‹ Voyage Autour du MondeChapitre 88 sur 165 · LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement, jij · texte numérisé non relu

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement, jij

la visita notre habile compagnon de voyage, M. Quoy. Toutes ses constructions sont’ en boîs; mais i'égli se cjiion y voyoît jadis n'offre pins aujourd'hui ie moindre vestige.

Patfi. — L'église de Page, et ie couvent abandonné qui y est tigu , bâtis l’un et l’autre pdr les missionnaires jésuites, ont environ un siècle et demi d’existence. Le palais du gouverneur ( pl. 81 ) , une école de garçons voisine du couvent , et une autre pour les filles-, placée dans l'intérieur de la ville, sont les seuls édifices qui méritentquelque attention.

Ag<u. — On ne peut citer sur ce point que l’église, •et la maison de l’alcade, qui, plus jolie que neje sont ordinairement, à Goam, les habitations de ce genre; appartient au roi. La position de cette petite ville est fort avantageuse, attendu la facilité de communications qu'elle otire avec le port San-Luis et la baie d'falmata.

Gimatit. — Peut-être a-t-on droit de s’étonner que cette -bourgade, Si agréablement située, et visitée si souvent par les navires nationaux et étrangers, ne soit pas d’une étendue plus considérable. L’habitation du gouverneur , d’un style analogue à celui de la maison de Pago , mais plus vaste; une jolie église, un ancien couvent servant d'hôpital, un grand hangar des embarcations, un autre garni de bancs à l'intérieur, et qui paroît destiné, comme celui d’Agngna, à des jeux publics; deux écoles pour les filles et pour les garçons : tels sont, avec les forteresses qui défendent la baie, les édifices élégans ou utiles qu’offre aux regards des Européens la petite ville d’ffîmaia. Les maisons en bois qui la composent, sont disséminées, non sans régularité, au milieu d’un bocage d’orangérs qui embaument l’air et donnent un délicieux ombrage.

. Les autres points habités de l’ile ne se distinguent que par le plus ou moins d’agrément du site ; ils ont généralement peu d’étendue.

Avant de sortir de Goam , nous terminerons ce qui est relatif A cette Ile par le tableau chronologique du nombre de maisons existant, à differentes époques, dans diverses localités -(î). Les diminutions numériques Considérables et subites qu’on y remarque parfois, sont dues ,. je pense, à' l’action destructive des ouragans, ou peut-être, ce qui est moins probable, & celle des incendies.

Iles Maria il ne».

De Htomme

en société.

-»tt»

(1} Prévost et de Brosse, d’apre* dca doenmem qui leur sept parttGtiIiérs, disette qoe guelquef-qns de. ces villages contprenoteot jadis depuis cent jusqu a cem cinquante maisons.

s de. ctt villages compre noient jadis depi

jusqu a

t cinquante maisons.

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i • "ib .

j ié . > VOYAGE AUTOUR DU MONDE. ;

Tableau chronologique du nombre de maisons des villes et villages de tilt Garni, depuis 1710

iusau'ert 1S1S inclusivement, , , * .

De l'homme en société.

LIVRE III. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 327 J le Rou. __ M. Bcrard , à qui nous devons les observations faites à lie* Marianna. Rota, n'a visite sur cette ile que le seul village de Sossanhayo; il y a L compté 80 cases en bois , et une église en pierre recouverte en feuilles de palmier. La presque totalité de la population se trouve aujourd hui réunie sur ce point. Relativement au nombre variable des maisons répandues dans cette Me , on peut consulter plus bas les états de population :

23 maisons, à ce compte, étoient réparties sur d autres points de lile, à l’époque où nos compagnons y abordèrent.

Ile Tinian. — La maison de l’alcade porte ici le nom pompeux de palacio [palais J ; c’est la seule que M. Bérard ait aperçue sur 1 emplacement de l’ancienne Son ha rom : à côté sont cinq hangars où se préparent les salaisons ; ils sont destinés aussi à mettre en sûreté, ou à l’abri dés intempéries de l’air, le maïs, les ignames, et, en général, toutes les récoltes qui doivent être envoyées à Goam. D’après le recensement de 1818 , il n’y avoit que. 8 maisons à Tinian.

Ile Saypan. — A peine, à ce même instant, commençoit-on à fonder quelques habitations sur cette île -importante ; les quatre maisons qui y existoient alors étoient uniquement occupées par des Carolinois de 1 de Lamoursek.

Nombre d’iudiridus. — C’est une question assez difficile que de savoir quelle étoit la population exacte des Mariannes antérieurement- à l’époque où les Espagnols en firent la conquête. Les premiers voyageurs donnent tous à ces Mes un nombre considérable d habitans, et le récit des historiens tend à le prouver encore , sans toutefois fournir, à cet égard . . d'appréciation bien positive.

