‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 25 sur 355 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

POISSONS : Par R.-P. Lessow.

SI

QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LA DISTRIBUTION DES POISSONS DANS LES MERS D'ASIE.

La nature, en dispersant les êtres sur la surface de ce vaste univers, semble avoir imposé des démarcations à chacun d'eux, ou du moins elle n’a permis qu'à un certain nombre d'espèces privilégiées de pouvoir vivre indifféremment dans des circonstances opposées et sous l'influence variée de zones et de climats divers. Mais habitant au milieu d'un fluide dont la température est plus uniforme que celle de l’air, les poissons devraient présenter de nombreuses exceptions, s'étendre à de grandes distances de leur patrie primitive, adopter de nouveaux climats, vivre indifféremment, en un mot, sous plusieurs zones, puisque rien ne peut s'opposer à leur migration, plus favorisés en cela que Îles oiseaux ou d'autres animaux, renfermés sur certaines iles, sur certaines terres d'où ils ne peuvent sortir, sans avoir à franchir d'immenses étendues de mer. Mais la puissance qui créa les mondes et leur assigna des limites , imposa aussi aux divers animaux des bornes qu'ils ne purent franchir impunément ; et les poissons surtout, soumis à l'influence des climats, des pa-

rages, faconnés pour des habitudes appropriées à leurs mœurs, à certaines localités, furent disséminés par parallèles, maintenus dans des limites arrêtées, et ne les franchissent jamais que par des causes accidentelles et toujours rares. Quelle diversité, en effet, dans la forme de ces êtres, suivant qu'ils sont destinés à fréquenter les roches des côtes, les longues plages sablonneuses déclives, les vases des embouchures des fleuves, les canaux étroits des archipels, les glaces des pôles, ou les régions chaudes des tropiques!

De quel éclat brille leur vestiture! De quelles formes singulières, parfois bizarres, toujours variées, leur organisation présente les types innombrables! C'est dans cette classe qu'il est permis surtout d'admirer cette profusion infinie de combinaisons d'organes qui semblent être le résultat des caprices et des jeux de la nature, et qui tous cependant sont bien adaptés à l'instinct et aux habitudes de chaque espèce. Si les pierres précieuses étincellent sur quelques parties du plumage des oiseaux de la zone torride, le prisme semble accumuler toutes ses nuances sur les poissons, et rien ne peut rendre la suavité des couleurs, la somptuosité de la parure de certaines familles qui à chaque instant semblent se revêtir de teintes métalliques, sans cesse reflétées sous un nouvel aspect par les innombrables petits miroirs de la surface de l’eau.

Les poissons dont les reflets sont si vifs et si purs, parfois si nets et si tranchés, semblent se complaire au milieu de ces récifs corralligènes, brillant eux-mêmes de toutes les couleurs, et dont l'effet fantastique semble plutôt appartenir au domaine de l'imagination qu'a la froide vérité. Entourés des rosettes de ces zoophytes, des polypes, des zoanthes, des tubipores, dans des bassins peu profonds, constamment échauffés par une vive chaleur, les brillants chétodons, les nombreux balistes, les glyphysodons azurés, ont disséminé leurs espèces innom-

brables, tandis que certains poissons à couleurs sordides et sombres, de la teinte du fond sur lequel ils vivent, s'y cachent, se blottisssent dans le sable, et profitent de cette apparence trompeuse pour saisir leur proie sans défiance : tels sont les poissons littoraux. D'autres, à certaines époques, émigrent de l'endroit où ils reçurent le jour, forment des essaims immenses qui parcourent divers parages d'une manière constante et périodique. Il en est enfin qui semblent destinés à promener leurs troupes voraces au milieu des solitudes de l'Océan : ce sont les poissons pélagiens. Mais un tel ordre de choses, tout intéressant qu'il puisse être pour un esprit philosophique, ne peut nous occuper ici. Ce ne serait point le cas de rechercher les nombreux détails qui se rattachent à l’histoire générale des poissons : ce sont les limites de leur habitation respective qu'il nous importe de connaitre, et, il faut l'avouer, rien n'existe encore sur cette branche de la science; trop de faits manquent, trop d'incertitude règne sur la nomenclature comme sur la patrie des poissons, pour qu'on puisse en tracer un apercu satisfaisant ’.

