CHAPITRE IX
OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LES REPTILES RECUEILLIS DANS LE VOYAGE DE LA CORVETTE ZA COQUILLE; PAR R.-P. LESSON.
Nous n'avons point, dans notre expédition, étudié un grand nombre de reptiles. Les voyages de la nature de celui de la corvette {a Coquille, par le court séjour que les navigateurs peuvent faire dans les parages qu'ils visitent, n’y sont point propres, et c'est par hasard, et d’une manière secondaire, que les animaux de cette famille s'offrent à leurs recherches. Toutefois, nous croyons devoir donner quelques détails généraux sur ceux que nous avons rencontrés, et quelques renseignements sur les habitudes, ou sur les limites géographiques qui sont assignées à plusieurs espèces, en suivant l'ordre successif de nos
relaches , et des contrées que nous avons parcourues. Voyage de la Coquille. — Z. Tom. II, Partie 1. I
On ne peut se dissimuler que l'étude des reptiles n'ait été jusqu’à ce jour fort difficile, et généralement négligée. Ces animaux semblent repousser la plupart des naturalistes, qui préfèrent employer leurs veilles à étudier des branches plus riantes et plus gracieuses. Ainsi pourrait-on compter un grand nombre d'ornithologistes pour un seul erpétologiste. Il en est de même des voyageurs. La plupart ne récoltent point ces êtres, souvent dangereux; et, lorsque quelques-uns s'en occupent, ces animaux déposés dans nos musées, décolorés par la liqueur préservatrice, n'offrent plus à celui qui cherche à les décrire par la suite, que l'ensemble de leurs formes générales ; tout le reste a disparu. Les reptiles cependant sont bien capables d'intéresser le philosophe. Les lois de leur organisation, leurs habitudes, les funestes propriétés mortifères que la plupart possèdent, les ressources que les arts peuvent en retirer, sont autant de sujets intéressants et variés bien dignes de fixer notre attention et d’accroitre nos connaissances. Sous le rapport de la beauté, ils ne le cèdent one animal. C’est surtout dans
leur état de vie que les reptiles se montrent avec de riches livrées,
point à aucune autre classe du rè
et les nuances les plus suaves et les plus pures. Quoi de plus beau, que ces serpents, recouverts des teintes les plus éclatantes, dont les écailles semblent faire jaillir mille reflets métalliques sous les rayons lumineux qui les éclairent diversement ? Sainte-Catherine du Brésil, où s'effectua la première relâche depuis le départ des côtes de France, peut offrir à un observateur, qui séjournerait pendant un espace de temps assez long, la plupart des espèces mentionnées dans les ouvrages d’erpétologie, comme propres au Brésil, contrée si belle et si prodigue. Notre apparition sur ces bords, au milieu de ces forêts majestueuses, fut pour ainsi dire momentanée, et cependant chaque jour nous montrait de nombreux reptiles qu'il nous était impossible de saisir, et de conserver pour nos collections. Une longue
résidence permit à MM. Spix et Martius de faire connaître en Europe un grand nombre d'espèces, auxquelles il faut joindre celles décrites par le prince de Neuwied'; et, dans ce champ encore neuf et si peu exploité où il reste beaucoup à faire, le Brésil seul fournira pendant long-temps une mine féconde. Comment en serait-il autrement ? On a remarqué qu'une condition générale inhérente à la multiplication des reptiles était la réunion de la chaleur équatoriale, sur les savanes immenses et submergées, dans les profondeurs des forêts vierges, qu'habitent seulement des animaux sauvages, au milieu des détritus des êtres végétaux , là où ces arbres énormes, enfants séculaires du sol qui les vit naître, lui rendent lentement leurs dépouilles. C’est la même condition de vie qui fait que la multiplication des repüles est si rapide, sous le ciel enflammé des Moluques, dans ces iles de la Sonde, de la Nouvelle-Guinée, où ces animaux pullulent, et sont la terreur de l'espèce humaine. Les Guyanes, les portions intertropicales de l'Afrique, celles de l'Amérique, garder comme démontré que les espèces de reptiles sont d'autant plus nombreuses et plus développées dans leur taille que les zones où on les étudie sont plus proches de l'équateur’. Il resterait peut-être à examiner quels devraient être les rapports des espèces ou des genres avec les parallèles où ils se trouvent ; mais ce travail serait sans doute impossible dans l'état actuel des connaissances, et d'après l'imperfection de nos catalogues systématiques.
entre autres, peuvent autoriser à re
En arrivant au Brésil, nous nous attendions cependant à rencontrer des reptiles à chaque pas; mais nous devons avouer
1 Hist. nat. du Brésil Isis, VI liv., p. 661, 1824. 2 Le grand nombre de reptiles qui existent dans l'Amérique septentrionale semblerait d’abord contredire la règle générale; mais cependant l'examen prouve que
cette exception unique ne peut infirmer l’aphorisme.
que ce n’est jamais que dans les fourrées épaisses, sous les roches éboulées, souvent à la suite de minutieuses recherches, qu'ilnous arrivait de découvrir les replis tortueux de quelques serpents greles, se levant sur les souples jets des arbustes environnants, ou fuyant dans les creux des rochers. Une seule fois, nous apercumes une couleuvre d'un diamètre prononcé, et dont la taille pouvait avoir cinq à six pieds. Nous devons mentionner une très-petite espèce ( Coluber lumbricosa ), que nous trouvâmes non loin des collines de San-Miguel. Un très-grand lézard, dont les colons estiment singulièrement la chair, est très-commun partout et principalement dans les bouquets d’arbrisseaux que baigne la mer, où il se nourrit de crabes et autres animaux rejetés par les flots. Ce monitor ( Lacerta teguixin', L.) est l'objet d'une chasse active de la part des habitants de cette portion du Brésil, qui emploient pour se le procurer des lignes en fil de laiton auxquelles sont suspendus des hamecons et des parcelles de viande. La voracité de ce saurien est telle, que cet appât suffit pour en prendre un grand nombre chaque jour, et mettre en défaut et sa défiance et son agilité*.
Nous trouvâmes dans une fondrière tapissée de mousses et de jungermannes, sous les larges feuilles des élégants héliconia, une petite espèce de lophyre ( Lophyrus brasiliensis, Less. ), (Lacerta superciliosa, Laxné), dont la démarche nonchalante, les grands yeux, la peau commelisse, contrastaient avec l'agilité des autres lézards. Enfin, dans les prairies aqueuses ou dans les savanes, habite la raznette squirelle (Hyla squirella), dont la couleur cendrée est relevée par les taches d’un noir vif qui couvrent le corps cà et là.
Nous n'avons aucune espèce de reptile à mentionner sur les
1 Figuré assez bien dans Séba, t. Il, pl. CV, f. 1, donné à tort comme de Java. 2 Les Indiens des côtes le nomment 7e ( Prince de Neuwied, t. I, p. 245).
iles Malouines. Ces terres, avancées dans le Sud, battues par les tempêtes du cap Horn, ne sont habitées que par le chien magellanique :, divers oiseaux palmipèdes, et nous présentèrent à peine deux ou trois insectes, mais aucun batracien. Il n’en est pas de même du Chi. La province de la Concepcion est celle que nous avons visitée, et nos recherches s'étendirent principalement sur la presqu'ile de Talcaguana, les alentours de la Motcha et de Penco, et les rives du Brobto.
Le P. Feuillée” mentionne une salamandre (Lacerta caudiverbera, L. ), et le jésuite Molina décrivit, avec l'imperfection qu'on lui connait, plusieurs reptiles propres au Chili’. Il n'indique qu'une seule espèce de serpent, «absolument innocente », ajoutetil, qu'il rapporte mal-à-propos au Coluber Æsculapit de Linné. Deux couleuvres habitent les environs de la ville ruinée de Penco, sans y acquérir une forte taille, et celles que nous en avons rapportées avaient au plus dix-huit pouces à deux pieds de longueur. L'une était grise, parsemée de taches noires, semées inégalement. L'autre, plus petite, d'un rouge brun assez vif, présentait sur le dos, longitudinalement, une ligne plus foncée de la même couleur.
Parmi les Sauriens, nous mentionnerons trois espèces, connues dans le pays sous le nom commun de lagartos*. La première,
1 Les chevaux, les bœufs, les cochons, les lapins, qu’on y trouve et qui s’y sont multipliés, y ont été portés par les Européens.
