‹ Voyage autour du monde (volume 3)Chapitre 1 sur 98 · CAJÉLI, ÎLE DE BOUROU ( ARCHIPEL DES MOLUQUES · texte numérisé non relu

CAJÉLI, ÎLE DE BOUROU ( ARCHIPEL DES MOLUQUES

( Du 23 septembre 1823 au 1° octobre suivant.)

Plusieurs navigateurs francais ont visité l'ile de Bourou, ou Boero , ainsi que l'écrivent les Hollandais qui y ont formé un établissement colonial; et cependant nous ne connaissons de ce pays qu'une légère écorce, ou plutôt ce que nous en savons se réduit à des aperçus si vagues, qu'ils nous font davantage regretter d'être privés de lumières sur les productions naturelles de ce beau pays, que les Malais, en raison des oiseaux

variés et rares qui le peuplent, ont nommé Bourou, ou l'Jle des Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I, Partie IL. 46

Oiseaux. La plupart des êtres qui portent dans nos species le nom trivial d'amboinensis, proviennent de Céram et de Bourou, les deux iles de l'archipel des Moluques les moins déshéritées des animaux indigènes de ces terres, placées directement sous l'équateur et couvertes de profondes forêts inhabitées.

Les Hollandais, en prenant possession d’un seul point de l'ile de Bourou, n'ont point étendu leur influence hors d'un cercle assez étroit. La population malaise, qui a jeté les fondements du lieu de sa résidence au fond de la baie de Cajéli, leur est soumise ; mais les habitants primitifs, nommés Alfourous , retirés dans les forêts de l’intérieur, méconnaissent leur autorité. La baie de Cajéli, nom qu'on doit prononcer Caieli, est vaste et profonde. Un immense banc de corail, s'élevant à peine audessus des flots à mer basse, occupe un point de sa surface assez étendu à l'extrémité de la pointe Rouba. Dans sa partie S.-O. est bâtie la bourgade à laquelle elle a donné son nom. Vu de la rade, le panorama du paysage qui se déroule aux yeux de l'observateur offre les plus grands charmes. L'œil se repose avec plaisir sur la riche verdure qui en recouvre les bords : dans les éclaircis que laissent les arbres entre eux, s'élèvent les sommets pointus des mosquées de Cajéh, où, à travers les formes infinies du feuillage et entre les tiges droites des papayers, ou les longues feuilles tombantes des bananiers, apparaissent les cabanes des habitants, dont les murailles sont en bambou. En arrière de ce premier rideau s'élèvent les hautes montagnes de l’intérieur, partout également boisées. Sur le côté oriental de la baie, des coteaux élevés présentent une verdure triste et glauque, et laissent exhaler au loin les odeurs fragrantes et vives des mélaleuques qui y sont plantés, et qu'on y cultive pour en retirer le baume si estimé des Malais, et connu sous le nom de Caïou-pouti. Toute la partie N.-O., au contraire, est basse et à peine au niveau de la mer, et ne présente sur toute sa sur-

face que de vastes marécages en partie submergés, où vivent des crocodiles. Rien ne flatte plus la vue, peut-être, que ce mélange heureux de sites opposés, et réunissant tous les genres de beautés des paysages de la zone torride. Ici le cocotier élève dans l'air ses parasols de verdure; là le sagoutier à moelle nutritive couronne son tronc orossier de palmes rigides; le bananier herbacé, entouré de ses nombreux rejetons, croit au pied du robuste canari, dont les am1 des ont une saveur si exquise et si douce. A ces végétaux utiles des forêts équatoriales s’en joignent une foule d’autres, dont les rameaux toujours verts, chargés à la fois de fleurs et de fruits, sont animés par les bruyants loris, des perroquets à plumage cramoisi, et un grand nombre d'autres espèces dont les noms ne formeraient ici qu'une stérile nomenclature. La mer, dans la baie, est rarement agitée; elle est presque toujours paisible, et de légères pirogues malaises, à voiles en feuilles de vaquois, en sillonnent la surface. Pendant uotre séjour, le ciel était ordinairement pur et serein; et cependant il arrivait à chaque journée que d’épais nuages condensés sur les hautes montagnes de la partie orientale amenaient des orages de courte durée, mais qui se résolvaient en pluies abondantes pendant deux ou trois heures : un instant après, le ciel reprenait sa sérénité première.