En jetant un coup d'œil rapide sur la distribution géographique des poissons, nous reconnaissons d'abord pour loi générale, que certaines familles ou certaines races habitent une zone déterminée autour du globe. Ainsi, telles espèces vivent entre les tropiques, à peu près sous tous les méridiens, et ne franchissent point ces limites, ou du moins s'en éloignent peu; d'autres, au contraire, semblent ètre propres aux zones tempérées ou froides de l'hémisphère nord, tandis que quelques poissons appartiennent essentiellement à l'hémisphère austral : par exemple, la chimère antarctique qui abonde également au sud des trois grands caps de Horn, de Diémen et de Bonne-

1 L'ouvrage que M. Cuvier publie, concurremment avec M. Valenciennes, sera un des plus beaux monuments que le savoir ait élevé à l’ichthyologie. Notre fragment a

été écrit en 1826.

Espérance, et semble être fixée entre les 60° à 35° degrés de latitude. D'un autre côté cependant le plus grand nombre des tribus de poissons occupent d'une manière permanente des bassins limités.

La famille des cyclostomes de M. Duméril comprend les lamproïies des eaux douces, les ammocettes, qui se plaisent dans le sable de nos côtes, soit de l'Océan atlantique soit de la Méditerranée, les gastrobranches, qui offrent le singulier phénomène, dans les deux espèces de ce genre, d'en avoir une (gastrobranchus glutinosa) vivant dans les mers du Nord, tandis que la seconde (2. Dombey) habite les mers de l'hémisphère austral.

Les selaciens, renommés par le grand nombre des poissons voraces et dangereux Compris sous cenom, par leur grande taille, sont à peu près disséminés dans toutes les mers, sans exception, et fréquentent principalement, et en plus grand nombre, les côtes de l'ancien monde. L'opinion générale veut que le requin soit cosmopolite, et que ce vorace cartilagineux se trouve indifféremment dans les mers d'Europe, des Indes, ou dans le grand Océan. Il est plus commun cependant dans les parages des climats chauds ; mais il paraît tout-à-fait remplacé dans les mers des Moluques et de la Nouvelle-Guinée par le petit requin à ailerons noirs (sg. melanopterus), tandis que les roussettes, les émissoles, les grisets, les scies, etc., fréquentent nos côtes et celles de l'Amérique, de même que les marteaux et les anges. Un seul genre parait ne pas s'éloigner des rivages de l'Australie , et l'espèce unique qui le compose {cestracion Philippt) n y atteint jamais une grande taille, et même y est rare. Toutes les mers ont des raies’. Leurs formes sont variées, mais en gé-

1 Des raies nombreuses fréquentent les côtes d'Amérique, surtout la région septentrionale, C’est la patrie -de celle dont l’immense développement lui a fait donner

le nom de devil fish ou diable de mer, et dont tous les journaux d'Europe ont parlé

néral peu caractéristiques, et la Méditerranée fournit un plus grand nombre d'espèces, et nos rivages en possèdent plusieurs, surtout la torpille (raia torpedo)', que représente dansles parages du Brésil la raie électrique de Schneider. Peu remarquables par leurs couleurs, ces espèces affectent presque constamment une teinte sombre et sale. Cependant la raie Thouin, des côtes du Pérou, est reconnaissable à ses deux couleurs tranchées, et la pastenague des mers des Moluques offre des teintes citrines,

ponctuées d'azur, fort agréables. C'est principalement dans la

Méditerranée que se tiennent les raies aigle de mer et Giorna ; c'est dans l'Océan atlantique des Etats-Unis qu'on a remarqué

la grande raie vampyre du D' Mitchill, et c'est dans la mer du

Sud que nous observames fréquemment des troupes d’une raie

dans ces derniers temps. Plusieurs raies nouvelles ont été décrites par M. Lesueur. Dans l'Amérique méridionale on remarque la belle raie Thouin, et à-peu-près sur toutes les côtes on indique la torpille, Dans le voisinage de la Guyane, Marcgrave décrivit le premier la raie narinari; et c’est encore la patrie de la raie tuberculée, de Ja Banksienne, de la raie noire, de la manatia.