2 Diarium botanicum, t. WU, p. 319. C’est le gecko à queue crétée de Daudin ; le fouette-queue de Latreille, dont Laurenti a fait son VIII* genre, Caudiverbera peruviana, Laur., p. 34, corpore atro (J.-N. Laurenti specimen med. exhirens syn. reptilium. Vienne, 1768, in-8°). Le P. Feuillée trouva ce reptile, en 1709 dans des sources, au pied des montagnes de la Concepcion, où nous le cherchâmes plusieurs fois, sans succès.
3 Essai sur l’hist. nat. du Chili, par Jean-Ignace Molina, trad. par Gruvel. Paris, 1789, p. 194.
# Les naturels chiliens, suivant Molina, les nomment Luynal.
un lézard (Lacerta arenaria ), habite principalement les sables, et ressemble par la taille au Scinque agile de France. La deuxième, un agame (Agaïna grisea), de couleur grise; et la troiïsième un scérque (Scincus azureus), dont le corps est vert doré, et la queue d'un bleu de ciel éclatant , ce qui lui donne la plus grande analogie avec le scinque queue-bleue du Brésil.
Nous recueillimes deux espèces de grenouilles. La premiere, que nous trouvames en grande abondance dans les mares situées au pied des montagnes de la Concepcion, entre celles-ci et la ville, est incontestablement la rana arunco de Molina, qui Va définie ainsi: ana corpore verrucoso, pedibus palmatis:. Cette espèce n'est point aussi grosse que la rainette de France. Sa couleur générale est verdàtre sur le dos, qui est semé de verrues arrondies et proéminentes d'un rouge vermillon. Le ventre est blanc, recouvert de taches noires.
La seconde espèce de grenouille habite les eaux limpides du petit /:o del penco: elle est de moitié plus petite que la raine verte, et ses couleurs sont extrêmement agréables. Sur une teinte uniforme de bleu ardoisé clair recouvrant le corps et les jambes, des taches arrondies ou ovalaires d'un bleu noir sont éparses. Une tache ronde de même couleur, bordée de blanc, forme un cercle œillé, qui occupe chaque côté du cou, tandis que deux autres taches ainsi disposées sont placées sur les parties latérales du dos. L'abdomen est blanc. Nous ne vimes point le ‘kaul(Rana lutea ) de Molina, ni son pallum (Lacerta paluma, Mol. }), ni la Salamandra nigra, mentionnés dans son histoire du Chili, espèces qu'il serait peut-être difficile de reconnaitre.
La tortue entièrement noire ( Testudo nigra, Quoy et Gaim. °)
T Rana arunco, Gm., Syst. nat., 20. Genco des Æraucanos. 2 Dont Daudin a fait son Stellio pelluma, t. IV, p. 46. 3 Testudo elephantopus, Harlan, Journ. acad. nat. sci. Phil., t. V, pl. XI.
de la Californie, décrite et figurée par MM. Quoy et Gaimard, dans leur Atlas zoologique, est abondante au Chili, sur la côte du Pérou jusqu'à Payta, où elle a été probablement naturalisée, car on nous assura qu'elle était entièrement identique avec celle qui pullule sur les îles Gallapagos. Cette tortue terrestre dont la carapace est fortement bombée, et les écailles plusieurs fois encadrées, atteint une très-grande taille, et les navires qui fréquentent les ports de l'Amérique méridionale en sont presque constamment munis, et la vendent aux Péruviens et aux Chiliens , qui se plaisent à la conserver en domesticité.
En remontant au Nord, le long de la côte du Pérou, nous relächämes au Callao, non loin de Lima , et à Payta, par cinq degrés de latitude. Mais nous nous avancâmes très-peu dans l'intérieur, aussi nous n'avons à mentionner qu'un #guane(leuana bellicosa) assez commun, dans les lieux secs et arides, que nous trouvames aussi bien au Callao qu'à Payta, et qui parait habiter cette longue bande de terre stérile et dénudée qui sépare par un espace de plus de cent quarante lieues ces deux points du sol péruvien. Cette espèce, qui recherche les fortes chaleurs du jour, exposée aux rayons du soleil sur les galets de la côte ou sur les sables, court avec une singulière agilité en redressant sa queue. La teinte de son corps est d'un gris pâle , tandis que la gorge est d'un noir vif, et que des stries de cette couleur zèbrent agréablement les parois de l'abdomen. Une personne de Lima remit à M. Duperrey deux serpents trèsgrèles et très-petits, que les habitants regardentcomme venimeux. Nous ne pouvons donner aucun renseignement sur ces deux espèces, qui ont été perdues dans le cours de notre longue naviga-
" Cette espèce d’iguane semble se rapprocher de liguanu Serrembi, ou tamacolin de la Nouvelle-Espagne, de Séba, pl. XCVII, f. 2, ou du fouette-queue à collier, le quetz-paleo de Séba.
tion, et quil eut été intéressant de faire connaitre. En abandonnant les côtes du Pérou, nous traversämes ce vaste espace de mer qui sépare le continent des archipels célebres de la Société et de la mer Mauvaise. Taïti et Borabora, deux îles voisines , où nous séjournämes, n'enrichirent que de quatre espèces de sauriens nos collections. Ces terres fécondes, où one véritablement l'éternel printemps des poètes, accordant
sans efforts une nourriture abondante aux insulaires qui les
rè
habitent, ne produisent aucun insecte venimeux, aucun reptile dangereux. Les deux seuls genres qu'on y trouve, et dont ils confondent les espèces sous le nom générique d'emo, sont des scinques et des geckos de très-petite taille. Ce gecko', que les naturels ont en horreur, habite l'intérieur des cabanes et des trones de cocotiers ; sa taille dépasse à peine deux à trois pouces en longueur totale, et ses couleurs sont entièrement celles de certaines petites phalènes. La lenteur desesmouvements est extrême. À Borabora, nous vimes non-seulement ce £ecko; mais, des deux espèces de scinques qui vivent sur toutes les iles pélagiennes du grand Océan, l'espèce la plus universellement répandue , que nous trouvâmes partout, dans toutes les iles où nous abordâmes, jusqu'aux Moluques et même à Java, est la variété du scinque à cing rates ayant la queue azurée( Lacerta fasciata , Gm. , lézard queue-bleue, Lacép. ). Ce petit reptile, si agile dans ses mouvements, si remarquable par la richesse des couleurs qui ornent sa vestiture, est singulièrement abondant, à Oualan, où les naturels le nomment feéneux, à la Nouvelle-[rlande, à Waigiou, à Amboine, etc.
On croit encore quil n'existe aucune espèce de serpent
1 Séba(t. I, p. 172) rapporte que le nom de gecko a été donné à ces sauriens, parce que leur cri semble articuler ce mot, quelques instants avant la pluie, ou à la
chute du jour.
ZOOLOGIE. 9 dans les iles de la mer du Sud, ét c'est l'opinion généralement admise. Cependant un Européen, qui séjourna quelque temps sur l'ile de Rotouma , nous indiqua d'une manière précise l’existence d'une couleuvre que les naturels regardent comme très-innocente, et qu'ils respectent. Elle acquiert une assez grandetaille; son dos est d'un brun foncé, ses flancs dorés, et le ventre jaune. Un homme de notre équipage nous assura aussi avoir vu un de ces animaux dans l'ile d'Oualan. Or cette dernière île est par 160 degrés de longitude, et Rotouma par 174; il paraïtrait donc que, par ce dernier méridien, les ophidiens se seraient arrêtés dans la mer du Sud’. Leur existence sur la première île contrariera toujours cependant la théorie qu'on avait cherché à établir de leur absence complète des iles volcaniques, à moins qu'on ne soit disposé à croire que cette couleuvre provienne accidentellement des terres plus occidentales.
Les nombreuses iles basses de l'archipel de la Société, les motous verdoyants qui entourent les terres hautes, ces plateaux de récifs , et leurs longues plages de sables madréporiques, d'une blancheur éblouissante, permettent à ces insulaires de prendre des quantités remarquables de tortues franches (Chelone mydas’) et de caret ( Zestudo caretta, Daud.). Ils se nourrissent de la chair de la première, qu'ils nomment ehonou à Taiti, et se font des hamecons avec l'écaille de la seconde. Ces deux espèces paraissent habiter indifféremment toutes les parties intertropicales et tempérées du grand Océan équatorial, et de l'Océan atlantique.
® Le D. Mitchill mentionne un serpent dans les îles Fidjis, p. 50, t. X du Journ. américain de Sulliman.
