‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 12 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

J.lVfl. SiaM. CANTON.

cruauté classique, leurs tortures et leurs eiactions sur les vivants. Combien nos formalités européennes en pareil cas sont coûteuses, en comparaison des coutumes chinoises : car voilà en outre cinq cents cercueils pour lesquels on n'a pu payer et qui n'en sont pas moins hébergés pendant un mois.

Nous traversons de pari en part cette nécropole , au milieu des offrandes de fleurs, de la fumée de l'encens et des torches résineuses. Ce silence, ces lueurs funèbres, celte population morte, forment un ensemble qui impressionne au plus haut point, et l'on ne peut s'empêcher de se dire <i Est-ce une réalité, ou bien un rêve?

Certes, si c'est un làve, il n'est pas gai. Mais la Chine semble ne vivre absolument que pour vénérer les nioris; c'est là le point caractéristique de cette nation. Les lampes qui brûlent jour et nuit dans les barques, les feux d'artifice tirés devant chaque maison au lever et au coucher du soleil, les autels enluminés de chaque boutique, ne sont que l'expression de la vénération de ce peuple pour ses pères. Peut-être ce respect du passé est-il la clef de leur opposition à tout ce qui est innovation? Peutêtre en enterrant leur aïeul dans leur potager, comme nous le voyons faire tout autour de nous, se jurent-ils de l'imiter en tout, etune génération première doit-elle demeurer le type de toutes les générations postérieures du Céleste Empire?

Mais quittons la ville des morts; le soleil va se coucher; pour revenir à notre demeure, il nous faut encore traverser la ville des vivants , dont les portes ferment le soir, et il ne serait pas tentant de ^ découcher de ce côté-ci. Nous revenons donc par le tombeau d*un Ming, général tartare qui a subjugué Canton, il y a quelques siècles, et dont la dépouille est gardée par des lions, des chameaux, et des guerriers sculptés dans le granit.

Soudain, tandis qtie nous pressons le pas, dans les sentiers boueux et déserts qui longent les murs en terre d'un petit village presque en ruine, nous voyons à trois pas , dans des herbes abattues par la gelée, un petit panier en nattes, cousu à son orifice; quelque chose semble remuer dedans ; la natte molle se soulève, puis retombe; avec un couteau nous entr'ouvrons le tissu grossier, et nous trouvons un pauvre petit être nu, bleu et glacé de froid, âgé peut-être de vingt-quatre heures : à peine rendu à la lumière du jour, il vagit plaintivement ; au bout d'un instant, d'autres cris lui répondent, ils s'échappent d'un buisson voisin, et un autre enfant s'y débat aussi contre la mort. Celui-ci a sans doute été jeté par-dessus le mur, car il semble fracturé , et sur un espace de cinq cents mètres , le long de ce sentier, nous comptons bientôt sept moribonds, âgés de quelques heures seulement; les uns sont atteints de la lèpre, les autres sont presque entière-

ment gelés; un d'eux a un coup de couteau dans le cAtè! Je ne puis vous dire combien noire cœur se soulève de pitié, de douleur et de colère à laïue de ' ces enTants qui gisent là tellement meurtris ou gelés, que rien ne saurait les rendre à la vie. Sept, en moins d'un quart de lieue, n'est-ce pas le spectacle le plus affreux et le plus navrant? Pour notre premier jour en Chine, le hasard nous fait voir un exemple de la plus affreuse des cruautés; cherchant encore au milieu des immondices, nous ne pouvons découvrir un seul de ces pelils élres qu'on puisse espérer de sauver : ici le sang coule, là le froid a glacé ces membres frêles, plus loin l'enfant empoisonné vomit en râlant ; mais les tam-tams des fortifications nous avertissent qu'il faut courir, pour ne pas trouver notre retraite coupée; et, portant dans le cœur la plus poignante des tristesses, nous hâtons notre marche, et au bout d'une heure nous arrivons à Sha-Myen , concession européenne.

Certes, je l'avoue bien franchement et je prie les Missions de me le pardonner, je n'avais jamais voulu croire à l'exposition des petits Chinois I Je me disais que puisque les bâtes féroces soignent leurs petits, il ne devait pas y avoir de pays où l'abandon des enfants fût devenu une coutume. Qu'il y ait des crimes isolés, des infanticides comme dans certains quartiers de nos capitales, c'était, pensais-je, là, comme chez nous , une triste conséquence des co-

lères ou des misères humaines; c* était, selon moi et selon mon ignorance, pure question de cour d*assises chinoise, exploitée en Europe et exagérée par les correspondances qui nous parvenaient et qui étaient encore amplifiées dans chaque paroisse.