Une note du respectable gouverneur Tobias, tirée des archives de ’• ^

Goam , nous apprend que lorsque les Espagnols vinrent s’établir aux Mariannes , c’est-à-dire en 1 668 , on estimoit la population des seules îles Goam, Tinian et Rota, à un peu plus de 50 000 âmes, sur lesquelles il y avoit, dès l’année suivante, d’après le récit du P. Murillo Veiarde,

13 000 chrétiens et 20 000 catéchumènes, sans compter les idolâtres (tj.

Veut-on admettre que la population des diverses lies de l'archipel ait

Population.

( I } Voyez d-deuui, page 173.

3*8 vor AGE AUTOUR DU MONDE. .-..'J

Iles Mananofs. été en raison de leur surface même? Nous déduirons, par un calcul fort De fhomifie simple, de ce principe et de ce qui a été dit plus haut pages 230 .«131, que , •' * ■ ‘ .

Goam seul renfermoit au moins *..... 3 5 000 habitan».

Savpan •».... ....... .4 ... w .v. . . 11 000.

« ; Rota.,... 8000.

. * TinLan 4 .......... .. 7000.

Et, par aperçu, que les Iles au Nord de Savpan [lies Gani ] , en avoient •

en masse ( 1 ) environ * , 12 000.

On aura donc pour la population générale de l’arc hipel mariannais, en . l’année 1668 , ou avant que les Espagnols s’y établissent 73000 âmes.

" Ce qui donne, I P»r üeue moyenne «rr.-c, ' 325 hrttii».

1 | par mille marin carré, 029.

Ces nombres paroîtront peut-être excessifs ; mais on doit faire attention . que les îlots les plus exigus du groupe des Mariannes, tels que Magnagassa, A-papa, Danéono , Bali , &c. &c. \ pl. 59 ), depuis long-temps tout-à-fait abandonnés, étoient alors couverts d’habitations.

Aux déterminations précédentes, qui , sans être rigoureuses ( paraissent différer peu de ia vérité , nous en opposerons quelques autres, où fon ne remarque pas toujours ce caractère. . • -•

Ainsi ie rédacteur du Voyage d'Anson pensoit que ia population seule de Tinian étoit , avant ia conquête, de 30 000 âmes , ou plus de quatre fois ce que donnent nos calculs. Crozet, au contraire, veut qu’à ia même époque les seuls Indiens du littoral de Goam ne s'élevassent pas à plus • de 20 000 , et la population générale de i'archipel à 60 000. Le Gobien , copié en cela par l’abbé Prévost, ne donne pas au-delà de 30000 habitans à cette dernière île (2), qui n'en aurait eu que 1 5 à 20000 au ' dire de ie Gentil de la Barbinnis (3).

• (1) En 1669, dans les seules lits Anataxart, Sarigoan, Alamagaan, Pagon et Grigan/fé

P. Moraléi baptisa 4000 individus. ( Voyc^ P^U5 haut, PHe *74* )

(2) Calculant d'aprt s cette donnée, nous trouverions que ia population totale de i'archipel * égJtle 62 $00 âmes; celle des iroii Iles Gaainj Tinian et Rota réunies, 42 500; tandis que Saypan et les Ganl on auraient séparcmetrf roooo , Rota 6 500, et Tinian 4 oeo.

-(3 ) N’aflecter que 20 000 habiian» à Guam seroti beaucoup trop peu, puisqu’il en résulteroit , pour la population collective des trou île» Géant, Tinian et Rota, a8 500 individus seulement, sur lesquels il serott impossible de prélever les 33 000 convertis, cités par le P. Muriilo. * m* -si ;

LIVRE HI. — De Timor aux Mariannes inclusivement. 329 Quoi qu’il en soit de ces divergences, reste toujours à expliquer ia llel Marianne», cause de la diminution extraordinaire qui se fait remarquer maintenant jüd™”* dans la population de cet archipel. Nous verrons bientôt (1) qu’en 1710, ou à peine onze années après l’entière soumission de ces îles , le nombre des naturels ctott déjà réduit de 73 000 à 3 53?; qu’en 1722, époque ^du second recensement officiel , il n’y en avoit plus que 1 935. La guerre sans doute a dû en consommer beaucoup ; mais il est difficile de croire • .