? Aux iles des Amis, une croyance religieuse généralement répandue attribue la naissance des tortues marines aux filles de Langi, dont ce dieu coupa les têtes, qu’il jeta à la mer, pour les punir du désordre qu’elles mirent parmi les hommes sur la terre.
Voyage de la Coquille. — Z. Tom. II, Part. I. 2
Puisque nous sommes au milieu des iles océaniennes, peutètre ne sera-t-il pas hors de notre sujet de mentionner ce grand lézard dont les habitants des Fidjis ont conservé une tradition merveilleuse (Mariner, Histoire des tles Tonga, pag. 342, t. L), et qu'ils croient leur avoir été envoyé de Bolotou par la colère des dieux. Les détails que M. Mariner donne de ce singulier animal, que les naturalistes ne connaissaient point, autorisent à penser, avec ce navigateur, qu'un crocodile ( Crocodile bicaréne? ) chassé des côtes, soit de la Nouvelle-Guinée, soit de la Nouvelle - Bretagne, a été porté sur les iles Fidjis par des courants ou à la suite de tempêtes, et que cet exemple n’a rien de merveilleux en lui-même. Les détails que les naturels donnent de ce monstrueux animal, qui dévora plusieurs des leurs, et qu'ils ne tuèrent qu'après beaucoup de tentatives hardies, sont assez précis pour qu'il n'y ait point de doute à ce sujet.
Nous ne devons pas omettre qu'une espèce de crocodile est mentionnée à Pelli, une des iles Pelew:. Il paraitrait que cet animal, transporté des archipels de la Polynésie , peu éloignés, tels que celui de Mindanao, par la mousson d'Ouest, aborda à Eap, une desiles Palaos , et ne fut tué qu'après avoir dévoré une femme. Les naturels rapportent que ce grand lézard vivait dans l’eau, avait la queue aplatie, et le nommèrent ga-oué, ( Wilson écrit ye-use ).
Une grande espèce de lézard appelé #aluv se trouve particulièrement sur les iles Pe/l et Eap. Sa taille est de beaucoup moindre que celle du gaout , et sa queue est arrondie; il vit sur les rivages, nage dans l'eau, mange du poisson, dort dans le jour sur les arbres, et M. de Chamisso dit que le carolin Kadu crut le reconnaitre dans la figure du /acerta monitor. Tout indique en effet que c’est un tupinambis, et sans doute le T. orne de la Nouvelle-frlande, et des autres iles de l'Est.
? De Chamisso, Observ. p. 189 du tome III° du Voy. de Kotzebue.
Après avoir navigué dans les archipels épars de l'Océanie, nous nous rapprochämes des terres placées au S. E. de la Polynésie orientale, dont elles sont le prolongement. Nous séjournàmes au port Praslin, non loin du havre de Carteret, à la Nouvelle-Irlande. Là nous trouvames l'aspect général des îles Moluques et de la Sonde: même luxe dans la nature, même richesse dans la pompe végétale. Les animaux y sont nombreux, variés mais identiques avec ceux que nous retrouvons à la terre des Papous. C'est dans les forêts solitaires que pullulent surtout les familles les plus nombreuses en espèces d'oiseaux, telles que celles des perroquets, des laniadées, etc. :
Les reptiles doivent être multipliés dans les forêts presque impénétrables de la Nouvelle-Irlande. Les arbres gigantesques qui les composent sont liés les uns aux autres par des lianes, qui les enveloppent dans leurs nombreux replis; des troncs énormes gisent étendus sur le sol, et s’y décomposent avec lenteur. Une chaleur humide, résultant d'une haute température habituelle, entretient une exubérance de vie, et tout annonce que les espèces que nous aurons occasion de mentionner aux Moluques se sont propagées jusque sur ces iles, qui semblent en être le prolongement austral, et, d'après ce que nous dirent quelques naturels, il est certain que le crocodile”, si commun à Bourou et à la Nouvelle-Guinée, s'est avancé jusqu'à ce point par 150 degrés de long E. de Paris. D'ailleurs les navigateurs qui nous précédèrent y indiquent des caëmans, et le capitaine Parker-King a vu ces énormes quadrupèdes ovipares très-multipliés à la partie Nord de la Nouvelle-Hollande*.
Au milieu des massifs de cvcas, de caryota urens, de panda-
1 Crocodile à deux arétes.
2 Daudin, tom. Il, p. 382, indiquait déja cette espèce comme nouvelle, d’après
les renseignements incomplets que lui avaient fournis les voyageurs. 1] mentionne le
nus, de diverses lianes épineuses de la famille des légumineu-
ses, nous tuames plusieurs fois le éupinambis orné", que les
indigènes nègres, qui parcourent temporairement ces rivages, mangent avec plaisir, en se bornant à le griller sur les charbons sans Ôter les intestins *. Avec la peau des grandes espèces ils font leur tambour ou tamtam. Nous primes plusieurs individus qui avaient jusqu'à trois pieds de longueur, en y comprenant la queue. Les écailles qui revétent l'épiderme sont petites, de couleur noire, régulières, et relevées par des points ou taches jaunes nombreuses. Une deuxième espèce, nommée Duarrha par les naturels, est un scinque (Scincus duarrha), de la taille du lézard vert de France, dont il présente la teinte, quoiqu'il jouisse de la faculté de passer au gris foncé. Enfin le scinque queue-bleue et le gécko à bandes ( Lacerta vittata, Gm. ) ny sont pas rares. Cette dernière espèce *, mentionnée plus particulièrement aux Moluques et à Amboine sous le nom malais de chichak pandang , décrite primitivement par M. Houttuyn, puis par M. Brongniart, qui en a donné une bonne figure dans le Journal de physique, semble ainsi appartenir à toutes les iles de la Polynésie orientale et à leur prolongement.
Déja Bougainville, qui séjourna au port Praslin, en juillet 1768, avait dit que journellement on y tuait des serpents (in-4,
bicaréné à Macassar , à la terre des Papous et à la Nouvelle-Hollande. Cook l’observa à Java, à Sumatra, à Mindanao, et même en Corée et en Chine. Péron est le premier qui a bien fait connaître cette espèce qu’il étudia à Timor.
1 Peut-être le sezemnbt de Bontius, twpinambis indicus de Daudin, t. IL, p. 46. Notre espèce diffère en ce que les points, au lieu d’être blancs, sont d’un jaune vif, sur un fond noir. -
2? Les Nègres de cette ile recherchent singulièrement la chair des lézards, qu'ils font rôtir sur les charbons, et qu’ils mangent sans les vider, en ôtant la peau seulement-
3 Remarquable par la raie blanche, bifurquée sur la tête, qui occupe toute la longueur du corps. Lacerta unistriata, Shaw. Daudin , t. IV, p. 136, f. 5o.
ZOOLOGIE. 13 pag. 279), et ce célèbre marin rapporte en outre qu'un matelot manqua périr pour avoir été mordu par un serpent de mer, sans doute un hydrophis. Nous n'y trouvâmes que deux espèces de couleuvres , dont l’une, à peine longue de dix-huit pouces, et gréle, a le dessus du corps brun et le dessous blanchätre, tandis que la seconde, grosse comme le petit doigt, est régulièrement annelée de cercles larges de quatre lignes, de couleur rougeatre passant au brun, alternant avec des cercles blancs:.
Enfin la tortue franche, très-abondante dans ces havres paisibles, que ferment les iles Lambonne (ile aux Marteaux) et Latao (ile Verte), nageait souvent près de la corvette. Les naturels se nourrissent de sa chair, font leurs hamecons pour la pêche avec son écaille, et la désignent par le nom de poule.
Presque tout ce que nous avons dit de la Nouvelle-Irlande doit s'appliquer à l'ile de Waigiou, au havre de la Nouvelle- Guinée, où nous séjournimes, à Bourou, l'une des Moluques, encore vierge, et à Amboine, depuis long-temps la capitale des Européens en ces climats. Sur ces îles, placées sous la ligne ou par de très-basses latitudes, bordées de forêts impénétrables de mangliers, occupant des terrains noyés, entrecoupés de ruisseaux, de marécages couverts d’une végétation serrée, pressée sur le sol dont elle ne fait qu'un tapis, les reptiles sont placés dans les conditions les plus favorables pour leur existence. Aussi le nombre en est-il considérablement accru, et toutes leurs espèces sont plus ou moins remarquables par leur taille ou par leur férocité. Il en est de même des insectes venimeux, dont les tribus, s'accroissant en paix, semblent former une liaison intime avec la grande famille des reptiles, et leur servir d'auxiliaires contre les autres êtres animés : tels sont
1 Nous devons cette dernière espèce à un de nos officiers, M. le lieutenant de vaisseau Bérard.
les fourmis , les scorpions, les scolopendres, ete. , etc. Dans les bois des environs de l'immense baie d'Offack, sur la côte de Waigiou , qui fait partie de la grande terre des Papous, au milieu de ces scènes d’une nature dans toute sa force et dans toute sa pompe, semant la vie avec profusion et toujours avec des formes robustes et grandes, nous n'eumes point occasion de voir de nombreux reptiles ; il est vrai que nos recherches multipliées d’ailleurs, et embrassant plusieurs autres branches, ne se dirigeaient vers ces êtres que secondairement , et lorsque les circonstances devenaient favorables. C’est ainsi que nous n'avons pu apporter aucun serpent, quoique nous en ayons apercu quelques-uns.