Le requin, répandu dans tout Océan atlantique, fréquente surtout les mers d’Amérique. Ce hideux poisson, le tigre de la mer, sur lequel on a débité tant de fables, semble indistinctement vivre sous la ligne, comme dans les mers les plus froides. C’est encore aux Antilles qu'on observe le squale pointillé, le pantouflier (sg. tiburo) si commun sur les rivages du Brésil et de la Guyane; le 4o/lo du Chili n’est cité que par Molina; la liche est des mers de Terre-Neuve.

La lophie vespertilion, au corps hideux et difforme, est des mers du Brésil, où Marcgrave la décrivit pour la première fois.

L'Amérique a aussi ses balistes, et on y cite particulièrement le caprisque, etc. Le singulier polyodon feuille n’a encore été rencontré que dans les eaux douces du Mississipi.

? La torpille des mers d'Europe fréquente encore les attérages du cap de Bonne-Espérance, ainsi que la raie Gronovienne(raia capensis, Gm.). Les squales sont multipliés sur toutes les côtes d'Afrique, et notamment le requin, le glauque, et surtout le galonné (sg. africanus).

De nombreuses espèces de balistes se retrouvent sur les côtes de l’île de France;

les plus remarquables sont l’étoilé, écharpe, le sillonné , la bourse.

ZOOLOGIE. 7i

d'une taille démesurée, que nous ne savons à quelle espèce rapporter. Quant aux chimères, des deux espèces qui composent le genre, l’une, sous le nom vulgaire de roi des harengs, se plait dans les latitudes froides du nord de l'Europe, et l’autre, actuellement spécifiée par la dénomination de callorhinque {cA. callorhynchus), se pèche journellement au Chili, à la terre de Diémen, au cap de Bonne-Espérance, et ne quitte pas les latitudes australes. Dans les sturioniens, l'esturgeon commun est de toute l’'Europe, et l'objet d'une pèche immense dans l'empire de Russie, tandis que deux autres espèces y vivent dans les eaux douces.Ce n’est qu'au Mississipi qu'on a observé le polyodon feuille. Les poissons fibreux,dont les légions innombrables sont répandues dans toutes les eaux, diffèrent les uns des autres à l'infini. On peut les grouper en genres qui sont parfois nombreux en espèces, tandis que dans d’autres circonstances celles-ci n'y sont qu'en petit nombre, ou même sont uniques. Mais ces familles singulières, nommées orbes, hérissons de mer ou boursouflus, tétrodons, ne semblent propres qu'aux climats chauds. Ils paraissent exister sur les côtes de toutes les terres entre les tropiques, et se plaire surtout , avec les balistes et d'autres tribus, au milieu des récifs de corail. Dès les iles de Ténériffe on rencontre cependant un tétrodon linéolé, abondant dans la mer Rouge, et ce n'est que dans les mers de l'Ile-de-France qu'on a trouvé l'espèce remarquable qui formera le nouveau genre triodon. Les balistes, au

nager vacillant et irrésolu, peuplent de leurs essaims brillants

et a colorés toutes les mers chaudes et surtout les attérages des iles placées sous la ligne. Cependant la Méditerranée en nourrit plusieurs sortes, et déjà celles-ci, parmi les poissons de ces mers, sont remarquables par les couleurs qui les revétent. C'est surtout sur les balistes que la nature a prodigué tous les genres d'embellissements, et la manière dont leurs corps sont

ornés d'écharpes, de bandes nettes et vives, est vraiment aussi

variée qu'admirable. Ce sont principalement les canaux nombreux des motous ou iles basses qui enveloppent O-Taiti et Borabora, la Nouvelle-Irlande, les récifs de Waigiou, de la Nouvelle- Guinée, les bords volcanisés de Sainte-Hélène et de l'Ascencion, que les balistes affectionnent particulièrement. Dans les mers d'Europe vit le singulier poisson nommé {une (tetraodon mola, L..) dont la forme orbiculaire et tronquée postérieurement est aussi bizarre que peu gracieuse. Les monacanthes, les alutères, les coffres, sont tous des poissons des mers de corail, et leurs espèces sont d'autant plus nombreuses que les parages qu'ils fréquentent sont plus près de la ligne. Ainsi des 5 degrés latitude nord aux 5 degrés latitude sud , les coffres, comme les balistes à épines, sont excessivemement variés”.

