‹ Voyage autour du monde (volume 5)Chapitre 4 sur 30 · DS · texte numérisé non relu

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de la Californie, en donnant naissance à la mer Vermeille ; renfermant un intervalle de cent soixante degrés, et n'ayant pour borne au Sud que les mers de la Zone glaciale australe. Cette vaste surface d'eau ne présente qu'une petite portion de terre habitée par l'homme; et encore celle-ci se trouve-t-elle morcelée en un nombre considérable d’iles isolées ou disposées par groupes, qui forment des archipels distants et épars, dont la composition minérale appartient à trois formations différentes.

Placées indifféremment dans l'un ou l'autre tropique, mais plus particulièrement sous le tropique du Capricorne, les iles vraiment océaniennes diffèrent, par leur disposition générale, de la trainée d'iles qui part de la pointe Sud-Est de la Nouvelle- Guinée, et qui s'avance dans le Sud, en formant une longue chaine à l'Est de l'Australie ou Nouvelle-Hollande : telles sont la Louisiade, la terre des Arsacides, les archipels de Santa-Crux, des Hébrides, de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle-Calédonie, les iles Norfolk, la Nouvelle-Zélande, et sans doute les iles Campbell et Macquarie; et ces iles semblent être véritablement le pro-

longement des terres avancées de l'Asie; car on doit regarder les archipels de la Sonde, des Moluques, enfin de la Polynésie

entière, comme les débris de ce continent, crevassé de toute

part sous l'équateur. À ce sujet, une opinion assez générale |

admet que le globe a subi l'action d’une force puissante sous la) Zone équatoriale; et on a remarqué des dispositions analogues

dans le morcellement du continent américain sous le tropique du Cancer, et même en Europe, plus au Nord, entre la Méditerranée et la mer Rouge. L'isthme de Suez, en effet, correspond à l’isthme de Panama ; et le cap York, dans le détroit de Torrès, est sans doute le prolongement d’un bras de terre qui unissait la Nouvelle-Guinée à la Nouvelle-Hollande, et que les vagues ont brisé. Enfin, les trois extrémités des masses de

terre dans l'hémisphère austral offrent une grande similitude. Le

In VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

cap de Diémen devait être le promontoire Sud de l'Asie, comme les caps de Bonne-Espérance et de Horn se trouvent terminer aujourd'hui l'Afrique et l'Amérique. Le détroit de Bass est l'analogue de celui de Magellan ; et le banc des Aiguilles, à l'extrémité du cap de Bonne-Espérance, annonce que des terres affaissées s'y élevaient, et ont pu en être isolées par un détroit, ou qu'elles ont disparu dans la catastrophe qui a morcelé les extrémités méridionales de l'Afrique et de l'Amérique.

La Nouvelle-Hollande, qui, dans cette hypothèse, formerait la partie méridionale des vastes contrées de l'Asie, en diffère complétement par ses productions, de même que les pays des Cafres, des Hottentots, et les terres magellaniques, diffèrent des continents dont ils sont les prolongements. Cependant les animaux ou les végétaux de l'Australie ‘ont recu une physionomie spéciale, un cachet qui leur est propre, et leurs formes insolites semblent éluder tous les principes de classification. Mais, à mesure qu'on avance vers l'équateur, les êtres se rattachent à ceux que produit l'Asie; et enfin, sur la partie intertropicale, on en trouve un grand nombre qui sont communs à la Nouvelle-Guinée, comme aux terres d’Arnheim et de Carpentarie. L'opinion qui admet que la Nouvelle-Hollande est sortie plus récemment du sein des eaux est généralement recue ; et quoique l’intérieur soit pour nous couvert d'un voile mystérieux, ce qu'on connaît du littoral lui donne le plus grand poids. |

Sans rajeunir de vieilles idées, ou sans se perdre en suppositions vagues et hypothétiques’, on ne peut, en jetant un large coup d'œil sur l'ensemble de ces terres, se dispenser de remar-

* Ce nom est adopté par beaucoup de géographes pour désigner la Nouvelle- Hollande : quelques-uns écrivent Australasie. Par Tasmanie, on indique la terre de Diémen, découverte, en 1642, par Abel Tasman, navigateur hollandais.

quer que toutes les iles qui forment le chainon depuis la Nouvelle-Guinée jusqu'au Sud de la Nouvelle-Zélande semblent étre les bords de l’ancien continent Australique déchiré; car aujourd'hui les nombreux canaux qui isolent ces archipels sont encombrés de bancs à fleur d'eau, de plateaux de récifs ou de rochers épars, qui forment de cette partie de l'Océan une mer semée d'écueils.

