LIVRE III. — Dr. Timor aux Marianne^ mcuMjvEMENT
» Des «leux côtes ses eaux débordent et donnent naissance à des marais • d’une étendue immense , où croissent une foule d arbres et de plantes-. Nous vime» sur de petits îlots des cabanes en ruine qui paroissoient désertes depuis long-temps , et quelques pirogues à l’abandon. Palioit-il attribuer cette dépopulation à- l’insalubrité du lieu , ou aux ravages de la guerre ’ V
» Ne voyant là aucun asile convenable, nous revînmes à notre gite de là veille : il s’y trouvoit encore du feü , chose agréable^ même sous l’équateur, car les nuits y sont fraîches .et excessivement humides. En parcourant les environ», je. vis des fouilles semblables, aux boutis des sangliers; j’jmagine qu'elles annonçpient le passage -de cette espèce de cochon sauvage assez commune dans’ ces contrées; peut-être encore étorent-ce des traces de babi-roussas-, anjmatix qu'il seroif peu'suaprtnant de trouver aussi sur Vaigiou. Je dormis mondusil sous la tête; précaution inutile, -car je n’entendis rien.de toute'la nuit.
• *> Le "lendemain ., à la pointe du jour, on se, remit en route pour retoumer à bord, et,, malgré un temps assez peu favorable, nous y pVrivâmes à midi. »
Ces differentes course? , et les travaux habituels auxquels nous nous liv/ions*à notre observatoire, nous conduisirent jusqu’au i.*r janvier de l’année 1819. J’avoui désiré passer ce jour en famille avec mon étatmajor , ^ûand l’arrivée d une petite corocoredeGuébé pensa faire évanouir ce projet. Les tamtams,- les tambours, se faisoient entendre avant .même que l’embarcation eût dépassé le cap défile Rawak , qui nous la masquoit ; mais elle ue tarda pas à entrer dans la baie. Notre ami Te kimalaha nous tendoit les bras , et fut bientôt à bord avec neuf personnes de sa famille, qu’il me présenta Comme ses plus proches pareils. L’un , en effet, üoi^son frère, et se nommoit Abas; c’étoit un vieillard d’une soixantaine d années; il me dit avoir vu à Guébé , dans sa jeunesse,delix bârimens portant, ainsfaqüe fe mien, fc pavillon français, lesquels y étoient venus chcrcher.de? muscadiers ( 1 ), sous le commandement de M. de Goëtivy, auquel il avoit procuré de ces arbres. C’étoit un nouveau
(i) Sonnerat a rendu compte de cette expédition, qui eut lieu en, 1772, sous le titre de Vojvgt à U Nouvelle-Guinée, où iî paroi t certain, d'ailleurs, que l'expédition n’a jamab
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Décembre.
Ile Boni.
Janyier.
lie Rawak.
1 8 1 9-' Janvier.
Séjour à Rawak.
a8 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. . « .
motif pour que je l’accueillisse avec plaisir; aussi fis-jt.de mon mieux pour lui rnontrer, ainsi qu’à tous les autres Guébéens, combien j’étois charmé de leur visite. La trouvant cependant un peu intempestive, je fis entendre au kapitan Guébé, qu'ayant à bord des occupations qui exigeoient tout mon temps, je seroi* prive -ce jour-là dir plaisir de sa. société, mais que je comptois sur lui et sa famille pour dîner avec moi le jour suivant. 11. ne parut ppint du tout choqué de trton compliment, et partit gaiement, avec sa petite troupe, pour le village de Kabaréi , où il me dit qu'il passerait la nuit. ’
Le lendemain il ne manqua pas ad rendez-vous ; et comme son intention étoit de rester la journée tonte entière avec moi , il me gratifia de sa présence des p heures du matin. Pour que la joie, sans doute, fût complexe, il avoit grossi son cqrtége d'Aas, chef de l'ile Rawak (t), ce qui faisoit , jui compri» , dix personnes. Indépendamment d’Aas , d’Abdalaga Fourou , et de son frère Abas , on comptait encore Kanrounc et Hannane, deux Fils du kapitan Guébé, âgés de 28 à .30 an», sachant comme leur père lire et écrire le malais et l’arabe; Adjélinc, son petit-fils, jeune homme d’une fort jolie figure, paraissant avoir iè> ou 17 ans; Atib Mnankabou', Këdatou et Yassinë, tous trois fils d’Abas; enfin Bangaï, fils d'Atib Mnankabou, enfant de 7 ans environ.
