ZOOLOGIE. 165 46. BONITE DE L'OCÉAN ATLANTIQUE
Thynnus atlanticus, Less.
Pect. 35; 1° dorsale 14 ép.; 2° dorsale 8 ray; fausses dorsales 9; catopes 9; anale 8; fausses anales 8; caudale 24.
Cette bonite a 28 pouces de longueur totale sur 8 pouces de hauteur dans le plus épais du corps à son milieu, et sur 1 pouce seulement à la queue. La nageoire pectorale, étroite, falciforme, a 6 pouces. Les catopes, première et deuxième dorsales et première anale, ont 3 pouces de hauteur. La queue, formée de deux lobes aigus, étroits, à bords presque rectilignes, a 10 pouces d'une extrémité à l'autre. L'œil est grand, arrondi, mesurant 18 lignes de diamètre. La tète du museau au bord de l'opercule à 7 pouces.
Tout le corps est revêtu d’écailles petites et peu apparentes. La tête est lisse, métallisée. La bouche, obliquement fendue, est’ garnie de dents grèles et acérées. Le front est bleu, mais les joues et les opercules, dont les bords sont très-entiers, sont argentés. L'œil est cerclé d'aurore. La première dorsale, à premier rayon élevé, s’abaisse graduellement et sans saccade. La deuxième dorsale est haute, pointue, étroite. Les fausses nageoires sont petites, triangulaires. La pectorale parait très-longue. Les catopes sont élargies, à rayons anastomosés. L'anale est placée au-dessous de la deuxième dorsale, et de même forme. La queue robuste, énergique, est étroite et en croissant peu sensible. Une épaisse carène en occupe les côtés.
En vie, ce poisson jouit des teintes les plus riches qu'on puisse imaginer; mais à peine est-il tiré de l'eau qu'elles s'évanouissent pour ne plus reparaitre. Son corps est en dessus d'un bleu-noir foncé et luisant comme de l'acier poli. Une large bande de cuivre rouge doré vient de l'œil, suit un instant la
courbe de la ligne latérale, et va se perdre sur les côtés du corps, au point où il s'amincit. Les flancs et le ventre sont couverts d'argent brillant, mais sous lequel apparaissent des reflets bleus et émeraudes dus à la nature des téguments, reflets qui simulent parfois des ondulations. Toutes les nageoïres sont bleu ardoisé.
Nous primes cette bonite non loin des Martin-Was et de l'ile de la Trinité. Nos lignes, amorcées de flocons de laine, touchaient à peine la mer, que ces scombres s'y Jetaient avec une rare gloutonnerie. Leur nager rapide et puissant les maintient quelquefois plusieurs jours de suite dans le sillage des vaisseaux, et on les voit passer de l'avant, revenir en arrière, franchir de grands espaces en s'élançant hors de l'eau, en un mot, imiter quelques-unes des habitudes des dauphins. Tous les individus que nous primes pesaient 8 livres tout vidés. Leur chair est substantielle, sa teinte est jaunâtre; mais elle exige de la part de l'estomac une puissance de digestion qui fatigue bientôt ceux qui s’en nourrissent, lors mème qu'ils sont privés d'aliments frais. Avant d'expirer l'animal pousse un cri sourd et plaintif, très-distinct, et c'est avec une grande énergie qu'il frappe avec sa queue la surface sur laquelle il est déposé.