Si nous examinons la partie orientale de l'Australie, depuis les rivages de Port-Jackson jusqu'à 150 milles dans l'intérieur du pays, en franchissant l'épaisseur des montagnes Bleues, nous parviendrons peut-être à saisir les chainons qui étaient cette idée. Toutes les côtes de la Nouvelle-Galles du Sud sont, en effet, entièrement composées d'un grès houiller à molécules peu adhérentes; et ce que nous appelons le premier plan des montagnes Bleues est également composé de ce grès, qui cesse entièrement au mont York. Là, une vallée profonde isole ce premier plan du second, qui est composé en entier de granite. La hauteur de ces deux chaînes parallèles, qui courent du Sud au Nord, est la même. Le mont York, d'après les observations de M. Oxley :, est élevé de 3,292 pieds anglais, et se trouve éloigné de la côte par un intervalle de r00 milles environ. Quelques voya-. geurs pensent, sans doute à tort, que cette montagne conique, et brusquement terminée par une pente roide sur le Zal de Clwyd, est l'ossuaire d'un ancien volcan, dont le périmètre a été enseveli sous le dépôt du grès marin qui revêt toute cette étendue de territoire. On est plus fondé à le considérer comme recouvert d'une formation tertiaire; ce que prouvent le gisement abondant d'un Zgnite stratiforme, qui occupe toute la partie

© Journals of two expeditions into the interior of New-South-Wales, undertaken by order of the bristish governement in the years 1817-18. By Joux OXLEY; in-4°, London, 1820.

moyenne du mont York, à 1,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, et les empreintes nombreuses de phytolithes qui se rencontrent vers son sommet , et qui paraissent pour la plupart appartenir à des feuilles d'Eucalyptus ou à des fougères. Au-delà du Val de Clwyd, se développe la deuxième chaine, et celle-ci se trouve être complétement primitive; car les roches qui la composent sont des grantites, des syénites quartzifères et des pegmatites. C'est sur le rebord de ce plan des montagnes Bleues qu'on remarque aujourd'hui les traces nombreuses de bouches volcaniques, et que des masses basaltiques, dont les plus remarquables forment ce qu'on appelle les Chutes de Bathurst, s'offrent abondamment aux regards du voyageur. En dernière analyse, un terrain tertiaire, reconnu sur le littoral de la Nouvelle-Galles, comme sur divers points au Sud de la Nouvelle- Hollande ‘, serait done accolé sur le sol primitif qui compose le plateau central de cette vaste contrée.

Les échantillons nombreux que nous avons rapportés de la terre de Diémen indiquent encore une étendue assez considérable de sol tertiaire, adossé à un terrain de pegmatite et de serpentine, où lon observe des gisements assez puissants de fer fibreux natif, au milieu de roches amianthoides. Il est à remarquer que nous trouvames des empreintes de productus aux iles Malouines, et que les spérifères se montrent en abondance, et dans un bel état de conservation, avec plusieurs autres testacés, sur les bords de la rivière Famar, non loin du port Dalrymple, à 150 pieds au-dessus du niveau de la mer.

La Nouvelle-Zélande, séparée de la Nouvelle - Hollande par

: PÉRON, Joy. aux Terres australes (2° édit., 4 vol. in-8°, Paris, 1824), consacre plusieurs paragraphes à l'explication des divers phénomènes géologiques que lui présentèrent la terre de Diémen, les iles du détroit de Bass, et les terres d'Édels, de Witt, et d'Endracht. ( Tom. IV, pag. 215 et suiv.)

ZOOLOGIE. 7 un simple canal, est hérissée, sur sa surface, de volcans éteints ou même en activité, et de prismes D liquiee : et cependant on y trouve également quelques roches primitives, et surtout un jade d'une grande beauté. Mais, malgré le rapprochement de ces deux contrées, leur physionomie est toute différente; et si on remarque quelques points d'analogie, on ne les trouve que dans le règne animal.

La Nouvelle-Irlande, avons-nous dit, semble être plus particulièrement le D lonacmient des terres d'Asie; et en effet, les hautes montagnes de cette grande île, située près de l'équateur, doivent être primitives, tandis que les collines de sa circonférence et les écueils du rivage sont entièrement de carbonate de chaux madréporique ’, qui forme des sortes de murailles, ou plutôt un rivage récent moulé sur un autre plus ancien. En remontant au Nord, sous la ligne, les observations que nous avons pu suivre à la Nouvelle-Guinée nous démontrent que les montagnes d'Arfak sont composées de roches primitives ; car les rivières qui en descendent coulent sur des galets de granite; tandis que les terres assez élevées qui ur le littoral sur plus de 12 milles de largeur, ainsi que les iles de Masanouary et Masmapy, qui sont à l'entrée du havre de Dorery, Sont, sans exception, de calcaire madréporique, élevé de plus de 150 pieds au-dessus du niveau actuel des eaux. D'un autre côté, on sait d'une manière positive que les îles de la Sonde, les Moluques, Timor même, malgré l'opinion erronée de Péron, sont de formation primordiale; et que le calcaire saxigène ne s'offre jamais que comme une ceinture extérieure, ce dont les iles d'Amboine, de Bourou, de Céram, offrent la preuve palpable. En franchissant par la pensée la largeur en-

1 Fait également mentionné par M. LABILLARDIÈRE. a a la recherche de Lapérouse, t. 1, pag. 240, édit. in-4°, Paris, an vrr.

