‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 98 sur 355 · PÉLOR A FILAMENTS · texte numérisé non relu

PÉLOR A FILAMENTS

Pelor filamentosum.

(PL XXI, fig. 1, g. n.) Cuv., Poëss., t. IV, p. 428, pl. XCIV.

B. 7; pect. =; d. =; cat. 5 c. 12.

Ce pélor, aussi singulier que bizarre, habite les mers de l'ile Maurice. On en trouve une description complète dans le tome IV des Poissons de M. Cuvier, qui a paru en 1829, et comme elle repose sur les individus, types de notre planche, et que nous avons déposés au Muséum, nous ne pouvons mieux faire que de la reproduire.

«Son corps est allongé, son ventre renflé, son dos élevé au-dessus de sa tête qui est petite, et dont le profil, concave, interrompu par la saillie des-yeux, se renfle pour former la bouche qui le termine.

«La hauteur de son corps aux pectorales, où le dos est le plus haut et le ventre le plus renflé, fait le tiers de sa longueur; mais à l'anus, où l'enflure du ventre n'a plus lieu, elle n’en fait plus que le cinquième. Son épaisseur fait les deux tiers de sa hauteur.

« La longueur de sa tête fait le quart de sa longueur totale. Le crâne est très-court, plus large que long et très-concave entre la nuque et les yeux. Les yeux ont leurs orbites saillants verticalement au-dessus du crâne et du museau. Leur intervalle est lui-même très-saillant, mais moins qu'eux, plus large que long, relevé dans son milieu d'une tubérosité. Une arète osseuse dont la courbe est concave, va de cet intervalle au bout du museau qui se relève beaucoup, et cependant moins que la séparation des yeux à ce bout du museau, plus que double de la

longueur du crane. Cette partie du museau, vue de haut, est aussi large que longue, et, de chaque côté de son arête mitoyenne, elle est creusée en une large concavité dont les bords extérieurs, relevés de quelques tubercules, sont formés par les sous-orbitaires et le préopercule, en sorte qu'il y a un grand espace entre l'œil et les sous-orbitaires, et que le bord inférieur de l'orbite n'est point osseux. Le préopercule a en arrière une pointe obtuse, et l'opercule deux, mais qui paraissent peu au travers de la peau. L'ouverture de la bouche est au bout du museau; l’intermaxillaire en forme le bord supérieur qui est demi-circulaire et vertical. La mâchoire inférieure plane et aussi demi-circulaire, remonte obliquement pour fermer la bouche. Le maxillaire s'élargit à son bord externe et ne peut guère se cacher sous le sous-orbitaire. Des bandes de dents en fin velours ras garnissent les deux mâchoires et le devant du vomer. Mais il n'y en à aucunes aux palatins, ni à la langue, qui est large, triangulaire, assez charnue, et médiocrement libre. Les ouïes sont assez fendues, quoique leur membrane s'attache de chaque côté à l'isthme; elles ont sept rayons dont le dernier est difficile à voir sans dissection. Dans le haut de leur ouverture, une petite production cartilagineuse de l’opercule intercepte une légère échancrure ronde qui à l'air d'un trou particulier, et dont il est possible que le poisson se serve pour respirer quand il ne veut pas entièrement ouvrir ses ouies. La dorsale commence immédiatement à la nuque, c'est-àdire, presque sur les yeux; elle s'étend jusqu'à la caudale. Quinze épines droites, fortes et pointues occupent plus des deux tiers de sa longueur dont le reste est soutenu par huit rayons mous et branchus. Les trois premières de ces épines sont garnies presque jusqu'à la pointe par la membrane, mais les suivantes en sont dégagées pour leurs deux tiers supérieurs qui sont cependant enveloppés de la peau, et cette peau a même sur

chacune d'elles plusieurs de ces lambeaux déchiquetés que l'on voit dans tant de scorpènes. La hauteur de ces épines est à peu près des deux tiers de celles du corps. La partie molle est arrondie et garnie de membranes jusqu'au bout des rayons. La caudale s'arrondit en éventail et a douze rayons. L'anale commence sous la onzième épine et finit comme la dorsale, tout près de la caudale; elle est très-basse et a trois rayons épineux et sept mous entre lesquels la membrane est un peu sueur est COm-

prise trois fois et demie dans celle du corps, et, quand elle

échancrée. La pectorale est fort grande ; sa lon

s'étale, elle est plus large que longue . elle a dix rayons compris dans sa membrane, et il y en a deux libres. Les deux premiers se prolongent en filaments grèles, le neuvième et le dixième ne sont pas branchus; le onzième et le douzième, ou les deux doigts libres, ont en effet la membrane qui les unit aux autres échancrée jusqu'à leur base, et sont plus gros que ceux de la nageoire. Le second est le plus long. La ventrale commence sous l'origine de la pectorale; elle a, comme à l'ordinaire, une épine et cinq rayons mous, et, comme ceux-Cl vont en s’allongeant, et que le dernier est attaché au ventre par toute la longueur, chaque ventrale a l'air d'être une crête, comme parait aussi à peu près la nageoire anale.

