COESIO TILÉ
CϾsio trile.
Tilé, dans la langue des insulaires des Carolines. Cœsio tile, Cuv., Poiss., t. VI, p. 428.
P'25;d #5; cat ad; 17
Ce cœsio, que nous avons découvert au milieu des archipels des Carolines, a été décrit d’une manière si détaillée et si complète dans le tome VI de l'Histoire naturelle des poissons publiée en 1830, par M. Cuvier, que nous nous bornons à copier ce que ce savant en dit :
« Son corps en fuseau rappelle un peu les proportions d'un petit maquereau; seulement sa queue n'est pas si mince et na aucune crête latérale; ses grandes écailles empêchent d'ailleurs que l’on ne songe à le placer dans la même famille. Sa hauteur au milieu est cinq fois dans sa longueur totale, la caudale comprise, qui y est cinq fois et demie; la tête y est quatre fois et demie. L'épaisseur du corps est des deux tiers de sa hauteur. La hauteur, de la tête à la nuque, est des trois quarts de sa longueur; elle est transversalement arrondie en dessus, et la ligne du profil se continue du dos au bout du museau, presque sans sinfléchir. Celle de la gorge se courbe un peu plus pour aboutir au même point. L'œil occupe le second quart de la longueur
de la tête, et est un peu au-dessus du milieu de la hauteur. Son diamètre est d'un peu plus du quart de la longueur de la tête; l'orbite a un rebord membraneux, mais égal et circulaire, qui recouvre environ un cinquième de sa largeur. Il y a d’un œil à l'autre un diamètre et demi. Les orifices de la narine sont deux petits trous placés, le postérieur, au droit du bord antérieur de l'orbite, mais plus près du profil; l'antérieur, sur la même ligne, au tiers de la distance, entre le précédent et le bout du museau. La bouche est très-petite; sa fente ne prend pas moitié de l'intervalle entre le bout du museau et l'œil. L'intermaxillaire est mince et a une petite membrane qui, vers son extrémité latérale, s'élargit un peu et pose sur le bord antérieur du maxillaire. Lors de la rétraction, la mâchoire inférieure est parabolique et a les branches peu élevées ; il n’y a qu'une rangée de dents à chaque mâchoire, toutes très-petites; les supérieures coniques au nombre de douze ou quinze de chaque côté; les inférieures à peine visibles, même à la loupe, tant elles sortent peu de la gencive. Le palais n'en a aucune non plus que la langue, qui est lisse, pointue, très-mince, à bords tranchants et assez libres. Les mâchoires, le sous-orbitaire, le tour et l'intervalle des yeux n'ont pas d’écailles; mais la joue en est garnie. Le limbe du préopercule n'a point de rebord antérieur, et ne se distingue de la joue que parce qu'il n'a point d'écailles. Les bords de cet os ont de petites stries trèscourtes, mais on ne peut pas dire qu'ils soient dentelés. L'angle qu'ils font ensemble est moindre qu'un droit, mais la pointe en est arrondie. L'interopercule marche le long du bord inférieur, s'élargissant un peu en arrière. L'opercule a, en hauteur, le double de sa longueur et se termine en angle obtus. Le sous-opercule est étroit et monte obliquement le long du bord inférieur de l’opercule. L'ouïe est fendue jusque sous l'œil. La membrane branchiostége est en partie découverte : elle embrasse l’isthme en
avant et contient six rayons. Les branchies sont fendues chacune en deux séries de lames, et il y a à l’opercule une demibranchie. Les râtelures du premier arceau sont longues et serrées; les suivantes n'en ont que de courtes. L'épaule n'a point d'armure particulière. La pectorale s'attache immédiatement au-dessous du milieu, et obliquement; sa forme est taillée en faux, et sa longueur est du cinquième du total; elle a vingt-trois rayons dont le cinquième est le plus long. Les ventrales s'attachent un peu plus en arrière que les pectorales, et sont dun quart plus courtes et assez pointues. Leur épine est grèle et seulement d'un quart plus courte que leurs rayons mous. Une écaille pointue, de moitié de leur longueur, est placée de chaque côté au-dessus de leur base, et il y en a une impaire semblable entre elles deux. La dorsale commence vis-a-vis le milieu des pectorales. Le premier rayon est trèspetit; les deux suivants, qui sont les plus longs, ont moitié de la hauteur du corps sous eux, ils s'abaissent ensuite jusqu'à n'en avoir plus que le quart; le dernier se rallonge un peu; les onze premiers sont épineux, grèles et pointus; les dix-huit suivants mous, branchus, et leur base est enveloppée de petites écailles. Le nombre de vingt-neuf rayons à la dorsale est supérieur à ce que l'on observe dans le reste du genre, où l’on n'en compte généralement que vingt-quatre. L’anus est au milieu de la longueur totale, la caudale comprise. L'anale répond à la moitié postérieure de la caudale, et est de mème hauteur et de même forme que cette dernière moitié. Il y a trois épines dont la première est très-petite, et douze rayons mous. Le tronçon de queue, entre les deux nageoires et la caudale, est du dixième à peu près de la longueur totale, et a en hauteur les deux tiers de sa longueur, et en épaisseur la moitié. La caudale, fourchue aux deux tiers, a dix-sept rayons, et quelques petits à ses bords supérieurs et inférieurs.
