‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 241 sur 355 · JANTHINE FRAGILE · texte numérisé non relu

JANTHINE FRAGILE

Janthina fragilis, Lanx., t. VIT, p. 206.

CNE ne nee tn)

Helix janthina, L.

Fig. 1”, les œufs réunis en paquets sur une bride soutenue par des vésicules.

1”, une capsule isolée.

Les janthines sont très-diversement placées dans les cadres zoologiques par les auteurs. Les uns pensent qu'elles sont inoperculées, et quelques autres qu'elles ont un opercule,

Ces mollusques sont essentiellement pélagiens. Ils errent à l'aventure sur la surface de la mer par les temps de calmes, et on les voit presque constamment réunis par essaims nombreux qui naviguent de compagnie, renversés, le pied en haut et la coquille en bas. À ce sujet personne ne s'est clairement rendu compte d'un fait bien simple par lequel on peut expliquer la position renversée de certains mollusques marins. Une hélice munie d'un large pied rampe sur la ligne horizontale solide que décrit le plan du sol que suit l'animal. La coquille alors est dorsale, et l'air seul pèse sur elle. Mais dans l'eau il a fallu nécessairement interverür cet ordre, car le niveau de l'eau est devenu le plan horizontal sur lequel doit ramper ou nager le mollusque ; aussi son pied a-t-1l été faconné en parachute ou creusé pour contenir de l'air et soutenir la coquille qui pend au-dessous dans un fluide plus dense. Il n'y a donc qu'inversion du plan, et c'est pour cela que jamais une carinaire ni une firole ne nagent la coquille en dessus ou la nageoïre en dessous.

L'animal des janthines est arrondi. La tête est ovalaire terminée par une bouche percée en fente oblongue, et surmontée

à une certaine distance de la bouche de deux tentacules grèles, Voyage de la Coquille.— Z. Tom. II, Part. I. 46

minces, ayant en dehors et à leur base deux petits angles qui portent les yeux. Les organes respiratoires sont en communication avec l'air sur le rebord frangé et dilaté du manteau qui est ample sur les côtés. Le pied est élevé, charnu, épais, aplati, libre en devant et terminé en arrière par un opercule membraneux, à fibres denses, épaisses, et couvertes de cellules communiquant les unes avec les autres, et susceptibles de se remplir d'air, et de soutenir l'animal à la surface de l'eau, en diminuant considérablement sa pesanteur spécifique. Sous cette bande, qui porte les vésicules, sont attachés, au temps de la reproduction, de nombreuses poches membraneuses renfermant les œufs. L'organe excitateur est petit, court et placé au coté droit. La substance de l'animal est dense, solide et colorée en bleu foncé.

Les coquilles de ces mollusques sont très-fragiles, minces, cassantes, subglobuleuses, à bouche ample et dilatée, ayant le dernier tour grand et constamment très-ventru. La bouche à bords désunis, coupants, parfois échancrée au bord droit. La columelle est droite, repliée sur elle-même, et continue l'axe de la spire.

Tels sont les caractères généraux de ces mollusques, qui fournissent en abondance une magnifique teinture violette qui s'échappe d'un large vaisseau dorsal lorsqu'on le brise. Ces coquilles, essentiellement pélagiennes, ne sont Jetées sur le rivage que par les coups de vents qui les surprennent à peu de distance des côtes. Elles vivent en grande abondance sous les tropiques aussi bien que dans les zones tempérées, et il en est qui s'égarent par de hautes latitudes. L'espèce de la Méditerranée ne nous parait pas sêtre Jamais présentée dans l'Océan, et vice vers.

Nous croyons que chaque grande mer a ses espèces propres, et bien quil soit parfois très-difficile de les caractériser, tant

ZOOLOGIE. 363 elles se rapprochent les unes des autres, toujours est-il qu'il répugnerait de confondre sous la même dénomination spécifique des êtres de climats fort opposés, lorsque tout nous prouve que les démarcations géographiques sont beaucoup plus limitées qu'on ne l’a cru jusqu'a présent.