Le village de Cajéli n’a rien de remarquable; toutefois la physionomie étrangère quil présente a sur le voyageur le charme tout-puissant de la nouveauté. C’est un mélange agreste de cabanes construites avec art, et semées cà et là de massifs d'arbres à fruits. Ses allées régulières et ses nombreuses mosquées, son aspect pittoresque, les hommes qui l'habitent, tout retrace un site oriental. Une course que nous fimes derrière ce village donnera une idée assez complète de sa position. En arrière de Cajéli, donc, on trouve une allée d'arbres de tek, dont la longueur n’est pas moins de deux milles. Cette allée

FE

aboutit à une rivière qui prend naissance dans les montagnes centrales, et dont le lit sillonne le terrain plat qui occupe cette . partie de l'ile. D'étroits et tortueux sentiers se partagent ensuite toute l'étendue des marécages à demi desséchés, où les habitants ont établi leurs plantations de sagoutiers et de saguerus . De nombreux ruisseaux, d'une eau fraiche et le plus souvent limpide, se perdent, après mille détours, au milieu d'une végétation vigoureuse. La jolie /ussiæa tenella couvre de ses pelouses fleuries des lieux frais et humides; le jaquier à feuilles entières avait son tronc chargé d'énormes fruits à épidermes aréolés , fruits que les Malais préfèrent au rima que produit l'arbre à pain à feuilles incisées. De nombreux pothos grimpent le long des arbres, et sur les fleurs se reposaient des papillons vivement colorés ; tandis que souvent se confondaient avec le vert des feuilles un petit agame à queue très-longue: Dans tous les sentiers courait le scinque gracieux, si commun sur les terres de l'Océanie, que rendent si remarquable les trois raies dorées qu'il porte sur le corps, et l'azur de sa queue. Les enfants nous suivaient avec ardeur dans cette excursion; leur vue percante nous indiquait des oiseaux là où nos yeux se refusaient à les voir. Suivant la mode de leur pays, ils étaient nus, ou du moins n'avaient que le corps ceint d'un étroit maro, et la tête entourée d’une mince bandelette d'écorce, dont les extrémités retombaient avec grace sur le front; leur gaieté était naïve, et il ne nous fut pas difficile de nous apercevoir que leur hilarité trouvait une ample matière à de joyeux propos dans le soin que nous prenions de conserver les objets auxquels ils étaient bien loin d'attacher le même prix que nous. Dans ces

1 Ce palmier paraît être le saguerus de Rumphius, et très-probablement celui que M. de La Billardière a décrit dans les Mémoires de l'Institut, t. IV, p. 215, sous le nom d’arenga saccharifera.

@) lieux on trouvait en abondance la jolie perruche dite d'Amboine (Psittacus ornatus), la perruche cramoisie, le petit perroquet vert à tête rouge, le petit cacatoës à huppe jaune, le philédon corbi-calao, etc., et des coléoptères de plusieurs genres, tels que coccinèles, cétoines vertes.

Les principaux végétaux alimentaires se trouvent être : les pissangs ou bananiers, les choux-palmistes, les aréquiers, les canaris , les papayers, les Eugenia jamroses, les arbres à pain à fruits sans noyaux, les jaquiers, les orangers pamplemousses, les citronniers, les grenadiers, etc. Aux fruits de ces arbres s'en adjoignent un grand nombre d'autres espèces qui nous sont complètement inconnues, et que nous n'avons pas eu le loisir d'étudier. Nous rencontrâämes fréquemment, toutefois, dans les lieux humides, un arbre dont le port n'est pas éloigné de celui de nos cerisiers, et qui produit une petite drupe d'un rouge vif lorsqu'elle n'a pas encore atteint sa maturité, mais dont le goût est toujours âpre. Ce fruit est assez analogue à celui du diospyros kaki. Les habitants lui donnent le nom de tomoutomou , et en font des confitures.