Le tupinambis orné! y est en revanche l'animal le plus commun ; chaque jour les naturels en apportaient à bord, ou nous en rencontrions dans les bois, grimpés dans les arbres, où ils mangent les œufs des oiseaux, ou courant sous les mangliers des bords de la mer, cherchant des poissons et des crustacés : son nom indigène est Æalabeck. Les Papous nous offrirent souvent des ratnettes, qu'ils espéraient nous vendre peutêtre comme objet de nourriture. Les grandes chelonées marines y sont abondantes, à en juger par les paquets d'écailles que ces naturels échangent aux navigateurs, et aux masses de chair de tortue verte qu'ils font griller par un procédé qui leur est propre, au-dessus du feu, sur un treillage élevé. Les Papous nomment fre la tortue franche, et laoumisse l'écaille du caret ; ils sont dans l'habitude de faire avec les œufs de la première des sortes de saucissons, qui se conservent long-tem ps, et peuvent servir au besoin de provisions dans leurs courses sur mer. Cet aliment, comme on peut le croire, est loin de fournir un mets
1 Nous ne trouvâmes point le épinambis stellatus de Daudin, fig. Séba,
pl. XCIV, fig. r et 2, comme venant des Moluques.
ZOOLOGTE. 15
agréable pour un Européen. Ce sont les iles basses d’Aiou et leurs récifs étendus, qui assurent les pêches les plus abondantes en tortues, que les habitants du havre Doréry, où elles se nomment vorltho, possèdent en aussi grand nombre sur leur propre côte. Il en est de mème du tupinambis orné dont la peau sert aussi, comme au port Praslin, à garnir les tambours des naturels ; tant il est vrai que toutes ces terres présentent les mêmes productions , la même race humaine, et les mêmes usages. Nous nous procuràmes deux couleuvres à la Nouvelle- Guinée, l’une longue et mince, l'autre extrêmement grosse, et dont nous vimes un individu de près de dix pieds. Cette couleuvre , nommée /kahéque par les Papous ( ce qui veut dire anguille de terre), est grisatre sur le dos, blanche inférieurement, à écailles grandes, comme marquetées, et parsemées de points noirs. Le petit scinque queue-bleue se trouve à Doréry avec une autre espèce que nous n'avons pu atteindre et qui vit dans les troncs pourris des vieux arbres abattus. Le grand nombre de têtes osseuses de crocodiles suspendues aux cabanes des Papous avec celles des Alfourous leurs ennemis, ne permettent point de douter que cet animal redoutable n'ysoit généralement répandu. Nous devons dire que, dans un temple grossier, au milieu de plusieurs idoles papoues, nous avons vu une représentation assez fidèle du crocodile, ce qui nous autorise à croire que les indigènes adressent à ce hideux reptile un culte d'autant plus fervent qu'il est imposé par la peur.
A l’époque où nous longions les côtes de la Nouvelle-Guinée, en juillet 1824, la mer était toujours unie, et couverte de nombreux zoophytes ; un vent favorable enflait les voiles de notre corvette, et à chaque instant passaient le long du navire des hydres' qui semblaient errer au hasard. Un canot qu'on mit à
‘ (Hydrus bicolor, Séhn. et Seba.) Ce reptile qu'on trouve figuré dans Russel
la mer nous permit de saisir la pélamide bicolore, reptile agréable par le noir de son dos, les deux lignes dorées des flancs flexueuses sur sa queue aplatie, et par la teinte olivatre de l'abdomen. Quelle est donc l'abondance de ces animaux pour qu'a chaque instant ils viennent se présenter ainsi sous le sillage étroit d'un navire? Nous croyons en avoir remarqué plusieurs espèces; mais celle que nous avons mentionnée était la plus commune, et ces hydres ne cessèrent pas de se présenter à notre vue, tant que nous naviguâmes dans les Moluques, et dans les canaux nombreux qui séparent les iles de la Sonde. Leur manière de nager est analogue au nager onduleux des anguilles, et, quoique poursuivies, elles n’essaient jamais de se soustraire en plongeant ; c'est du moins ce que nous pouvons affirmer relativement à l’aydre bicolore.
Dans ces iles si riches en végétaux brillants, où croissent les précieux aromates, que les Hollandais long-temps gardèrent aussi soigneusement que la toison d'or, les reptiles sont aussi nombreux que variés. Ce n'est pas cependant que les îles de Bourou, Céram et Amboine produisent toutes les espèces indiquées sous le nom d'amboinensis ; mais, comme elles furent apportées par des Européens qui résidaient dans cette capitale des Moluques, il en est résulté que des animaux de Ternate, de Gilolo, des Célèbes, ont été indiqués dans cette localité, et que cette erreur, consacrée dans tous les livres, est demeurée comme une vérité sanctionnée. Il nous serait aisé d'offrir un grand nombre de citations à ce sujet.
L'ile de Bourou est une des iles Moluques les plus fécondes en
(An account of Indian serpents collected on the coast of Coromandel, etc.; by Patrick Russel, London, 1706; un vol. in-folio avec un fascicule complémentaire : ouvrage riche en belles figures coloriées), pl. XLIT, sous le nom de alla wahlagilli pam, qu'il porte au Coromandel, est regardé comme venimeux par les pêcheurs de
Vizagapatam,
ZOOLOGIE. 17 animaux peu connus, et qui mériterait le plus, avec la belle ile de Céram, d'être étudiée avec soin. C’est dans ses forêts qu'habitent une grande espèce de cerf et surtout le babi-russa”; et c'est même de la quantité d'oiseaux qu'elle produit que l'ile tre son nom de Bourou.
Cette ile, couverte de hautes montagnes séparées par de profonds marécages, est habitée par des Malais, qui possèdent le littoral, et par des Alfourous, qui résident dans l'intérieur. La rivière d'Abbo, qui coule au Nord de Cajéli, est bordée de savanes à demi noyées, où vivent, en grand nombre, des crocodiles de l'espèce de ceux qu'on trouve à Java, à Bornéo, et
. Que se procura Péron dans une excursion pénible à l'embouchure de la rivière de Kupang, dans la grande île de Timor. Un de nos officiers, accompagné du radjah et de quelques naturels, parcourant ces marécages que couvrent cà et là des touffes de Joncs, parvint à tuer un jeune crocodile de plus de quatre pieds, qui appartenait à l'espèce bicarénée des Indes ( c. Zrporcatus, Cuv. ). Les habitants ont la plus vive frayeur de cet animal qu'ils nomment oubaya, et les Malais de la presqu'ile, boaya. Sur le feuillage frais et humide se plait un lophyre d'un vert gai, qui se confond avec lui (lophyrus viridis ), espèce qui se rapproche assez du lacerta alia ceilonica figuré dans Séba,t. f, pl. CVI, fig. 2 , et qui diffère de l'espèce verte marbrée de noir, gravée t. Il, pl. XIV, fig. 4, par l'uniformité de la couleur générale de toutes ses parties. Le petit scinque à raies dorées et queue bleue” (scincus cyanurus), y est aussi abondant. Cette espèce difière du scincus vittatus, figuré dans Séba sous le nom de /a-
‘ Cet animal qui habite l’île de Bourou, et dont nous vimes trois individus en vie, n'est connu en Europe que par les figures de Séba, t. I, pl. L, fig. 2, qui le nomme aper indicus orientalis, babi-roesa dictus; et par Stavorinus, Voy. aux Indes.
SEP, CSN RES;
Poyage de la Coquille. — Z. Tom. II, Partie 1. 3
certa ambotnensts , teniolis fimbriata (t. Il, pLIX, fig. 5 et 6).