Les poissons dont les branchies sont disposées en forme de houppe, les lophobranches, ne sont point nombreux. Les syn-

? Les eaux douces de la vieille Europe sont particulièrement peuplées de plusieurs espèces de lamproies, sur les propriétés de succion desquelles on a entassé plus d’une erreur. La grande lamproie a été retreuvée au Japon par Kæmpfer, mais ne doit-on pas douter de l'identité de l'espèce ? Ces poissons, estimés dans quelques pays, n’ont rien de remarquable, si ce n’est que chaque année la ville de Glocester, vers Noël, doit présenter un pâté de lamproies au roi de la Grande-Bretagne. La famille des raies est singulièrement multipliée dans les mers d'Europe. Quelques-unes sont l’objet d’un grand commerce, entre autres la raie batis, dont les habitants du Nord font des envois après lavoir desséchée. Plusieurs autres sont d’ailleurs communes à l'Océan et à la Méditerranée, et M. Risso en énumère dix-sept.

Les squales surtout sont très-nombreux. C’est principalement dans les mers du Nord qu’on a observé le squale très-grand /sg. maximus), quoiqu'il vienne parfois, mais rarement, jusque sur nos rivages. Nous possédons encore le nez, la roussette, le rochier, le milandre, l’émissole qu’on a indiqué aussi dans l’océan Pacifique, le marteau de la Méditerranée, le renard, le griset, l’aiguillat, le humantin, et enfin l’ennemi irréconciliable de la baleine, la scie, qui va d’un pôle à l’autre, et qui vit aussi bien, dit-on, sous les glaces du Spitzherg que sous le ciel brûlant de l'équateur.

La chimère arctique habite les alentours du pôle nord et remonte jusque dans le golfe Adriatique.

La Méditerranée et l'Océan de l’Europe méridionale sont surtout la patrie de la

gnathes sont de toutes les mers chaudes ou tempérées. Dans

les hippocampes, le communis vit sur les côtes d'Europe; le foliacé ne se rencontre que dans les parages de la Nouvelle-Hollande ; le ventru (hip. abdominalis.) à la Nouvelle-Zélande; le solénostome et les pégases dans la mer des Indes”.

lophie baudroie, dont l'instinct vorace sait pêcher avec adresse les poissons qu’amorcent ses astucieux filets.

La bizarre et nombreuse famille des balistes n’est plus représentée dans nos mers que par une espèce nommée vieille.

Les esturgeons, qui sont l’objet d’un immense commerce dans le Nord, y comptent plusieurs espèces. Leur multiplication est telle que leurs œufs, sous le nom de caviar, sont une source de richesses pour les pays qui les préparent. Ils vivent dans le Danube ou dans les fleuves de la Russie, ou dans les rivières qui vont se perdre dans la mer Noire.

La môle, ou la lune de mer, poisson singulier, qui pèse parfois plus de 300 livres, habite nos côtes.

1 Le gastrobranche Dombey représente, dans la mer du Sud, le myxine glutineux de la mer du Nord.

Les raies sont colorées. Celle qu’on a nommée aigle de mer sillonne fréquemment en tout sens le vaste océan Pacifique, et sa peau sert aux naturels à fabriquer des limes. Ce n’est guère que dans la haute mer qu’on la rencontre.

Le requin ordinaire est remplacé dans les mers des Moluques par le squale à ailerons noirs (sg. melanopterus,Quoy et Gaim.), et plusieurs variétés voisines du glauque sont répandues au milieu des îles de la Polynésie. Mais l'espèce la plus remarquable est sans contredit le squale de Philipp (cestracion), dont on retrouve en Europe les dents en pavé et caractéristiques à l’état fossile, et qui vit sur les côtes de l'Australasie, ainsi que ceux à barbillons, barbu, et œillé. L'isabelle n’a été remarqué que sur les rivages de la Nouvelle-Zélande; et près de la terre de Diémen l'anisodon.

A l’extrémité des trois grands caps de l'hémisphère Sud vit le tœnianote austral tout hérissé de nageoires, et qui acquiert une grande taille.

