‹ Voyage autour du monde (volume 3)Chapitre 2 sur 98 · Ç XI · texte numérisé non relu

Ç XI

ILE DAMBOINE.

( Du 4 octobre 1823 au 28 du même mois. )

L'ile d'Amboine est située au centre des Moluques, et se trouve entourée au Nord par la grande ile de Céram, par Manipa, Haroko et Saparoua ; au Nord-Est par Véssa-laut; à Ouest par Bourou, au Sud-Est par Poulo-var, Gounong-api, Banda, Banda-nera et Pulo-Pisang. Sa circonférence est au plus de vingt-cinq lieues: elle estinégale, en forme d'étrier, ce qui est dü à la jonction des presqu'iles d’/tou et de Nouessaniwa. Elle est entamée par deux profondes baies, celle d'Amboine, la seule fréquentée des navires d'Europe, et celle du Nord-Est parsemée de bancs, et qui ne peut recevoir que des jonques du pays.

Découverte par les Lusitains en 1515, l'ile d'Amboine a d'abord appartenu à la couronne de Portugal, dont les navigateurs abordèrent les premiers aux Indes orientales après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance. Ils en furent chassé en 1603 par les Hollandais, qui ies dépossédèrent de toutes les Moluques, et qui s’approprièrent le riche commerce des épiceries. Depuis, cette ile a souvent été le théâtre de révoltes, aussitôt apaisées qu'élevées; elle fut arrachée à ses possesseurs par les Anglais en 1819,

et restituée à la paix générale de 1814. Cette ile est la capitale des Moluques, et la résidence ordinaire des autorités, qui dépendent du gouvernement de Java.

La température d'Amboine est généralement chaude, surtout dans la saison sèche, qui commence avec la mousson d'Ouest, dans les mois de novembre à avril. Les pluies débutent avec la mousson d'Est, en mai. Pendant ce temps, elles sont presque continuelles et très-abondantes. L'époque où les moussons changent, est précédée de calmes parfaits, ou de très-légères brises variables. Pendant notre relâche, la température était insupportable dans le jour : la position de la ville d'Amboine ne contribue pas peu à ce que les grandes chaleurs qui y règnent soient désagréables, parce qu'abritée de toute part et enveloppée par une ceinture de montagnes, cette ville ne recoit point d'air, en même temps que les rayons du. soleil dardent à plomb sur la place qu'elle occupe. Le thermomètre à bord, à midi et à l'ombre, a constamment marqué 29 et 30 degrés. La température de l’eau était presque au mème niveau, où n'avait qu'un degré au-dessous. L'hygromètre indiquait habituellement de 102 à 104 degrés. Le baromètre se maintint à 28 p. 1 l. 0. Nous observames que le ciel fut souvent voilé par d'épais nuages, ou par des orages, qui s'arrélaient sur le sommet des plus hautes montagnes, et qui apportaient fréquemment de forts grains de pluie mais de courte durée. Le tonnerrese faisait souvent entendre, et presque toutes les nuits des éclairs dus à l'inflammation de lhydrosène sillonnaientles nues à l'horizon. Les tremblementsde terre sont habituels au sol d'Amboine qu'environnent des volcans, dont les commotions se font vivement sentir dans oo resserré des Moluques. :

La constitution d'Amboine est volcanique, et il est même supposable que cette ile ne doit son isolement qu'à une rupture de l'ile de Céram. Ainsi que les ilots qui sont entre les deux

côtes. De hautes montagnes, par rapport à sa petite étendue, se divisent en deux chaînes qui parcourentles deux presqu'iles du S.-O. au N.-E. Nous n'avons vu, parmi les éléments constitutifs du sol, que le calcaire grossier qui forme les collines du bord oriental de la baie, et qui s'élève à plus de 300 pieds. Les flancs des montagnes présentent un granite, qui saille hors du soi en hautes roches noircies et usées. Aux deux tiers de la hauteur, à 700 pieds au-dessus du niveau de la baie, parait un schiste tendreet friable, qu'on ne peut reconnaitre qu'à la surface. Une argile très-rouge recouvre les rochers, et supporte une végétaüon qui cherche sans cesse à s'étendre.

Les plantes spontanées sur le sol sont variées et curieuses. Les alentours d'Amboine ont été défrichés par le feu, et les pelouses sont formées de graminées sur les coteaux qui dominent la ville; mais au tiers supérieur des montagnes, des bois épais de beaux arbres s'étendent sur le reste de l'ile: les bords des rivières et les marais sont peuplés des végétaux qui se plaisent dans cette station. [nous suffira de dire que la botanique d’Amboine est d'autant plus intéressante, qu'elle a été l'objet des travaux de Rumphius.

Le règne animal ne présente que peu de mammifères, si ce n'est une espèce de couscous dont on nous parla, et que nous croyons être le cuscus maculatus. Le babi-russa n'y vit point, non plus que le tarsier et le chevrotain pygmée, que parfois on élève en domesticité, et qui viennent de Céram. Nous observâmes la roussette édule, que les habitants conservent en captivité. Un de ces animaux vécut long-temps sous nos yeux à bord, etavait des mœurs très-douces. La position qui parait habituelle est d’être pendu la tête en bas: et, pour expulser ses excréments, il s’attrape par le seul doigt libre en crochet des ailes, remplit ses fonctions, et s'accroche de nouveau avec les pieds. Il mange la

tête renversée, et conserve long-temps ses aliments dans deux Voyage de la Coquille.—Z. Tome I, Partie II. 48

sortes d'abajoues, qui se distendent outre mesure. Une musaraigue, exhalant une odeur de musc très-forte, est commune dans les appartements, où on la redoute par l'infection qu'elle porte avec elle.

On ne trouve que peu d'oiseaux à Amboine; les espèces qu'on y remarque sont : deux martins-pécheurs, un coucou, une tourterelle, un épervier, un perroquet, un loxie, une bergeronnette. On élève en domesticité, par exemple, quelques espèces, telles que l'emneu, les lorrs, les cacatoès, et le calao qu'on nomme Jerarvogel ; où oiseau à années, parce que son bec supérieur se renfle et se couvre de sillons à mesure qu'il vieillit.

Les quadrupèdes ovipares sont peu nombreux. Nous y trouvames la tortue à boîte ,le dragon volant, un petit lézard, une grenouille, un gecko gris, très-commun le soir sur le plafond des appartements, où il fait entendre un petit cri; le /acerta amboinensis, à bande blanche bifurquée sur le dos. On y eompte deux ou trois espèces de serpents, non venimeux. Les poissons sont multipliés et fournissent à la nourriture de presque tous les habitants : il y en a une grande variété. Les insectes ont de belles espèces, surtout dans les papillons, qui sont nombreux, très-beaux et variés. On trouve la singulière mante-feuille, et un phasme vert, très-gros et long de plus de six pouces. Les thermites et les fourmis rouges occasionnent de grands ravages dans les demeures; surtout les premières, qui dévorent les meubles : la morsure des secondes est très-douloureuse. Les scolopendres et les blattes sont aussi fort communes. Les ruisseaux d'Amboine sont pleins de sangsues, qu'on emploie pour l'usage médical ; elles ne diffèrent presque point des nôtres, et sont d'un bon usage d'après notre propre expérience : on les retrouve à Java.