Ah ! maintenant que j*ai vu la plaie comme Thomas, je suis convaincu et je m'incline! Je verrai toute ma vie ces sept enfants jetés aux gémonies, à la porte de la première ville chinoise que nous visitons, ces sept enfants que nous fait découvrir notre première promenade au hasard dans la campagne de Canton. Je ne m'étonne plus désormais du chiffre de vingt ou vingt-cinq mille auquel les Annales de la Propagation de la Foi portent, si je m'en souviens bien, le nombre des enfants exposés par an dans les grands centres chinois.

De ces tristes chiffres et de ce qu'il nous a suffi d'une heure pour voir aujourd'hui , que pouvonsnous conclure, sinon que l'exposition est bien véritablement une coutume nationale, et que l'abandon des enfants, qu'il commence par la vente ou finisse par le meurtre , ne révolte pas le moins du monde un bon nombre de mères chinoises, qui ont évidemment un caillou à la place du cœur ? Il nous reste à chercher jusqu'où cet usage , — puisque c'en est un ! — porte en soi l'impunité aux yeux des Chinois, et nous saurons assurément si les mandarins ferment les yeux sur ce point ou s'ils ne condun-

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nent mârae pas moralement tant de mères coupables. — Sous cetle pénible Impression se termine notre journée d'excursion, et, en devisant sur ces tristes choses, nous passons la soirée à écrire tous trois près du feu d'nn aimable homme, M. Hancock.

A Canton, il n'y a rien qui ressemble à un bôtel, à UQ caravanséraï , à un gile public quelconque pour le voyageur Les négociants européens logent les touristes qui leur sont adressés, et le Gouverneur de Hong-Kong a bien voulu nous recommander à celui-ci. Il est en général tout seul dans son » bnn» galow n , passant ses matinées à étudier des cenlaines de thés diflerents ; car il est « Tea-laster o [dégustaleur de thés] pour la maison Gibb, et il nous montre sou laboratoire, où chaque pincée du végétal précieux est, par poids égaux, répartie dans des eaux à différents degrés de chaleur, et oii chaque décoction de thé, provenant de plantationsi diverses, est humée par lui en gorgées sérii puis minutieusement et savamment classi&ée. De l'appréciation de notre hôte dépendent l'achat de milliers de caisses et le bénéfice de plusieurs millions pour Gibb-Gibb and C°.

Après le bruit de la journée, nous n'entendoni'.j plus dans notre paisible demeure que le choc sourd de deux bâtons frappés l'on contre l'autre par le veilleur de nuit de noire hôte. Sha-Myen, l'ilot où

CASTOX

nous logeons, était eocore, fl y a dix ans, un banc de boues, coorert à marée bante, rendcz-Toas des pélicans, des corps morts apportés par le courant, et de tontes les infecticms imaginables. Apres la prise de Canton en 1857, les négociants désirant ardemment reprendre un commerce jadis si florissant, se désolèrent de ne tronrer que des mines à la place des Êu^toreries , et roulnrent les reconstruire. Vais les plénipotentiaires alliés préférèrent convertir ce banc en une île artificieDe, et des quais de granit furent construits, pour encadrer oralement la concession, qui mesure deux mille buit cent cinquante pieds de long sur neuf cent cinquante de large : le tout conta ^^,000 ddiais, dont un cinquième fiit payé par la France et quatre antres par rin^terre. Le 3 septembre 1861, les loti fiirent mis en vente, et les négodanti anglais j portèrent tant d*entrain, que les loti — de douze mille pieds carrés seulement — montèrent jusqu'à 9,000 dollars. En six ans, il y a déjà la une petite bourgade anglaise, une église protestante, un « criquet ground w , un terrain dVntrainement pour les couses, des villas spacieuses et des «godons « magnifiques pour les grandes maisons tbéilih'ei de la Cbine. Vn sentier sépare le territoire britannique du ttniUnre (nnçm, — Sur le n^tre , il y a des tonlGes d'arbres incultes, des ordures, des cbiens ernuiti, des ebals, des taupes, mais pas une maison!

