VIII
BAIE DOFFACK (ILE DE WAIGIOU ).
( Du 6 septembre 1823 au 16 du même mois.)
L'ile de Waigiou, placée au Nord de la Nouvelle-Guinée, fait partie de l’ensemble des iles connues sous le nom de Terres des Papous. Les habitants sont un mélange de Malais purs et de métis, provenant du croisement des Malais et des Papouas. Les vrais indigènes sont, dit-on, relégués dans les montagnes, où ils vivent isolés et sans communication avec les riverains, qui les nomment Alfourous. Le nom de Waigiou a été orthographié de bien des manières, et presque toujours on n'a tenu aucun compte de la prononciation des naturels : ce nom, d'ailleurs, nest jamais donné à l'ile entière, mais seulement à sa partie boréale ; car la portion méridionale est appelée Ouarido, et, pour rendre en français le son que les Papous articulent, il faudrait écrire Ouaighiou. Cette ile avait déja été visitée par plusieurs navigateurs européens. Forrest s’y présenta le premier, en 1775; plus tard elle recut les navires envoyés à la recherche de l'infortuné La Pérouse, sous le commandement du général d'Entrecasteaux ; puis la corvette / Urante , montée par M. de Freycinet, et enfin notre vaisseau. La latitude de la baie d'Offack, presque directement placée sous l'équateur, se trouve être par une minute 46 secondes S., et par 128 degrés 22 minutes 39 secondes de longitude orientale.
Montueuse au centre, couverte de vastes marécages sur les bords, l'ile de Waigiou, placée directement sous l'équateur, éprouve des chaleurs énormes qui ne sont tempérées dans leurs effets que par des pluies abondantes, condensées par les sommets des montagnes sans cesse enveloppés de nuages. Ces averses se renouvellent plusieurs fois dans le jour, avec une force dont il est difficile de se former une idée dans les régions tempérées, et cessent avec la même rapidité qu'elles sont venues. Il parait que la plus grande partie de la population réside non loin de l'ile Rawack ; mais à peine existe-t-il trois ou quatre cabanes sur les bords de la baie d'Offack, baie qui se divise en plusieurs bras de mer considérables, présentant eux-mêmes un grand nombre de petits havres. Les vents qui régnèrent pendant notre séjour soufflèrent le plus ordinairement de l'Ouest, et plus spécialement du S.-O0., du S.-S.-O. et de l'O.-S.-0. Le milieu de la journée était ordinairement marqué par des calmes parfaits. Un seul jour, nous ressentimes une forte brise du Nord, qui ne dura que quelques instants : la surface de la baie fut toujours unie. Le baromètre se maintint ordinairement à vingt-huit pouces 0, 4, et monta une seule fois à 28 pouces tr, 2; le thermomètre centigrade donna pour maximum 3 1 °, et ne descendit jamais plus bas que 27 à midi et à l'ombre. La température de l'eau ne variait de celle du jour à midi que d'un degré en moins à minuit, et était de 29 à 28 degrés. L'hygromètre à cheveux varia de 104 à 106 , et ne donna 96 qu'une fois. Nous n'eumes que quelques jours exempts de pluie; le plus ordinairement les grains, en passant sur quelques parties de l'ile, tombaient avec violence l'espace de deux ou trois heures; puis le ciel paraissait de l’azur le plus pur. Toutefois le sommet de la montagne nommée {a Corne de Buffle était presque toujours enveloppé de masses épaisses de nuages ; et les vapeurs qui
s'élevaient des gorges de ce mont tourbillonnaient ‘au-dessus des arbres comme de la fumée.
Les rivages du port d'Offack recoivent un grand nombre de petites rivières qui sont alimentées par d'abondantes sources ; quelques-unes de celles-ci descendent des cimes des montagnes ou des ravines, en formant des cascades très-hautes. La mer remonte assez loin dans plusieurs de ces rivières, dont les bords sont très-limoneux. Les Papous bâtissent leurs cabanes sur leur cours sans redouter les crocodiles qui les habitent ; ils se servent de leurs canaux divers pour communiquer entre eux à l'aide de pirogues. Tout le littoral de Waigiou, malgré l'épaisse végétation qui le recouvre, n'est qu'un marécage fangeux où croissent de hauts palétuviers ; la profonde humidité et les miasmes délétères qui règnent dans ces lieux y font éclore de nombreuses maladies, qui ne manquent point de sévir sur les Européens, et qui portent aussi leurs ravages sur les naturels.
