‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 26 sur 355 · T'ABLEAU DE LA FAMILLE DES SQUALES · texte numérisé non relu

T'ABLEAU DE LA FAMILLE DES SQUALES

Artédi a le premier appliqué à son genre Squalus un nom que les anciens donnaient à une espèce de la Méditerranée, sans qu'on puisse savoir à laquelle. Ces squales devenus très-nombreux aujourd'hui forment une famille naturelle distincte de poissons cartilagineux ou chondroptérygiens à branchies fixes, les sélaciens du Règne animal de M. Cuvier. M. Duméril fait des squales le type de sa famille des plagiostomes, quil caractérise de cette manière : Poissons cartilagineux sans opercules ni membranes des branchies, à quatre nageoires latérales, à bouche large, située en travers sous le museau.

Les squales, dit M. Cuvier, constituent un grand genre qui se distingue par un corps allongé, une grosse queue charnue, des pectorales de médiocre grandeur, en sorte que leur forme générale les rapproche des poissons ordinaires : les ouvertures des branchies se trouvent ainsi répondre aux côtés du cou, et non au-dessous du corps. Leurs yeux sont également placés sur les parties latérales de la tête. Leur museau est soutenu par trois branches cartilagineuses qui tiennent à la partie antérieure du crane.

La plupart des squales sont vivipares; quelques-uns émettent des œufs dont l'enveloppe est cornée. Ce sont les poissons les plus voraces des mers; leur appétit glouton leur fait rechercher avec avidité les proies vivantes. Leurs dimensions deviennent considérables , et ce n'est qu'accidentellement qu'on peut citer quelques espèces de petite taille; leurs tribus nombreu-

ses et rapaces sont répandues dans toutes les mers, et quelques-uns de ces poissons ont acquis une grand célébrité dans les relations des voyages nautiques. Leur chair dure et coriace n’est point un aliment agréable; cependant on fait sur nos côtes une grande Consommation des jeunes individus de quelques espèces connues sous le nom de chiens de mer. Leurs dents, qu'on trouve en grand nombre à l'état fossile, sont nommées glossopètres et indiquent que des individus d’une taille gigantesque existaient autrefois.

1* Sous-genre : RoussETTE, Scyllium, Cuv.

Museau court et obtus; narines percées près de la bouche, continuées en un sillon qui règne jusqu'au bord de la lèvre, et plus ou moins fermées par un ou deux lobules cutanés. Dents munies d'une pointe au milieu et de deux plus petites sur les côtés ; des évents ; une nageoire anale; dorsales très-déjetées en arrière, la première n'étant jamais placée plus en avant que les ventrales; caudale allongée, non fourchue, tronquée au bout ; ouvertures des branchies situées en partie au-dessus des pectorales.

Les espèces indigènes ont l’anale répondant à l'intervalle des deux dorsales ; d'autres, étrangères, ont cette même anale correspondant à la deuxième dorsale. La cinquième ouverture branchiale est souvent cachée dans la quatrième, et les lobules des narines sont communément prolongés en barbillons. Scylium est le nom que les roussettes portaient chez les Grecs.

Les espèces de roussettes sont : la grande roussette, squalus canicula , L.; Bloch, pl. CXIV ; Lacép., t. I, pl. X, fig. 1; le rochier, squalus catulus et stellaris, L.; Lacép., t. I, pl. IX, fig. 2; le squale d'Edwards, Edw., pl. CCLXXXIX, squalus africanus ? de Broussonnet ; le squale dentelé, squalus tubercu-

latus, Schn.; Lacép., t I, pl. IX, fig. 1; le squalus Blochir, sg. canicula, Bloch., pl. CXIT.

Risso, dans l'Histoire des poissons de Nice, t. IIE, p. 116, admet trois espèces qui sont les scyllium stellaris, caniculus et Artedi. Cette dernière roussette est nouvelle ou du moins était inédite en 1812, époque où sa description fut insérée dans les Mémoires de l'Institut. Otto la décrivit sous le nom de squalus prionurus. L'Artedé à le corps d'un gris rougeûtre, varié de taches argentées, et sa nageoire dorsale est épineuse à son extrémité. Ce poisson est le /ambarda des habitants de Nice, et n’acquiert point de dimensions au-delà de cinq livres.

Les roussettes pondent, plusieurs fois dans l'année et dans les fucus, des œufs arrondis qui varient en couleur et méme en formes. Leur chair est peu délicate et par suite peu estimée.

2° Sous-genre : REQUIN, Carcharias, Cuv.