ÿ VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

tière dé l'Océan Pacifique, et nous reportant sur la côte occidentale d'Amérique, on y retrouvera de vastes surfaces couvertes de testacés fossiles, en un mot, un sol tertiaire, élevé de 150 à 200 pieds au-dessus du niveau de la mer (à Payta, côte du Pérou); et ne doit-on pas naturellement conclure que, par des causes quelconques, et que nous ne devons pas réchercher ici, le dernier niveau de l'Océan était à cette élévation, et baignait alors la surface de la Nouvelle-Galles du Sud jusqu'au premier plan des montagnes Bleues ? À En examinant ensuite l'ensemble des iles océaniennes proprement dites, puis chacune d'elles en particulier, nous ne trouverons, sans nulle exception, que deux sortes de formation : l'une basaltique, et l'autre de création animale. Toutes les îles hautes de la mer du Sud présentent, en effet, les conditions de ce qu'on appelle terrains volcaniques, ou sont le produit palpable de volcans. Ces iles montagneuses, couronnées quelquefois par des pics qui se perdent dans les nuages, sont généralement, entre les tropiques seulement, entourées d’une bande de terre que supporte un calcaire à polypiers, élevé de quelques toises au-dessus du niveau de la mer. Mais ce rivage accessoire n'est presque jamais unique : souvent, à quelque distance, il s'y joint une ceinture d'iles basses, plates, uniformes, duesaux mêmes zoophytes, et que nous nommerons parfois Motous, d'après la désignation générale de la langue océanienne, usitée surtout à TFaïtu et chez les Pomotous ‘. Les iles de notre seconde division comprendront, sous le nom générique de Skopelonyse, ce que les divers peuples navigateurs appellent indifféremment 47rezife, Paracels, Attoles et Attolons, ou Coralligènes , dont l'existence est due au travail lent et successif d'animacules délicats, n'élevant jamais que jusqu'à la surface des vagues, en bâtissant

? Insulaires des îles basses de l’Archipel dangereux.

ZOOLOGTE. 9 sur de hauts fonds leurs demeures pierreuses : bien éloignés en cela de donner lieu au phénomène décrit avec pompe par un savant d'ailleurs très-célèbre, d'écuerls qui naissent sous le sillage des navires. Mais les des-recifs sont de trois sortes: simples, cesont les motous des grandes terres; disposées en cercle, avec une mer intérieure, ce sont les motous à lagons de plusieurs navigateurs. Enfin, ces iles présentent encore une modification plus singulière : c'est celle d'offrir de vastes plateaux à fleur d’eau, recouverts de motous arrondis et verdoyants, ayant un ou plusieurs lagons, et que les Anglais nomment //es-groupes (1SLANDS-GROUPS).

Les motous sunples ne se rencontrent guère qu'autour des terres hautes, auxquelles ils forment des ceintures, telles qu'à Maupiti, Borabora, et dans tout l'archipel de la Société. Les motous à lagons appartiennent à une sorte de système d'iles qu'on remarque plus particulièrement dans deux points de la mer du Sud, au milieu des archipels Gilbert et Mulgrave d'une part, et au milieu de la mer Mauvaise d'une autre part, et dont on peut aisément se faire une idée en examinant un plan des iles de Clermont-Tonnerre, de la Harpe, etc. Mais les #es-oroupes semblent être particulières à l'archipel étendu des Carolines. La, le plateau de lithophytes prend souvent un immense développement. Il n'est parfois surmonté que par des iles basses ou motous distants et isolés, comme on le remarque dans les archipels de Kotzebue, de Ralick et Radack ; et souvent il environne des terres volcanisées hautes, comme on en a la preuve par l'ile d'AHogoulous, crue si long-temps fabuleuse, les Palaos, Ulia, etc.

En dernière analyse, les terres du Sud-Est de l'Asie, l'Australie, la Tasmanie, et même le chainon terminal de la Polynésie, de la Nouvelle-Guinée à la Nouvelle-Zélande, peut-être méme l'ile Campbell, sont des terres primordiales ; et les iles de l'Océanie, de formation récente et postérieure dans l'histoire

du globe, sont volcaniques et madréporiques.

