famille, de l’accueil obligeant qu’il* nous avoient fait, nous remîmes sous voiles à midi, et fûmes de retour à Agagoa le 2 mai de bonne heure, au milieu de nos amis, après * onze jours d'absence. »