que celte seule cause ait jamais pu réduire des <— ■ une population brave et entreprenante, qui, en dernière analysé, n’a jamais eu à combattre qu’une quantité fort bornée d’Européens. L’émigration a probablement été . une cause de décroissement plus puissante. Contrariés dans leurs habitudes, ieç Mariannais seront allés chercher sur des terres étrangères la paix et l’indépendance qu’ils ne rencontroient plus chez eux. Cette opinion n’est pas une simple conjecture : Dampierdit expressément qu’à la suite de l’insurrection de 1684 , les naturels des Mariannes , trouvant qu’ils ne pouvoient pas résister aux Espagnols , détruisirent leurs plantations et se retirèrent sur d’autres îles (2). Il paroh peu douteux que les îles F.goy, dépendant du vaste archipel des Carolines, n’aient été un des points de l’émigration: c’est même à cette cause que fut attribuée la mort du P. Cantova, sur Mogmog, l’une de ces Iles, en 1731. A l’instant qui précéda son martyre, ce savant missionnaire ayant demandé aux furieux qui le menaçoicnt en poussant de grands cris, pourquoi ils desiroient sa mort, quoiqu’il ne leur eût jamais fait de mal : <• Vous venez , répondirent -ils ,

>• pour changer nos anciens usages, et nous ne voulons rien avoir de •> votre religion. •> A ces mots, ils le percèrent de leurs lances, lui et ses compagnons. Cet acte spontané de frénésie avoit été vraisemblablement inspiré par les préventions défavorables que des fugitifs mariannais avoient répandues dans l’île, si même quelques-uns d’entre eux ne prirent pas une part directe à l’assassinat (3). •

( 1 ) Voyez les tableaux de population, pag. 331 et suiv.

( 2) « The natives (of the Ladrones ), finding they could not prevail against the S pan tards , * destroyed their plantations and went to other isTands. » ( Dampier’r Voyages. )

(}) Voyei les Lettres édifiantes, et le Mémoire de D. Fernando Vaide* Ramon, dans Burney, a Chronologtcal History dXc. t. 111. • - ,

Vtyage de l'Urmit. — Historique. T. II.

Tt

Marianne».

l'homme

société.

Depuis la pacification générale , les causes qui ont affoibli la population mariannaise sont beaucoup plus multipliées. Le désespoir d’avoir quitté leurs îles natales (i) en a engagé un grand nombre à se suicider (a), d'autres à détruire volontairement le fruit de leur union (j). Enfin, au nombre des vexations qui leur parurent insupportables, on doit placer en première ligne l’obligation imposée de négliger leur langue maternelle • pour celle de leurs vainqueurs (4), et les travaux pénibles auxquels les forçoient dés maîtres souvent injustes et avides (5).

Des maladies épidémiques et meurtrières, jusque-là inconnues, vinrent, à diverses époques, augmenter ces causes de destruction (6); mais de toutes, la plus active, quoique celle peut-être contre laquelle ' « on s’est le moins élevé, c’est l’usage excessif des boissons spiritueuses (7), dont , en général , les peuples non civilisés ne veulent pas reconnoitre le danger , parce qu’une jouissance passagère masque , à leurs yeux , la puissance funeste de ces liqueurs empoisonnées.'

Recensement. — Considérons maintenant en détail les variations de la population mariannaise : ce travail comprend 108 années, réparties en un assez grand nombre de tableaux , auxquels nous faisons succéder des résumés et quelques réflexions générales. Nous présenterons de plus l’état , des mariages., ceux des naissances et des décès de la ville d’Agagna, ce qui nous fournira enfin un dernier tableau où les données précédentes seront rapprochées et comparées.

( 1 ) ^ù)eZ P^us haut, pag. 210.

(2) Ibid. pag. 164 et 216.

(3) Ibid. pag. 164. Crozet confirme ce fait: « Ces peuples farouches, dit-il (page 180 » de son voyage), se sont livré* à un désespoir dont il n'y a pas d'autre exemple sur la «terre; ils ont pris le parti de donner à leurs femmes des boissons qui le» faisoient avorter, çi «de n’avoir plus d’enfans, plutôt que d’en laisser après eux qui ne fussent pas libres, suivant «Tidée que ces êtres sauvages avoient de la liberté. «

Une pratique analogue a régne en Amérique. On a vu, en effrt, les nations formidable» des Jaadgl et des Al baya, se détruire entièrement elles -memes, par suite de la coutume diabolique qu'elles avoient adoptée de ne conserver et de n’élever qu’un seul enfant dans chaque famille. ( Southey, Hist. of Brazil, t. III.)

(4) Voye^ plus haut, pag. 217, 2 18 et 220.

(5) Ibid. pag. 212 et 214. * ;

(J6) Ibid. pag. 219 et 281. • . • •

(7) Ibid. pag. }07. \ - . •' “ Z

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