Dents tranchantes, pointues, et le plus souvent dentelées sur les bords; première dorsale bien avant les ventrales, et la deuxième à peu près vis-à-vis l’anale : des évents très-petits ; museau déprimé, ayant les narines à sa partie moyenne; dernières ouvertures des branchies atteignant les pectorales.

Les requins forment une nombreuse tribu dont les mœurs carnassières et féroces ont rendu son nom depuis long-temps célèbre. Les Grecs appelaient carcharias une espèce de lamie, et le nom de requin vient du latin requiem , que les anciens navigateurs appliquaient indistinctement à plusieurs espèces, parce que leur voracité leur semblait telle, qu'un homme tombé à la mer n'avait plus qu'à recommander son ame à Dieu, lorsqu'il était en vue des requins. Les Grecs connurent ces grands squales et confondirent beaucoup de leurs mœurs dans l'histoire qu'ils donnèrent du dauphin. Les requins sont donc des poissons d'une force considérable, d'une grande taille, dont la gloutonnerie

et la voracité, servies par des dents disposées en quatre et cinq rangées, les rendent redoutables par la manière dont elles sont aiguisées. Ce sont les tigres de la mer, et les hommes qu'ils ont dévorés attestent leur brutal appétit ; ils ne dédaignent point de suivre les navires et de recueillir les cadavres des individus expirés par suite de maladie, qu'on jette dans le sein de l'éternité, et dont le tombeau est le plus souvent dans l'estomac de ces animaux. Les navires négriers, chargés et encombrés d'esclaves, et à bord desquels la mortalité est par conséquent considérable, sont, dit-on, suivis par eux. Toutefois les requins ne nagent point avec vélocité, et même, par une sage précaution de la nature, ils ne peuvent saisir leur proie qu'en se renversant, ce qui permet, lorsqu'elle estagile, qu'elle puisse se soustraire à leurs dents meurtrières. Quant à leur odorat, qu'on dit ètre très-développé, nous croyons que ce sens est obtus, car ces poissons sont aisément pris à des crocs en fer amorcés d'un morceau de lard, qu'ils saisissent avec voracité, et sur lequel ils se dirigent plutôt à l'aide de la vue et obliquement. Les requins fréquentent les attérages, et rarement on les rencontre dans la haute mer. Cependant, entre les tropiques, ils s'éloignent assez de toute la terre. Dans les baies ils vivent par troupes, attirées par les mêmes appétits, bien que leurs habitudes soient solitaires. Leur génération est habituellement de deux petits vivants, contenus dans deux cornes allongées de la matrice. Leur chair est dure, indigeste et coriace. L'huile qu'on retire de leur foie est fort douce, et leur peau est employée dans les arts. Les œufs des femelles ne sont point pondus à l'extérieur, mais se développent dans l'intérieur même de l'animal.

Les requins, surtout les espèces des climats chauds, sont ordinairement accompagnés par des poissons nommés rémora, et par ceux qu'on appelle pilotes. Commerson, dans ses manuscrits, s'est exprimé ainsi sur ces pilotes :

« J'ai toujours regardé comme une fable ce qu'on racontait des pilotes du requin. Convaincu par mes propres yeux, je n’en puis plus douter. Mais quel est l'intérêt qu'ont ces deux poissons à le suivre? L'on comprend assez aisément que quelques parcelles de la proie, échappées au requin, peuvent fort bien être l'attrait du petit pilote qui en fait son profit. Mais on ne devine pas pourquoi le requin, qui est le poisson le plus vorace, ne cherche pas à engloutir ce parasite qui est rarement seul : J'en ai vu fort souvent cinq ou six autour du nez du requin. Le pilote lui serait-il donc de quelque utilité? verrait-il plus loin que lui? l’avertirait-il de s'approcher de sa proie ? serait-il véritablement un espion à gages, ou seulement un faible petit poisson qui navigue sous la protection d'un fort pour n'avoir rien à craindre de ses ennemis. J'ai remarqué assez souvent que quand on jetait l'émérillon , le pilote allait reconnaitre même le lard, et revenait tout aussitôt au requin, qui ne tardait pas d'y aller lui-même. Quand le requin est pris, ses pilotes le suivent jusqu'à ce qu'on le hale. Alors ils s'enfuient, et s'il n’y a pas d'autre requin qu'ils puissent aller joindre, on les voit passer en poupe du navire, où ils se maintiennent souvent plusieurs jours, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé fortune.»