Les coquilles les plus curieuses existent, avee une abondance qui étonne, à Amboine. Ce n'est point qu'on les recueille sur les côtes; mais elles y sont apportées de tous les points environ-

ZOOLOGIE. 340 nants, notamment de Céram, et les Chinois les achètent pour les revendre. Leur prix n'est point élevé, et pour une piastre on peut en avoir une boîte des plus belles. Tous les employés de la colonie en ont de nombreuses collections , qu'ils échangent avec les étrangers. Les iles d'Haroeko et de Saparoua sont les plus fécondes en testacés. Les habitants ne manquent jamais à marée basse de recueillir ceux que le flux y a jetés. C'est sur ces ilots que se trouvent la coquille si chère et si estimée des Hollandais, la wenteltraple ou la scalata, ainsi que les carinaires vitrées, dont la valeur parmi les Malais, lors même qu'elles sont petites, ne s'élève pas à moins de trente à quarante piastres. Parmi les testacés que nous avons eu occasion de recueilbr, les plus communs étaient des nautiles papyracées et pompilius, des dentales, des cônes, des olives variées, des porcelaines de toutes les espèces, des murex, des pleurotomes, des brontes, le rocher peigne-de Vénus, le masque (murex anus, L.), le cymbe couronne, des mitres, le fuseau, la pyrule, a harpe noble, le vrai cœur de l'homme, l'huitre selle, celle feuilletée, l'huitre marteau, le soleil levant, etc., etc., etc.; un bel hélix citrin et jaune à bande rousse est commun dans les bois.

Nous n'avons vu qu'une seule méduse nager dans la baie, et qu'on retrouve sur les côtes de la Nouvelle-Guinée.

Parmi les animaux domestiques, les habitants possèdent des bœufs, des chèvres, et le mouton à poils de l'Indostan. Les oiseaux de basse-cour sont l'oie, le canard, la poule ordinaire et la poule chinoise : celle-ci est de petite taille, à plumage blanc, entièrement frisé.

Les plantes potagères sont communes au bazar; on les culüve autour des cabanes dans de petits jardins, qui ne méritent point qu'on les loue sous le rapport des soins qui ont présidé à leur arrangement. L'ail croit très-bien, ainsi que les

courges, la patate douce fournie par un jatropha, la mélongène,

une espèce d'amaranthe ([basella rubra), qu'on appelle épinard, et qui en a le goût, des oignons, du pourpier, du maïs, des concombres, des-bourgeons de bambous, des choux-palmistes, le manioque, la fève katchang, la pomme de terre, etc., etc.

Le sagoutier dont or distingue plusieurs espèces est cultivé en grand, et le plus estimé est le sagu maputi. Le saguère * donne le vin usité par les Malais. L'arec s'élève en tous lieux; ses noix forment un des besoins de la population, qui les màche avec le fruit ou les feuilles du poivre siriboa et la chaux, unie à de la gomme ro. Le laurier coulilawang croit spon” tanément; les Chinois vendent son écorce, dont la saveur est piquante et la texture analogue à celle dela cannellenon choisie. Une graine très-estimée, et qu'on offre aux dames comme une friandise très-délicate, est le cardamome, semence aromatique et échauffante, qui stimule vivement les organes générateurs. Le riz nese cultive point à Amboine : cette plante alinrentaire est tirée de Sumbava et de Florès, petites iles qui produisent cette denrée en abondance, ainsi que du bois de sandal, des chevaux, du cappoc, ou coton commun, et du cappas, ou coton le plus fin et le plus recherché de l'Inde. Une grande quantité de riz, destinée à l'approvisionnement des magasins du gouvernement, se retire des établissements des Célèbes, notamment de Menado : nous payâmes 3000 livres, qu'on voulut bien nous fournir, 504 francs de notre monnaie.

La culture qui a rendu l'ile d'Amboine célèbre est celle des clous de girofle. Les Hollandais, en effet, confinèrent les muscadiers à Banda, et le giroflier sur cette ile et sur quelques autres ilots voisins. Cet arbre si estimé est planté dans des

Marco-Pauro, page 193 de son Voyage, parle ainsi du saguérus : Z/s ont une mainere d'arbres desquel trencent les rames de cel arbres, e met l’en un pot grant aou tronchon qu est remès à l'arbre, e voz di ge en un jor e en une note s'enple e est molt buen vin daboir. Sont semblables à petit Datal.

vallons isolés dans les montagnes, bordés de ravins et de précipices. Les seuls endroits autorisés par le gouvernement holländais pour la culture du girofle, sont : Amboine, Manipa, Nissa-Laut, Haroeko et Saparoua. Les employés européens ont été forcés d'abandonner Manipa, dont le séjour est excessivement malsain, par rapport à la vaste étendue de marais qui forment presque en entier sa surface, et qui exhalent des miasmes pestilentiels qui donnent naissance à des fièvres malignes: Après Amboine, Saparoua cultive le plus grand nombre de girofliers. Dans cette ile existe le fameux pgiroflier royal, dont les boutons sont bien plus parfumés, et se vendent trèscher. Nous avons eu occasion de voir quelques-uns de ces clous ; ils sont faciles à reconnaitre, en ce qu'ils ont un double calice. On croit, dans le pays, que cet arbre ne jouit de la faculté de produire que d'un seul côté, ce qui pourrait dépendre tout au plus de son exposition. L'éxportation des clous de girofle, ainsi que celle des muscades, est sévèrement prohibée, de même que les petits ouvrages faits avec des clous de girofle , tels que des boïtes, des vaisseaux. Il ne sagit rien moins que de la peine du bannissement pour ce genre de délit. La culture est abandonnée aux naturels, qui vendent cette épice au gouvernement, qui la met en magasin, et l'envoie en Europe, ou qui a seul le droit de la vendre dans la colonie, au prix fixé, et en remplissant les formes administratives. (Eugenia caryophytlata, W.)

Amboine ne cultive point de muscades pour le commerce : celles qui y viennent en grand nombre sont bien moins estimées que les muscades de Banda; et elles ne sont destinées qu'à la consommation des habitants, ou au trafic de contrebande, lorsque quelques navires étrangers séjournent dans la baie; mais comme elles ne subissent point la préparation à la chaux, qu'on pratique pour les noix qu'on expédie en

Hollande, elles ne se conservent pas facilement dans les traversées : d'ailleurs, ramassées pour la plupart sous les arbres, elles sont le plus souvent piquées par les vers. Les plantations de muscadiers sont principalement à Banda, où il existe des forêts de cet arbre précieux, à Banda-Nera, et à Pulo-V'aë, qui est très-fertile. Banda possède le climat le plus meurtrier, et la plupart des Européens qu'on y envoie sont moissonnés en peu de temps : aussi a-t-on pris le parti depuis peu d'habiter Banda-Nera, et les habitants se rendent à l'époque de la récolte, cueillir les noix muscades. Les arbres qui les produisent sont plantés par longues allées ; et de même que les gérofliers, qui redoutent l'influence directe du soleil, les muscadiers (méritica aromatica) sont abrités de ses rayons par de grands arbres de canart, quon nomme protecteurs des muscadiers. Chaque arbre a son canari qui le couvre de son feuillage , et qui fournit en même temps'une amande délicieuse, dont on tire une huile butireuse aussi douce que celle de l'amandier du midi de l'Europe. Les noix sont vendues à l'administration d'Amboine, qui paie la livre peu de chose, et d'après un tarif. Elles sont emmagasinées dans le fort Victoria, préparées avec l’eau de chaux pour s'opposer à l'introduction des insectes et dessécher l’'amande, et envoyées en Hollande sur des navires de commerce expédiés à cet effet. L'excédant des noix destinées à la consommation annuelle des pays divers est brûlé, lorsqu'on

sont parvenues sans accident. Par ce moyen, le prix des mus-

recoit la nouvelle que les caroaisons expédiées en Europe y

cades se maintient au même taux à Amboine : les muscades achetées au gouvernement coûtent trois sous pièce, et on a supputé qu'il fallait environ quatre-vingt-dix noix pour faire une livre de muscades *.