« Tout ce poisson est enveloppé d'une peau molle et spongieuse, hérissée en différents endroits de filaments mous ou de lambeaux plats et déchiquetés. Les principaux de ces lamorands sous la lèvre

$ inférieure; un de chaque côté sur le museau en avant du

beaux sont placés comme il suit : deux

sous-orbitaire et vis-à-vis des précédents; un en arrière de la bouche; un au bord saillant de la joue tenant au grand sousorbitaire; trois à l'opercule vers le bas; plusieurs petits à la face externe de la pectorale et le long des côtés du corps; il y en a entre autres une suite qui est le seul vestige de ligne la-

térale. La peau a, de plus, de chaque côté, vers le dos, un certain nombre de petites élevures ou tumeurs molles comme des pustules, mais, qui cèdent sous le doigt. Sa couleur n’est pas plus facile à décrire que sa forme. Qu'on se le représente gris marbré de taches brunes de différentes grandeurs, et tout semé de petits points blancs comme s’il était un peu saupoudré de farine. De petites taches blanches et noires se montrent sur le tronc et sur l'opercule, et des teintes roses diversifient le brun sur la tête : il y a des points bruns et blancs jusqu'au palais et à la langue. La face interne de la pectorale est blanche avec des teintes roses; son large bord est tout semé de taches rondes, noirâtres, serrées; et a, vers sa base, près du bord supérieur, trois grandes taches noires séparées par des intervalles blanc de lait : extérieurement elle est marbrée et pointüillée comme le corps; sa dorsale l'est de même. Les ventrales sont toutes brunes et la dorsale l'est pour la plus grande partie. La caudale à plus de blanc dans sa moitié antérieure; son bord est tout varié de taches noirätres sur un fond blanc. Le liséré est noiràtre; il y a du pointillé blanc sur le bord de ses rayons. Le ventre est blanchätre. Ce pélor filamenteux nous montre un foie assez gros situé en travers sous l'œsophage, et se prolongeant, dans chaque côté de l'abdomen, en un lobe allongé et arrondi en arrière. Le droit, plus court que le gauche, contient la vésicule du fiel qui est blanche, ronde, de grandeur moyenne. Le canal cholédoque est gros, assez long, et, après avoir reçu plusieurs vaisseaux hépato-cystiques, il débouche dans le premier des cœcums de gauche. L'œsophage est large, assez long, chargé en dedans de plis nombreux, parallèles et longitudinaux; il se dilate en un sac arrondi en arrière, qui est l'estomac. Les parois sont plus minces que celles de l'œsophage et sans plis à l'intérieur. De l'arrière de l'estomac, et en dessous, il remonte, vers le diaphragme, une

Voyage de la Coquille.— Z. Tom. II, Partie I. D

branche à parois épaisses qui se termine dans la fourche du foie. Le pylore, ouvert à l'extrémité de cette branche, est muni de quatre appendices cœcales grosses, mais peu larges; il y en a deux de chaque côté. L'intestin commence par avoir un diamètre assez large et des parois très-minces; il se porte aussi un peu en avant de l'anus : là il se recourbe pour remonter jusqu'auprès du pylore; et, dans cette portion, son diamètre est très-étroit, et ses parois sont trés-épaisses. L'intestin fait alors un nouveau repli pour se rendre directement à l'anus; il se dilate peu à peu, de sorte que le diamètre du rectum devient aussi grand que celui du duodénum. La rate est très-petite, allongée, placée sur le duodénum auprès du pylore. Les ovaires, quand ils sont pleins, occupent toute la longueur de l'abdomen; les œufs sont très-petits. Il y a une vessie natatoire aussi grosse qu'un petit pois à parois argentées : elle est située presque à la hauteur du pylore, entre la fourche que forment les deux reins par leurs réunions. Les reins sont gros et courts; ils se réunissent en un seul iobe qui ne dépasse pas l'arrière de l'estomac. L'uretère est long; et, arrivé aux trois quarts de la longueur de l'abdomen , il se dilate en une vessie urinaire allongée, étroite, à parois blanches et épaisses. Ce poisson se nourrit de crustacés ; nous avons trouvé des débris de squilles dans son estomac»

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