Les principales espèces de requins sont : le requin proprement dit, squalus carcharias, L., figuré sous le nom de canis carcharias par Bélon, dans son traité de aquatilibus, pl. LVII et planche XL; le lamia, carcharias lamia, Risso, t. LIT, p: 110, figuré par Rondelet, pl. CCCV, et par Blainville, Faune franc., p. 88, pl. XIX ; le renard, carcharias vulpes, Rond., pl. CCCLXXX VIT, Risso, t. 4, p. 120; le Rondelet, carcharias Rondeleti, Risso, t. 3, p. 120 ; le requin féroce , carcharias ferox, Risso, t. 3, p. 122 ; le squalus ustus de Duméril, ou squalus carcharias, minor de Forskal et de Lacép., t. r, pl. VILL, fr; le squale glauque, Lacép., t. I, pl. IX, £. 1 ; le bleu, squalus

ZOOLOGIE. 87 glaucus, Bloch, pl. LXXXVI; le squalus ciliaris, Schneiïd., pl XXXI; le squalus malanopterus , Quoy et Gaimard , Zool. de l'Uranie, pl. XLIIT; le squalus maou, Lesson, pl. I", etc., etc. senre milandre de Cuvier;

le squalus obscurus , Lesueur ; le squalus littoralis , Lesueur.

Le squalus galeus , L., type du sous-

3° Sous-genre : Lamre, Lamna, Cuv.; Lamia, Passo.

Museau pyramidal, narines situées à sa base; dents aiguës, tranchantes ; trous des branchies placés en avant des pectorales ; évents tres-petits.

On ne connait que deux espèces, l’une dont Rafinesque a fait le type de son ésurus oxyrhynchus, moyen squale de la Méditerranée connu de Galien, et dont les Latins estimaient la chair. C'est le squalus cornubicus de Schneider et de Lacépède, t. 1, pl. XI, £ 3; l’autre, est le squalus monensts de Shaw.

4° Sous-genre : MarrEAU, Zy2æna, Cuv.

Corps de la forme de celui des requins; tête aplatie, dilatée sur les côtés, tronquée en avant, se prolongeant en branches qui la font ressembler à un marteau ; les yeux sont aux extrémités des branches, et les narines sur leur bord antérieur.

Les espèces bien distinctes sont : le marteau commun, zygæna malleus, squalus zygœna de Linné, Valenc. Mus.; le zygæna Blochii, Cuv.; Bloch, pl. CX VIT ; le pantouflier, zygæna tudes, Lacép., t. 1, pl. VIT, f. 3; Risso, t. 3, p. 126; le tiburon, squalus tiburo , L., décrit par Marcgrave, 181. Les Grecs donnaient à ces poissons le nom de zygæna, les Latins celui de Zbella qu'on trouve cité dans Bélon, p. 61.

5° Sous-genre : Emissore, Mustelus , Cuv.

Formes corporelles des requins; dents en petits pavés.

Les espèces de ce sous-genre sont: le lentillat, mustelus stellatus, Risso, t. 3, p. 126; le lisse, mnustelus lævis, Risso, t. 3, p. 127; le ponctué, mustelus punctulatus , Risso, t. 3, p. 128.

6° Sous-genre : Griser, Notidanus , Cuv.

Corps allongé, renflé , très-aplati en arrière; six ouvertures branchiales de chaque côté; dents en pyramides renverséss, dentées en scie sur leur tranchant; une seule nageoire dorsale.

On y range les : griset Monge, notidanus Monge, Risso, t. 3, p- 129. Le griset, squalus griseus, L. Le nom de notidanus, tiré du grec, signifie dos sec, et se trouve employé par le poète Athénée.

7° Sous-genre : Pécerin, Selache , Cuv.

Fentes des branchies entourant presque le cou; dents petites, coniques et sans dentelures.

Les pélerins sont les plus gigantesques des squales : leurs habitudes sont lourdes et nullement empreintes de la férocité naturelle aux requins. Le type de ce sous-genre est le squalus mazximus que M.de Blainville a figuré et décrit dansles annales du Muséum , t. 18, pl. VI, f. 1, et dont on possède la peau montée au Cabinet du Jardin du roi. Lesueur a publié dans le deuxième volume du Journal de l’Académie des Sciences naturelles de Philadelphie, page 343, la gravure d'une deuxième espèce de pélerin qu'il nomme squalus elephas, et qui diffère principalement du selache maximum par la forme des dents qui , au lieu d’être coniques, sont comprimées.

genre rapporter les squalus Spallanzant de Péron et Lesueur , et le squalus Cuvier, l'un et l'autre des côtes de la Nouvelle-Hollande, et décrits dans l'ouvrage cité.

Nous ne savons à quel soUs-

ZOOLOGTE.

