ARRIVÉE AU MOUILLAGE DE LA CONCEPCION
Lorsque nous eumes. dépassé l'ile Santa-Maria nous mimes en panne pour attendre lejour , et le 20 janvier, à quatre heures du matin, nous forcâmes de voiles pour rallier la terre. Nous fümes bientôt en vue des côtes de la Concepcion, qui sont par-
tout élevées et en général saines , et nous reconnümes ensuite
les deux montagnes qui signalent l'embouchure de la rivière Bio-Bio; le petit port Saint-Vincent, etla presqu'ile de Talcahuano qui forme la partie occidentale de la baie de la Concepcion. Mais alors le vent du Sud , qui nous avait poussés jusque-là avec rapidité, tomba tout-à-coup, et nous restämes en calme au milieu d’une multitude d'oiseaux pélagiens. La mer se montra parsemée de taches jaunâtres et sanguinolentes, de méduses , d’anatifes et de nombreux paquets de fucus. Quelques baleines la sillonnaient, entourées de troupes de marsouins d’un gris de fer éclatant. L'ilot de Quebra-Ollas était occupé par des légions de phoques qui, soulevés sur leurs nageoires et la tête relevée,
semblaient humer l'air du matin réchauffé par le soleil, dont
les premiers rayons doraient en ce moment les crètes des rochers qui leur servaient de refuge. |
Ce ne fut quà une heure de l'après- midi que nous pûmes doubler l'ile Quiriquina, dont nous contournâmes de très-près la pointe Nord en sondant sur douze brasses fond de roches. De là notre vue embrassait toute l'étendue de la baïe de la Concepcion, où régnait le calme le plus parfait. Ce repos de l'atmosphère nous exposa subitement à une température élevée que nous n'étions plus habitués à supporter. Le thermomètre
Voyage de la Coquille. — HxDproGrapure, 16
Janvier
rab __ VOYAGE AUTOUR DU MONDE. .
qui, la veille, était au large à 12 et 13°, monta tout-à-coup à 22° à l'ombre, et à 45 au soleil; et quinze jours auparavant, nous naviguions encore dans les mers du cap Horn exposés
aux rigueurs d'un chmat tout opposé. Il fallut néanmoins braver
l’action de cette chaleur étouffante pour avancer vers le mouil-
lage, qui est au fond de la partie méridionale de la baie. Les
embarcations furent mises à la mer, et la corvette conduite à la
remorque, mais cette opération fatigante ne nous fit franchir
que la moitié de la distance que nous avions à parcourir ; nous
allions enfin élonger des ancres à jet pour nous touer, quand,
à cinq heures du soir, une brise du $S.O. s'éleva et, après plu-
sieurs bordées , nous porta devant le village de Talcahuano, où
nous laissämes tomber l'ancre par quatre brasses fond de vase.