Le nyctantes sambac est cultivé avec le plus grand soin par les Malaises, qui chérissent l'odeur suave de ses corolles virginales, et qui les enlacent, en les unissant à celles du gardenta et du malaty, dans leur noire chevelure, ou en parfument l'huile de Ben, destinée aux frictions de toilette. On estime encore les fleurs globuleuses et odorantes du mancassar, qui nous parurent être celles de l’acacie de Farnèse. Le gombo, dont le suc gluant donne dans nos Antilles le mets si estimé des créoles sous le nom de calalou (hibiscus esculentus), croit trèsabondamment, et partout se rencontrent les ananas, les ponches où choux-caraibes {arum esculentum), plusieurs sortes de piments; car les Malais prodiguent ce condiment énergique dans tous leurs aliments; le ricin, dont l'huile vermifuge est

si salutaire en médecine; enfin le tabac, dont les propriétaires font une grande consommation. Les légumes d'Europe, portés par les Hollandais, n'y ont point prospéré, ou si l’on en cultive quelques espèces, c'est fort négligemment.

Parmi les plantes essentiellement utiles, deux palmiers tien-

nent le premier rang sans contredit. Ce sont le sagoutier et le

g saguerus. Le sagoutier /sagus Rumphi, W.) croit dans les marécages, où on en a établi des plantations nombreuses, et d'autant plus importantes, que ce végétal remplace aux Moluques, comme dans la plupart des iles à l'Est de la Nouvelle- Guinée, le riz de l'Inde et les céréales d'Europe. Son stipe est gros, rugueux, recouvert de cicatrices dues à la chute des grand accroissement.

Ses palmes sont dressées, et, dans les premières années, elles

anciennes feuilles ; avec l'âge il prend un

ont leur rachis hérissé de rangées de fortes épines, qui disparaissent à l'époque où le végétal est parvenu au point de renfermer une grande quantité de farine ; c'est alors qu'on l’abat et qu'on dépèce l'enveloppe, et que la moelle fibreuse qui remplit l'intérieur, laisse échapper, par le lavage, les grains de fécule abondamment. contenus dans ses interstices. Cette farine est d'un blane Jaunâtre et grumeleuse, et se conserve dans des bambous. Les Papous la retirent plus généralement d'un cycas, et en: fabriquent des galettes aplaties, assez analogues par la forme aux biscuits de mer. À Bourou, on délaie cette farine avec de l'eau, et on la mange avec les doigts, ou ‘bien on la place dans des sortes de mets très-épicés. Cette fécule a une saveur fade et douceâtre. Quelques autres palmiers en fournissent, tels qu'un dattier, un arenga, etc.

Le sagoutier forme des massifs très-épais derrière le village de Cajéi, ainsi que dans les ravines qui sont à l'extrémité Sud. Les habitants font avec ses fibres intérieures et sèches des planches très-légères, et c'est principalement à Amboine qu'on

ZOOLOGIE. 367 fait les boites qui servent à contenir des coquillages, que les Malais se plaisent à y ranger avec une symétrie parfaite, et dont les planches de Séba peuvent donner une idée.