Les lophies sont très-communes dans les mers équatoriales des îles polynésiennes, surtout autour de la Nouvelle-Guinée, où nous observämes la lophie Commerson et plusieurs espèces non décrites.

La Nouvelle-Galles du Sud possède aussi de nombreux balistes, entre autres le baliste mamelonné décrit par Hunter; à la Nouvelle-frlande nous vimes le baliste Praslin et le Mungo-Park.

Voyage de la Coquille.— Z. Tom. II, Partie I. 10

La nombreuse famille des salmones peuple les eaux douces des fleuves et des lacs d'Europe. Le saumon (sa/mo salar, L.), commun dans le Nord, remonte les rivières. Les curimates, les mylètes, ont plusieurs espèces dans les grandes baies de l'Amérique du sud, et une en Égypte (salmo dentex, Hasselq.). Les rivières de la zone torride sont habitées par les hydrocins, dont l'un d'Égypte et plusieurs du Brésil. Les saurus sont de l'océan Atlantique et de la Méditerranée, ainsi que les scopèles et les aulopes.

Les clupées renferment plusieurs genres d’un haut intérêt pour l'économie politique, puisque la fortune de quelques états est fondée sur le commerce qu'ils servent à alimenter. Tels sont : les harengs, dont les essaims, rangés en colonnes qui partent chaque année du pôle, longent les côtes des états européens, et viennent annuellement fournir à une immense consommalion, dans la mer du Nord, sur les côtes de France et d'Écosse ; la sardine (clupea sprattus, L.), et l'anchois de l'océan Atlantique et de la Méditerranée : les harengs remplacés dans les climats chauds par les mégalopes, dont les espèces acquièrent une grande taille. D’autres clupées habitent les Antilles, les côtes du Brésil, du Pérou, mais diminuent sensiblement dans l'océan indien, où on mentionne seulement le notoptère (clupea synura, Sch.). Les élopes appartiennent aux deux hémisphères, dit M. Cuvier, tandis que les chirocentres (clupea dorab, Gm.) sont de l'Inde, les vastrès du Sénégal et du Brésil, et les érythrins et les amies (ania), les premiers des

Le genre qui est le plus approprié aux mers équatoriales des archipels d'Asie est sans contredit l’ostracion. Les coffres y sont singulièrement abondants.

Sur les côtes de la Nouvelle-Hollande se fait remarquer le rare hyppocampe à folioles; sur celles de la Nouvelle-Zélande, l'h. abdominal, nouvelle espèce que les

habitants portent sur eux comme un amulette : les syngnathes sont abondants dans toutes les Moluques.

eaux douces du Malabar et du Brésil, les seconds des rivières de la Caroline. Cette famille fournit encore les lépisostées des lacs de l'Amérique du sud et le bichir du Nil.

Les mers qui baignent les côtes du continent d'Asie sont fécondes en poissons. Les espèces qui y vivent y sont disséminées suivantles parageset leurs latitudes; aussi devrait-on adopter pour les grouper, les bassins appelés: 1° mer de Chine et du Japon; 2° mer polynésienne, comprenant les mers de Java, de Mindanao, des Célèbes et des Moluques; 3° mer des Indes et d’Arabie; 4° mer Rouge; 5° mer Caspienne et lac Aral; 6° eaux douces.

Peu connus encore, les poissons que produisent les mers de Chine et du Japon se rapprochent cependant de ceux de la Polynésie, dont ils diffèrent génériquement toutefois; et c'est ainsi que beaucoup de ces êtres, d'abord décrits par Osbeck, Renard, Bontius, Valentin, ou figurés dans des dessins chinois, se rapportent à un grand nombre de genres européens et à certains entièrement asiatiques. Les squales ou sélaciens, renommés par le grand nombre des poissons voraces et dangereux qu'ils réunissent par des rapports généraux d'organisation , sont à peu près disséminés dans toutes ces mers, mais ils fréquentent principalement et en plus grand nombre les rivages d'Europe. L'opinion générale qui regarde le requin (sq. carcharias)comme cosmopolite, parait reposer sur des rapprochements erronés, et ce vorace cartilagineux semble réunir plusieurs espèces confondues jusqu'à ce jour sous le même nom. Parmi les squales propres à l'Inde on doit citer le tigre (sq. tigrinus), le squale Gronovien, et les massasa et kumal de la mer Rouge. Les raies sont répandues dans toutes les mers, mais celles de l'archipel d'Asie réunissent les teintes vivement colorées des productions de ces riches climats, et plusieurs sont nouvelles pour la science. Leurs représentants dans la mer Rouge sont les raies Uàrnak,