A peine les côtes de Bourou commencèrent à fuir derrière notre corvette, que celles d'Amboine furent décelées par le parfum des aromates qui les couvrent, et que nous apportaient des brises légères, sous un soleil radieux. Nos excursions dans les bois d’Amboine nous fournirent l’occasion de voir voler, ou plutôt sauter de branche en branche, en se soutenant légèrement avec leurs flancs prolongés en ailes, les jolis dragons-volants’( draco véridis et d. fimbriatus, Kuhl.°). L'un, d'un vert tendre, perd cette couleur dans l'alcool et devient brun, et c'est probablement alors qu'on en a fait le draco fulvus, mal figuré dans Séba (t. IE, pl LXXXVI, fig. 3). Le fimbriatus est d'un gris de lin, nuancé de stries très-agréables. Un petit gecko gris est extrèmement abondant sur les plafonds de toutes les maisons, et pousse sans cesse vers le soir un faible cri. Nous trouvâames aussi le gecko à bandes (gecko vittata), le scinque à queue d’azur, deux espèces de couleuvres, la grenouille bicolore et la tortue à boîte d'Amboine. M. Lengaker, médecin des Moluques, voulut bien nous remettre divers reptiles des Célèbes, qu'il recueillit pendant sa résidence à Menado, et parmi lesquels se trouvaient plusieurs couleuvres et surtout la nasique( Paserikipam de Russel, pl. XID), et l'espèce figurée” dans Séba (t. IT, pl. LXXXIT, fig. r), et celle qu'on connait dans le pays sous le nom de pohum ular (serpent d'arbre). Les Budjis et les Macassars pensent que ce reptile venimeux a le pouvoir de fasciner l'homme; aussi ne manquent-
1 Qui habitent également Java et Sumatra, ou MM. Diard et Duvaucel, Kuhl et Van-Hasselt les rencontrèrent. Ë
2? Organisation singulière qui semble annoncer une exubérance des lois de la vie, sous un climat qui produit les roussettes, donne de larges membranes aux galéopithèques, et des ailes aux mantes (mante-feuille. ) Le dragon vert, suivant M. Kuhl, a le sac dilatable de la gorge jaune, tandis qu'il est bleu chez la femelle.
$ Le Bodroupam de Russel, pl. IX, ou coluber gramineus de Schn.
ils jamais , lorsqu ils le rencontrent, de couper la colonne d'air qui les en sépare avec leur poignard, et cet autre préjugé leur rend alors toute leur confiance. Ils disent qu'il se tient habituellement dans les feuillages d'un arbre qu'ils nomment Furchan.
Pendant notre très-court séjour à Sourabaya, dans l'ile de Java, nous ne vimes que des crocodiles de grande taille, et de l'espèce des iles de la Polynésie, le caméléon nez fourchu décrit primitivement par M. Brongniart (Journ. de la Societé Philom. n° 36, fig. 2 ), et le gecko guttatus', bien figuré par Knorr (t. Il, pl. VI, Deliciæ nat. ).
La Nouvelle-Hollande produit un grand nombre de reptiles, et ce continent, déja habité par des animaux si remarquables par l'étrangeté de leurs formes, a montré encore, même chez les reptiles, un type particulier d'organisation dans les phytllures. Une seule espèce, dont nous vimes plusieurs individus chez un naturaliste anglais distingué, M. Cunningham (ph. novæ hot landiæ), est bien authentique? : le phyllure Milius(Bory, 44. du Dict. class. d'hist. nat.) n'est décrit que d'après un dessin conservé par l'officier dont il porte le nom.
Les rivières Campbell, Macquarte et Fish-river possèdent une espèce de tortue à carapace aplatie et noire, que Shaw a décrite sous le nom d'emys longicollis. Cette émyde nage avec lenteur, et souvent vient se reposer sur les galets volumineux qui s'élèvent au-dessus du cours des eaux de ces petites rivières; et, au lieu de rentrer sa tête sous son abri naturel, elle la courbe sur le
1 Seba, pl. CVII, f. 6, t. L. Daudin, t. IV, p. 122, f. 40.
2 Figuré sous le nom de Phyllure de Cuvier, par M. Bory, dans l’atlas du Dict. class. d’hist. nat., décrit et figuré par White dans sa description de la Nouvelle-Galles du sud, sous le nom de /acerta platura, p. 246, f. 2 de l’édit. anglaise. Sée/lio platurus. Daudin, t. IV, p. 24.
3 Ce phyllure serait d’un beau rouge.
côté par un mouvement de flexion latérale des vertèbres du cou. Deux agames vivent dans les environs rocuilleux de Sydney ; l'espèce de grande taille est beaucoup plus rare, c'est le Jacerta muricata de Shaw ( Zool. générale, p. 1, pl. LXV, fig. 2). La deuxième est commune à Botany-Bay, où nous tuàmes un certain nombre, et se trouve indiquée sous le nom d'agame jacksonien dans les galeries du Muséum, où Péron et Le Sueur la déposerent. La seule figure quenousen connaissions est gravée dans l'atlas du Dictionnaire des sciences naturelles. Cet agame se tient de préférence, le matin ,sur les bois qui servent de clôture aux prairies des alentours de la baie Botanique , et se laisse saisir sans montrer une grande activité pour fuir. Nous n'avons trouvé qu'un seul gecko. Les Scinques y sont nombreux en individus, si ce n'est en espèces. Ce n’est que dans les Montagnes-Bleues qu'on rencontre habituellement, dans un état d'engourdissement complet, le beau scinque noir et jaune” (fig. pl. 41, Atlas zoo. de l’'Uranie). Le scinque à flancs rayés prend parfois une teinte d'acier bruni fort remarquable, et habite en grande quantité certains points de Botany-Bay. Quant au scinque rayé ou à lignes dorées, véritable cosmopolite des terres du grand Océan, ce saurien a étendu sur la Nouvelle-Galles sa nombreuse famille. Les ophidiens ont plusieurs espèces fort remarquables et trèsdangereuses. Nous ne connaissons point celle qu'on mentionne sous le nom de serpent fil; mais la morsure de l'acantophis tortor, qui atteint jusqu'à trois pieds et plus de longueur, est généralement regardée comme mortelle, même pour un fort animal. La multiplication de cette espèce, connue de tous les Anglais de la colonie sous le nom de serpent noir (back snake), est étonnante, et son séjour de prédilection se trouve être les
1 Nous n'avons point rencontré le the variegated Lizard, de White, le Tupinambis variegatus de Daudin, t. IIT, p. 76.
nombreux taillis des alentours de Botany-Bay, sur un solde sable de bruyère. Dans nos courses, nous rencontràmes fréquemment ce reptile.
Nous tuâmes la belle et grande espèce de Python de la Nouvelle-Hollande, à laquelle est attaché le nom du zélé et savant voyageur Péron. Elle atteint jusqu'à six pieds, et vit dans les mares d'eaux douces des environs de la rivière Georges, où les colons la nomment serpent diamant. Enfin des Convicts apportèrent un jour une très-grande couleuvre des bois de Bennilong.
Dans les marécages de Swamp, dans les Montagnes-Bleues, ou trouve une très-petite rainette, et dans la rivière Macquarie, une grenouille à flancs dorés, ornée des plus vives couleurs.
La relâche qui suivit celle du port Jackson fut à la baie des iles de la Nouvelle-Zélande; et, sur ces terres qui sont voisines de la Nouvelle-Hollande , tout en présentant une physionomie qui leur est propre, nous ne trouvâmes qu'une seule espèce de scinque , que les naturels nomment ga rara.
En remontant au Nord, nous nous rapprochâmes de l’équateur, et notre séjour sur l'ile d'Oualan nous permit de recueillir sur cette terre solitaire et intéressante quelques-uns des animaux qui nous occupent, notamment deux geckos et deux scinques (s. r7gro-cæruleus, Less.), et le scincus oualaniensts, Less. , quise plaisent sur les larges feuilles des bananiers, et que les insulaires , dans leur langage, nomment #eneux. Le scinque noir-bleu jouit de la faculté de changer de couleur, et de passer instantanément d'une teinte verte d'aigue marine à celle de l'acier bruni. Enfin on yÿ retrouve encore le petit scinque à raies dorées et à queue azurée, si abondant dans toutes les iles de la mer du Sud’.
‘ Il existe également aux îles Sandwich, d’où il a été rapporté par MM. Quoy et
Les tortues franches et caret fréquentent les rivages , et leur écaille sert aux naturels à faire divers petits ornements.