Voyage de la Coquille. — Z. Tom. 1. 2

Mais, pour que notre idée soit complète sous ce rapport, il nous reste à envisager les causes qui peuvent démontrer l'origine ignée d'un aussi grand nombre de terres séparées par d'immenses espaces et par la plus vaste étendue de mer connue. L'ancienne opinion qui veut qu'elles soient les débris qui surgissent d'un continent austral brisé n’est point admissible; et la seule raison satisfaisante qu'on puisse donner de la naissance de tant d'iles éparpillées comme au hasard, mais cependant assez communément par grands groupes, a sans contredit été émise par Forster, et généralisée ensuite, trop exclusivement peut-être, par le savant géographe Buache. Forster { Observ.) considérait toutes ces iles comme assises sur les points culminants des chaines sous-marines, s'irradiant sous la mer, comme elles le font sur la surface de la terre. Ainsi s'explique sans difficulté la naissance des iles de corail , dont la base est construite par les polypiers saxigènes sur ces éminences placées à peu de profondeur ; et c'est de la conformation des chaines formant les bassins sous l'eau que nait celle qu'affectent dans leurs contours les iles basses.

La surface du Grand-Océan, couverte de terrains volcanisés anciens ‘, présente encore une quantité prodigieuse de monts ignivomes en activité, également nombreux sur les terres ou sur les continents qui lui servent de limites. La Nouvelle-Zélande ?,

? Les îles de la Société, au milieu des masses basaltiques (Basalte avec Péridot) qui constituent la plupart des montagnes de leur portion centrale, ont leur ossuaire composé d’une belle dolérite. Le mont Oroena est élevé de 3,323 mètres, d’après Coof ; et des montagnes voisines présentent à leur sommet des lacs qui sont d’anciens cratères. Il en est de même à Noukahiva. ( KRUSENST. )

? La partie Nord de la Nouvelle-Zélande est entièrement volcanique. La cascade de Xiddi-Kiddi est remarquable par la grande nappe d’eau qui se précipite d’une colonnade basaltique très-élevée. Le lac de Rotoudoua, qui joue un si grand rôle dans la mythologie de ces peuples, est un cratère d’où jaillissent des sources d’eau chaude. Des blocs d’une belle obsidienne, des tuffas rouges,abondent sur plusieurs points.

ZOOLOGTE. 11

Tanna, les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie, les iles Schouten , les Mariannes, les Sandwich’, la Californie, ont encore des volcans en activité; et sur les bords, il ne faut que citer ceux des Andes en Amérique, des Gallapagos, etc., etc. L'Océan Atlantique, sous ce rapport, présente une grande analogie avec la mer du Sud; car les iles distantes et éloignées de la côte d'Afrique sont volcaniques, telles que Sainte-Hélène, l'Ascension, Madère, les Acores, les Canaries, les îles du Cap-Vert, Tristan-d’Acunha : le même phénomène se manifeste dans les Antilles, dans la mer des Indes par les iles Maurice et de Bourbon. Mais on remarque encore autour de ces îles la formation madréporique, qu'on ne retrouve point d'une manière complète dans l'Océan Atlantique. Des récifs de corail enveloppent, en effet, l'ile Maurice, les iles Rodrigues, les Mahées, les Seychelles, etc. Plus anciennement oies du sein des eaux, les iles volcaniques de la mer du Sud

) ont ete peuplées les premieres; et ce n est que long-temps apres

sur

et successivement que l'espèce humaine a été s'établir sur les iles basses, où son existence est beaucoup plus précaire, et entourée de privations plus nombreuses. Enfin, si la Zone équatoriale offre seule le phénomène des formations de roches madréporiques en grand, les hautes latitudes boréales et australes en présentent encore des traces légères produites par un polypier nullipore , qui encrouûte les rochers baignés par la mer, et qu'on retrouve également à Terre-Neuve, comme aux iles Malouines.

De ces considérations sommaires , il résulte que les peuples qui doivent nous occuper habitent, 1° des terrains primitifs, 2° des terrains ignés, et 3° des iles madréporiques à peine élevées au-dessus du niveau des vagues. Suivons cette idée, en examinant

* Le pic d'Owahie ou Monoroa, haut de 2,254 toises, suivant M. Horner ( voy. de Krusenst.), vomit une immense coulée de lave, vers 1801, suivant M. de Chamisso ( Kotzebue’s V’oy. round the world), t. II, p. 353.

rapidement les caractères généraux de la botanique de la mer du Sud.