1 Les Hollandais achètent quinze sous le cent des muscades aux cultivateurs.

Les arbres fruitiers sont nombreux ; on les cultive autour des cabanes, où ils forment des massifs qui contribuent à l'embellissement de la ville d'Amboine, en même temps que cette disposition fait ressembler cette ville à une immense bourgade. Ce mélange de végétaux à un agrément que rien ne peut remplacer, et les voyageurs en général ont été frappés de cette disposition dans les cités coloniales qui la présentent. Le bananier y est le végétal le plus commun, près de la porte des cabanes où il est planté par massifs ; et on en compte plusieurs variétés. La plus exquise est la petite figue banane, douce et sucrée, qu'on appelle bacove à Cayenne, et que produit le musa coccinea, où trogloditarum. L'ananas est très-parfumé, et plusieurs variétés y sont cultivées : deux espèces de canartum fournissent, l’un (c. commune) ses amandes très-douces, qui donnent une huile qu'on mange en place de beurre; l'autre (c. balsamiferum) produit une résine abondante, qu'on vend au bazar, par paquets renfermés dans des feuilles, et qui sert à faire des torches pour éclairer les cabanes, ou pour servir à la pêche. Le fruit rouge, nommé {omoutomou à Bourou, avec lequel on compose des confitures aigrelettes; le morinda citrifolia, dont on mange le fruit, négligé à Taiti, où il croit partout; le papayer ; une sorte de spondias {spondias monbin), dont la saveur approche de l'é-vy ou pomme de Cythère; la mangha; un petit fruit à plusieurs loges, de la famille des guttes, nommé lantsa ; le fruit de l'arbre à pain (artocarpus incisa), nommé bohon soukoum ; le jaquier { artocarpus integrifolia ) , nommé bohon nanka ; le pamplemousse *, le citronnier, sont les arbres les plus communs et les plus multipliés. Si à ce mélange pittoresque de végétaux exotiques on ajoute ceux dont les formes typiques sont entièrement opposées à celles-la, on ne peut se

1 Citrus decurmana, L.

dispenser de contempler avec plaisir le paysage nouveau qui en résulte. À Amboine, en effet, ont parfaitementréussi des arbres de climats lointains et opposés, tels que le caféyer d'Arabie, le jamrose de Malak , le célèbre litchi de la Chine { Euphoria punicea), le cacao d'Amérique ’, le citron à petits fruits de Chine, le blimbing (averrhoa bilémbt, L.), le rambountan des Malais (nephelium lappaceum , Lab.), le mangoustan (garcinia mangostana). Ces deux derniers fruits ne mürissent qu'en avril et mai. À ces brillants végétaux s'adjoignent le manioque /jatropha) , le cotonnier, le muscadier, la canne à sucre, le palmiste (areca oleracea), Varec (areca catechu), le sagoutier, le saguérus, le cocotier, latte, le grenadier, la vigne d'Europe, le tabac, et quelques autres dont nous n'avons pu avoir connaissance. Mais , malgré leur réputation, la plupart de ces fruits sont loin d'approcher de la saveur des nôtres, et quelquesuns déplaisent beaucoup lorsqu'on les goute pour la première fois. C'est ainsi qu'on s'accorde à regarder le litchi comme délicieux, tandis que nous ne lui avons trouvé qu'une chair mucilagineuse acidule, n'ayant rien de flatteur. Le litchi (scyrtalia, Gœrtn.) est un arbre élevé, d'un beau port, à feuilles entières, d'un vert lustré; les fruits forment des grappes lâches à l'extrémité des rameaux; l'enveloppe extérieure est rugueuse ; elle s'enlève facilement , et il y a dessous une pulpe fondante, enveloppant un noyau rouge. La grosseur de ce fruit est celle d'une prune moyenne.

Les Malais ont plusieurs plantes d'ornement qu'ils chérissent. La plupart sont douées des plus suaves odeurs, et servent au langage emblématique des belles et de leurs amants. Ils savent aussi en retirer des essences, dont les femmes s'enduisent les cheveux, et qu'on vend fort cher. Nous nous en procuràmes

1 Theobroma cacao, L,

plus de douze espèces, que le docteur Harloff nous désigna par leurs noms de Yyandana, pandang pudah, gandana, ambar, etc. Quant à la fameuse huile de Macassar, qu'on trouve à Amboine , d'où elle vient de Menado, c'est une huile de ben, colorée en rouge et rendue odorante par le bois de santal.

Les fleurs les plus brillantes et les plus suaves qui ornent les parterres sont : le Gardenia florida, arbrisseau qui prend une taille élevée; la rose de Chine (Aébiscus rosa sinensis), qui est éclatante par ses larges corolles pourpres; le sambac fnyctanthes sambac), le malaty, le champaca et tsiampaca /Michela), le henné {Lawsonia inermis), le buis de Chine / Murraya), et la carmentine panachée. Ce dernier arbuste est dans tous les jardins, ainsi que l'arbre triste {Plumiera obtusa), nommé koumbang , la poinciade, l'amaryllis, la pervenche rose, la gomphrena. On mentionne à Amboinele calambac ou bois d’aloès, mais sans que nous ayons pu nous assurer de son existence. Le dadap ou coton soyeux {asclepras) entoure toutes les cabanes, bien qu'on ne tire aucun parti de sa bourre satinée, si ce nest pour envelopper les coquilles fragiles. L'azédarach, ou lilas des Indes, y fournit une huile médicamenteuse.

6 XIL.

NOUVELLE-GALLES DU SUD ( NOUVELLE-HOLLANDE ). (Du 17 janvier 1824 au 20 mars suivant. )

OBSERVATIONS GÉNÉRALES D'HISTOIRE NATURELLE, FAITES PENDANT UNE EXCURSION DANS LES MONTAGNES-BLEUES |.

Nous ne donnerons, dans cet itinéraire, qu'une idée sommaire des productions animales qui sont propres au climat de

1 Publiées dans les {nn. des Sciences naturelles, en novembre 1825. Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I, Partie Il. 49

la Nouvelle-Galles méridionale, contrée si féconde en espèces intéressantes, et si riche en animaux encore peu connus ; le court séjour que nous avons fait au Port-Jackson ne nous permet point de développer des considérations étendues sur ce sujet, et nous ne pouvons qu'ajouter de légères glanures à tout ce que les voyageurs, nos devanciers, ont fait connaitre par leurs écrits. Les Anglais, qui ont formé une colonie brillante sur cette partie du globe placée aux antipodes de la France, sont dans une excellente position pour explorer ce pays avec un succès complet, et ne rien laisser à désirer aux naturalistes européens. Cependant, on ne voit pas qu'ils aient encore tiré parti de cette circonstancefavorable; et si on excepte Shaw‘ et Lewin*, dont les travaux sont estimables, aucun ouvrage spécial ne fait connaitre avec détail les richesses naturelles d’une contrée vierge et presque encore inconnue , notamment dans son intérieur. On doit beaucoup espérer du séjour que M. Mac Leay est appelé à y faire, et l'on doit regretter le départ du dernier gouverneur, le général Brisbane, qui cherchait à favoriser les naturalistes de tout son pouvoir, et qui nous accueillit avec une bienveillance dont nous nous plaisons à lui témoigner toute notre gratitude. Les travaux qui ont pour but les animaux de la Nouvelle-Hollande, sont consignés dans nos ouvrages classiques où dans des recueils scientifiques ; et chacun connait en Europe les importantes recherches de MM. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, de Blainville, La Billardière, Péron, Lesueur, Quoy et Gaimard, en France; et les travaux exécutés

en Angleterre par MM. Banks, White, Phillip, Latham, Knox, Home, Vigors et Swainson.