Notre premier séjour, après avoir traversé les Moluques et touché à Java, fut l'ile Maurice. Dans cette ancienne possession française, que nous parcourümes en détail, nous n'avons à mentionner que le gecko inunguis et une grenouille portée par les Européens, ainsi qu'une grosse tortue noire terrestre. On croit qu'il n'existe d’ophidiens que sur un ilot placé ( l'Ile-Plate ) non loin du Coin-de-Mire, où vit une petite couleuvre; et on ne trouva qu’une seule fois, en 1813, un serpent venimeux qu'on tua dans la plaine de Moka; et l'on a même dit alors qu'il y avait été apporté de l'Inde, et déposé à Maurice par la malveillance : il est plus probable que son existence est due au hasard. Nous nous procuràmes en ce lieu divers reptiles de la vaste ile de Madagascar, entr'autres le grand cameléon ( cameleo madagascariensis, Less. ), le gecko des Seychelles { gecko seychellensis, Péron et Lesueur ), et le gecko à tête plate (2ecko fimbriatus, Daud. ) dont M. Duméril a fait son genre Uroplate:.
Enfin la corvette /a Coguille, rentrée dans l'océan atlantique après avoir doublé le cap des Tourmentes des anciens navigateurs, toucha à Sainte-Hélène et à l'Ascencion. Dans la première ‘de ces îles, on ne trouve qu'un seul gecko, qui habite les maisons; tandis qu'on n'observe aucun reptile saurien, ophidien ou batracien sur le volcan éteint de l’Ascencion. Mais, en revanche, les tortues franches semblent s'y rendre de tous les points, pour y fréquenter les plages sablonneuses, pendant six mois de l'année, et cette ressource, jusqu à ce jour offerte à tous les navigateurs , à rendu cette ile célèbre dans les relations des voyages. Des Anglais se sont établis sur ce roc calciné, et la
Gaimard; et sur lesiles Radack, où le mentionne le savant de Chamisso, t. LIL, p. 157.
(Kotzebue’s Voy.) t Daudin, t. IV, p. :60, fig. 52.
péche des tortues, aujourd'hui, leur appartient exclusivement.
Les tortues franches ne fréquentent les rivages que la nuit, pour déposer leurs œufs dans le sable, où elles creusent un grand trou. Elles s'y rendent successivement, jusqu'à trois fois, surtout en décembre, janvier et février , et déposent chaque fois jusqu'à trois cents œufs. Le poids de plusieurs des tortues qu'on prend sur cette ile dépasse souvent 600 livres, et leur chair est aussi délicate que substantielle. La graisse verte qui revêt les
muscles est un manger délicat.
K Ie REFLÉXIONS GÉNÉRALES SUR LES rorrues; PAR R. P. LEessow.
Les tortues sont des animaux vertébrés dont l'organe essentiel de la circulation a deux oreillettes, et dont le corps supporté par quatre membres, est enveloppé par deux boucliers osseux formés par le sternum et les côtes. Long-temps ces reptiles, dont les espèces sont très-nombreuses, ne constituérent dans les méthodes d'histoire naturelle qu'un seul genre nommé testudo par Linné; mais des différences caractéristiques dans les formes, des mœurs et des habitudes fort distinctes, autorisèrent à établir sous le nom de chéloniens, et aux dépens du genre testudo exclusif, une famille naturelle divisée en tribus, et subdivisée en petites sections. Mais il n’est peut-être pas inutile de reprendre les opinions des méthodistes à leur origine.
Linné ou plutôt Gmelin dans la treizième partie du Systema naturæ , divisa tous les reptiles en deux classes : les reptiles à pieds, reptilia, et les reptiles sans pieds, serpentes. Les tortues s'y trouvent placées à la tête des vrais reptiles comme genre caractérisé par un test enveloppant le corps , que termine une queue:
ainsi s exprime Linné : Corpus caudatum, lorica ossea autcoriacea supernè aut infernè, vel squamis supernè obtectum. Oris mandibula superior inferiorem pyxidum instar claudens. Dans ce genre sont classées trente-deux espèces.
M. Alexandre Brongniart, dans son Essai de classification naturelle des reptiles, publié en 1805, établit comme premier ordre les cheloniens , et leur donne pour caractères distinctifs de ne point avoir de dents enchâssées, et d’avoir le corps couvert d'une carapace. Il propose de les diviser en trois genres qui sont les suivants : 1° chélône, chelone, ayant pour types les tortues luth, caret, franche et couanne; 2° émyde, emydes, dont les espèces vivent dans les eaux douces, et qui sont les émydes féroce, rostrée, matamata, bourbeuse, pensylvanique et tortue à boite; 3° enfin les vraies tortues, testudo, seraient des espèces terrestres, telles que la grecque et la géométrique, etc. M. Duméril, en 1806, dans sa Zoologie analytique , range les tortues dans son premier ordre ou les chéloniens, de la troisième classe, les reptiles; puis il divise ces chéloniens en quatre genres : 1 °les chélonees, dont les màachoires sont cornées et tranchantes, et les pattes terminées par des doigts immobiles et aplatis en nageoires; 2° les tortues, qui joignent aux mêmes caractères ceux d'avoir les doigts réunis en moignons sans être aplatis en nageoires ; 3° les émydes, dont les doigts sont mobiles et réunis par une membrane ; 4° enfin les chelys, dont les mâchoires sont plates, sans bec corné, et les pattes membraneuses et palmées. Daudin, dans son Hist. nat. des reptiles de l'édition de Buffon par Sonnini, adopta le genre testudo qu'il divisa en trois sectons: les chélones ou tortues marines, les tortues d’eau douce, et les tortues terrestres qui comprennent 58 espèces. Toutefois il est le premier qui ait séparé les tortues à boite comme iribu. M. Latreille, dans son Hist. nat. des reptiles ( 1798), faisant suite au petit Buffon de Déterville, admet les divisions
ZOOLOGIE. 25 suivantes : tortues de mer( chelonia de Brongniart), et y décrit six espèces; tortues d'eaux douces et terrestres, et y admet trenteune espèces. Cette division de M. Latreille est entièrement celle proposée en 1788 par Lacépède, qui toutefois ne fit connaitre que vingt-six espèces.
Mais l'ouvrage le plus important sur les reptiles qui nous occupent, est celui que Schoepff leur consacra sous ce titre: Historia testudinum iconibus illustrata , publié in-4° à Erlang, en 1792, et enrichi de plus de vingt-cinq planches très-bien gravées. Bonnaterre, en 1789, dans son Traité d'Erpétologie, faisant partie de l'Encyclopédie, forme avec les tortues sa deuxième classe ou celle des reptiles à queue, et décrit vingthuit espèces sans proposer de divisions parmi elles. Merrem, dans son 7entamen systematis amphibiorum, publié en 1820, range les tortues dans Île premier ordre de ses pholidota et il les nomme testudinata. I les sous-divise ensuite en quatre genres qu'il spécifie ainsi : 1° pedibus pinniformibus : premier genre, Caretta, testa cornea ; deuxième genre, Sphargis, testa cortacea ; 2° pedibus digitatis : troisième genre, Trionix , testa coriacea , d'après Geoffroy, et quatrième genre, T'estudo , testa cornea. Ce dernier genre a quatre sous-genres qui sont : natamata , labia carnifa ; emys, labia cornea, digiti distincti, sternum firmum ; terrapene , sternum lobo anteriore aut utroque mobil ; chersine, digitis indistinctis. Il en décrit soixante-deux espèces.
Enfin M. Cuvier, dans les deux éditions de son Règne animal, a apporté de nombreuses modifications aux divisions de cette famille et a introduit des changements heureux.
Les tortues ou chélonées ont donc le cœur à un seul ventricule divisé en deux poches d'inégales capacités, communiquant l'une dans l'autre et surmontées de deux oreillettes. Le sang du corps, dit M. Cuvier (Règne animal, 2° édit., t. IT, p. 6), entre
dans l'oreillette droite; celui du poumon dans la gauche; mais les Voyage de la Coquille. — 7. Tom. II, Partie I. 4
deux sangs se mélent plus ou moins en passant par le ventricule.