La formation rocheuse de l'ile Waigiou est fort remarquable ; elle s'éloigne tout-à-fait du caractère de la Nouvelle-[rlande, au moins sur les rivages : caë on a du voir, par les passages précédents, que le terrain flanqué sur le pourtour du Port-Praslin était d'un calcaire madréporique dur, avec des coquilles, et parfois des grains spathiques, tandis qu'on n'en observe aucune trace à Waïigiou, ou du moins sur la côte Nord, et dans la baie d'Offack. Cette ile, par sa position, comme par les bouleversements nombreux dont elle offre des traces à chaque pas, a du appartenir aux grandes masses de terres situées sous l'équateur, et qui composaient, avec les Moluques et la Nouvelle-Guinée, un tout continu jusqu'à la Nouvelle-Hollande. Cette idée, du reste, n'est qu'une supposition ; mais les faits les plus positifs prouvent que la surface entière de Waigiou a été torturée par des éruptions volcaniques, dont les débris, bien que voilés au-
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jourd'hui par une végétation pompeuse, se montrent en abondance. D'ailleurs on ne saurait méconnaitre cette formation, en observant les aiguilles basaltiques de Poulo-een, et des mille ilots qui saillent çà et là du sein de la mer comme des colonnes prismatiques, et sur le sommet desquels croissent en abondance des bouquets verdoyants et touffus. Les roches à nu ne se montrent parfaitement bien que dans la passe haute et étroite qui sert d'entrée au port d'Offack. Là, ces roches, déchiqueoées de
veines rouges; mais elles sont surtout à découvert dans une pe-
tées par le temps, affectent des couleurs noirâtres, mélan
tite ile placée au milieu de la baie , et que nous nommons l’/{e aux tombeaux. Partout la nature de ces rochers est identique, et contient une grande quantité de serpentine. Sur les rivages battus des vagues, on trouve des amas de puddings formés par l'émiettement et la brisure de ces roches, et réunis par un ciment calcaire assez tenace : ces puddings n'ont guère qu'une trentaine de pieds d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Sur les grèves, enfin, on ramasse en abondance les ponces que les flots y ont déposées. Le sol, sous les vastes forêts de l'ile (car la végétation sur toutes ces terres ne cesse point d'envahir même les rochers les moins convenables pour qu'elle puisse s'y développer), le sol est le plus ordinairement composé d'une argile très-rouge. Les pitons des montagnes présentent parfois des emplacements décharnés, que leur couleur noire porterait à supposer de nature basaltique. La Corne de Buffle est la montagne la plus remarquable de Waigiou; elle tient à une chaine qui se dirige de l'Est-Sud-Est à l'Ouest-Sud-Ouest, et sa hauteur serait de 485 toises d'après les calculs des officiers de l'expédition. Vue de la haute mer, Waigiou ne parait être qu'un pâté de verdure ; et cependant on remarque peu de variété dans ces arbres gigantesques, qui se pressent et s'élèvent les uns sur les autres. Leur masse de feuillage interceptant le passage de
l'air et des rayons lumineux, la surface de la terre ne présente point de ces herbes humiles , si nombreuses dans les zones tempérées, ou dans les forêts de certaines parties du Brésil. La riche tribu des palmiers se compose d’un grand nombre d'espèces: parmi les plantes les plus communes, se font remarquer les lataniers, que leurs feuilles flabelliformes dessinent si bizarrement dans les paysages torridiens; les figuiers, les poivriers, les filaos indiens, les calophyllum , les mimeuses, les vaquois, les cerbera, les Scævola , les ignames, les ananas, les arum, les banamers, les cucurbitacées, les cycas, les mangliers, les sagouïers, etc. Les menues herbes consistaient en liserons pieds-de-chèvres, en graminées ou cypéracées, en acanthe à feuilles de houx , en amarantes, en casse à corymbes, en nepenthes, en amomum, en epidendrum, recouvrant les troncs mousseux des gros arbres, et singuliers par la vivacité infinie de leurs formes et de leurs fleurs. En général, la botanique de Waigiou diffère peu de celle de la Nouvelle-frlande, et a un grand nombre de traits de ressemblance avec celle d'O-Taïti et de Borabora. Parmi les végétaux usuels et alimentaires, le palmier sagou tient le premier rang. La moelle interne, répandue dans le stipe, fournit ces grains féculents avec lesquels les naturels composent des galettes plates et quadrilatères, qui leur servent de pain, et qu'ils cuisent dans des sortes de petits fours en briques divisés en compartiments. Les noix des muscadiers sauvages seraient peutètre susceptibles de prendre par la culture quelque développement, et pourraient sans doute s'améliorer. Les arts trouveraient aussi dans cette ile des bois propres à l'ébénisterie, et le teck (tectona grandis) fournirait d'immenses ressources aux constructions navales.
