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BONITE DES NAVIGATEURS

Thynnus vagans, Less.

(PI XXXII, 1/2 g. n.)

Layé, dans la langue des insulaires d'O-Taïti. Less., Dict. class. d'hist. nat., t. XV, p. 278.

Pect. 26; 1° dorsale 15 ép.; 2° dorsale 10 ray.; fauss. nag. dorsales 8; catopes 7;

anale 11; fauss. nag. anales 7; caudale 30. ”

Il est peu de poissons aussi mal caractérisés dans les auteurs que les scombres du sous-genre thynnus. Tout ce qu'on en dit est si vague, si incomplet, qu'on ne peut fixer son opinion sur des espèces réelles dans la nature, mais confondues entre elles sous le même nom. Nous n'essaierons pas de débrouiller leur synonymie ; il nous suffira de décrire minutieusement la bonite des navigateurs, notre {hynnus vagans, bien distincte de la bonite de la Méditerranée, et identique peut-être avec la pélamide figurée pl. IV, fig. x de l’atlas de Bory de Saint-Vincent.

C'est au milieu du grand Océan équinoxial, près de l'archipel Dangereux, et dans les mers qui baignent O-Taiti, que nous primes un grand nombre d'individus de cette espèce. Ces poissons semblent errer par troupes dans les grands espaces de

ZOOLOGTITE. 103 mers où ils chassent les inoffensifs exocets et les poulpes qui servent principalement à leur nourriture. |

La thynnus vagans a donc communément 19 pouces de longueur totale, sur une hauteur de 6 pouces au milieu du corps, de 7 lignes à la naissance de la queue, de { pouces et demi au niveau de lopercule, et de 2 pouces et demi sur la ligne de l'œil. Son poids total, débarrassé des viscères abdominaux, est de 4 livres et demie. Le corps est rond, fusiforme, très-puissamment musculaire. La tête a de longueur totale, du bout du museau au bord de l'opercule, 5 pouces et demi. La queue, formée de deux lobes étroits, profondément fourchue, a 5 pouces de l’extrémité supérieure à l'inférieure. La première dorsale commence à 6 pouces de la bouche; elle à 2 pouces 9 lignes d’élévation. La pectorale est à 12 pouces de la queue, l'anale à 5 pouces, la deuxième dorsale à 6; l'œil est distant de 2 pouces du bout du museau.

Ce poisson a les parties supérieures et latérales bleuâtres ou acier bruni, ayant dans l’eau des reflets de cuivre de rosette chatoyants et irisés. Les joues, les flancs et toutes les parties inférieures sont argentées et brillantes. 5 raies brunâtres longitudinales, régulièrement espacées, se dessinent sur le blanc d'argent des flancs. L'œil est nacré. Toutes les nageoires sans exception sont bleu noiratre, mais cependant les rebords de la queue et des fausses nageoires sont blancs. Les écailles qui recouvrent le corps sont petites, régulièrement arrondies et imbriquées, mais peu apparentes, tant elles sont serrées sur un derme épais. La tête est parfaitement lisse, très-luisante.

La bonite a les chairs fermes, blanchâtres, sèches et compactes, dont lirritabilité est encore très-vive plus de six heures après la mort. Dans la nuit elle est souvent très-phosphorescente, ou plutôt cette phosphorescence est-elle due à l'eau qu'elle déplace par sa natation rapide? Les viscères abdominaux

n'occupent qu'un espace resserré sous le corps. La nageoire dorsale peut être cachée en totalité dans une rainure profonde du dos.

Sa dorsale épineuse, à premier rayon très-long, s'abaisse au cinquième et diminue graduellement de hauteur. La pectorale est tres-étroite et très-aiguë. Les catopes placées au-dessous de la pectorale sont oblongues, pointues et dilatées. La bouche est petite, fendue obliquement. Son palais est d'un noir profond. Les mächoires sont armées de dents petites et acérées. La ligne latérale nait au bord de l’opercule, devient convexe, puis se coude vivement aux deux tiers du corps pour devenir horizontale, suivre la ligne moyenne et s'unir à la carène latérale de la queue.

La chair de ce poisson devient fréquemment vénéneuse; et ce fait, que Forster mentionna le premier, se renouvela dans l'expédition de la Cogurlle. Après avoir mangé de l'individu qui a servi de type à la figure que nous avons donnée d'après nos dessins, plusieurs officiers, ainsi que nous, éprouverent des symptômes d'empoisonnement. Toute la surface du corps devint d'un rouge d'écrevisse. Îl s’y joignit des défaillances, des bouffées de chaleur, des coliques, et enfin une diarrhée et des sueurs qui arrétèrent les effets de l'intoxication.

Les bonites sont de tous les poissons ceux qui nourrissent le plus substantiellement. Les Malais se livrent à leur peche, et les préparent comme on Îe fait sur les côtes de la Méditerranée du thon ordinaire. Leur chair se décompose très-rapidement, et les Indiens la désignent, par analogie, sous le nom de bœuf de mer. Cette bonite, comme tous les scombres du genre thon, s'élance hors de l'eau par un bond puissant en décrivant une parabole. On la pèche avec des lignes amorcées par un flocon de laine, ou avec un poisson volant simulé avec du liége peint en blanc.

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