Nous ne doutons même pas que la Janthina penicephala, de Péron, pl. LXI, fig. 4, de l’atlas du Voyage aux terres australes, ne soit distincte, bien qu'on ne puisse la caractériser d’après la figure. C'est d'après quelques centaines d'individus que nous décrirons les quatre espèces que nous avons figurées.

La JANTHINE FRAGILE, Janthina fragilis, de Lamarck, est l’espèce qui vit dans l'océan Atlantique, depuis le cap de Bonne- Espérance jusqu'aux côtes de la Manche, où on l’a vue parfois jetée sur les rivages. Elle est excessivement commune entre les tropiques. Tous les individus de moyenne taille naviguent par essaims nombreux, tandis que ceux très-gros vivent isolés et

passent le long des vaisseaux de loin en loin. Souvent, dans

g l'espace de quelques milles, nous en prenions avec des filets longuement emmanchés, des centaines, et par là, qu'on juge du nombre prodigieux qui couvre la mer dans le seul espace que borne à la vue du marin l'horizon dont il est le point central! Nous avons mesuré des janthines qui avaient 25 lignes de diamètre. Mais leur taille la plus ordinaire est 14 lignes, et rarement moins de 11, sur 12 lignes à 9 ou 10 de hauteur.

La coquille est globuleuse, à spire courte, arrondie, les quatre tours renflés, séparés par un sillon décollé profond, le dernier très-ventru, très-convexe, arrondi sur son pourtour, un peu déprimé en dessous. La spire est côtoyée sur le bord du sillon par un léger ressaut rubané. Tous les tours sont marqués par des stries d’accroissements inégales. La bouche est grande, ovalaire, à lèvre droite, arrondie, coupante, simple, un peu échancrée au milieu, modifiée en haut par le grand

tour. Le bord de la columelle est droit, un peu contourné sur lui-même, médiocrement allongé et formant une oreillette arrondie en s’unissant au bord externe. Derrière le bord columellaire une fente visible et prononcée simule des traces d’ombilic.

Cette coquille est fragile, colorée en bleu violàtre assez uniforme, excepté sur les petits tours de la spire où ce bleu devient violacé, puis blanc mat.

Le 10 décembre 1824, étant par la longitude du cap de Bonne-Espérance, nous primes une grande quantité de janthines avec leurs œufs. La plupart du temps ces derniers étaient abandonnés et flottants (pl. VIIT, fig. 1°); la mer, en ce jour, était calme et unie comme la surface d’un miroir. Ces œufs formaient un paquet contourné en S ou roulé en cercle, tenant au pied du mollusque, et pouvant s’en détacher aisément, à ce qu'il parait, avec les vessies aériennes qui aident la flottaison, et qui doivent repousser avec d'autant plus de rapidité que la natation de l'animal serait sans elles rendue difficile. Ces paquets se composent d’un prolongement membraneux, épais, dense, qui s'attache au pied et qui s'allonge en formant un long sac étroit, ridé, cylindrique, très-extensible, de couleur blanche nacrée dans l'eau et jaunàtre hors de l'eau; en dessus, ce prolongement est couvert de vessies aériennes, affaissées dans leur état de vacuité, gonflées et tendues lorsque l'animal les remplit d'air. Ces vessies aériennes ne peuvent mieux être décrites qu'en disant que des bulles formées par une dissolution de savon battue les imitent parfaitement. En dessous de ce prolongement membraneux, et du côté opposé aux vessies, sont portés sur un court pédoncule les œufs. Ces œufs sont oblongs, imitant des folioles, minces, striés en travers, et symétriquement rangés de manière à simuler une masse épaisse. Chaque œuf s'ouvre au sommet par une fente large, par où sort la coquille

qui est ainsi jetée vivante sur le sein des mers, bien qu'elle soit alors très-petite. Ses œufs sont blancs nacrés, excepté vers leur partie supérieure, où la liqueur violette de la janthine les a colorés en purpurin pâle.

Les très-jeunes individus de cette espèce ne diffèrent en rien des adultes par les formes.

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