raàsch, lymme, sephen, qui fournit le beau galuchat; les raies bokhât où œräb, et halavi, décrites toutes par Forskal; la raie chinoise et plusieurs autres espèces dont les Japonais recherchent les peaux pour faire des fourreaux de cimeterre. Les familles singulières des orbes ou hérissons, des boursuflus ou des tétrodons ne semblent propres qu'aux climats chauds. Ces poissons existent sur les côtes de toutes les terres entre les tropiques, et se plaisent surtout, avec les balistes et d’autres races, au milieu des récifs de corail. Dés l'ile de Ténériffe on rencontre cependant le tétrodon linéolé, le fahaka des Arabes, si abondant dans la mer Rouge, et ce n’est que près de l'ile de France qu’on a observé l'espèce remarquable type de notre nouveau genre 7riodon. Les balistes, à peau coriace et hérissonnée, peuplent de leurs essaims, peints des nuances les plus vives et parfois de la maniere la plus fantasque, les mers des archipels d'Asie. Nulle part elles n'existent en plus grand nombre : nulle part leur vestiture brillante d'ordinaire, ne présente un mélange plus varié dans les couleurs des écharpes, des chevrons rouges ou bleus, des larges ovales, des plaques colorées, sans dégradation dans les teintes ; et c'est à tort qu'on a nommé baliste américain un poisson fixé au milieu des récifs des Moluques ou des Carolines. Les monacanthes, les aluteres, les coffres, sont tous des poissons des mers à paracels, et leurs espèces sont d'autant plus nombreuses que les îles qui les abritent sont plus près de la ligne. Aussi les côtes de la Nouvelle-Guinée, des Moluques, de Célèbes et de Bornéo, fourmillent-elles des espèces de ce genre, et ce n'est toutefois que dans la Malaisie que se rencontre le nason licorne, si singulier par le prolongement de sa tête. L'espèce unique de solénostome habite les côtes indiennes, (fistularia paradoxa) et les mêmes mers sont la patrie des pégases dont on connait trois espèces remarquables et curieuses par les singulières modifications qui ont influencé leur structure.

Les salmones sont, ainsi que nous l'avons déja dit, plus européennes : la plupart des genres et le grand nombre des espèces appartiennent aux eaux soit douces, soit de rivières ou des golfes qui morcèlent nos rivages : le £etragonopterus argenteus d'Artédi est d'Amboine, et plusieurs elupes appartiennent aux côtes du Malabar et de Coromandel. Une seule espèce de notoptère, le synura, habite les étangs aux Indes; l'élope sabre de Commerson les Moluques, et quelques érythrins les eaux douces du Malabar. La troisième famille, celle des ésoces, également variée, est encore peu riche, proportionnellement à l'Europe, en espèces asiatiques. Mais deux genres propres aux climats chauds des deux hémisphères, peu nombreux en espèces, sont remarquables d'un autre côté par la multiplication extraordinaire des individus, et c'est ainsi que les hémiramphes et les exocets couvrent en nuées épaisses les détroits qui isolent les iles de l'archipel d'Asie, et procurent aux peuples riverains un aliment recherché et agréable. Les exocets exilient et volant sy rencontrent réunis. Les cyprins ont fourni à nos eaux un poisson de la Chine que nous avons faconné à la domesticité, et dont l'éclat fait l'ornement de nos viviers. C'est la dorade rouge {cyprinus auratus ); mais les eaux douces du grand Empire du milieu nourrissent encore un grand nombre de carpes, toutes belles et brillantes des plus riches couleurs. La mer Caspienne recèle plusieurs ables et un barbeau qu'a fait connaitre Guldenstedt, sous le nom de cyprinus mursa. Quelques silures vivent dans les eaux douces de la Chine, et c'est encore la patrie d'un pimélode qui en porte le nom. Les plotoses de petite taille à épines acérées se réunissent en troupes, comme nos épinoches, à l'embouchure des ruisseaux de la terre des Papous et des Moluques.