«Ce poisson est couvert d'écailles presque carrées; le bord externe en arc de cercle; la partie visible finement pointillée. L'éventail à neuf ou dix rayons. Leur nombre est d'environ soixante-quinze de l’ouïe à la caudale, et de dix-huit ou vingt de la dorsale aux ventrales. Il y a des écailles sur la joue et sur l'opercule. Elles s'avancent sur le crane dans un espace en courbe parabolique jusqu’entre les milieux des orbites. Sur la nuque est une impression parallèle à ce bord, et formée par des écailles striées plus profondément que les autres, qui a l'air d'en séparer ainsi une bande coupée en parabole du reste de celle du dos. La ligne latérale est parallèle au dos et à peu près au tiers supérieur, sauf près de la caudale où elle est, comme d'ordinaire, au milieu de [a hauteur; elle se marque par un petit point sur chaque écaille. Le dos et les flancs de ce poisson paraissent d'un bleu d'acier, plus rembruni du côté du dos, plus clair sur les flancs; les bords des écailles tirent à l’argenté. Les joues et toute la partie inférieure sont nacrées. Une bande étroite noiratre, règne depuis le haut de l’ouie en ligne droite jusqu'au lobe supérieur de la caudale, sur le milieu duquel elle se prolonge jusqu'à sa pointe; elle suit la ligne latérale jusque vers le tiers postérieur du tronc, où cette ligne quitte la bande et descend plus bas. Le brun du dos fait qu'il semble y avoir une bande bleue au-dessus, et une en dessous de cette bande noirâtre. Le lobe inférieur de la queue a aussi sur son milieu une bande longitudinale noiratre, mais qui ne s'étend pas sur le corps. La caudale semble ainsi toute bordée de blanchàtre; la pectorale paraït aussi blanchâtre et a dans son aisselle une grande tache noire qui se recourbe vers le bord inférieur de sa base et y forme une petite tache triangulaire de même couleur. Les ventrales paraissent aussi blanchâtres. Nous avons sous les yeux un dessin fait sur le poisson frais, par M. de Ketlitz, qui montre des teintes plus
pures; le dos y est bleu d'acier, tirant au verdâtre, et devient plus clair au-dessus de la bande, laquelle est verte et ne prend une teinte noirâtre que sur le lobe supérieur de la queue. Audessous de la bande verte, tout le long du flanc, règne un beau bleu d'outre-mer. Le ventre est d’un blanc verdâtre. Les nageoires sont plus ou moins rosées, sauf les bandes noires sur les lobes de la queue, et la tache de la base de la pectorale ‘. Notre individu est long de sept pouces. Le foie du cæsio tilé est médiocre et ne se compose presque que d'un seul lobe triangulaire et pointu placé dans le côté gauche du ventre. L'œsophage est assez long ; et sa muqueuse, depuis le fond du gosier jusqu'au cardia, est hérissée de papilles charnues, obtuses et pas très-grosses. Les parois de l'estomac sont plus minces que celles de l'œsophage, et ridées à la surface interne par des plis longitudinaux. L'estomac a la forme d'un petit sac pointu, conique, très-semblable à l'un des cœcums, avec lesquels on pourrait aisément le confondre. La branche montante nait auprès du cardia : elle se renfle en une forte boule beaucoup plus grosse en apparence que l'estomac; mais comme les parois en sont très-épaisses, la cavité de la branche est plus petite que celle de l’estomac. Le pylore, marqué par un étranglement tres-fort, est muni de cinq cœcums courts et assez gros. L'intestin après avoir fait deux replis très-proches l'un de l'autre sur le côté droit de l'estomac, se rend à l'anus. L'individu que nous avons décrit est un mâle dont les laitances n'étaient pas très-développées. La vessie aérienne est grande, terminée en pointe à ses deux extrémités. Ses parois sont fibreuses et épaisses. »
1 Nous trouvons dans nos notes manuscrites prises sur le frais, que le télé des Carolines a le dos du bleu le plus suave, le ventre et les flancs rosés et argentés, l'iris jaune, et deux bandes bleues sur la queue.
Voyage de la Coquille. — Z. Tom. IL. Partic 1. 24