! Saw (Georges), Zoology of New-Holland. Lond., 1794, in-8°. 2 The birds of new south Wales, by John Lewin, in-4°, 26 pl. — On a du même auteur les Zépidoptères de la Nouvelle-Galles, 1 vol. in-4°.

ZOOLOGTE. 387

Dans cet itinéraire, nous suivrons l'ordre de nos campements et de notre marche à travers les Montagnes-Bleues. Mais avant d'aller plus loin, nous croyons devoir dire un mot de la manière dont on a franchi cette barrière, rendue fameuse par ce qu'en a raconté Péron, et par les tentatives que firent plusieurs Anglais pour l’escalader, notamment le célèbre Bass.

L'année 1813 fut très-sèche; les sources tarirent, l'herbe fut brulée, et le bétail périssait faute de nourriture. MM. Lawson, Blaxland et Wentwort se déterminerent à tenter le passage des Montagnes-Bleues pour chercher des prairies plus fraiches, afin de réparer les désastres de l'année. Ils traversèrent le Nepean, à Æmiou’sford, montèrent aisément le premier plan des Montagnes-Bleues ; puis ils sembarrassèrent dans de nombreux détours, et furent sur le point de renoncer à leur projet. Mais enfin leur opiniätre persévérance triompha, et après avoir descendu le Mont-York, ils découvrirent un pays riche et fertile, et revinrent à Port-Jackson annoncer cette importante découverte.

Nous avons toujours été étonné des difficultés que ceux qui essayèrent de traverser ces montagnes disent avoir éprouvées, car leur élévation est, dans le point culminant, de 2500 pieds environ, et les deux plans qu'elles forment se lient par des ondulations peu marquées, et ne doivent présenter quelque obstacle qu'au Mont-York pour descendre dans le Val de Clwyde. Il faut croire que tous ceux qui tentèrent l'entreprise dans les premiers temps de la colonie, aborderent les flancs roides et escarpés de la Glen du prince regent, qui est une vallée profonde, dont les murailles verücales devaient naturellement offrir des obstacles insurmontables, tandis qu'à une faible distance, il était facile de franchir les pentes déclives qui unissent les diverses rangées du premier plan des Montagnes-Bleues.

Munis d'un chariot et de guides, nous partimes, M. d'Urville

et moi, le 29 janvier 1824. Nous ne décrirons point Sydney, Paramatta et la ferme d'Emiow’s Plains, qu'encaissele Nepean, et que recouvrent aujourd'hui, en abondance, les céréales européennes. Cette belle et riche plaine est au pied des Montagnes- Bleues, à vingt milles de Sydney-Cove. Le sol est uniformément de grès ferrugineux, excepté à Prospect-Hill, où on remarque ce fait curieux d’une colline élevée, entièrement de doterite, dont le pied est enveloppé de grès, qui partout est uniformément de même nature. Dans les eaux fraiches et vives du Nepean, nous observames une très-petite cyclade qui y habite, ainsi qu'un unio. Une sarcelle voisine de la soucrourette, ou même identique avec elle, vit par troupes sur cette rivière, que les ornithorhynques n'habitent plus, ou du moins en si petitnombre qu'il est très-rare d'en rencontrer dans cette localité. En revanche les cacatoës à huppe jaune (psittacus cristatus, Latham) font retentir de leurs cris les arbres des alentours, où ils se perchent par bandes nombreuses, et nichent dans les trous ou les crevasses que présentent leurs troncs.

C'est en ce lieu que nous eùmes le regret de ne pouvoir tuer le singulier oiseau nommé vulgairement à Sydney le Fouet-depostillon, parce que son cri, que nous avons entendu souvent, imite à s y méprendre le claquement d'un fouet; c'est le musctcapa crepitans de Latham ou le psophodes des Anglais. Le choucari violet, le satin’s-birdou piroll velouté [kitta sericea) prédilecüonne également les hauts casuarina qui bordent le Nepean à sa sortie des Montagnes-Bleues.

Le 31, nous commençcames à monter le premier plan. Le chemin jusqu'à Spring-wood est en pente douce, et des forêts d'eucalyptus et de casuarina couvrent la surface entière des montagnes et les ravins qui les divisent. Le mimosa taxifolia,

espèce nouvelle de M. Cunningham, était en fleurs, et exhalait ? M. Lrssox.

l'odeur la plus agréable au milieu des buissons de Lambertia speciosa et de protea. C'est dans ce lieu qu'habitent principalement le mneénure*, (mænura magnifica; M. novæ-hollandiæ, Latham), dont la queue, remarquable par sa rare beauté, est l'image fidèle, dans les solitudes australes, de la lyre harmonieuse des Grecs. Cet oiseau, nommé /aësan de bois par les Anglais du Port-Jackson, aime les cantons rocailleux et retirés ; il sort le soir et le matin, et reste tranquille pendant le jour sur les arbres où il est perché. Il devient de plus en plus rare, et nous n'en avons vu, pendant toute la durée de notre séjour à la Nouvelle-Galles du Sud, que deux peaux, conservées par M. Lawson.

Nous arrivames au soir à Swamp, marécage étendu, où nous

dressämes notre tente. Nous observames dans ce lieu un grand nombre de corbeaux (corvus coronoides, L.), dont l'espèce parait différer un peu de celle d'Europe; un petit engoulevent à plumage très-agréablement peint {caprimulgus novæ-hollandiæ), et le scénque rayé (scincus nigro-luteus, Quoy et Gaimard)°. La chaleur pendant le jour avait été très-forte, et un épais brouillard s'étendit sur les montagnes aux approches de la nuit, qui fut très-froide. Le changement de température est extrémement brusque dans ces contrées.

Nous franchimes, le 1° février, ‘la chaine, nommée, à son point le plus élevé, Xing’s-table-land ; son élévation est de 2,727 pieds anglais *. Le grès est presque à nu de toutes parts; la végétation y est rapetissée et se compose de quelques espèces de casuarina et d'eucalyptus, et c'est en ce lieu que croit avec le plus d’abondance la jolie Patersonia glabrata (Brown).

1 La lyre est figurée, dans l'ouvrage de M. Vieillot, à la suite des oiseaux dorés, sous le nom de Parkinson, pl. XIV et XV, t. II, p. 30.

? Le phyllure ( Zacerta platura, Waire ) y est très-rare.