Pour nous, heureux d'avoir trouvé u avons à remercier aussi ceux qui noua pagnes aujourd'hui : le matin, c'a été le consul anglais; à raidi, dans l'intérieur de la ville, le docteur Grey, et ensuite, dans la campagne, M. Hancok, Le docteur Grey, qni connaît à fond la Chine, avait, il y a deux ans, servi de guide ici à Son Altesse j Royale Monseigneur le Duc de Brabant. A Hong- Kong, comme ici, tous sont sous le charme de ce I Prince, qui a été le premier voyagenr d'un sangj royal pénétrant jusqu'à l'Empire du Milieu, llsnongv disent avec quelle ardeur, quelle instruction i quelle affabilité, il cherchait sur sa route tout ce qui^ passionne les âmes généreuses. Il espérait pousser

I plus avant ses pas investigateurs, quand de tristes

messages sur la santé du Roi Léopold I" le rappelèrent soudain dans sa patrie, où, rapportant les fruits

^^^ fécondés par la comparaison des peuples lointains,-

^^L il devait, après avoir accompli un grand voyage,

^^H commencer un grand règne.

IS février 1867. — Reprenant r et guidés par un domestique chinois, qui n'a d'autre ] I que de nous ramener à Sha-Myen, dès que ] nous prononcerons ce nom , nous parcourons . centre de la cité, qui est un vrai labyrinthe. Pour-J tant de longues artères droites, étudiées d'avance] sur le plan de la ville, nous servent de point de re- J

père : ce sont les rues de k la Droiture immaculée d (le boulevard Hau^smann de Canton), de « TÉter* nelle Pureté » (qui correspondrait au boulevard de la Madeleine), de a la Bienfaisance et de T Amour des Peuples » (boulevard de Sébastopol) I Bref» les noms les plus emphatiques de sentences morales et abstraites ont été donnés par les Chinois à leurs sales corridors dallés, et il est amusant de voiries inscriptions qu'ont placées au-dessous, pendant Toccupation alliée , les loustics gaulois ou irlandais : les voies chinoises du « Savoir clairvoyant » , de tt la Virginité raisonnée », de « FAmour » et de ce TEspérance » , ont été rebaptisées : « Impasse de rOpéra-Comique , rues de la Mère-Michel , du Sergent-Isidore et des Pig-tails 1 »

Mais la gaieté passe vite dès que nous entrons dans les cours des prisons : là, dans des cages de bambou de quelques mètres carrés, sont entassés des centaines de misérables! Presque nus, grelottants, enfoncés jusqu'à mi-jambe dans une boue fétide, portant sur leur figure et sur leur corps la pâleur de la faim, des meurtrissures et des plaies, ils attendent en fourrière le sabre du bourreau! Les uns se jettent sur les sapèques que nous leur donnons à travers les barreaux de leur bouge; tandis que d'autres, grimpant et se contournant, tendent fébrilement les bras, semblables à des bêtes fauves qui se débattent dans leur cellule et qui meurent de faim. Tout à coté est

JAVA. SUU, CANTON.

lu pagode des tortures, où sontrangés, par gradati< dans la douleur, les instruments les plus aôreux, La K cangue » et les n lattes y pour fouetter jusqu'au sang, sont des douceurs en comparaison des petits appareils que je vais vous citer. — Cinq baguettes lie bois, longues de vingt centimètres, sont intercalées entre les doigts de chaque main et de chaque pied, puis solidement liées de chaque c6té, de telle sorte qu'elles compriment fortement les phalanges. On met l'accusé à genoui, et on l'allache à un pieu; puis, avec des cordes de quelques mètres, on tire par coups saccadés sur les haguettes : ainsi, chaque fois, les phalanges, qui craquent, sont douloureusement distendues et presque arrachées. — Ici, une simple 'corde passée dans une poulie, élève au-dessus de terre un malheureux, suspendu seulement par un pied et une main, tandis que la tête et le reste du corps restent hallanls. — Lii, on fait entrer le prévenu dans une cage, et on lui lie les mains derrière le dos : la partie supérieure de la cage se compose de deux planches munies de pointes de fer qui, en se rapprochant, serrent le cou du patient sans laisser glisser sa lëte : on élève ces planches de telle sorte que l'homme ue soit pas pendu, s'il se tient sur l'extrémité des orteils des pieds. Dès que ces orteils crispés fléchissent, il reste accroché par la gorge et - macéré par les piquants; il lui faut donc sautiller sans cesse, alternant pour point d'appui contre le bout

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extrême des pieds et les os maxillaires! — Puis viennent les pinces pour arracher les ongles et lei yeux; — les étrilles à dix lames de rasoir pour ratisser la peau et la fendre jusqu'à un demi-centimétre de profondeur; — les bouteilles à huile, comme celles de nos mécaniciens, pour verser dans ces fentes de l'huile bouillante ; — le pal, sur lequel on fait tourner un homme comme une toupie; — en un mot plus de cent appareils plus raffinés les uns que les autres, et destinés à extorquer les confessions des prévenus. Bien souvent ceus-ci meurent au bout de douze heures de souffrance ! Dès qu'ils avouent, ils sont condamnés; le dilemme devient pléonasme, et la mort y trouve son compte toutes les fois que la torture n'est pas exploitée par les bourreaux en extorsions pécuniaires. Le patient agonisant fait alors apporter par les siens tout l'argent qu'il possède; et, si les inquisiteurs se déclarent satisfaits, il est libéré I