La végétation des terres de l'Océanie se compose de plantes entièrement indiennes, ou analogues à celles de l'Inde équatoriale, c'est-à-dire, aux végétaux qui revêtent les iles de la Sonde, les Moluques et la Nouvelle-Guinée. Leur distribution parait évidemment avoir été faite de la Polynésie dans l'Océanie jusqu'aux iles les plus voisines de l'Amérique, à l'ile de Paques, par exemple, de l'Occident vers l'Orient, contre le cours habituel et des vents réguliers et des courants. Le règne végétal, si pompeux, si imposant dans les iles de la Polynésie, diminue successivement de sa richesse en avancant vers l'Est, et cette vérité a été démontrée complétement par les deux Forster et par M. de Chamisso ; car on ne peut rien conclure de quelques plantes américaines ( qui datent même, pour la plupart, de l'arrivée des Européens ), perdues dans la masse de celles z2d0-polynesiennes, qui composent uniquement la végétation de l'Océanie, pas plus que de ce qu'on rencontre dans la Nouvelle-Hollande des espèces européennes, où qui n'en diffèrent point au premier examen :. Il resterait à examiner l'ile de Juan Fernandez ; mais nous n'avons que peu de données sur sa végétation, et il n’y aurait rien de surprenant que cet ancien volcan ne partageàt la flore du continent dont il est très-rapproché. Il y a des plantes qui semblent faire le tour du globe sous les zones qui leur conviennent; et on peut citer en ce genre le portulaca, que nous rencontrames sur toutes les terres que nous avons visitées, entre les deux tropiques, dans le Grand-Océan,comme dans l'Atlantique.

La végétation zndo-polynesienne se montre dans toute sa splen-

: Le Val de Clwyd, dans les montagnes Bleues, est revêtu de plantes des genres typha, lythrum, plantago, samolus, etc., qui me parurent en tout ressembler à ces plantes des marécages d'Europe.

? Consultez Humboldt, Géographie des plantes, in-8°, 1817.

deur sous la ligne équinoxiale : d’abord imposante sur les îles de la Sonde, elle s'étend progressivement sur les nombreuses possessions malaises et tidoriennes, et étale toute sa pompe et tout son luxe sur les Moluques orientales et sur la terre des Papous. C'est là que des palmiers nombreux, des cycas, des fougères, prennent la forme gracieuse et svelte de colonnes légères : leurs forèts immenses se composent d'arbres de grande taille, tels que les gatip (zrocarpus edulis), les arbres à pain, les muscadiers, les spondias; c'est dans leurs profondeurs qu'on retrouve la patrie des plantes nourricières des Océaniens, de longues lianes arborescentes, des /égumineuses, dont les formes sont innombrables et variées. En suivant la masse de ces végétaux, nous la voyons diminuer successivement à mesure qu'on avance vers le détroit de Torres : quelques espèces le traversent . Seulement, et sont d'autant plus remarquables, qu'elles appargrand nombre. Telles sont l'arec à chou, l'érythrine indien, le sa-

tiennent à des genres qui n'en renferment point un

goutier, deux muscadiers sauvages, la flagellaria indica, etc. ’. En continuant d'examiner les plantes suivant la latitude des iles qui forment la chaine avancée au Sud de la Polynésie, telles que la Nouvelle-rlande, la Nouvelle-Bretagne, nous y retrouverons le même luxe; et les aréquiers, les sagoutiers , les grandes fougères, les drymirrhizées, peuplent encore les foréts. C'est ainsi que nous observames, à l’entour du port Praslin, les vaquois, les Barringtonia, les calophyllum, les filao (casuarina

* Observations de M. Cunningham , faites dans le voyage autour de la Nouvelle- Hollande, exécuté par le capitaine King ( manusc.). Le journal de King, avec des recherches intéressantes d'Histoire naturelle, vient d’être publié sous ce titre : Varrative of a Survey of the Intertropical and Western Coasts of Australia; performed between the years 1818 and 1822. By captain PæizziPp P. KING, with an Appendix containing various subjects relating to Hydrography and natural History. 2 vol., Lond., 1826. j

indica), propres à toute l'Océanie ; mais, à mesure qu'on s'élève en latitude , en allant vers le Sud, aux Hébrides, à la Nouvelle- Calédonie , le nombre de ces mêmes végétaux décroit naturellement. Plus au Sud encore, la Zone tempérée australe change complétement la physionomie des végétaux ; et l'ile de Norfolk a de commun avec la partie Nord de la Nouvelle-Galles du Sud, l'Araucaria, qu'on voit encore au havre de Balade, et avec la Nouvelle-Zélande le phormium tenax : mais il est à remarquer que cette ile vaste et composée de deux terres séparées par un détroit, quoique rapprochée de la Nouvelle-Hollande et par la même latitude, en diffère si complétement, qu'elles ne se ressemblent nullement dans leurs productions végétales. Toutefois la Nouvelle-Zélande, si riche en genres particuliers à son sol et peu connus, en a cependant d’indiens, tels que des piper, des olea , et une fougère réniforme qui existe, à ce qu'on assure, à l'ile Maurice. À l'époque de notre séjour à la Baie des îles de la Nouvelle-Zélande, la végétation se ressentait des approches de la saison hyémale.