Les tortues semblent, au premier aspect, des animaux retournés. Elles sont en effet enveloppées dans un double plastron, sous lequel la tête, la queue et les quatre membres peuvent rentrer lorsque l'individu a besoin de protéger ces parties, qui en sortent au contraire dans les actes habituels de la vie. La partie supérieure de l'enveloppe des tortues, faite en forme de voüte, est ce qu'on nomme la carapace. Cette boite osseuse se trouve être le résultat de la soudure des huit paires de côtes, dont la surface est élargie , et qui s'unissent intimement avec les apophyses articulaires des vertebres, transformées elles-mêmes en plaques amincies. Ces soudures se faisant par engrenage, il en résulte une immobilité parfaite dans leur jeu et une grande force dans leurs parois disposées en voute. La partie inférieure qu'on appelle le plastron est aussi composée de neuf pièces soudées qui retracent le sternum et ses annexes, suivant M. Geoffroy Saint-Hilaire, et les parties cartilagineuses se trouvent être représentées par une bordure circulaire de la carapace. Les vaisseaux qui s'introduisent dans ces pièces osseuses qu'ils nourrissent sont recouverts d'un périoste assez épais et d'un épiderme dense, squammeux extérieurement où il se change en lamelles nommées écailles. Les côtes et les vertèbres dorsales et lombaires étant ainsi complétement extérieures, il en résulte une inversion dans l'insertion des plans musculaires, qui s'attachent en-dedans des surfaces de ces os pour mouvoir les membres et le cou. L’extrémité vertébrale s'articule avec la carapace, et l'extrémité sternale, assez analogue à la clavicule, s'articule avec le plastron, de manière que les deux épaules forment un anneau dans lequel passent l'œsophage et la trachée-artère. Une troisième branche osseuse, plus grande que les deux autres, représente , comme dans les oiseaux, l'apophyse coracoïde, et son extrémité postérieure reste libre.
ZOOLOGTE. 27
Les os longs des Testudinées n'ont point de canal médullaire, Les pièces osseuses qui composent le crane varient singulièrement dans les degrés d'aplatissement qu'elles présentent. On dit que le sphénoïde manque complétement dans les tètes des tortues terrestres. Les nerfs olfactifs et optiques traversent des cloisons cartilagineuses, car les os n’ont point de trous pour leur donner passage. Les poumons sont volumineux; mais comme les côtes sont immobiles, il en résulte une modification de la respiration qui s'exécute par la bouche, et par un mouvement de déglutition qui force l'air à entrer par les narines et puis à se diriger vers les poumons. Les maxillaires des tortues sont revêtus d'une corne analogue à celle du bec des oiseaux ; seulement les chélydes, au lieu de corne, ont une peau mince sur les machoires. Leur langue est courte, hérissée de papilles très-développées. Leur estomac est robuste et à un seul ventricule ; les intestins, privés de cœcum , ne donnent au tube intestinal qu'une longueur médiocre. Leur vessie est ample.
Dans ces derniers temps, MM. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et J.-G. Martin ont découvert chez les tortues femelles deux canaux qui mettent la cavité du péritoine en communication avec les corps caverneux, et ont publié des remarques d’un haut intérêt sur la structure et la disposition du cloaque, du clitoris et des corps caverneux chez les mêmes animaux. Leur Mémoire a été lu à l'Académie des Sciences le 18 février 1828, et se trouve inséré dans les Annales des Sciences naturelles pour le mois de février 1828. Nous citerons un extrait de ce travail qu'a bien voulu rédiger M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.
« Les tortues, principalement les terrestres, ont le cloaque disposé de la mème manière que chez l'ornithorhynque, c'està-dire la vessie, les deux uretères et les deux oviductes, pour les femelles, les deux canaux déférents, pour les mâles, arrivent dans une première poche qui est le canal urétro-sexuel de
M. Geoffroy Saint-Hilaire. Ce canal urétro-sexuel s'ouvre ensuite avec le rectum dans une poche spacieuse qui est le véritable cloaque ou vestibule commun, et qui communique à l'extérieur par l'ouverture anale.
« Un fait très-remarquable, et que l’on retrouve aussi chez l'ornithorhynque, c'est que les orifices des uretères sont séparés de l'orifice de la vessie par les orifices des oviductes ou des canaux déférents.
« M. Cuvier à indiqué dans son Anatomie comparée, chez les tortues mâles , deux canaux placés de chaque côté des corps caverneux, ayant leur orifice dans la cavité du péritoine, et se prolongeant jusqu’au gland, où, disait-il, ils se terminent en cul-de-sac. Nous avons reconnu, M. Martin-Saint-Ange et moi, que cette assertion n'était pas exacte, et nous avons établi plusieurs faits qui donnent un grand intérêt physiologique à ces canaux que nous avons nommés péritonéaux. Au lieu de se terminer en cul-de-sac, ils se divisent à leur extrémité en deux branches dont l’une va s'ouvrir à l'extérieur à l'extrémité du pénis, chez les mâles, du clitoris, chez les femelles, et dont l'autre s'ouvre dans le corps caverneux par une ouverture ou par un petit nombre d’ouvertures chez les tortues terrestres, par une multitude de pores dans d’autres genres, chez les trionix par exemple. Il résulte de là que la cavité du péritoine se trouve communiquer d'une part avec l'extérieur, de l’autre avec la cavité du corps caverneux et le tissu érectile du gland où, comme on sait, le sang s’'amasse pendant l'érection. Les canaux péritonéaux , qui ont quelque analogie avec les conduits aquifères des holothuries et d'un grand nombre d'autres animaux sans vertèbres, joueraient-ils comme eux un rôle dans la foncton respiratoire ? C'est ce que pense M. Geoffroy Saint-Hilaire père, et ce qu'il a surtout cherché à établir au sujet du crocodile chez lequel M. Martin-Saint-Ange et moi avons aussi décou-
ZOOLOGTIE. 29
vert des canaux péritonéaux assez analogues par leur disposition à ceux des tortues. M. Cuvier a aussi adopté la même Opinion à l'égard de plusieurs poissons cartilagineux où l'on trouve de même des canaux qui mettent en communication la cavité du péritoine avec le fluide ambiant. Du reste, la communication qui existe entre les corps caverneux et la cavité péritonéale des tortues, d'après MM. Geoffroy Saint-Hilaire et Martin, est un fait que l'on ne connait encore que chez les tortues, et qui indique que les canaux péritonéaux remplissent chez ces animaux de doubles fonctions dont il est encore impossible dans l’état présent de la science de se faire une idée. » Les membres des tortues se trouvent resserrés entre le plastron et la carapace , et leur longueur n'élève pas assez le corps au-dessus du sol pour que la locomotion soit aisée; aussi la démarche de ces animaux se ressent d’un tel mécanisme et ne se compose que d'une sorte de reptation sur quatre pieds, embarrassée et lente. Mais les tortues aquatiques dont les membres sont terminés par des nageoires, vivant au milieu d'un fluide dans lequel leur corps aplati et enveloppé de deux lames glisse aisément, possèdent une force puissante et par suite une natation rapide. Les tortues terrestres se trainent , elles, péniblement sur le sol, où on ne les voit qu'une partie de l’année, se creusant des terriers où elles s'engourdissent dans les régions tempérées pendant les mois d'hiver. Celles qui vivent au sein des mers fréquentent les côtes pendant un certain temps de l'année, pour y pondre dans le sable des rivages leurs œufs que la chaleur solaire fait éclore, et cette ponte n'a communément lieu que la nuit. La masse de ces animaux varie suivant les espèces, et on connait des tortues d'une très-petite taille, aussi bien que des espèces de dimensions gigantesques et de plus de six cents livres de poids. Les individus des chélonées sont trés-vivaces. On les a vus ne pas mourir après de longues absti-
nences, et les navigateurs en conservent long-temps à bord des vaisseaux , bien que privés d'aliments et renversés sur le dos. Les tortues marines s'alimentent de fucus qu'elles paissent au fond de l'eau , et aussi de petits mollusques et d'animaux. Les terrestres recherchent les racines, les herbes, les limacons, les larves des insectes. Les tortues des eaux douces trouvent dans les rivières les substances végétales et animales dont elles se nourrissent.