Cette pagode des tortures m'a inspiré un tel dégoût et m'a tellement bouleversé, que je ne puis la détailler davantage I Je ne crois pas qu'il y ait au monde quelque chose de plus atroce que la cruauté judiciaire du Céleste Empire, et je me suis senti incapable d'affronter plus d'un instant une pareille officine de douleurs et d'agonies. Deux grandes galeries donnent sur ce temple, et contiennent une douzaine de divinités réputées propices aux patienta :

grand'peine nous nous frayons un passage entre

des milliers d'adorateurs brûlant des cierges et i l'encens, offrant à leur» idoles des poulets et dd porcs, afin que leurs parents qui se tordent à ceUl même heure sous les coups , sur les pointes de ferj ou entre les pinces des interrogateurs, échappeDM à la mort!

Nous nous arrachons vite à ce quartier maudit, e nous gagnons la ville haute , où nous savons que sont situées les Missions étrangères. Là, dans une mo deste cabane de planches presque en ruine, sommes reçus par Monseigneur Guillemin, èvéque «le Canton. Le vénérable prélat a les traits de saint Vincent de Paul , et sa parole française pleine de douceur et d'onction nous va droit au CŒur. Accompagné du Père Guérin, qui a perdu la santé à évangéitser dans les terres malsaines de l'intérieur, Hu Père Bernon, qui a été soldat avant d'être apùtre et qui a encore tout le cachet entraînant de notre armée, Monseigneur Guillemin nous montre les fondements de la cathédrale qu'il construit et qui sera le plus beau monument chrétien de la Chine. Quel contraste entre l'hnmble et misérable demeure du serviteur de Dieu, et le temple sacré qu'il élève ; entre la croix de charité et l'emplacement arraché à la barbarie! C'est ici même, en effet, qu'étaient les palais du fameux gouverneur Vëh ! La mémoire exécrée de cet homme cruel qui a fait couper tant de tètes, et qui s'est complu dans le despotisme le plus sanguinaire, sera ef-

CAKTOK. 4:{a

(acée ici par les bienfaits des missions consolatrices des affligés y et protectrices de ceox qoi souffrent.

Cest le 25 jan¥ier 1861 qoe le vice -roi Laou céda à perpétuité ce lieu à Mgr Gnillemin pour le culte catholique. Cet espace de deux cent quatrevingts mètres de long sur cente trente de large est entouré de murs : c*est la citadelle sainte d*on rayonnent les missionnaires qui vont porter le bien dans les provinces du Kwang-Tong et du Kwang-Si. liais les fonds ont manqué pour faire encore de ce terrain de ruines le centre de bienfaisance tel que le rêve la Mission.

Pourtant il y a déjà la le remède à Uen des douleurs ! Mgr Guillemin ^ nous menant à droite au fond de son enclos, nous ouvre la porte d^une malfon carrée : nous entrons dans une v^ste salle que garde une Sœur de cbanté, et nous ne eoiuprenoos point au premier abord ee que signlËent «ne vingtaine de §orie§ d*auges de bois, sair lesqvelles sont Heaiaeê des couvertures grossières et de coulesr foaoée. La Soe«ir soulève eelles-€i« et qae vojfonsHBKMis? flm» ée deux cent cinquante petits ^ahs^ ran|[és là« les «as à e6té des autres : c'est la recolle 4e la semmoel, Si quelques-uns sefld>leiit vivaces , la pivfiart soiït livides : douze ou quisce se meurent 4éjà^ q«iatf^ viennent de niouiirl fÀ aussitôt, 'devasit nous, œs corps inaniinés sont «ffllevés à lem^ frères 'dlnlor-

Uum ; le ^otrnr se aesre ^uand ^in voit ainsi o6te à

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côte ces enfants parmi lesquels la mort se hâte de faire des vides. Pauvres petits anges qui râlent en commençant à vivre, et qui vivraient si leurs infâmes parents ne les avaient jetés par le froid sur les chemins et contre des cailloux! Bien plus, on nous dit que les Chinois leur font boire quelque liqueur forte avant de les offrir à la charité publique, et c'est là la cause de tant de morts!