11 me fallut faire tête à tout ce monde; et certes Ta corvée, vu le genre et la multiplicité de mes occupations, n’étoit, pas fort facile. • • • ■
La visite du kapitan Raouk avoit tin but intéressé que je ne tardai pas à connoitre; il espérait obtenir de moi un dédommagement pour les co-. cotièrs que j’avois fait couper à Rawak, dans le voisinage de l’observatoire, et demandoit de plus que je lui payasse un droit d'ancrage. Je . refusai ce dernier point > ce droit, lui dis-je, n’étant imposé qu'aux navires du commerce, et jamais aux bâtimens de guerre; quajt 9 l’autre partie de sa demande, je voulus bien entrer en accommodement, et je lui fis , en conséquence , un cadeau qui parut le satisfaire. Ne voulant
louché; mais elle mouilla à Guébé, que Sonnerat, par des raisons de politique sans doute, affecte de ne pas nommer.
(1) L’ile Rawak se nommant ici Raouk , Aas se faisait appeler en conséquence kapitan Raouk. ( Voyez son portrait, tort ressemblant , sur la' pl. 59.), . . # m
àûQgle
LIVRE III. —i De Timor aux Mariannes inclusivement. 29 probablement pas être en reste avec moi, il m'offrit à son touf quelques oiseaux de paradis, dont aucun cependant n’étoit remarquable par sa belle conservation. . ' ,
Entre plusieurs documens que mes Gudbéens me donnèrent , et que j’ai réunis pour la plupart à ceux que j’avois précédemment obtenus, je rie sais si" je dois compter encore la traduction d'un madrigal de Bernis (i)r qù’Abdalaga s’amusa à me dicter dans son idiome, d’après une version malaise que je lui. présentai : la voici, avec l’explication interlinéaîre en français, qui en fera suffisamment connoitre le sens.
. Biosso aonai kali, ^ .
• . - Amour enfant petit ,
, Tatapi aouaï anim fourni ; ' -
- * Mais, enfant de moi maître; . •
lié. fcé fouïni oto kolano. été aïni;
J.ui être maître du roi comme (de T) esclave ;
• # % ï’irchéo été aouya bê*
. H *'** Beau comme vous être î
Ini fikifj été anim fikir ,
+ Avoir pensées, comme miennes gfnsêcs ,
Tatapi iaè brankali brani foief (2).
Mais lui peut-être hardi davantage. J
Enfin l’heure du dîner arriva. Jecomptois principalement sur une belle tortue que les Papous m’avoient apportée fa veille, et on l'avoit, en conséquence, accommodée à toutes sauces. Mais, û désappointement 1 à peine nos Guébéens font-ils aperçue, qu’ils se lèvent spontanément detable, et s’enfuient tous sur le pont en poussant des cris d’horreur et d’effroi. Je m’empresse auprès d’eux; je m’informe en quoi j’ai pu, 0u leur déplaire, ou les offenser; et j’apprends enfin , ce à quoi j’aurois bien dû penser moi-méme, que tout bon musulman doit s’abstenir de la chair de tortue, non moins que du porc et de l’arack. Force fut donc de faire enlever les mets impurs de la table, et même de la salle à manger, pour qtte ces scrupuleux convives pussent se résoudre à y rentrer. Ignorant ou
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( i ) Ce» vers furent adreué» à une dame qui avoit demandé à Ôorni,, Qu’ni-rt fmt'amour?
(*) Tous ces mots sont figurés ainsi qirils se prononcent. * * n