[we] ©

8° Sous-genre : CESTRACION, Cestracion, Cuv.

Évents, anale, dents en pavé comme chez les émissoles ; une épine en avant de chaque dorsale comme aux aiguillats; màchoires pointues avancées sous le museau, et garnies au milieu de dents petites, pointues, et vers les angles de dents fort larges et rhomboïdales.

On ne connait qu'une espèce de ce sous-genre vivant dans les baies de la Nouvelle-Galles du Sud, où l'observa Philipp qui l'a dessinée pl. CCLXX XIII de son itinéraire. Nous l'avons figurée pl. 2 de notre atlas, et décrit avec détails quelques pages plus bas. C'est le cestracion Philippit, dont on trouve des dents fossiles en plusieurs parties de l'Europe.

9° Sous-genre : SOMNIOSE, Somnniosus, LESUEUR.

Point d'évents; point de nâgeoire anale; cinq petites ouvertures branchiales , voisines des nageoires pectorales; nageoires toutes très-petites ; la dorsale sans épines ; la caudale semblable à celle des aiguillats.

La seule espèce connue est le somniosus brevipinna de Lesueur, ayant une ligne latérale noire ondulée sur la tête, et marquée dans sa longueur de petites lignes transversales; la queue large, échancrée; la première dorsale, placée entre les pectorales et l'anale; la deuxième un peu plus éloignée de la ventrale, et toutes les deux proche la queue. Le corps est en entier d'un gris pale parfois plus foncé sur le dos. La peau est rude, hérissée d'aspérités ponctuées, triangulaires, recourbées et striées. Ce squale, rare sur les côtes de la province de Massachussets, y est nommé rurse ou sleeper. Ses habitudes sont paresseuses, et de la découle son nom de s/eeper ou de dormeur.

Voyage de la Coquille, — Z. Tom. II, Part. I. 12

10° Sous-genre : AIGUILLAT, Spinax, Cuv.; Acanthias, Risso.

Dents petites, tranchantes ; un aiguillon avant les nageoires dorsales ; point d'anale; des évents assez marqués.

Les aiguillats sont les squalus acanthias, Bloch, pl. LXXX V ; Risso, t. 3, p. 131; le sagre, squalus spinax, L.; Risso, t. 3, p- 132; l'acanthia de Blainville, Risso, t. 3, p. 133.

11° Sous-genre: CENTRINE, HUMANTIN ; Centrina , Cuv.

Corps prismatique; dents supérieures grêles, pointues; les inférieures tranchantes ; un aiguillon sur le devant des dorsales ; la queue courte.

L'espèce principale est le squalus centrina , I. ; Bloch, pl. CXV, qui parait étre lecentrina Salviant de Risso, t. IT, p.135; le squalus squammosus de Gmelin parait appartenir à ce sousgenre.

12° Sous-genre : LeicHe, Scymnus , Cuv.

Corps svelte, allongé, tuberculé ; dents aiguës, pyramidales, tranchantes et dentelées ; queue courte.

Le type de ce sous-genre est la leiche ou liche, squalus americanus , des mers d'Europe, ce nom d'americanus donné par Broussonet étant le résultat d’une erreur. On doit y ajouter le squalus carcharias de Gunner et de Fabricius; le squalus spinosus de Schneider. Risso a décrit sous le nom de scymnus spinosus l'espèce commune, et y ajoute le scymnus nicæensts,

Risso, t. IE, p. 137, et le scymnus rostratus, Risso, t. ILE, p. 158.

13" Sous-genre: SQUATINE, ANGE, Squatina, DumÉrir ; CüuviEr.

Corps déprimé ; bouche à l'extrémité d’un museau arrondi, plus large que le tronc; ouvertures branchiales presque laté-

ZOOLOGIE. g1

rales; dents aiguës ; deux nageoires dorsales en arrière des ventrales ; les pectorales larges et échancrées.

Les anciens connaissaient sous le nom de squatina le poisson qui sert de type à ce genre. C'était le Rhyna des Grecs; le squaro des Italiens. On en trouve une figure dans Bélon, p. 78, de aquatilibus. L'angelot ou l'ange est le squatina lœvis de Cuvier, le squalus squatina de Linné. Bloch en a donné une figure pl. CXVI; c'est le squatina angelus de Risso , t. 3, p. 139. La chair de ce poisson est peu estimée; elle est blanchätre et sans goût. ;

Lesueur a figuré et décrit dans le deuxième volume des Mémoires de la Société de Philadelphie, p. 225 et pl. X, une belle espèce des mers des États-Unis, qu'il a nommée squatina Dumeril.

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