Chaque matin les Chinoises chrétiennes élevées par les Sœurs partent avec une hotte, et, te chiffonnières d'enfants y) , elles vont par les ruelles, dans les faubourgs, près des buissons, des murailles, des terrains déserts , et elles rapportent les pauvres , petits êtres qu'elles trouvent les moins meurtris. Dans le principe, les Chinois vendaient avec complaisance les enfants qui leur semblaient superflus; puis ils ont renoncé à cette coutume, agacés de voir élever par d'autres ceux dont ils devaient avoir charge. Mais on nous fait une remarque curieuse : en moyenne, sur cent enfants exposés, il y a quatrevingt-dix filles et dix garçons seulement.

Avec plus de ressources pour payer des « chercheuses d'enfants » , pour élever ceux qu'elles trouvent, et surtout pour augmenter le nombre des Sœurs de France , on recueillerait ici des centaines d'enfants par jour I Car « l'exposition » étend, comme une tache d'huile, ses tristes ravages. Par pauvreté surtout , par apathie souvent , par une mo'-

raie faussée toujours, les familles les plus régulières et les plus légitimes, mais qui s'estiment déjà assez nombreuses, se débarrassent ainsi, dès les premières heures, des nouveau -nés qu'elles trou-vent de trop!

En dehors de l'impression douloureuse qu'inspirent ces quelques sauvés du grand naufrage, rien n'est plus extraordinaire que cette coutume dans ses écarts, pour celui qui la considère de sangfroid. Ainsi, dans le Kong-Tcheou, avant les derniers ravages des rebelles , il était presque inouï de voir des enfants exposés. On les tuait dans l'intérieur de la famille, me dit le Père Guérin, mais on ne les jetait pas sur les chemins ou dans les champs. A Canton même, certains quartiers ne donnent aucune recrue à la crèche, d'autres ne cessent de l'approvisionner.

0 la belle et touchante œuvre que celle des Crèches chrétiennes en Chine! Maintenant que j'en puis parler de visu, je voudrais faire voir à ceux qui nient a l'exposition des petits Chinois » , la modeste demeure qu'a bâtie Mgr Guillemin, — ces auges remplies d'enfants apportés en une semaine , ces quatre Sœurs françaises occupées nuit et jour à les soigner, — ces salles où sont entassés ceux de l'année dernière et d'il y a deux ans , — ces groupes d'enfants de trois à quatre ans qui jouent dans la cour, — enfin ces écoles d'orphelins et d'orphelines

adultes qui ont grandi sous Taile des Missions et qui leur doivent la vie et Tinstruction.

Mais, au seuil de cet enclos, où Yëh dressait des listes de cent hommes à décapiter par nuit, il y a maintenant un ce registre d'entrée w , tenu par rÉvêque français pour tous les enfants chinois qu'il cherche à rappeler à la vie, et voici un chiffre plus fort que mes humbles paroles et qui marque la réception des douze derniers mois :

4,883 enfants ont été en un an trouvés abandonnés, ont été recueillis, baptisés et soignés ici. Cette recherche a coûté 4,245 francs, ce qui fait 87 centimes par tête (la valeur d'une livre de laine en Australie!). Le personnel employé à l'intérieur de la crèche se compose de 4 Sœurs françaises, de 15 Sœurs chinoises, de 30 orphelines et de 7 domestiques. Avec l'entretien et la réparation de la maison, l'ensemble des dépenses de ce chapitre n'est monté qu'à 14,534 francs.

Pour une somme à peu près égale, l'Évéque entretient l'orphelinat des garçons, où cent jeunes Chinois sont instruits, logés et nourris, et où sont hébergés de plus une vingtaine d'autres dont il paye l'apprentissage. Ces garçons se marient ensuite, et prennent pour femmes les pauvres filles recueillies comme ils l'ont été eux-mêmes; ils s'installent aux environs de l'église, et grossissent ainsi peu à peu le noyau d'une population laborieuse et honnête, ai-

mant TEurope qui lui a envoyé des bienfaiteurs, aimant ses enfants qu'elle « n'exposera » jamais !

Tel est le bilan de Tœuvre charitable dont il nous est donné de voir les moindres détails. L'œuvre est en enfance, il est vrai , car les sommes allouées ne suffisent guère. Avec trois ou quatre feux d'artifice de moins dans nos fêtes publiques, que de milliers d'existences on pourrait sauver ici! Ajoutez-y les trente-six écoles réparties dans la province, où quatre cents enfants sont élevé3, cinq petits orphelinats qui entretiennent une centaine d'enfants (le tout coûtant environ onze mille francs), et vous saurez à peine la vingtième partie du bien que font en Chine les Missions étrangères !