Le saguérus de Rumphius /arenga sacchartfera, Labil?) est peu connu; il fournit le saguero, ou vin de saguere, trèsusité dans les Moluques, et plus particulièrement à Bourou et à Amboine. Ce végétal. de même que le sagoutier, a un diamètre bien plus développé que les cocotiers ou les aréquiers. Son stipe est droit, haut de vingt-cinq à trente pieds, marqué de sillors circulaires, qui ont persisté après la chute des feuilles. Sa couleur est noiratre. Ses palmes se composent de folioles plissées, larges et serrées, qui se redressent un peu. Il est monocique. Une large panicule de fleurs mâles sort d'une spathe inférieure. Les fruits sont ordinairement supérieurs, et placés sur des pédoncules, sinuolés en très-grande quantité. Ce palmier était en fleur à l'époque de notre passage, et il porte des milliers de fruits, qui ne sont d'aucun usage. La base où la naissance de toutes les feuilles est enveloppée par une bourre épaisse, ou sorte de bastin, d’une ressemblance très-grande avec le crin par son aspect noir, ses fibres ténues, flexueuses et entortillées par gros flocons. Les habitants en font des cordes d'embarcations, qui sont estimées pour leur ténacité; et à Amboine on en confectionne des câbles assez gros pour le service des navires du gouvernement. Ce crin végétal se file aisément , et souvent nous avons vu les habitants occupés à cette préparation, en se servant d'une roue à la manière de nos cordiers.

Le vin de saguère n'est autre chose que la sève de ce palmier, qu'on retire par le moyen d'une coupure qu'on pratique au rameau floral. Les habitants le recueillent tous les soirs, en plaçant au-dessous dé la plaie un vase fait avec une écorce solide et flexible, capable de contenir le liquide à mesure que l'ascension vitale le fait monter. Ils enveloppent avec soin l’ou-

verture du vase, pour que les rayons du soleil n'y pénètrent point; car ce suc, de doux et sucré qu'il est à sa sortie, ne tarde pas à passer à la fermentation alcoholique. L'usage de cette sorte de vin est très-répandu parmi les habitants des Moluques; mais, quoique délicieux au goût des naturels, on a besoin d'éducation pour ne pas être repoussé par son amertume et son mauvais goût. Le vin de saguère est assez analogue au fari, qu'on retire du cocotier dans l'Inde; mais il s’altère avec une telle rapidité, qu'il a été nécessaire de lui faire subir une fermentation spiritueuse, propre à assurer sa conservation. On y est parvenu en plaçant dans ce suc blanchäâtre, un peu épais, très-écumeux, un morceau de bois excessivement amer, qui ne tarde pas, en quelques minutes, à communiquer sa saveur au liquide. L’amertume, de supportable qu'elle est d'abord, finit par être tellement concentrée, qu'elle devient repoussante. Le bois qui fournit cette racine, douée d’une amertume si prononcée, nous parait appartenir au ealac (carissa xylopicron, Aub. ), auquel il ressemble par sa compacité, sa couleur orangée, et son amarescence si diffusible. Le vin de saguère, ainsi préparé, peut aisément se conserver dans des vases. Il est alors très-fort et susceptible de procurer des ivresses tumultueuses. Les habitants en font une grande consommation. Souvent lorsque, fatigués dans nos courses, nous cherchions un refuge dans quelques cabanes, on s'empressait de nous en offrir.

Une des productions les plus estimées de l'ile de Bourou est l'huile de caiou-pouti, ou, comme nous l'écrivons, cajeput. Cette huile jouit, chez tous les Malais, des propriétés les plus miraculeuses, propriétés que les Européens établis aux Moluques ont par suite adoptées aveuglément. On l'emploie comme un remède excellent contre les douleurs rhumatismales et les paralysies , en l'appliquant en frictions. Pour les maladies internes, on en exprime quelques gouttes jetées dans de l'eau, et ce mé-