Les gades, poissons précieux pour le commerce du Nord, ne fournissent qu’une ou deux espèces à l’Asie. Les genres qui com-

posent cette famille paraissent en général préférer les latitudes froides.

Les pleuronectes, poissons anomaux, qui, destinés à vivre sur les fonds plats, ont une de leurs faces blafarde et l’autre plus colorée, possèdent dans les mers chaudes de l'Asie plusieurs tribus dont les individus, comme la plupart de ceux de cette portion du globe, prennent dans quelques-unes de leurs parties des développements considérables. Les monochires, les achires et les plagusies offrent plusieurs espèces asiatiques. Si les écheneis, naucrateet remorase trouvent à peu près dans toutes les mers, on ne rencontre guère que dans celles qui baignent l'Inde l’écheneis bicolore. Il n'en est pas de même de la grande famille des anguilliformes. Le nombre des espèces des mers d'Asie est considérable, et les récifs des iles nombreuses de l'archipel des Indes en recèlent dont la livrée affecte toutes les couleurs. Telles sont les espèces d'ophisures, de murénophis, de synbranches, l'alabès, le leptocéphale et l'ophidium blacodes, tandis que la mer Rouge nourrit l'ophidium barbatum.

Jusqu'ici nous n'avons remarqué que des poissons appartenant à des genres répandus dans d’autres mers ou rarement à quelques-uns qui seraient exclusifs à l'Asie. Il n'en est pas de même dans les acanthoptérÿgiens. Ceux-ci, et plus nombreux et plus variés, nous présentent à la fois un grand nombre d'espèces et de genres particuliers, suivant les bassins que nous avons indiqués.

Dans la mer des Indes habite la ceinture électrique (érichiurus tndicus), plusieurs blennies, entre autres le salarias quadripennis et l’opistognathe de Sonnerat : sur les rives de toutes les Moluques et des terres d'Asie plus à l'est, telles que les iles des Papous et de la Nouvelle-frlande, le périophtalme déploie les mœurs singulières qu'il a recues en partage, nage ou saute sur les rochers, rampe sur les grèves, et passe indifféremment

de l’eau salée dans l’eau douce, en dressant verticalement ses yeux en télescopes mobiles. Ce poisson, mentionné par quelques navigateurs, et notamment par le savant Commerson, sous le nom de blennie sauteur, simule, à sy méprendre, sur le sol, un petit saurien qui cherche à saisir sa proie. Deux sillago, à chair délicate et estimée, sont l’objet d'une pêche active sur les côtes du Malabar, et les mêmes mers sont fréquentées par les callionymes, dont les nageoires sont à rayons très-développés.

La grande famille des Labroïdes semble avoir été créée pour les climats chauds. Les espèces sont peu nombreuses dans le Nord : elles s'accroissent sur les côtes plus méridionales de l'Europe, mais elles se multiplient prodigieusement sous lequateur, en revêtant les plus brillantes livrées. C'est ainsi qu'il serait fastidieux de dresser une liste des espèces qui, sous Île nom de labres, de girelles, de crénilabres, habitent la mer des Indes et celle des côtes d'Asie. Mais parmi ces poissons propres aux eaux échauffées par le soleil de l'équateur sont les filous et les gomphoses. Enfin des chromis et de nombreux scares viennent s'adjoindre aux précédents. Le genre labrax, réduit à une seule espèce, est propre à la presqu'ile du Kamtschatka.

Les perches ne sont pas moins multipliées au milieu des terres morcelées de la Polynésie, dans les canaux étroits qui les séparent; et c'est ainsi que les spares, la dorade, si célébrée par les navigateurs, et surtout les lutjans, les serrans, les canthères et les cirrhites, y comptent des variétés nombreuses et infinies. Le diacope, parmi quelques espèces indiennes qu'il renferme, présente surtout le beau poisson nommé 7nacolor par Renard, qui vit dans les mers des Indes et dans les eaux de la Nouvelle-Guinée. C'est ainsi qu'on y remarque encore des scolopsis, des grammites, des diagrammes, de nombreuses

scorpènes, des synancées. Quant au genre pterois, renfermant

deux espèces, les scorpènes volante et à antennes, il est propre aux eaux douces des Moluques.