3 D’après la carte de M. Oxley.

Non loin de Xzng’s-table on découvre un riche vallon, encaissé par des murailles verticales, hautes de 676 pieds anglais, formées de couches régulières de grès : c'est la Glen du prince régent. De cet endroit, nommé #mphitheâtre de Pitt, la vue découvre à une grande distance les diverses ondulations de la chaine des Montagnes-Bleues ; des torrents de fumée s’élevaient de divers points des forêts, que l'insouciance des Sauvages incendie très-souvent. id

En nous rendant à Black-heath (bruyère noire), nous trouvàmes au milieu du chemin, dans un état d'engourdissement complet, le scinque jaune et noir du Port-Jackson, figuré dans l'Atlas zoologique de MM. Quoy et Gaimard. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que nous en trouvames un autre individu, dans le même état, quelques Jours a près, et que ceux que rapportérent les naturalistes de l'Urante furent ramassés dans des circonstances semblables.

Le mont York ou Coxe’s-pass est élevé de 3292 pieds anglais au-dessus du niveau de la mer; aussi, le sentier qu'il a fallu pratiquer sur le flanc escarpé de ce mont pour descendre dans le charmant va/ de Clwyde, est tellement roïde, que, quoiqu'on lui ait fait décrire quelques détours par un travail opiniâtre, c'est encore un point difficile à franchir, qui occasionne souvent des accidents; et il n’est pas rare que les voitures un peu chargées, ne puissent le monter qu'avec beaucoup d'efforts. Au mont York, distant de Sydney de 62 milles, cesse entièrement le terrain de grès, souvent ferrugineux, accompagne de fer hydraté colorant, et de fer oligiste en écailles brillantes disséminees, et alors commence jusqu'à Bathurst le terrain primordial, composé de roches granitiques etsyénitiques quartzifères. Ces roches sont alternantes dans le lit de Ætsh-river, avec un porphyrepetro-siliceux notrâtre quartzifère. Lessommets des montagnes après Coxe's-river sont revètus d'une pegrnatite commune stratifiée.

C'est dans le mont York qu'habite principalement l'échidné épineux (echkidna histrix, Cuv.), que les Anglais élèvent en domesticité pour le vendre fort cher aux naturalistes. Cet animal, dont l'habitude du corps se rapproche du hérisson, est pour cela nommé vulgairement Ledge-hog par les colons de la Nouvelle-Galles. Il se creuse des terriers, et n'aime point à sortir dans les temps secs : aussi est-il difficile de se le procurer pendant plusieurs mois de l'année, suivant ce que nous dirent les Convicts qui habitent le mont York. Il vit d'insectes et de légumes, et principalement de fourmis, qu'il ramasse avec sa langue à la manière des fourmiliers ; il pousse un petit grognement lorsqu'on l'inquiète, et ses habitudes à l'état de liberté sont peu connues. Nous n'avons pu obtenir aucun autre renseignement des gens du pays. Ce lieu, comme tous les environs du Port- Jackson, surtout les alentours de Botany-Bay, est infesté de serpents noirs (lack-snake), le plus redoutable des reptiles de cette contrée, celui dont le venin agit avec le plus de promptitude. On cite un grand nombre d'accidents graves survenus à la suite des morsures de cet acanthophis, remarquable par le noir brillant de la partie supérieure du corps, et par le rose agréable de la partie inférieure :.

On traverse Coxe’s-river, formée par la jonction de deux petits ruisseaux, sur des roches éboulées, d’un très-beau granite : cette rivière coule de l'Est à l'Ouest. Nous trouvâmes en ce lieu les grand et petit phalangers volants (petaurista taguanoides et p. sciurea, Desm.); à Yorks-bridge, nous tuâmes plusieurs espèces de philédons : ils vivent par troupes dans les grands eucalyptus. Nous nous en procurämies une espèce inédite, ainsi que le philédon tacheté (certhia novæ-hollandiæ, Latham), le ph. à

‘ C'est notre acanthophis tortor, Reptiles, pl. n° VI.

front blanc, le ph. grivelé, et le cap-nègre (certhia atricapilla, Latham ).

Le 3 février, nous atteignimes Æésh-river, où nous campämes dans l'intention de tuer des ornithorhynques. Les grandes sécheresses avaient tari le cours de cette petite rivière et diminué la hauteur de ses eaux : elle était guéable dans la plus grande partie de son cours. Les ornithorhynques, appelés vulgairement par les colons water-mole ou taupes d'eau, et mouflengong par les naturels, habitent ses bords en assez grande abondance, tandis qu'ils sont devenus très-rares sur les rives du Vepean. Ces animaux sont encore assez nombreux, dans la saison opportune, dans les rivières Campbell et Macquarie, et à New-Castle. Le paradoxal ’, ainsi fut nommé le singulier animal dont Shaw fit son genre platypus, et Blumenbach le genre orntthorhynchus, os égitimer ce nom par ses formes bizarres. M. Knox, lorsqu'il annonça sa belle découverte de la glande crurale , qui communique par un canal avec l’ergot dont sont armés les Hièds de derrière, fut attaqué avec virulence par un médecin du Port- Rep dans la gazette de Sydney. Le docteur Parmeter nia la glande et son conduit, et appuya son opinion de l'absence de tout exemple de M dangereuse connu dans le pays. Il avança que ces ergots, dont ne individus femelles sont toujours privés, servaient aux ler à saisir celles-ci et les rendre immobiles pendant l'acte de la génération. Les observations subséquentes ont réduit ces assertions à leur juste valeur. La couleur du pelage de l'ornithorhynque est ordinairement d’un brun

noir. Quelques variétés d'âge ou de sexe érigées en espèces ont

? Cons. PÉRON, Voyage aux Terres aust.; Desmaresr, Mamm.; Vanver- HOEVEN, ÎVov. Act. Acad. Cæs. Leop. Carol., tom. XI; Knox, Mémoires de la Société Wernérienne; les Annales des Sciences naturelles ; Everarn Homer, DE BLaAINviLLE, GEOFFROY SaiNT-HiLAIRE, etc., etc.

ZOOLOGIE. 398 une couleur fauve-rougeñtre. M. Murdoch, surintendant de la ferme d'Emiou-plains, nous assura avoir trouvé des œufs d'ornithorhynques de la grosseur et de la forme de ceux d'une poule domestique.

Après avoir attendu pendant plusieurs heures, dans une immobilité parfaite, si nous verrions paraitre quelques-uns de ces animaux, nous abandonnâmes les rives de Æish-River, et les petits rochers à fleur d’eau sur lesquels ils vont se placer lorsqu'ils sortent de leurs trous. Nous apprimes depuis, qu'à cette époque de l’année (janvier et février) l'ornithorhynque restait blotti dans son terrier, et qu'il ne paraissait qu'au temps des grandes pluies, qui, en faisant gonfler les eaux des rivières qu'il habite, l'en chassaient et le forcaient à se tenir sur la surface de l'eau et dans les joncs qui bordent les rives. M. le docteur Jamieson , qui habite Résent-Ville, et qui s'occupe à recueillir les productions de la Nouvelle-Galles du Sud, possède un assez grand nombre d'ornithorhynques conservés dans l'esprit-de-vin; il eut la complaisance de nous en promettre, mais il ne réalisa point sa promesse. Il est difficile aujourd'hui de se procurer cet animal, et les peaux qu'on achète dans le pays, mal préparées et non enduites de préservatifs, se détériorent aisément. Sur les eucalyptus des alentours de Æish-River, nous observames plusieurs gros martins-chasseurs (dacelo fulvus) qui produisaient un bruit assourdissant, accru.encore par les échos. Leur cri est aigre et prolongé, et ces oiseaux sont stupides et sans défiance.