lange fait naître les plus grandes espérances dans l'ame du moribond , et console sa famille. Cette panacée n'est pas sans posséder une action énergique assez analogue, par la diffusibilité deses principes, à la manière d'agir del’éther; mais elle n’a toutefois rien de supérieur à l'essence de térébenthine, dont elle se rapproche singulièrement par ses qualités physiques et chimiques. Cette huile essentieHe a été vantée en Europe par le docteur Thunberg, pour ses avantages, comme moyen conservateur des collections d'insectes , sans que l'expérience soit venue justifier ces nouvelles propriétés. Cependant la célébrité dont jouit cette substance, exige que nous entrions à son égard dans les détails que les Malais mettent en usage pour la préparer. L'huile de Cajéput ne s'obtient que dans les Moluques, et dans deux ou trois iles au plus. Sa fabrication n'est dans les mains que d'un petit nombre d'individus; et à Bourou, elle appartient au résident hollandais et au radjah malais. Les deux alambics dont on se sert pour l'obtenir sont grossièrement montés; ils consistent en une chaudière de cuivre, surmontée d'un chapiteau en boule. L'huile essentielle, se dégageant de l’eau dans laquelle trempent les feuilles de mélaleuque au fond de l'appareil, s'élève dans le chapiteau, passe dans un tube en bambou, qui la conduit dans une petite barrique qui sert de réfrigérant, et coule dans des vases destinés à la recueillir. Le caïou-pouti liquide apparait sous forme d'un fluide léger, qui est coloré en un vert-pré trèes-agréable, dü à la chlorophile. Son odeur est vive, fragrante, tres-expansible, et assez analogue à celle de l'essence de térébenthine, bien qu'elle en diffère par le camphre qu'elle contient. En la rectifiant par plusieurs distillations, cette huile perd sa couleur verte.

Le melaleuca leucodendron, qui produit le caiou-poutr(ee mot signifiant en malais bois blanc), est cultivé en grand sur les

collines de la partie orientale de Cajéli. C'est un arbre d'assez Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I, Partie IL. 47

grande taille, semblable par le port aux vieux oliviers de la France méridionale, et se couronnant de fleurs blanches, disposées par petits bouquets. On en distingue deux variétés, remarquables l’une par des feuilles étroites, et l’autre par des folioles beaucoup plus larges. Cette dernière espèce se trouve particulièrement à Amboine, tandis que la première croit presque exclusivement à Bourou. Le tronc des mélaleuques est revétu d'une écorce épaisse, composée d'une masse de feuillets minces, soyeux, et imitant des lanières de satin. À quelque distance, ces arbres semblent argentins. Les rameaux sont souvent brisés, par le peu de soin que les enfants chargés d'en cueillir les feuilles apportent à cette opération. Le feuillage, glauque et triste, a besoin de la vive chaleur du soleil des Moluques pour acquérir l'arome fragrant qui le caractérise ; et les soins de culture qu'on accorde à l'arbre se bornent à bruler les broussailles et les grandes herbes qui croissent au pied.

L'idée générale qu'on puisse se former des alentours de la baie de Cajéli, seul point de l'ile de Bourou que nous ayons visité, est celle d’un sol montueux, profondément raviné et s'abaissant vers le rivage pour donner naissance à des marais profonds et étendus qui règnent au fond de cette grande baie. Le sol est d'argile rougeûtre sur les collines, et supporte une formation schisteuse, sillonnée par des veines de quartz, variant du talcite carburé phylladiforme au talcite quartzifere aussi phylladiforme. Des veines de quartz amorphe, épaisses d'un pied , sillonnent en tous sens les rochers que nous venons de mentionner. Les fragments de carbonate de chaux qu'on rencontre parfois sur les collines y ont été transportés par les hommes, et proviennent des ceintures de polypiers saxigènes, qui, çà et là dans la baie, forment des barrières de récifs.

La végétation de l'ile Bourou est vigoureuse et imposante; elle se compose surtout de grands arbres encore très-peu connus

ZOOLOGIE. 371 des botanistes, et parmi lesquels il doit y en avoir beaucoup d'inédits. Nous y avons retrouvé toutefois la plupart des plantes que nous avions déja vues dans les iles de la mer du Sud, dans l'archipel de la Société, à la Nouvelle-Irlande, à Waigiou , telles que le convolbulus pes capræ, des dolichos, des vaquois, des filaos , l’Azbrscus tiliaceus, le spondias dulcis, etc. À ces végétaux si communs sur toutes les iles océaniennes, se joignent ceux qui sont propres au sol des Moluaues et des iles de la Sonde. Aïnsi apparaissent en plus ou moins grande abondance l'æschinomene grandiflora, remarquable par ses larges corolles blanches papilionacées; le gurlandina moringa, dont les semences pierreuses servent de jouets aux enfants; l'ipomée à fleurs écarlates, plante volubile, chérie des Malaises, pour qui elle est l'emblème de l'amour; des orchidées fantastiques, dont les tiges charnues échappent à tous les moyens de conservation; des fougères , des lycopodes, etc, etc.