Pour peu qu'on ait voulu suivre les idées que nous venons d'émettre, on sera convaincu que les terres hautes du Sud- Est de la Polynésie, entre les tropiques, partagent les mêmes végétaux alimentaires que les îles des Indes orientales. Ils se sont répandus diversement par suite sur les terres les plus lointaines, et ne se sont arrêtés que près des côtes d'Amérique. comment, par exemple, les végétaux si communs sur la Polynésie se retrouvent-ils sur les iles Sandwich et sur les iles des Marquises de Mendoce, qui en sont séparées par un intervalle immense ? Il serait fort difficile de résoudre une telle question, parce que des vents et des courants qui se dirigent dans un sens contraire ne permettent point de leur attribuer aucune influence pour l'établissement de la végétation sur des points comme égarés sur la surface du Grand-Océan.

Toutes les iles océaniennes hautes , à peu d'exceptions pres, sont plantées de fruits à pain sans noyaux, de taro (arum esculentum), de cannes à sucre, de bananiers, qui y viennent presque spontanément, pour contribuer à la vie paisible et heureuse de ces insulaires. On retrouve à Taiti l'hzbiscus rosa sinensis, si abondant sur toutes les Moluques; les pandanus, le Gardenia florida, les cyathées, le cratæva, des ficus, le bambou, y reproduisent leurs tribus; et « c'est dans cette ile, dit M. d'Urville « (Drstrib. des fougères, Ann. sc. nat. septemb. 1825), que com- «mence à paraitre une foule de fougères , qui semblent habiter «cette Zone, à partir de cet archipel, et mème des Marquises, «jusqu'aux Moluques, et plusieurs jusqu'à l'Ile-de-France, tels «sont les {ycopodium phlegmaria, schizea cristata, etc., etc.» Ainsi, les îles équatoriales partagent les productions végétales de source indienne, avec des différences cependant dans leur répartition ; car, suivant M. de Chamisso (4. ZI du V’oy. de Kotzebue ), le Barringtonia et le filao , si communs à Taïti et à Borabora, ne se trouvent point aux Sandwich, tandis que ces dernières ont le bois de sandal, dont les îles de la Société paraissent privées, et qui est si commun aux Marquises, aux Fidjis, etc., ete,

Il est plus aisé de se rendre compte de la manière dont la végétation a envahi les iles basses de corail. Ea flore de ces motous ne se compose point d'un grand nombre d'espèces, et nous avons eu souvent l’occasion de la suivre dans les diverses phases de ses progrès. La manière dont s'opère cet intéressant phénomène répond assez exactement aux descriptions, un peu poétiques sans doute, mais vraies dans leur ensemble, des migrations végétales, esquissées avec cette pureté et ce charme de style qui appartiennent et à Bernardin de Saint-Pierre et à M. de Chateaubriand. Sous le rapport de l'exactitude des faits, les détails fournis primitivement par Forster, puis par M. de Chamisso, laissent sans doute peu de chose à désirer.

Quelques végétaux semblent avoir pour fonctions d'envahir les récifs de coraux à mesure qu'ils se dessèchent : les Bruguiera, par exemple, qui se plaisent dans l'eau salée, étendent peu à peu le lacis de leurs rejets à l'embouchure des rivières, au milieu des vases qu'ils accumulent sans cesse. Bientôt un humus suffit pour recevoir quelques autres plantes, et les sables des rivages, même purs, sont bientôt occupés par le scævola lobelia, le convolvulus pes capræ, le pandanus odorant, l'hibiscus tiliaceus, etc. Si le banc de corail est isolé, et distant de quelque ile principale, les flots sans cesse agités y portent bientôt des cocos, des fruits du bonnet carré de Bougainville (Barringtonta), qu'on rencontre en mer presque journellement. Ces fruits, arrétés par l’écueil, jetés sur le sable calcaire des madrépores, germent, s'y cramponnent, et sont ainsi les premiers colons de la nouvelle terre. Mais c'est principalement au précieux cocotier qu'il est réservé de conquérir sur la mer, pour l'habitation de l'homme, ces bandes plates d'écueils jetés au milieu des vagues, à quelques toises au-dessus de leur niveau. Antant ce palmier redoute les hauteurs, où il languit, autant il s'élance avec vigueur sur les récifs. Il y forme d'épaisses forêts, dont on ne peut se faire une idée par la description, et dont rien n’égale la grace et la beauté. Le navigateur passerait fréquemment dans le voisinage de ces iles sans en avoir la moindre connaissance, si un bouquet de cocotier, à l'horizon, ne les lui décelait. Ce roi des palmiers, comme le nomment quelques Orientaux, une fois établi et en rapport, la race humaine ne tarde point à y paraitre, et peut compter sur ses produits pour assurer son existence. On conçoit que les peuples qui émigrent des terres riches en fruits et en racines de toute sorte sont exposés, sur les iles basses, à de nombreuses privations. L'eau douce leur manque souvent; souvent aussi ils sont réduits à vivre de vaquois, de taro, ou de ce que la pèche leur fournit. On peut assurer que chez ces hommes la