Quoique les bords de #%sh-River soient assez agréables, ils offrent cependant cette monotonie qu'affecte partout la végétation de ces terres australes. À part une vingtaine d'espèces d'eucalyptus dont le faces est le même, on n'observe guère, et sans nulle variété, que des mimosa, des metrosyderos, des

protéa, des casuarina, et à peine quelques genres européens sur Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I, Partie IL. 5o

le bord des eaux’. On ne peut se dispenser de remarquer, en traversant les Montagnes-Bleues, la coupe similaire que la nature a donnée aux feuilles. Leur forme, excepté peut-être celle de quelques mimosa à expansions foliacées bipinnées , est généralement simple, plus ou moins sèche, roide, glabre. Elle semble les avoir accommodées à la sécheresse du sol, en leur donnant une direction oblique pour présenter le plus de surface à l'air qui doit fournir leur nourriture principale. La Nouvelle-Hollande a seule offert la singularité de montrer des feuilles entières ou des pétioles foliacés à des arbres qui partout se font remarquer par l'élégance extraordinaire de leur feuillage découpé. Une autre remarque, qui n'est point neuve, ilest vrai, est cette nullité absolue de fruits alimentaires dont sont dépourvues les Montagnes-Bleues , comme la surface entière de la Nouvelle- Hollande. A part la sorose d’une ronce voisine du rubus fruticosus, et une petite baie dont les Européens font une très-bonne confiture, et que produit le /eptomeria Billardieri de Brown, tous les autres fruits sont ligneux et coriaces. Aussi l'homme indigène a-t-1l été forcé d'habiter les bords des rivières et d'en suivre le cours en tribus nomades, à mesure que les ressources de la chasse ou de la pêche viennent à s'épuiser. De là découle cette absence d'art, cette barbarie profonde, dans laquelle sont plongés les hommes de race noire qui trainent sur ce sol une existence misérable voisine de celle des brutes. Quelle différence de la demi-civilisation des heureux insulaires de race océanienne, dont le sol, riche et fécond en fruits nutritifs, suffit pour assurer l’existence des peuples qui n’ont point à songer à conquérir par des fatigues leur subsistance journalière!

! Il en résulte que les forêts de l’Australasie ont un aspect triste, lugubre et comme embrumé.

Les eucalyptus qui couvrent les éminences avant d'arriver à Sidmouth's-W'alley ont cela de particulier que leur écorce est blanche, satinée, et déchirée par longues lanières, qui pendent aux branches et qui font un bruit particulier. Ils étaient le refuge d'une grande quantité de petites perruches vertes, à tête rouge, et de la grosseur d'un moineau (psittacus pusillus, Latham), qui criaient toutes ensemble au lever du soleil. En traversant Fish-River, à dix milles de la ferme Renneville, nous trouvames, dans les eaux courantes sur des galets de granite, un nombre considérable d'insectes du genre Gyrin, etune espèce de sangsue, dont le corps est brun, et recouvert de deux larges raies jaunes longitudinales. Cette annélide manifeste une grande avidité pour le sang.

Bientôt souvrit devant nous la plaine de Bathurst à droite, et celle de Macquarie à gauche. La première, au milieu de laquelle est situé l'établissement qui porte le nom du ministre actuel des colonies en Angleterre, est vaste, entièrement déboisée. Elle est recouverte de #naphalium et du xeranthemum bracteatum. Des nuées de criquets, dont les élytres produisent un cliquetis particulier, s’envolent à chaque pas. La caille australe (coturnix australis, Temm.) y est fort commune; sa chair, blanche et délicate, mais sans fumet, y est très-estimée. Nous vimes, sans pouvoir les tuer, plusieurs sortes d'autours et d'éperviers. Nous séjournämes à Bathurst pendant deux jours; M. Morisset, qui ÿ commandait, nous reçut avec urbanité, et nous facilita de tous ses moyens dans nos recherches. La plaine de Bathurst est arrosée par la rivière Macquarie , qui est la même que Æsh- River, ou la rivière de poissons, apres qu'elle a recu les eaux du Campbell. Son élévation au-dessus du niveau de la mer est de 1970 pieds anglais. Sa surface renferme 6000 âcres environ de

bonnes terres labourables ou de prairies, qui permettent d’éle- 5o.

ver un nombreux bétail. C’est là surtout qu'on a propagé les moutons de race espagnole, dont la laine est belle, mais n'a pu jusqu'à ce jour être transportée en Angleterre sans être avariée. À cent milles de Bathurst, dans l'intérieur, on a défriché la vallée de Wellington, où est établi un poste de Convicts incorrigibles. On a découvert dans le S.-0., bien au-delà du mont Molle, la substance minérale, dont la Nouvelle-Galles semble démunie, le carbonate de chaux (me stone), dont les Anglais éprouvent la plus grande nécessité dans la construction de leurs édifices, puisque la côte ne produit point assez de coquilles pour satisfaire aux besoins. Cet article était vivement désiré , et ce ne fut pas sans la plus vive satisfaction, qu'on trouva une caverne qui git au Nord à seize milles de Bathurst, et dont la voüte est tapissée de stalactites épaisses d'un albâtre calcaire, fournissant une chaux très-estimée, À dix milles de cet établissement, à Pine-ridge, on exploite une forêt entièrement formée de cèdres (callitris sptralis, Brown), dont le bois est excellent pour les constructions.

La rivière Macquarie, peu profonde et peu large, a ses rives couvertes de plantes européennes. On y trouve des potamogetons, des renoncules aquatiques, la salicaire, la samole, la verbena officinalis, le polygonum aviculare, ou une espèce très-voisine, etc., etc. Nous y trouvàämes des poissons qui forment deux genres nouveaux : la première espèce , nommée gryptes Brisbanu, de la famille des percoïdes, et la seconde espèce appelée Macquarta australasia. Is atteignent une grande taille, et leur chair esttres-estimée. Le gryptes a souvent trois pieds de longueur, et pres de soixante livres de poids. Une émyde (emys longicolles, Shaw), entièrement noire, à carapace très-aplatie, et à long col, habite aussi la rivière Macquarie. Cette espèce ne rentre point sa tête sous la carapace, mais elle la loge sur un des côtés, entre

cette partie et le plastron, qui fournissent ainsi un abri. La jolie rainette dorée de Péron, une physe (physa australis), et une lrmnée à test très-fragile, enrichirent nos collections.

Nous observaämes sur les bords de cette rivière une espèce de vanneau extrèmement défiant, que les Anglais nomment pluvier à ailes épéronnées, et qui doit étre probablement le pluvier frangé (charadrius pectoralis, Cuvier). Les colons connaissent sous le nom de serpent fil un reptile à corps srele et délié, dont la morsure est suivie d’une mort rapide, et on nous assura que des chevaux ne vécurent point au-delà de 15 à 20 minutes après un accident de ce genre. Nous ne pensons pas que ce serpent ait été mentionné par quelques voyageurs, .etil serait intéressant de confirmer son existence.

Nous n'avons pas cru nécessaire de nous étendre sur l'aspect du pays et sur ses divers accidents; ces détails ne seraient point ici à leur place : nous préférons rappeler brièvement quelquesuns des objets de zoologie que nous avons eu occasion de voir pendant notre court séjour à Sydney.