Dans la première partie, nous avons déja eu occasion de mentionner les mammifères qui se trouvent plus habituellement à Bourou. Nous avons dit que le babi-russa ou cochon cerf * est l'animal le plus précieux qu'on y puisse citer. Parle grand nombre de têtes osseuses que possèdent les naturels, il est aisé de juger - qu'il n'y est point rare; et cependant, par des causes qu'il est inutile d'énumérer, nous ne pumes nous le procurer. La grande chauve-souris frugivore, nommée roussette édule (pteropus edulis), ou le melanou-bourou (oiseau poilu ), fournit aux habitants une chair parfumée qu'ils estiment. Pendant notre relâche, on donna comme viande fraiche aux gens de notre équipage de la chair de cerf : l'espèce nous en parait nouvelle pour les zoologistes; mais comme cet animal était dépécé”" à terre, nous n'avons sur lui aucun détail précis à fournir. Ce cerf,

1 Sxaw, Gen. Zool., t. IT, pl. CCXXIV, p. 467.

nommé usa, nous parait bien voisin du cervus mariannus, trouvé aux iles Mariannes par MM. Quoy et Gaimard , et décrit par M. G. Cuvier dans le tome IV, page 45 de son ouvrage sur les ossements fossiles. À ces grands mammiferes il faut ajouter quelques petites espèces que les habitants nous firent connaitre, telles que le #kus lanah, qui parait être le rat; le chinchorot, qui est la musaraigne musquée, et le tkus padi, la souris.

D'après l'étymologie du nom de l'ile, on doit penser que l'ornithologie de Bourou est riche et variée. Les oiseaux des Moluques y sont nombreux, tant par les individus que par les espèces. Certaines familles y comptent surtout de riches et brillantes tribus, et au premier rang on doit citer les perroquets. On sait que ceux à plumage rouge vivent exclusivement dans les iles des Indes orientales même les plus reculées, et que de leur nom malais nori, et peut-être par une prononciation vicieuse lourt, nous avons fait le nom générique lot, pour désigner tous les perroquets asiatiques et indiens à livrée écarlate. Les Malais appellent Xekek les espèces dont le plumage a du vert, et Kakatua celles qui sont blanches. Nous citerons principalement la perruche dite d'Amboine (pstttacus ornatus)'; le perro-

" Cette espèce ne vit point à Amboine, à l’état sauvage : elle vient des îles Moluques, de Bourou, de Céram et de Tidor. Elle est abondante sur la terredes Papous, où les naturels la nomment maninihesse, et à Rony manigaine; elle est figurée par Levaillant, pl. LIT.

Elle diffère de la perruche de la Nouvelle-Hollande ( ps. Aæmatodus, Gm.), nommée blue-mountain parrot par les colons de la Nouvelle-Galles, parce que les plumes de la poitrine sont rouges et jaunes, sans être bordées de noir; celles du ventre sont bleues, tandis qu'à la perruche d’Amboine, les plumes pectorales sont

rouges, lisérées de noir; celles de l'abdomen vertes et lisérées de jaune : tout le reste se ressemble.

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quet Geoffroy ‘ (psittacus personatus), Shaw; le petit cacatoëès blanc à huppe jaune”, etc.

Dans les passereaux, nous nous procuràmes une pie-grièche ; le langrayen à ventre blanc; le philédon moine; le gros-bec domino ({oxia molucca, Gm.); une espèce nouvelle de souimanga; le dicée à poitrine rouge (fig. 1, pl. XXX de l'Atlas ); le martin-chasseur à tête verte; une variété légère de lalcedo éspida, et un engoulevent noir à moustaches blanches. L'autour de Pondichéry et une grosse buse sont les seuls accipitres que nous ayons vus : le premier se trouve répandu sur tous les rivages des iles de l'Est et même du continent indien. L'émeu ou casoar à casque vit dans les forêts profondes et se plie parfois à la domesticité. La belle colombe phasianelle (Femm., pl. col., n° 100) s'offrit plusieurs fois à nos recherches. Deux sternes, celle à sourcils blancs et celle de Panay, peuplent les rivages: et dans les marais, nous nous procuràmes une jolie espèce de canard, que nous avons nommé anas radjah, pl. XLIX.

