‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 97 sur 355 · ÉLÉGINUS DES MALOUINES · texte numérisé non relu

ÉLÉGINUS DES MALOUINES

Eleginus maclovinus.

QUOTE EE re) Cuve Pos et N/p158 pl CXVE B. 6:p. 22; d. #3; cat. £5 a. 513.

Le nom d'athérine des Malouines que porte notre planche a été gravé sur une note au crayon mise au bas du dessin, pendant une de ces absences que nous faisons chaque année pour le service. Dans ses manuscrits, Commerson, qui a long-temps séjourné aux iles Malouines, parle vaguement d'une grande espèce d'athérine, qu'il confond en un endroit avec un muge, dont il est plusieurs fois question dans le Journal de Bougainville et dans celui de Pernetty, et que ces navigateurs prirent en grande quantité à l'embouchure d'une petite rivière qui se jette dans la baie Française non loin du port Louis. Or, cette petite rivière a recu des géographes le nom de Bougainville , et c'est dans le mème endroit que nous primes des quantités énormes de l’éléginus, jadis si estimé et si précieux aux nouveaux colonistes exportés de France pour défricher ces terres australes.

Les individus de cette espèce recueillis aux Malouines, dont M. Cuvier a fait le type de son genre Æleginus , ont été en partie décomposés par une longue immersion dans un alcool que nous ne pouvions renouveler que rarement. Observés, en effet, en décembre 1822, nous n'avonsrevulesrivages de France qu'en mars 1825, et dans ce laps de temps un vaisseau n'est point un laboratoire commode pour travailler scientifiquement, ou pour conserver avec toutes les ressources qu'on a dans les musées, les objets récoltés rapidement dans de très-

courtes relàches. Souvent enfin, le service médical absorbait tous nos instants, et nos loisirs mêmes étaient remplis par les soins dus à nos compagnons malades.

Le dessin de notre pl. XVITL, fait d'après nature, manque d'exactitude en ce sens que les épines des ventrales et de la nageoire anale, intimement collées aux membranes il est vrai, ne sont pas arrêtées, ni dessinées avec netteté. Sous ce rapport la figure de M. Cuvier est meilleure. Elle représente aussi iwieux la ligne latérale qui est écailleuse. Nous n'avons non plus indiqué que six épines à la première dorsale, bien qu'il y en ait huit.

L'éléginus fréquente par bandes nombreuses l'embouchure de la petite rivière de Bougainville. On en prit plus de quatrevinuts en une seule fois, et certains individus avaient jusqu'à deux pieds et plus de longueur. Sa chair est blanche, lamelleuse, molle et d'un bon goût.

Nous extrairons du travail de M. Cuvier tout ce qu'il dit de ce poisson, dont il décrit avec son exactitude ordinaire les formes génériques et les couleurs.

« Les éléginus sont donc des sciénoïdes à bouche petite, à anale longue, munies de tres-larges pectorales et de ventrales jugulaires. Le maclovinus est de forme allongée. Sa tête est un peu déprimée. Sa hauteur aux pectorales est six fois dans sa longueur totale. Son épaisseur au même endroit n’est que d'un quart moindre que sa hauteur. La longueur de sa tête est du quart de sa longueur totale; sa hauteur est un peu plus de moitié de sa longueur, et sa largeur entre les opercules peu différente de sa hauteur. Le diamètre de l'œil n'est guère que du septième de la longueur de la tête, et il en occupe le troisième septième et le second quart de la hauteur. La bouche ne s'ouvre que jusque sous le milieu de la distance de l'œil au bout du museau ; les mâchoires sont obtuses , garnies d’une

bande étroite de dents en velours ou en fines cardes. Un sous-orbitaire carré cache dans l’état de repos le maxillaire, qui à dans le milieu de son bord supérieur un élargissement considérable. Le bord montant du préopercule est situé à la distance égale de l'œil et de l'extrémité de lopercule. Son angle est arrondi. On ne voit à cet os aucune apparence de dentelure. L'opercule se termine en pointe plate et obtuse. Les deux membranes branchiostéges s'unissent l’une à l’autre, et s'attachent à l’isthme en dessous, vis-à-vis le milieu du bord horizontal du préopercule. Je n'y trouve que six rayons. Il n'y a aucune armure à l'épaule. La pectorale est attachée assez bas, de forme triangulaire, et a vingt-deux rayons. Le troisième et le quatrième sont les plus longs. Le premier, de moitié plus court, est simple comme à l'ordinaire. Une grande partie de sa base est garnie de petites écailles. Les ventrales sont attachées un peu plus en avant que les pectorales, et n'ont qu'un quart de moins en longueur. Leur épine est faible. Celles de la première dorsale au nombre de huit sont aussi très - fables, et les plus grandes, qui sont la deuxième et la troisième , ont à peine moitié de la hauteur du corps sous elles. La deuxième dorsale est un peu plus élevée. On y compte vingt-cinq rayous mous sans épines. L'anale répond à cette seconde dorsale par les dimensions et a vingt-deux rayons mous, mais précédés d’une épine faible. La caudale est carrée, du septième à peu pres de la longueur du corps, et séparée par un espace égal de la dorsale et de l'anale. On y compte une vingtaine de rayons, mais il n'y en a que treize qui puissent être appelés entiers.

« Les écailles sont minces, plus longues que larges, finement marquées de stries concentriques, excepté l'éventail qui a vingt rayons. Il y en a soixante-seize sur une ligne de l’ouie à la caudale, sur laquelle il s'en étend encore de petites. Tout le

ZOOLOGIE. 205 dessus de la tête, la joue et les pièces operculaires en sont garnies; mais i] n y en a point sur les màchoires. La ligne latérale, parallèle au dos et au tiers supérieur en avant, n'a qu'une élevure simple sur chacune de ces écailles.

« Cette description est faite sur un individu long de 13 pouces, assez mal conservé. Nous l'avons complétée au moyen de la figure et des notes que M. Lesson a bien voulu nous communiquer.

« D'après ces notes, l'espèce atteint une taille de deux pieds. La couleur du dos est verdâtre avec une ligne noiïratre au bord de chaque écaille. Le ventre est argenté; les nageoires du dos et de la queue sont d'un vert brun, les autres blanchâtres teintes de rougeätre. Une des particularités anatomiques de cette sciénoïde est de ne pas avoir de vessie aérienne. Son foie est gros, profondément échancré et divisé en deux lobes trièdres et pointus. La vésicule du fiel est oblongue. Le canal cholédoque, allongé, verse la bile dans un des cœcums, qui sont au nombre de quatre, un à gauche de la branche montante de l'estomac, et trois à droite. L'œsophage est long, terminé en un sac arrondi un peu dilaté. La branche montante est étroite et tres-rétrécie au pylore. Le duodénum est large; il remonte entre les lobes du foie, se plie et diminue beaucoup de diametre. L'intestin se porte au delà de l'estomac, s'élargit grandement, et fait alors deux nouveaux replis, puis il se rétrécit assez subitement, et une valvule épaisse ferme cet étranglement. Le rectum débouche droit à l'anus sans aucune dilatation, Les reins sont gros, presque réunis dans toute leur longueur, et volumineux près du cloaque. Ce poisson se nourrit de petits coquillages. »

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