PRÉFACE
Le gouvernement, en ordonnant la publication des travaux du voyage de M. le capitaine de Freycinet, sur la corvette l’Uranie, imposa aux médecins de l’expédition la tâche de faire connaître au monde savant leurs découvertes en histoire naturelle. On suivit, à l'égard de l'expédition de M. Duperrey, les mêmes errements; et par suite on nous chargea, M. Garnot et moi, de rédiger la plupart des observations zoologiques faites pendant la campagne de la corvette /a Coquille.
Nos lecteurs nous tiendront sans doute compte des efforts constants qu'il nous a fallu faire pour répondre à l'attente et du ministère de la marine et des savants. La vie de mer n'est point propre aux recherches d'érudition, et ce n'est donc que par des travaux opiniatres que nous avons pu nous mettre au courant des sciences naturelles, et suivre leurs progres, aujourd'hui surtout que chaque peuple de l'Europe envoie des voyageurs pour parcourir le globe, et que leurs observations sont publiées dans mille ouvrages, et surtout dans des recueils périodiques sans nombre. Le désir de remplir avec quelque distinction la tâche imposée à notre zele a soutenu notre ardeur, et la
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seule récompense que nous puissions ambitionner pour des travaux étrangers à nos devoirs, est qu’ils ne soient point au-dessous de ce que les naturalistes ont le droit d’en attendre. Nous devons ajouter encore que, bien que nos collections aient été nombreuses et variées, elles furent le résultat de nos propres ressources individuelles, et qu’elles n'occasionnérent aucune dépense à l'expédition.
Le ministère de la marine n'ayant pas jugé à propos de placer sur la corvette {a Coquille des naturalistes de profession, nous dümes, au moment du départ, assigner à chacun de nous les diverses branches que nos recherches devaient plus exclusivement embrasser. Ainsi, M. d'Urville, second officier de l'expédition, déja avantageusement connu par des publications estimables, se réserva la Botanique et l'Entomologie; et M. Garnot, docteur en médecine, chirurgien-major de la corvette, désira se livrer exclusivement à la Mammalogie et à l’Ornithologie. II nous échut donc en partage les branches nombreuses et encore peu exploitées qui n’entraient point dans les goûts de ces deux officiers, en y joignant de plus la Géologie.
Appelé bientôt à diriger une nouvelle expédition dans l'Océan Pacifique, M. d'Urville, lors de la publication des matériaux apportés par la corvette /a Coquille, se vit dans la nécessité d’en confier la rédaction à diverses personnes; et c’est ainsi que MM. Bory
PRÉFACE. il] de Saint-Vincent et Ad. Brongniart eurent à faire connaitre les plantes nouvelles du voyage, et que M. Latreille, qui s’adjoignit M. Guérin, dut mettre au jour les descriptions des insectes alors inédits.
M. Garnot, dont le zèle et l’ardeur étaient à toute épreuve, fut atteint, sur la côte du Pérou, d’une dysenterie des plus graves, en mars 1823; et cette redoutable affection, prenant un caractère chronique, le contraignit à débarquer au Port-Jackson de la Nouvelle-Galles du Sud, en janvier 1824. Bien que souvent, dans ce laps de temps, des rechutes aient menacé sa vie, il ne cessa pas de s'occuper de ses collections, et des préparations nombreuses que les chasses journalieres de plusieurs des gens de léquipage nécessitaient. Mais, enfin, il dut songer au retour, et quitter une expédition qui devait encore explorer des parages insalubres, et sillonner le grand Océan pendant près de deux années. En abandonnant /4 Coquille, M. Garnot emporta avec lui la plus grande partie des collections réunies jusqu’à ce jour; elles formaient plusieurs grandes caisses que nous espérions voir arriver dans notre patrie comme les prémices de nos travaux. Mais vain espoir! en s’embarquant sur le navire anglais le Castle-forbes, notre malheureux collègue devait faire naufrage (juillet 1824) au cap de Bonne-Espérance, et perdre en un seul jour le fruit d’une année de persévérance et de soins. Heureux, toutefois, qu'il n'ait point été victime de ce funeste accident.
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Enfin réunis après des contrariétés longues et imprévues, nous espérions, M. Garnot et moi, publier en commun les observations que nous avions pu faire isolément dans le voyage. Mais, appelé après quelque temps de séjour dans la capitale, à la place de chirurgien en chef de l'ile de la Martinique, M, Garnot nous remit divers Mémoires qu'il avait rédigés, en nous priant de les insérer textuellement, et sous son nom, en nous laissant par conséquent responsable de nos propres travaux. Nous avons donc dù apposer le nom de leurs auteurs aux divers articles qu’on trouvera dans les deux volumes de cet ouvrage, où ils sont insérés à leur place naturelle, et au milieu de Mémoires sans signature, dont nous réclamons ici la propriété .
Les limites que nous a fixées l’ordre de publication de tout l'ouvrage, ne nous ont pas permis de passer en revue toutes nos découvertes. Nous avons dù faire un choix, et n'offrir au public que les faits les plus neufs et les plus saillants dans l'état actuel de nos connaissances, et négliger par conséquent cette quantité de détails partiels qui concernent des objets déja signalés, quelqu'imparfaites qu'en soient les descriptions.
Paris, janvier 1828. LESSON.
: M. le colonel Bory de Saint-Vincent doit publier les Pokpyers recueillis dans le voyage, et M. Guérin donnera un travail étendu sur les Zrsectes et sur les Crustacés. RTS