\1 février 1867. — Notre dimanche a commencé, comme si nous étions en PVance , par la bénédiction latine de l'Évéque à l'autel ; mais il a bien fini en Chine par les clameurs de plusieurs centaines d'enfants qui criaient derrière nous : a Fan-qwaï ! fan-qwai! (diables et chiens d'Occident) w .

S'il y a environ dix-huit mille chrétiens dans toute la province, il y en a deux mille à Canton. Nous trouvons ces derniers agenouillés en plein air sur le sol , tout autour de la cabane de feuilles seches qui sert de chapelle provisoire. Puis l'Evêque, qui aime déjà tendrement le Prince, nous garde au repas de midi , avec neuf missionnaires des villages

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environnants. C^est un petit coin de la France : à nos pieds , un canon donné par Taniiral Jaurès rappelle les temps de guerre; mais aujourd'hui c'est de la conquête pacifique faite par le christianisme qu'il s'agit seulement. Que les heures nous paraissent douces au milieu de tant de cœurs amis, et que de curieuses et intéressantes aventures chacun nous raconte! Si j'ai été attristé depuis Singapour en voyant à quel point le commerce français est pauvre dans l'extrême Orient, et combien le pavillon tricolore n'y apparaît que tara avis m terris, l'impression générale que je ressens est moins désespérée et plus consolante aujourd'hui. Oui, c'est vrai : l'Angleterre, la reine des mers, est la dominatrice matérielle des empires asiatiques par son commerce colossal; elle y importe ses cotonnades et elle en exporte pour des milliards les thés et les soies; mais la France est le pays des idées , et elle les importe par ses missionnaires jusque dans les régions les plus inconnues de la Chine. Cette force morale, vivifiante et inépuisable, relevée par la pureté et la pauvreté de ses agents, illustrée par des martyrs et corroborée par la foi , secondons-la de tout notre cœur !

Les rapports des missionnaires avec les mandarins varient beaucoup suivant les lieux et les circonstances : ici l'intelligence est parfaite; là les prêtres sont odieusement persécutés, moins en eux-

mêmes, ce quMls préféreraient, que dans la personne de leurs ouailles.

Mais de tels obstacles n'arrêtent pas Fœuvre chrétienne, à laquelle il répugnerait de s'imposer, et qui se maintient dans cet admirable rôle : — recueillir les orphelins dont personne ne veut , sauver les enfants jetés sur les routes et soigner les malades qui Timplorent! L'étendue immense des districts fait du missionnaire un pèlerin dont l'allure ordinaire est la marche forcée : appelé sans cesse à quinze et vingt lieues , il s'y rend en hâte , couchant souvent sur la dure et plus souvent encore insulté : ses chapelles disséminées sont des buttes de bambou. Mais il sape la polygamie, il fait tomber la coutume barbare « des petits pieds » , il forme des cœurs honnêtes, et se fait, le front haut, auprès des mandarins et jusqu'à la cour de Pékin, l'avocat des malheureux injustement opprimés. Pour subvenir à tant de labeurs , il touche cent vingt piastres (600 francs) par an, et je ne vous étonnerai pas en vous disant que les appointements de l'Evêque de Canton (1,200 francs) réunis à ceux de tous ses missionnaires sont inférieurs au traitement minimum du dernier des dix ou quinze ministres protestants envoyés par les sociétés bibliques, et qui, dans leurs belles villas, vivent très -confortablement sans ennuis et sans troupeau. Aussi, depuis notre arrivée en Chine, n'avons-nous pas trouvé un

JAVa, SiaU. CAKTON.

seul négociant anglais qui ne déplorât la stagnalion lucrative de ses minislres, el qui n'admirât nos missionnaires pauvres, mais écoutés, hardis soldats de ' leur foi , abordant avec la fougue française les remparts d'une barbarie séculaire : ce sout les zouaves du clergé militant.

Quant à nous, la nuit vint presque nous surprendre dans cette atmosphère pure et rrançaise, bien faite pour réchauffer les cœurs qui commencent à souffrir

du mal du pays Mais nous rentrons au logis,

pensant qu'au bout d'un an nous reverrons la terre natale, et que nus courageux hôtes de ce matin y ont, par force d'àme, renoncé presque tous pour la viel