À en juger par son extérieur et par son intelligence, l'homme indigène semble avoir été disgracié de la nature et former un chainon qui le rapproche de la brute. Quoi qu'il en soit, le nombre des habitants du comté de Cumberland diminue rapidement, et ces hommes stupides, insensibles à tout ce qu'on a tenté pour leur mieux-être, n'ont pris des Européens que des habitudes vicieuses qui bâtent leur perte, telles qu'un gout désordonné pour les liqueurs fortes; la syphilis et la petitevérole ont ensuite porté sur eux leurs ravages. Si le nombre des indigènes diminue, celui des animaux décroit d’une manière remarquable, et l'époque n'est pas éloignée où toutes - les parties civilisées. seront dépourvues de kangourous, d'ornithorhynques, etc. Déja le casoar (casuarius australis , Shaw) n'habite plus la plaine des Émious, qui en était remplie. Cet

énorme gallinacé s'est enfui au-delà des Montagnes-Bleues, ou en dehors des limites de Cow-Pasture. Ce n'est plus qu'en domesticité qu'on voit le grand kangourou (4. labratus, Geoff.). Nous en observames plusieurs paissant en liberté dans le vaste parc de Rose-Hill à Paramatta, se relevant sur leurs pieds de derrière pour examiner ce qui se passait autour d'eux, et fuyant par bonds en s’élancant sur leurs courtes jambes de devant lorsqu'ils étaient inquiétés. Cet animal, dont Ia chair, dure et coriace, est peu estimée, puisqu'il ny a que les quartiers de l'arrière qu'on emploie pour faire des potages médiocres, se prive avec une extrême facilité. On nous en montra un au Port- Jackson qu'un soldat de la garnison avait élevé, et qui obéissait ponctuellement aux ordres de son maitre; il savait très-bien boxer. Ce kangourou montrait un grand courage, ne balancait pas à attaquer un chien, et se servait de ses jambes de derrière ou de sa queue pour frapper ceux quil voulait combattre, en s'élançant sur eux par un bond instantané et très-élevé. Avec son maitre, il se prétait au badinage, et jouait seulement avec ses deux jambes de devant, sans chercher à lui faire de mal. On apporte en abondance dans les marchés le kangourou à cou roux, que les naturels nomment oualabat (k. ualabatus, n. pl. VIL.), et parfois le potorou de White (kypsyprimnus White, Quoy et Gaimard), qui vit dans les lieux rocailleux et peu fréquentés. Cette espèce, qui court avec agilité, avait été tuée par notre maitre canonnier Rolland’; mais elle a été perdue dans le naufrage de M. Garnot. Les peramèles, nommés bandicout, paraissent exister dans les environs de Liverpool, ou du moins on nous en indiqua une espèce dans cet endroit, sans doute le perameles nasutus, Geoff.

Homme excellent, très-brave, plein d’ardeur et de zèle, qui nous a été fort utile par son adresse pour la chasse, et qui avait rendu plus d’un service à l’expe-

dition autour du monde, commandée par M. de Freycinet,

Nous n'avons eu occasion de voir des dasyures qu'en captvité : c'était celui de Maugé (dasyurus Maugei, Geoff.), figuré dans l'Atlas zoologique du voyage de l'Uranie. Les naturels détruisent une prodigieuse quantité de phalangers volants (petaurista taguanoides, Desm.), dont ils sèchent les peaux pour en faire de petits manteaux qui leur couvrent les épaules dans l'hiver. Nous en observämes plusieurs à pelage entièrement blanc.

L'espèce de chien sauvage (canis australasiæ, Desm.) que White a décrit dans son histoire de la Nouvelle-Galles ressemble au chien de berger. Son poil est rude, ses oreilles sont droites, et c'est la même espèce qu'on observe chez les nègres de la Nouvelle-[rlande et des iles Bouka et Bougainville. Ces chiens sont courageux, et vivent le plus ordinairement de crabes, de lézards qui courent sur le sol, ou de ce que la mer rejette sur le rivage. MM. Fréd. Cuvier et Geoffroy en ont donné une excellente figure dans leur bel ouvrage sur les mammifères.

Nous ne trouvames qu'une seule peau de wombat ou phascolome, à Sydney (didelphis ursina, Shaw; phascolomys wombat, Pér. et Les. ), animal qu'on n’observe que sur la côte Sud et dans les petites iles du détroit de Bass. La roussette à tête grise (pteropus poliocephalus) a été vue en abondance par M. Cunningham dans la région intertropicale de la Nouvelle-Hollande, ainsi qu'une espèce de crocodile, sans doute le bicaréné des Moluques.

La surface assez uniforme qui s'étend du rivage jusqu'aux Montagnes-Bleues, couverte de forèts aujourd'hui éclaircies et en partie abattues, renferme des buissons d'arbustes toujours verts, d'épacris, de xanthoræa, de Lambertia, ete. : c'est la demeure habituelle d'une foule de petits oiseaux à plumage vivement coloré, tels que le moineau astrild ou sénégali quinäcolore, Vieillot; le moineau webbung (/oxta bella, Lath.), la sittelle aux ailes dorées (sitta chrysopteros, Lath.), les jolies pardalotes (pipra punctata, Shaw), des soui-mangas de plusieurs

to) VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

sortes, la colombe lumachelle (c. chalcoptera, Lath.), la belle perruche omnicolore, Le Vaill, (ps. extmius, Shaw), nommée Rose-Hill par les colons, une espèce de coucou, le turdus punctatus, Shaw, et plusieurs rnuscicapa. Mais les plus jolis oiseaux, et en même temps les plus communs dans les buissons, sont sans contredit le traquet superbe (motacilla superba, Shaw), el la queue gazée (muscicapa malachura, Tatham). Nous vimes nager sur les étangs à Botany-Bay le cygne noir (anas plutonia, Shaw), qu'on élève en domesticité sous le nom de black swans. Ge

Le falco novæ-hollandiæ, à plumage entièrement blane, se tient dans la plaine. On nous en montra un individu qui avait des ondes grises-brunes sur le gris clair et cendré de son plumage. Dans les forêts et sur le sol, court la perruche ingambe, le ground-parrot des Anglais (ps. terrestris, Shaw). Cette espèce n'est point commune.

Les philédons habitent les Montagnes-Bleues , et vivent assez généralement réunis. Le corbi-calao est surtout d’une stupidité extréme. Les cacatoës de Banks (psittacus funereus, Shaw) ont des mœurs sauvages ,'et sont difficiles à approcher. Il n'en est pas de même du cassican flüteur (barita tibicen), dont les habitudes sont celles de nos pies, dont il a le plumage : comme elles, il apprend à parler et à siffler avec facilité. Le scytrops novæ-hollandiæ est plus difficile à se procurer, et nous en tuames un seul individu; mais en revanche plusieurs espèces de perruches vivent par troupes dans ces montagnes, surtout le louri des colons, le tabuan de Latham (ps. Pennantii, Shaw), qui a des mœurs sociales et vit par troupes, s'abattant par volées dans les lieux où elles trouvent leur nourriture. Il nous arriva d'en tuer un grand nombre sur le grand chemin de Bathurst, et chaque fois celles qui échappaient revenaient encore se poser dans le même lieu, où elles cherchaient des graines tombées

ZOOLOGIE. £ok

sur le sol. À Spring-Wood abonde l'espèce nommée blue mountain parrot (ps. hæmatodus, Gm.), qui ne s'éloigne que par une disposition légère du plumage de la perruche dite d'Æmboine (psittacus ornatus, Gm.). Les différences qu'elles présentent consistent en ce que celle de la Nouvelle-Hollande a la poitrine garnie de plumes rouges et jaunes, mais non bordées de noir; celles du ventre, au lieu d'être vertes et jaunes, sont d’un bleu céleste. Le perroquet Geoffroy ou le Bathurst, espèce ainsi nommée par les colons, a le plumage vert, la tête rose ou rousse (c'est le ps. personnatus, Shaw). La perruche d'£dwards (ps. pulchellus, Shaw) est très-commune, surtout dans la plaine, ainsi que celle de Latham (pséttacus discolor, Shaw ).