ZOOLOGIE. 17 défiance est beaucoup plus grande, et que leurs mœurs sont beaucoup plus farouches que celles des autres insulaires. Comme leur subsistance n'est point assurée, ils craignent toujours qu'on ne vienne leur en soustraire une partie. D'un autre côté, cependant, l’industrie et le besoin luttent contre le manque de ressources, et ont forcé ces peuples à s'adonner à la navigation, età devenir habiles dans cet art. L'objet le plus indispensable d’un insulaire est sans doute une pirogue; et cependant, il arrive souvent qu'une ile de cette sorte ne produit point de bois d'assez forte dimension pour les réparer ou en fournir la màture. C'est ainsi que nous en eùmes des exemples en longeant le grand archipel des Carolines et les iles Mulgrave et Gilbert. Leurs frèles embarcations présentaient parfois des pièces mal ajustées, faites de plusieurs morceaux d'hrbriscus tiliaceus, le seul bois dense qui puisse croître sur ces terres.

La Polynésie proprement dite s'arrête au Nord-Est par une bande d’archipels composés des iles de Formose, Lucon et Mindanao, dans les Philippines. Mais on remarque que les chaines d'iles placées dans le Tropique du Cancer et dans l'hémisphère Nord, jusqu'au-delà du 160° degré de long., telles que les Mariannes, les Palaos, Hougoulous et Oualan, ont recu de ces contrées , probablement avec la race humaine, les orangers, les citronniers et les bruguiera , qu'on ne retrouve point dans le reste des iles de l'Océanie du Tropique du Capricorne. La variété sans semences de l'arbre à pain est la seule qu'on observe aux Sandwich, aux Tonga, aux Marquises, comme aux iles de la Société. Mais la variété à châtaignes, si commune dans les Moluques et à Célèbes, se retrouve, en nombre égal à la premiere espèce, aux Palaos et à Oualan par exemple, et est la seule qui assure l'existence des Carolins des iles basses. Ces naturels, en effet, paraissent être réduits fréquemment à se nourrir

des fruits demi-ligneux du pandanus.

Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I. 3

Sur toutes les iles du Grand-Océan, nous trouvâmes les mêmes productions végétales, et le plus souvent les mêmes noms pour les désigner. C’est ainsi que les vallons si pittoresques, mais à à la longue si monotones, des Sandwich, et de la reine de la mer du Sud, Taïti, si éloignés, produisent abondamment le taro (arum esculentum ), Vigname ( Dioscorea), la pomme de Cythère { spondias dulcis), etc., etc. Les Taïtiens mangeaient, dans les temps de disette, la moelle d’une fougère en arbre, comme les Nègres le pratiquent, à Maurice et à Madagascar, pour le cambare marron; et toutes les deux appartiennent au genre cyathea. Le pya est la racine du tacca pinnatifida, qui croit dans toutes les Moluques, à la terre des Papous et à la Nouvelle-Irlande. La noix d'ahi (inocarpus edulis ) se rencontre depuis les iles de la Sonde, où les Hollandais nomment l'arbre gatipboom , jusqu'aux iles les plus orientales de la mer du Sud. Il en est de même du terminalia, du morinda citrifolia, du curcuma , et d'une foule d’autres végétaux dont il serait assez fastidieux de présenter 1ci la liste.

Placées hors du Fropique, les vastes iles de la Nouvelle-Zélande, dont l'intérieur est encore à connaitre, n'ont pu fournir à la race qui les habite les mêmes ressources, et la nécessité la contraignit de se plier à la pauvreté du sol sur lequel elle devait vivre, et de tirer sa principale ressource alimentaire de la racine sèche et ligneuse de la fougère( acrostichum furcatum, Forster ), qui couvre le pays : mais ce qui rend cette fougère très-digne d'attention, c'est que les peuples noirs de la Nouvelle-Galles du Sud s'en nourrissent habituellement , et la nomment d/n- Lou.

L'ile de Paques, également hors des limites du Tropique du Capricorne, ne présente qu'un nombre très-restreint de végétaux ; ceux qu'on rencontre sur cette terre brülée appartiennent encore cependant aux plantes indiennes : tels sont entre autres

ZOOLOGIE. 49 lhrbiscus populneus, des mimosa, un solanum que Forster fils indique aussi à Taiïti, etc., etc.