L'Inde nous procure plus particulièrement l’athérine shama de Forskal, des sphyrènes, et sept à huit surmulets, entr'autres l'oriflamme, et un égal nombre de muges, répandus dans les mers Rouge et de Chine, ou de la Polynésie. Il en est de méme des sciènes et des otolithes de M. Cuvier.

Plusieurs trigles existent dans les mers des Indes, ainsi que des pirabèbes; mais le céphalacante spiranella est propre à l'Asie, et le monocentris carinata aux mers du Japon. Les côtes du Coromandel, ainsi que la mer Rouge, sont la patrie du platycéphale insidieux, qui, dit-on, se cache dans les sables et reste en embuscade pour atteindre sa proie plus surement. Au milieu des îles de la Sonde et de la presqu'ile de Malak vivent aussi des batracoïdes et de nombreux chironectes, si singuliers et si hideux par leurs formes.

Les scombéroïdes qui fournissent à nos côtes de la Méditerranée les éléments d’un grand commerce, ne sont pas moins avantageux dans les archipels d'Asie, où les espèces nombreuses et recherchées; sont l’objet de pêches considérables principalement de la part des Malais. Ces poissons voraces, qu'on pourrait appeler chasseurs, vivant par troupes dans les grandes solitudes des océans Atlantique et Pacifique, fréquentent aussi les baies profondes de l'Asie ou les canaux de la mer polynésienne. Quelques espèces, telles que la bonite, sont à peu près également réparties autour du globe, entre les tropiques ; mais d'autres plus petites, et qui semblent remplacer les maquereaux d'Europe, par la taille comme par la qualité, sont exclusivement limitées sur les côtes brulantes d'Amboine, de Céram et de la Papuasie.

Les caranx, le zeus gallus, le méné, les voiliers, les coryphènes, l'oligopode (coryphæna velifera, Pallas), ont de nombreuses espèces dans la mer des Indes. Il en est de même des sidjans,

qu'on retrouve dans la mer Rouge, et des aspisures et des prionures, essentiellement propres aux contrées équatoriales de l'Asie, ainsi que les licornes de mer ou nasons. Mais c'est surtout la grande famille des squammipennes qui est visiblement organisée pour les climats équatoriaux: c'est principalement entre les tropiques que leurs tribus sont répandues à profusion; c'est dans les mers des Antilles et de la Polynésie, des Indes et d'Afrique, qu'elles apparaissent en plus grand nombre. La famille des chétodons, composée d'espèces à l'infini, est prodigieusement multipliée au milieu des archipels d'Orient. Rivalisant par leurs brillantes couleurs avec ce que le règne végétal ou même les oiseaux ont de plus somptueux, les chétodons affectent tous les tons de la palette, et reflètent mille teintes au milieu des brillants récifs qu'ils habitent et qu'ils animent. Quel singulier assemblage de couleurs, en effet , répandu sur ces chelmons, ces holacanthes, ces acanthopodes, et quelle délicatesse dans les chairs de cet osphromène gourami, transporté des eaux douces de Java dans plusieurs contrées des Indes orientales et occidentales ! Des genres entierement indiens nous apparaissent dans les trichopodes, les temnodons, les toxotes, les anabas, les kurtes, les plectorhynques, et dans la plupart des glyphysodons et des pomacentres, etc. Cette tribu nous offre encore, dans les mers chaudes des iles d'Asie, ces poissons qui sont l’ornement de leur classe, comme le sont les oiseaux de paradis par rapport aux autres volatiles, tant leur livrée a de magnificence; tels sont les chevaliers et les poissons de paradis, dont les nageoires se découpent en longs filaments délicats et gracieux.

Enfin, la petite famille anomale des bouches en flute est répandue depuis l'ile de France jusqu'aux Moluques orientales, et possède des fistulaires, l’'aulostome des mers de Chine, et les

amphisiles à corps cuirassé, de l'océan Indien. Voyage de la Coquille. — Z. Tom. II, Partie 1. II

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