Les tortues ont été divisées par les auteurs anglais en plusieurs familles qui sont : les vraies chélonées, renfermant le genre testudo des auteurs; les émydées, Bell, ayant les genres emys, Brongniart, terrapene, Merrem, tortue à boites ou sternotherus, Bell, kënosternon, Spix, et chelys, Duméril. Les Anosternon de Spix ont le corps déprimé, le sternum fixé à son milieu, les lobes antérieur et postérieur à charnières et le plastron rétréci : on n'en connait qu'une seule espèce, le knosternum longicaudatum. La troisième famille est celle des trionidées , ne renfermant que le genre trionyx de M. Geoffroy Saint-Hilaire ; la quatrième est celle des sphargidées , ayant le genre sphargts de Merrem ; et la cinquième et dernière est celle des chéloniadées, dont le type unique est le genre chelonia de M. Brongniart. M. Cuvier, dans le Règne animal, ne fait qu'une seule famille des tortues, ou qu'un seul genre qu'il divise en cinq sous-genres, en se servant des caractères tirés de la forme des carapaces, de la nature des téguments qui les recouvrent et de leurs pieds. Son premier sous-genre est celui des tortues de terre, testudo, Brong., ou chersine de Merrem, dont la carapace est bombée et soutenue par une charpente osseuse solide et soudée de toute part. Les jambes sont comme tronquées , terminées par des doigts courts réunis en une sorte de moignon presque jusqu'aux ongles, et pouvant se retirer, ainsi que la tête, sous la carapace. Les vraies tortues sont ter-
ZOOLOGIE, 31 restres et vivent de matières végétales. L'espèce qui se trouve en Europe est la tortue grecque, testudo græca, de Linné, représentée par Schoepff dans ses planches 8 et 9, et qu'on rencontre communément dans l'Archipel. Les autres espèces sont la grande tortue des Indes, testudo indica (Sch., pl. 22); la géométrique, testudo geometrica , Lacép., pl. 9; le couï, testudo radiata, Shaw, qui vit à la Nouvelle-Hollande. Bell a sous-divisé ce genre en deux tribus qu'il nomme les pixys lorsque la partie antérieure du bouclier est mobile, et les Anixys, lorsque la partie postérieure de la carapace est seule mobile.
On compte dans le seul genre tortue une vingtaine d'espèces parmi lesquelles plusieurs ont été découvertes dans ces derniers temps.
Le deuxième sous-genre ou les tortues d'eau douce, les emys de Brongniart, ne diffèrent des vraies tortues qu'en ce que leurs doigts sont allongés et garnis dans leur intervalle d'une membrane. Leurs ongles sont de cinq en avant et de quatre en arrière. Les espèces de ce sous-genre sont organisées pour vivre presque constamment dans l’eau, où elles cherchent les petits poissons, les insectes des fleuves et des rivières". L'émyde
1 Nous avons décrit et figuré, pl. 29 de notre Centurie zoologique, une émyde très-curieuse découverte par M. le docteur Reynaud, nommée emys thermalis, Reyn., et qui vit dans des sources d'eaux chaudes naturelles. Cette émyde a la carapace peu bombée, ovalaire, régulière sur ses bords, convexe en-dessus où sur la ligne médiane s'élève une carène saillante occupant le centre des cinq écailles médianes. Sur chaque côté quatre écailles bombées se trouvent marquées d’une arête à leur tiers supérieur, et de leur réunion résulte sur chaque flanc un ressaut longitudinal moins prononcé que celui du milieu. Une petite écaille médiane aplatie reçoit le prolongement de l’arête dorsale au niveau du cou. Vingt-quatre écailles, c’est-à-dire douze sur chaque bord, forment la circonférence de la carapace. Ces écailles sont un peu creusées en gouttière sur le côté et encadrées. Leur couleur est d'un brun-marron foncé, et leur surface chagrinée. À
Le plastron est immobile, en entier de forme oblongue tronquée en avant et échancrée en arrière; il est plus large, soudé à la carapace par deux plaques arrondies, et
d'Europe est la testudo europæa de Schneider, l'orbicularis de Linné qui est très-répandue dans nos rivières. À ce sous-genre appartiennent vingt-six espèces de toutes les parties du globe, et les chelonida de Fitzinger et les kydraspis de Bell qui ne sont que des émydes à cou plus allongé, telle que l'emys longicollis de Shaw où viennent encore se grouper cinq petites espèces. Les tortues à boîte sont encore des émydes dont le plastron est divisé en deux battants, et qui comprennent cinq espèces. Enfin, les tortues chélonures de Fleming ou chélydres de Fitzinger se distinguent des émydes parce que leurs inembres et leur queue sont trop volumineux pour rentrer sous la carapace. Le type de cette petite division est la testudo serpentina de Linné. Le troisième sous-senre est celui des tortues marines ou chélonées, chelonia, Brongniart : elles sont caractérisées par leurs
formé de douze pièces symétriques, dont les deux premières sont les plus petites: il est coloré en brun chocolat au centre et en jaune vif sur les rebords.
L'individu que nous décrivons a de longueur totale, de l'extrémité de la queue au museau, 3 pouces 4 lignes, et encore la carapace entre-t-elle dans ces dimensions pour 2 pouces 7 lignes. Elle a aussi de largeur 2 pouces.
Les extrémités antérieures sont recouvertes d’écailles serrées , légèrement aplaties et terminées par cinq ongles très-aigus , presque droits, et dont l'intervalle est garni d’un léger repli membraneux. Les extrémités postérieures sont plus élargies, plus épatées et terminées par quatre ongles seulement réunis sur le bord externe, qu’une rangée d'écailles imbriquée revêt. La queue est excessivement courte, térète, pointue. La couleur des membres est un brun fuligineux.
La tête peut avoir un pouce de longueur. Elle est proportionnellement assez forte, arrondie, terminée par un museau conique où s'ouvrent les deux narines, La bouche est à bords entiers. La peau de la tête et du cou est brune fuligineuse, que relèvent des taches vermiculées d’un blanc-rose très-vif dans l’état de vie, et devenus d’un blanc mat dans le bocal d’esprit-de-vin où a été conservé le seul individu connu.
Cette émyde vit dans les eaux thermales de Cannia, près Trinquemalé, à Ceylan, eaux dont la température s'élève au-delà de 37 degrés centigrades. M. Reynaud en conserva un individu depuis le 12 février jusqu’au 3 avril 1828 dans de l’eau douce ordinaire, sans qu'il parût en souffrir le moindrement.
ZOOLOGIE. 33 membres terminés en larges nageoires pointues, enveloppant dans leur masse les doigts, et pouvant rentrer sous la carapace. Ce sont les géants de la famille, et leur chair délicieuse est la ressource des navigateurs dans les parages qu'elles fréquentent, tels que l'ile de l'Ascencion. La plus. célèbre par l'énorme taille qu'elle acquiert, est la tortue franche, testudo mydas, avec laquelle on a confondu deux espèces très-voisines, les testudo maculosa et lachrymata, Cuv. Les arts tirent un très-grand parti de l’écaille d’une espèce de ce sous-genre, le caret, testudo imbricata, L., dont sont voisines les testudo virgata, Cuv., et radiata, Schoepf. La couanne, testudo caretta, Gin., est de la Méditerranée, et on tire de ses chairs une huile à brüler.
Quelques chélonées ont leurs écailles tégumentaires remplacées par un épiderme analogue à du cuir. Ce sont les sphargts de Merrem , dont le type est le luth, £estudo coriacea, Linn., et le desmochelis atlantica de Lesueur. Enfin les tortues à gueules, ou chelys de Duméril, sont des tortues dont les membres ne peuvent point rentrer sous la carapace ; dont le nez est prolongé en une petite trompe, et dont la bouche est fendue en travers sans avoir de mächoires de cornes. Le type de cette division est la matamata ou testudo fimbria de Gmelin.
Le cinquième sous-venre est celui des onyx ou tortues molles, établi par M. Geoffroy Saint-Hilaire, dans le bel ouvrage sur l'Égypte et dans les Annales du Muséum. Leur peau est molle; les pieds sont palmés, terminés par trois doigts recouverts d'ongles seulement. Leur bec corné est garni de lèvres charnues ; leur nez se prolonge en une petite trompe. Ces trionyx vivent dans l’eau douce des rivières, et l'espèce la plus remarquable est la tortue molle du Nil, testudo triunguis de Forskalh et #ionyx ægyptiacus de M. Geoffroy Saint-Hilaire, magnifiquement figurée dans le grand ouvrage de la commis-
sion d'Egypte. On y joint la tortue molle d'Amérique, testudo Voyage de la Coquille.— Z. Tom. II, Partie . 5
ferox de Gmelin, qui vit à la Floride et à la Guiane, que Bartram a représenté grossièrement pl. 2, t. I de son Voyage. On joint encore aux trionyx les 7. Javanicus, Geoff., Ann. du Mus., t. XIV; 7. carinatus, Geoff., tbid.; T!. stellatus, ibid.; T. euphraticus, Oliv., Voy. en Turquie, pl. 42; le T. gangeticus, Duv., et le T. granosus, Leach , ou testudo granosa de Schoepf., pl. 30.