Nous ignorons le nombre des genres de reptiles et des espèces qui habitent Bourou; mais en mentionnant quelques-uns de ces animaux qui vinrent s'offrir sous nos pas, au premier rang nous citerons le crocodile bicaréné des Moluques, que les Malais nomment oubaya et boaya, et qu'ils redoutent. Ce hideux reptile habite les marécages fangeux, au milieu desquels coule la rivière d'Æbbo, et ces marais sont couverts de hautes herbes

1 Ce petit perroquet est extrèmement abondant dans toutes les Moluques et à la Nouvelle-Guinée, où les Papous le nomment 7#7anangore; il n’est pas moins commun à la Nouvelle-Hollande, où les colons le nomment Bathurst's parrot.

? Ce cacatoès ne vit que sur les terres des Moluques ou de la Nouvelle-Guinée : on le retrouve aux Philippines. Il est beaucoup moins robuste et moins intelligent que le grand, et apprend difficilement à parler. Son cri articule nettement les syllabes ca-ca-tou-ais, et c’est ainsi que ce nom vulgaire de cacatoès chez les Malais est resté aux espèces du genre.

qui lui servent de refuge. C'est du moins dans ce lieu que M. de Blois de. la Calande, un des officiers de l'expédition, tua le bel individu que nous avons déposé dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle. Les habitants de Cajéli nous nommèrent biawak une espèce de tupinambis, et anjing-eyer ou lézard d’eau, un saurien qui nous est inconnu. La tortue franche ou pinyu fréquente les rivages et les baies : dans les broussailles rampaient deux ou trois sortes de serpents que nous n’avons fait qu'entrevoir; et le scinque à raies dorées sur le dos, et l'agame vert, étaient remarquables, l’un au milieu des sentiers, l’autre sur les feuilles.

Nos récoltes d'insectes furent augmentées de quelques coléoptères rares, de plusieurs magnifiques papillons. Il en fut de meme pour les crustacés. Les marais de la rivière d’Æbbo nous fournirent un énorme cancer, que les habitants vont pêcher pour leur nourriture; et dans la baie n'étaient point rares la langouste ornée, les portunes et le grapse peint sur les rochers. Les mollusques dont les Malais recueillent les tests sous le nom de bya pour les vendre aux Européens, ne sont nulle part en plus grande abondance. On y trouve surtout les alu (cône); les kakoussan (trochus veuve et peau de serpent); les ourt (porcelaines géographiques); les 4rmba (harpes); les Zibidouri (murex peigne de Venus), et surtout la volute-couronne d'Ethiopie, les nautiles, les olives, les ovules, le murex triton, le bronte, la grimace, etc., parmi les univalves.

Une belle cyrène, nommée rantsse; la Vénus déflorée, appelée renesse; l'arche (anadara); Yhuiïtre vitre chinoise {(Xomperan); la placune selle polonaise; la lime, des solens, sont, parmi les coquilles bivalves, les espèces les plus vulgaires. Les habitants recherchent comme un aliment très-délicat un mollusque dont les deux coquilles sont d’une extrême fragilité, et se trouvent soutenues par un long tendon, qui s'implante sur les troncs des

ZOOLOGIE. 375 arbres enfoncés dans l’eau, à la manière des anatifs : c’est la patella unguis de Linné, qui n’en possédait qu'une seule valve, et la lingule des mers des Indes {Zngula anatina) des naturalistes modernes.

Nous n’observames qu'une ou deux espèces d’hélices, quelques zoophytes des genres astérie, actinie, et une seule méduse.

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