Dans notre rentrée vers Sha-Myen, nous sommes bientôt arrêtés tiel au beau milieu de la u rue de l'Amour ". Une foule au trot, venant en face de nous, nous heurte d'une façon sauvage, et force nous est de chercher refuge daus une boutique remplie de poissons puants et d'œufs conservés dans de l'acide urique. Nous voyons alors déËlcr devant nous le plus baroque des cortèges : une vingtaine d'hommes montés sur des poneys zébrés cheminent les uns derrière les autres, criant «Hou-ouh, lou-ouhl > (circulez, circulez I); et comme la ruelle n'a qu'un mÈlre et demi de large, il nous faut être lestes pour que les chevaux n'appuient pas leurs fers s orteils. Ces cavaliers majestueux portent d'une main : pique, et de l'autre agitent leur longue queue

de cheveux pour fouetter leurs montures ( ici , la queue sert à tout*, à battre les chiens, les femmes et les chevaux, et à monter au ciel!) — L'escadron, égrené comme un chapelet, escalade ou descend à Faventure les marches glissantes qui relient les différents niveaux d'une rue chinoise. -Viennent, à la file, 4es licteurs en rouge, portant des fouets, des haches, des sabres et des chaînes; ce sont les bourreaux de Canton, compagnons indispensables de Tautorité locale. Puis une foule confuse de deux cents porte-étendards s'échelonne sous nos yeux : mendiants en guenilles, hideux de saleté et de lèpre, i's ont, pour l'occasion, revêtu la livrée gouvernementale, qui se compose de loques voyantes. Rien ne fait mieux voir qu'un cortège de mandarin, combien en Chine les dignités et la vermine, la magnificence et la misère marchent côte à côte ; comment des gamins, vagabonds à hiidi, sont licteurs à quatre heures, et coucheront demi-nus le soir sur un tas de fumier! Enfin passent une douzaine de chaises à huit porteurs, palanquins fermés auxquels un petit carreau seulement donne du jour, La face ronde et grasse du Gouverneur du Kwang-Tong s'y colle pour nous considérer d'un œil farouche, et les dix-sept officiers de sa suite, portant la moustache à la tartare , se laissent plus* ouvertement voir au peuple ' dans leurs robes enluminées, brodées d'or et d'argent. Nous trouvons poli de saluer ces messieurs, mais

leur figure impassible nous prouve que les Européens ne leur sont guère sympathiques ; ils se souviennent trop que nous avons lancé quelques boulets dans leurs pagodes il y a dix ans; après tout, ils auraient raison de nous appeler des Barbares, si nous ne cherchions pas une autre manière de les civiliser.

En opposition aux faces féroces des bourreaux de Sa Seigneurie, à Timmonde troupeau des acolytes de louage et à la majesté de décadence du cortège vice-royal , les coquettes « Filles du Ciel » aux joues rosées, à la coiffure mastiquée, aux colliers de jade, se penchent toutes à leurs fenêtres ; la « i:ue de r Amour » offre à cette heure un vrai ensemble de paravent chinois : sentences peintes en écarlate, mandarins en riches costumes , mendiants qui hurlent, cheiraux sur des escaliers, femmes peintes, palanquins et boutiques bariolés, tout s*y confond dans les plus vives couleurs d'une palette de potiche !

Ce quartier pourtant n*a pas toujours joui d'une aussi bruyante gaieté : dans une rue voisine qui a peut-être quatre cents mètres de long et qui est fermée à chaque extrémité par des portes, deux de nos soldats français avaient été tués en plein midi et en pleine rue pendant l'occupation alliée. Aussitôt que le commandant apprit ce crime, il n'hésita pas, fit fermer les portes de la rue , et y lança deux compagnies avec l'ordre de tout tuer, excepté les femmes

ei les enfants. Cet exemple nécessaire a arrêté désormais les meurtres, continuels jusqu'alors, et nous v( yons par nous-mêmes « qu'en ouvrant Toeil » on peut circuler en sûreté à Canton. Aussi le Prince s'est-il hâté hier soir de refuser la garde de vingt matelots portugais mis à sa disposition par le commandant du Principe Carlos. Nous avons à notre suite un cortège de deux cents gamins moqueurs et harcelants , mais ils sont surtout curieux; et, somme toute, ils me rendent au centuple le désagrément que j'ai dû causer dans mon enfance à quelque marchand chinois égaré à Paris en le dévorant des yeux et enlesuivantpasàpas.