Pour obtenir des habitants les productions du pays, il suffirait d'y porter des toiles peintes, des étoffes à fleurs, ou colorées en rouge. On se procurerait en échange des peaux
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d'oiseaux de paradis, de la nacre, des perles, de l'écaille de tortue, des trépangs, de la muscade et de la résine #7. Cette derniere matière sert aux Papous à faconner des torches avec lesquelles ils vont à la pêche pendant la nuit, et s'obtient du Damara resinifera de Lambert, ou du Canarium suivant Lamarck.
Le règne animal de Waigiou doit ètre riche en espèces : mais nos courtes relàches et notre connaissance imparfaite des localités ne nous permettent d'en juger que par analogie. Parmi les mammifères, nous croyons qu’on doit citer le babi-russa; malheureusement ce n’est encore qu'un doute assez fondé, que les voyageurs futurs éclairciront. Nous ne renconträmes qu'une fois, en nous rendant vers l'isthme étroit qui sépare le havre d’'Offack de la baie Crouzol, un petit quadrupède à pelage gris, nommé Xaloubou par les Papous, que la mère venait d'égarer sans aucun doute, à en juger par son jeune âge, et qui, à la taille d'un rat, joignait le museau pointu et la poche marsupiale des sarigues. Nous avons décrit ce singulier didelphe à la note de la page 123, sans lui assigner de nom générique. Depuis, en étudiant l'animal nommé verra gymnura par sir Raffles, et en proposant d'en créer un genre distinct ‘ sous le nom de gymnura , et d'imposer
! Sir Raffles ( Catalogue d’une collection faite dans l’ile de Sumatra , inséré dans les Trans. Soc. Linn. Lond., tom. XIII, p. 272, en add.) dit : « J'ai reçu un «animal nouveau très-singulier, qui se rapporte aux viverres par le nombre des «incisives, mais qui en diffère par leurs proportions et leur disposition, et qui a « la queue nue comme celle d’un rat. S'il doit être considéré comme une espèce du « genre viverra, on doit lui approprier le nom spécifique de gymnura. Or...» suit la description de ce singulier mammifère, d’ailleurs très-bien dépeint, et que sir Raffles croit être identique avec le tikus ambang bulan de l'intérieur de Malacca, découvert par le major Farquhar. Dans notre Manuel de Mammalogie, publié le ro mai 1827, nous avons regardé comme type d'un nouveau genre cette viverra gymnura de sir Raffles, en lui donnant le nom de gymnura Rafflesii. Dans le Zoological Journal (n° 10, avril à septembre 1827 ), nous retrouvons, page 246, l’adoption du genre
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à l'espèce de Sumatra le nom spécifique Aafflesii, nous avons reconnu que notre kalubu était une deuxième espèce du même genre, et devait être nommée gymnura kalubu, et prendre place, dans les tableaux méthodiques de mammalogie, à côté des sarigues, dont ce genre serait le vrai représentant dans l’ancien Monde.
Les phalangers à queue prenante ou couscous ne sont pas rares dans les bois. Déja nos collègues dans la précédente expédition s'en étaient procuré quelques individus , et les naturels nous apportèrent plusieurs fois à bord le couscous tacheté , qu'ils nomment schamscham, et dont nous avons inséré la description à la page 150, et donné la figure à la planche IV.
L'ornithologie est une des branches de l’histoire naturelle qu'une longue relàche dans l'ile de Waigiou enrichirait le plus. Elle se compose de ces espèces rares et précieuses, communes sur le système de terres des Papouas, tels que les oiseaux de paradis, qui ne s'y présentent d'ailleurs que dans certaines saïsons. Le paradisæa apoda ou l'émeraude , le manucode , le magnifique , le paradisier rouge , y sont les plus communs. Nous tuàmes la femelle de cette dernière espèce, inconnue jusqu'à nous , et que nous avons fait figurer à la planche XX VIT.