Parmi les oiseaux que nous nous procurames à Sydney, nous en mentionnerons quatre principaux qui provenaient de port Macquarie, situé par 31° 24 de lat. S. Le Xing’s' parrot (platycercus cœruleus, Vigors), ou perroquet à croupion bleu de Levaillant, non dénommé dans les galeries du Muséum. Ce bel oiseau, de la taille du petit Jaco gris, a la tete, le cou et le ventre de couleur rouge très-vive. Les plumes des ailes, du dos et du dessous de la queue sont d'un vert foncé, plus clair en deux endroits sur les ailes. Celles qui revètent le croupion sont d'un très-bel azur. La queue est étagée, aussi longue que le corps; les plumes anales sont vertes, bordées de rouge ; le demibec supérieur est rouge, et noir à la pointe.

Le loriot prince-régent (ortolus regens, Quoy et Gaimard), que Lewin a nommé melliphaga chrysocephala, et dont la place est débattue entre les philédons et les loriots, est le type du genre sericulus de M. Swainson. Le port de cet oiseau en effet est tout-à-fait celui d'un loriot; mais sa langue, d'après ce que

Ancien gouverneur de la Nouvelle-Galles.

Voyage de la Coquille. — Z. Tom. T, Partie IL. 51

4o2 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

nous à dit formellement M. Fenton', qui en a disséqué plusieurs individus, est terminée par un pinceau. Cette disposition semble avoir été donnée à certains genres d'oiseaux de la Nouvelle-Hollande, dont l’organisation serait ainsi accommodée à la manière de vivre que leur impose la nécessité, celle de sucer les fleurs ou les nectaires des arbres des forêts. Aussi trouvet-on cette particularité chez un grand nombre d'oiseaux de la Nouvelle-Galles, et mème chez diverses perruches. Lewin a figuré ce séricule dans sa première planche, sous le nom de Xrng's honey sucker; MM. Quoy et Gaimard, dans leur zoologie, M. Temminck, dans ses planches enluminées, en ont donné d'excellents portraits. Cet oiseau, sans être rare à Sydney, s y vend fort cher, parce qu'il est très-estimé des Anglais. Nous avons apporté le male et la femelle qui sont déposés au Muséum.

Le troisième et le plus rare des oiseaux que nous nous procurames de port Macquarie, où on en avait tué plusieurs quelques mois avant notre arrivée, est l'épimaque royal (epimachus regtus). Ce magnifique oiseau, au port des épimaques, et à la richesse de leur vestiture, ne Joint point comme eux et les oiseaux de paradis, dont il a la richesse, les plumes accessoires qui, sous diverses formes, ornent si élégamment le plumage des espèces que nous venons de mentionner. M. Swainson trouva dansles tarses de cet épimaque l'organisation de ses nelliphagide, et crut devoir proposer le genre ptiloris pour cette espèce, qui présente tous les caractères des épimaques, et surtout ceux du promefil. C'est à côté de ce dernier oiseau qu'il a été rangé dans les galeries du Muséum. M. Swainson regarde son genre ptéloris*

: Chirurgien aide-major au quarante-huitième régiment d'infanterie.

> Il est probable que la langue du ptiloris est terminée par un pinceau; mais on doit croire que cette organisation est également propre aux épimaques, quoique quelques auteurs indiquent que la pointe de cet organe est cartilagineuse.

ZOOLOGIE. 403 comme le passage des promerops et des paradisiers à ses mellrphagideæ. N'a nommé ptrloris paradiseus notre epimachus regius, qu'on appelait vulgairement à Sydney rfleman, en mémoire d'un soldat qui en tua six ou sept individus dans un voyage dans l'intérieur de la contrée. Voici la description de notre espèce faite à Port-Jackson :

L'épémaque royal a la taille d’un geaï. Son bec est noir, courbé, denté sur le rebord de la mandibule supérieure, mais faiblement, de la longueur de celui du promefil. Le dessus de la tête est recouvert de plumes écailleuses, d'un vert bleuâtre métallique. Une cravate triangulaire revèt le cou et la gorge, en formant un plastron de plumes écailleuses, brillantes, d’un vert émeraude, prenant aux reflets de la lumière diverses teintes chatoyantes et métalliques. La forme de ces plumes est triangulaire ; elles sont de couleur vert-olive mat et comme frangées sur les bords, tandis que leur portion centrale est éclatante. Les plumes qui revêtent le corps de l'oiseau, sur le dos, les ailes, ont la douceur du velours noir, dont elles affectent la couleur et l'aspect; mais exposées diversement au jour, elles prennent la teinte la plus riche d'un velours noir-ponceau. Le ventre est également recouvert de plumes écailleuses, à teinte de cuivre de rosette, mais plus terne que celles du cou et de l'occiput. La queue est courte, carrée, à plumes vertes dorées. Les pieds sont noirs et munis d'ongles crochus.

M. Swainson a décrit la femelle, que nous ne connaissons que par lui. Autant la livrée du mâle est splendide et remarquable par son luxe, autant, à ce qu'il parait, la vestiture de celle-ci est simple : elle est de couleur brune roussitre.

La phrase de ce bel épimaque peut être tracée ainsi : Corpore atro purpurascente ; capite pectoreque smaragdo-virescentibus ; abdomine æris viride; hypochondrium pennis longioribus nulles ;

rostro et pedibus nigrts.

bre

Nous eùumes occasion de voir chez un officier de la garnison, qui les conservait en vie, deux chouettes”, le mâle et la femelle, qu'on avait pris à quarante milles de Sydney, au nouvel établissement de Vew-Castle, il y avait à peine quatre mois. Voici la description que nous en traçàmes sur les lieux. Ce mush-owl° a la taille du moyen duc. La tête est arrondie, sans aigrettes, à collerette circulaire, très-fournie sur le rebord, de couleur rougeûtre, noirâtre ou tachée de noir près le bee, qui est blanchàtre; œil et iris noirs, plumes de la partie supérieure du corps soyeuses, brunes, à flammes blanchâtres, striées ou marquées de points jaunàtres ; abdomen de couleur jaune très-pâle , avec des taches brunes, arrondies, peu sensibles sur Le fond du plumage; queue rayée de noir, avec des lignes sinueuses ou parallèles, jaunes, blanches et brunes; les ongles allongés, blanchâtres.

Enfin, pour terminer cette rapide esquisse, les environs du Port-Jackson nous ont fourni en espèces nouvelles un faucon, une pie-grièche, un grand cassican gris des Montagnes-Bleues, deux muscicapa, un philédon, un pouillot et un coucou trèspetit.

S'XTIT.

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