La zoologie des iles Malaisiennes, aussi riche que variée par les nombreuses espèces qui leur sont propres, semble attester que cette portion centrale de l'Asie orientale a fait partie d'un continent, puisque ces iles sont peuplées de grands quadrupèdes vivants, qui sont communs à plusieurs d'entre elles. D'ailleurs les canaux qui les séparent sont peu profonds, et ils sont encombrés de bancs, qui semblent complétement légitimer cette idée. Mais, toutefois, chaque ile de ces grandes terres équatoriales de l'archipel des Indes recèle quelques espèces qui y seraient aujourd'huiisolées, et plusieurs ont fourni lasingularité de reproduire des individus de genres qu'on avait jusqu'à ce Jour regardés comme essentiellement propres au N ouveau-Monde ; tels sont, dans’deux branches différentes, un tapir, des couroucous, et le rupicole vert. Tout ce que nous savons de l'histoire naturelle de ces contrées fécondes est d’un haut intérêt; et malgré les recherches infatigables de sir Stamford Raffles, d'Aorsfield, de Diard, de Duvaucel, de Leschenault, de Kuhl, de Van-Hasselt, et de Reinwardt, elles fourniront long-temps encore d'abondantes moissons en objets curieux et remarquables ; mais leur climat a déja dévoré plusieurs naturalistes européens, et la barbarie profonde des habitants de l'intérieur opposera long-temps une barrière insurmontable aux tentatives de ceux qui voudraient essayer de nous en faire connaitre les merveilleuses productions. C’est dans les mers de ces archipels que se trouve aujourd'hui le dugong ( halicore indicus , Desm. mamm., 751 esp. ), qu'on a cru si long-temps fabuleux, figuré par Renard ', mais complétement décrit par les naturalistes

1 Renard, pl. 34, fig. 180. (Poissons des Indes, 1 vol. in-fol., Amsterd., 1754.)

modernes‘, notamment par M: F/Cuvier, et dont on 1 trouve un bon dessim pour le temps (1708),.et une description assez COMplète dans le Voyage de François Leguat *, qui n’est cité que dans Sonnini(Buff., t. XX XIV, p. 185), et d'une manière très-fautive. Sumatra et Bornéo paraissent renfermer quelques espèces de quadrupèdes identiques, tels que l'éléphant des Indes , elephas

indicus, Cuv., et les orangs. Les rhinocéros ra par

MM. Diard et Duvaucel, rhinoceros sondaicus , G. Cuv., et:

rhinoceros sumatrensis, Cuv., appartiennent plus spécialement à cette belle ile de Sumatra, qui nourrit un très-grand nombre de singes, divers mammifères très-intéressants, et notamment; des semnopithèques, la viverra musangua, Raffles; le tupaia tana ,

Raffles; enfin le tapir de l'Inde (tapirus indicus , F. Cuv.), qu'on :

a découvert et dans cette ile et sur la presqu'ile de Malak.

: Le Muscon en possède un squelette complet, dû aux voyageurs Duvaucel et Diard.

? Vory. et avantures de Francois LEGUAT ez de ses compagnons en deux isles désertes, etc., 2 vol. in-12, Londres, 1708. Ce voyageur, qui a défiguré plusieurs animaux très-connus, a cependant tracé du dugong un portrait assez exact. Voici les détails qu'il donne sur ce cétacée herbivore, t. I, pag. 93 : « Le lamantin se trouve «en abondance dans les mers de cette île ( Rodrigues ). Sa tête ressemble extrême- «ment à celle du pourceau; mais il n’a pas le groin si pointu. Les plus grands ont « vingt pieds de long, et n’ont aucune autre nageoire que la queue et les deux pattes. « Le corps est assez gros. La queue est horizontale, comme aux baleines. Il a le sang «chaud, la peau noirâtre, fort rude et fort dure, avec quelques poils clair-semés. Les « yeux sont petits, les ouïes remplacées par deux trous qui s'ouvrent et qui se ferment. « La langue est petite. Il a des défenses comme le sanglier, mais point de dents inci- «sives. Ses gencives sont assez dures pour arracher et brouter l'herbe. Sa chair est «excellente, très-saine, et a le goût du veau. La femelle a des mamelles; fait, dit-on, « deux petits chaque fois, les allaite, et les porte avec ses deux espèces de mains. Ce- «pendant, je ne lui en ai jamais vu qu'un. Ce poësson est très-facile à prendre : il « paît par troupeaux, à trois ou quatre pieds d’eau seulement , et ne fuit point. Il ÿ «en avoit parfois jusqu’à trois ou quatre cents ensemble. Cet animal paroït ne jamais «venir à terre. Il meurt aussitôt qu'il perd un peu de sang ; et je ne crois pas qu'il

« soit amphibie. »

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