La famille des psittacidées nous offrit les loris papou, vert, tricolore’ ou à tête noire; la perruche d'Amboine, ou à face bleue; le
gymnura et la dénomination de Rafflesüi, sans aucune citation de la part de MM. Vigors et Horsfield de notre nom, bien que ces messieurs n'aient point ignoré l'existence du Manuel, dont il est inséré une critique dans le numéro suivant du même Journal.
t Ce joli oiseau, que les Papous et les Malais élèvent en domesticité pour en vendre des centaines aux Européens, vit par grandes troupes dans les Moluques orientales, et surtout à la Nouvelle-Guinée, où il s'appelle maniohouire, et savou- Jesse dans quelques cantons. On ne peut le conserver en vie, car il meurt de spasmes auxquels il est très-sujet. Sa nourriture de prédilection est le miel, qu'il puise au fond des corolles d’une espèce d’eugenia à fleurs rouges très-brillantes: Ces arbres étaient parfois remplis de loris tricolores et de soui-mangas.
ZOOLOGIE. 355 microglosse goliath;le grand cacatoës à huppejaune,;etuneespèce de lori noir‘ inédite, que nous avons nommée lori deStavorinus, psittacus Stavorini, parce que ce navigateur nous paraît l'avoir mentionnée dans la relation de son voyage aux Indes orientales. Le lori de Stavorinus est de la taille du tricolore, auquel il ressemble aussi par les formes corporelles. Son plumage est en entier d’un noir lustré uniforme , excepté sur l'abdomen où règne un rouge vif qui s'étend jusqu'à la poitrine. Le seul individu que nous achetâmes à un Papou a été perdu dans le naufrage de M. Garnot, au Cap. Parmi les pigeons, nous citerons de belles colombes muscadivores, dont plusieurs étaient privées de la caroncule noire et arrondie que présentaient le plus grand nombre des espèces. Cet organe, entièrement graisseux , ne doit s'élever sur la base de la mandibule supérieure qu'à l'époque des amours, et peut-être chez les femelles seulement ; et la peau qui se distend pour recevoir ce fluide, résultat d'une vie en excès, doit, après la fécondation , se dissiper, se racornir, et ne plus paraitre au-dessus des narines que comme une légere fronçure cutanée. À Waigiou , nous rencontrames aussi des individus de la columba puella de la Nouvelle-Irlande, le ptlinopus kurukuru, et le goura, ou pigeon couronné des Moluques * (columba coronata, 1), oiseau stupide, mais dont la chair est exquise. Le mégapode Freycinet* est singulièrement multiphé à Waigiou. Les Papous nous en apportaient journellement à bord, qu'ils échangeaient pour des bagatelles; mais leur
chair est loin d'être délicate , car elle est sèche et coriace: Les
© Forrest indique aussi un lori noir dans son Voyage a la Nouvelle-Guinée.
? Ce bel oiseau est figuré dans Temminck, pl. 1°. La figure de Buffon, enl. 118, est très-mauvaise. Le dessin de Sonnerat, déposé au Muséum, dans les manuscrits de Commerson, n’est pas meilleur.
$ Megapodius Freycinetiü. Quoy et Gaimard, Zool. de l’Uranie, pl. XXXII, et Temm., pl. CCXX.
accipitres ne nous donnèrent qu'une espèce, le matapour, falco ponticerianus, à tète blanche, à corps et ailes d’un marron foncé ; les échassiers, l'ædicnème à gros bec, ædicnemus magnirostris, Geoff., fig. par M. Temminck, pl.CCCLXXX VIT, etqui se trouve sur tous les rivages des Moluques et des iles de la Sonde; dans les palmipèdes, une seule sterne nommée sapenne. Les passereaux nous présentèrent le philédon corbi-calao ; une corneille dont le cri ne ressemble point à l'aboiement d'un chien comme celui du même oiseau à la Nouvelle-[rlande, mais imite au contraire un ricanement moqueur; le guépier à gorge jaune; le calao à casque sillonné, plusieurs gobe-mouches et soui-mangas, et le beau martin-chasseur Gaudichaud.
Les reptiles les plus communs sont les tortues franches et cares. La chair de la première est recherchée des naturels, qui préparent de longs saucissons desséchés avec ses œufs, et conservent pour les échanges, les écailles de la seconde, ou en font des hamecons. Un tupinambis, de la grosseur de l'iguane d'Amérique, noir ponctué de Jaune, est multiplié dans les bois, de maniere à ce qu'on en rencontre presque à chaque pas, sur les branches où il attrape les petits oiseaux. Il vit aussi de poissons, qu'il guette sous lesracines des mangliers, sur le bord de la mer ou dans les lieux fangeux. On y trouve encore le scinque à queue bleue, qui parait répandu dans toute l'Océanie. Un de nos matelots nous assura avoir vu des serpents, dont nous ne rencontrames aucun individu. Nous ne vimes aussi parmi les batraciens qu'une grande espèce de Raine.
L'ichthyologie de la grande et vaste baie d'Offack doit être très-riche, à en juger par les espèces que nos filets jetés au hasard nous apportaient chaque jour. Comme l'estimable docteur Quoy nous avait communiqué ses descriptions, alors inédites, et qui ont paru depuis dans la partie zoologique du voyage de l'Uranie, nous retrouvämes plusieurs des espèces figurées par
ce naturaliste et par son coopérateur M. Gaimard. Trois squales régnaient en nombreuses tribus dans ces mers; l'un, le squale aux ailerons noirs, avait été confondu par l’'illustre Commerson avec le requin ordinaire, dont il diffère cependant, par une taille plus petite (les plus grands que nous ayons vus n'avaient pas trois pieds), par la couleur du corps, qui est d'un gris légèrement rougetre, et par le noir intense qui recouvre l'extrémité des nageoires pectorales. Les femelles nous présentèrent constamment deux fœtus dans chaque côté de la matrice; et ces jeunes squales, tirés du sein de leur mère, s'agitaient avec tant de vigueur, qu'ils forçaient l'ouverture ombilicale, placée sous forme de trou arrondi entre les deux pectorales et au-dessous du corps, à s'ouvrir, et le sang qui s'en écoulait ne tardait point à les faire périr. Un rochier et un troisième chien de mer à barbillons se prenaient fréquemment dans nos trois-mailles. Les poissons les plus vulgaires, et qu'il nous suffira de citer pour le moment, se trouvaient donc être la pastenague blonde à points d'azur; la baliste Bourignon du docteur Quoy, qui est identique avec la baliste Praslin de Commerson ; la baudroie géographique, l’acanthurus lineatus ; le nason licornet, décrit primitivement par Forrest; le dône ou scorpène à antennes ; un trigle volant; le #alolo ou blennie sauteur , l'échéneis à raies blanches, un pimélode, des chétodons, des labres , des serrans, des aiguilles, etc., etc.
Les coquilles marines sont assez généralement des nautiles (nautilus pompilius), des spirules (nautilus spirula), des volutes couronnes d'Éthiopie (cymbiumÆthiopicum,Montf.) dont les habitants se servent en guise d’escoup pour vider l'eau qui s'introduit dans l'intérieur des pirogues; les bénitiers, qui atteignent une taille bien plus considérable que l’individu qui sert de bénitier à St-Sulpice, et que Forrest a décrit sous le nom de #ima; l’'huitre selle polonaise, l'huitre marteau, l’huitre des mangliers,
l'éperon-molette , l'hippocrène; la coronule des tortues, la venus deflorata , des patelles, des strombes, des grimaces, etc., etc.
Les coquilles terrestres nous présentèrent cette grandeet belle variété de l’helix citrina, figurée pl. LXVIT, fig. 2 et 3, de la Zoologie de l'Urante, plusieurs autres petites espèces et le scarabe auricule. Parmi les mollusques fluviatiles, on doit citer les néritines , qui y sont tellement communes, que les Papous nous en apportaient des tubes de bambous remplis, et la melania setosa ou sptrella spinosa d'Humphrey, indiquée aux iles de l'Amirauté par M. Gray. Nous ne nommerons dans les insectes , que la cicindela decempunctata de Dejean.
La langouste ornée, quelques portunes, le crabe honteux, sont tous les crustacés desenvironsd'Offack. Leséchinodermes étaient composés du cydarite à baguettes, de plusieurs spatangues , de diverses scutelles; et parmi les êtres du dernier embranchement du règne animal , nous mentionnerons plusieurs belles espèces d'holothuries figurées dans nos dessins , et remarquables par la singularité de leurs formes. Plusieurs méduses nouvelles enrichiront également notre Atlas. Leshabitants recherchentavec un extrème empressement les holothuries; ilsles préparent à la manière des Malais, pour les donner en échange des toiles que leur apportent quelques jonques chinoises, ou ils s'en nourrissent. Dans toutes les cabanes, nous rencontràmes des quantités de cette substance desséchée, coriace, très-peu agréable au gout, et que ces peuples n'estiment que parce qu'ils la regardent comme la matière la plus convenable pour soutenir leurs forces épuisées, et faire renaitre chez eux les désirs éteints par le renouvellement abusif des plaisirs des sens.