18 février 1867. — Nous cherchons à faire quelques achats, ayant pour guide l'aimable Père Chouzy; grâce à lui nous découvrons que le domestique chinois qui nous avait servi d'interprète jusqu'alors, prenait contre nous les intérêts des marchands et leur disait : a Demandez-leur dix fois plus ; ils ne savent pas les prix et ils payeront. » Du reste , s'il y a surabondance de marchandises dans les boutiques, ce n'est guère que du « moderne» . Le tt vieux chine » est payé par les Chinois bien plus cher que par nos amateurs, et les seules belles choses que nous trouvions sont dans la rue de tt l'Éternelle Pureté » , chez un brocanteur qui les extrait de caisses arrivées d'Amsterdam. Quelquesunes ne sont pas encore ouvertes , et il y aura sans

JAVA. SIAU. CANTON, doute quelque Européen qui fera iaire à leur cnn- 1 tenu une seconde fois le voyage d'Europe ! i

Suivant les indications de notre boussole (car ici ' nous naviguons à pied), noua explorons l'Est de la , ville, et nous passons par une grande place carrée , d'où s' élèvent les plus malsaines odeurs. Là, nous butions contre quelques cadavres de lépreux; bientôt une cinquantaine de ces pauvres élres, soulevant chacun la natte qui le couvre , nous tendent les mains sans pouvoir se lever sur leur séant. Quand ils se sentent à bout de forces, ils viennent là, se blottissent les uns contre les autres et attendent

» la mort avec résignation. Dans cette -cité misérable, où personne de sain n'ose mettre les pieds, et où nous nous sommes égarés, les lépreui eux-mêmes font leur police. Nous en voyons trois ou quatre, encore valides quoique chancelants, arracher leurs confrères morts des nattes pourries qui leur ont servi de maison, puis de linceul; ils les tirent par I un pied jusqu'au quai, comme un chien qu'on va

^^^ jeter à l'eau; et, pour eux aussi, le fleuve devient ^^H uD cimetière 1

^^H Comme ici tout est contraste, nous arrivons ra-

^^^ pidemenl à un quartier riche; reçus poliment dans ^h quelques magasins , nous nous rendons compte ^H I de l'habillement des familles aisées. A mesure ^H

^^L que l'automne et l'hiver s'avancent, les Chinois ^^Ê ^^H endossent casaquins sur casaquins et cuissard» sur ^^Ê

^ cuissards-: ils n*ont point de feu dans leurs salons, et ne se déshabillent pas pour se coucher ; semblables à des oignons, ils ont quinze et vingt pelures au fort de rhiver, et ils se maintiennent ainsi, sous des couches d'ouate superposées, dans une douce chaleur... et exhalent une odeur que je m'abstiens de qualifier. Au printemps, la pelisse est remise dans Tarmoire, les casaquins diminuent en raison inverse du thermomètre, et Thabillement resté six mois prisonnier est rendu à la lumière du jour. Quel peuple de chrysalides !

Il semble donc que Teau ne leur est pas sympathique! Mais s'ils ne s'en servent pas pour se laver, je leur rends cette justice qu'ils savent l'employer habilement pour en faire des horloges. Depuis des siècles, Canton a eu la spécialité d'un appareil hydraulique des plus simples, qui se compose de quatre jattes de. cuivre placées sur des gradins, de telle sorte que le niveau supérieur de l'une arrive au niveau inférieur de l'autre; l'eau en tombant goutte à goutte y indique vingt-quatre heures par un flotteur qui correspond à une échelle graduée.

Nous finissons notre journée par le champ des exécutions, où un apprenti coupeur de têtes, trèsfamilier et très-jovial, veut à toute force me donner une poignée de main; puis nous passons par « le mont de Vénus « , près duquel sont les salles d'examen. Des deux côtés d'une avenue de trois cents

lAVA SIAM. CANTON.

mètres de long, sont disposées à angle droit neuf mille lieux cent trente huit niches carrées, dans chacune desquelles un homme ajuste la place pour s'asseoir. C'est là que pendant huit jours on enferme, tous les trois ans , les candidats aux grands examens. La composition est écrite, et de ce concours sortent les bacheliers, licenciés, docteurs, mandarins, lettrés et officiers supérieurs de l'Empire du Milieu. Dans le dialecte supérieur (obligé pour ce concours), il y a trente-deux raille caractères ! Tout le mérite, parait-il, est dans la calligraphie. Une commission de dis mandarins, sous la présidence du ministre de l'instruction publique, examine les copies et récompense la plus belle main.

C'est bien là le cachet, le symbole, le type de l'esprit et de la civilisation des Chinois. Assurément ils ont une intelligence des plus étendues, et d'ad mirables aptitudes : ils ont le génie du commerce; et poussent l'entente de la vie matérielle à une perfection qui nous étonne souvent. Il faut le dire ils étaient civilisés, ils avaient la boussole, la poudre, les tissus, l'imprimerie, quand nos pères mangeaient des glands dans les forêts de la Gaule , se couvraient de peaux de bètes sauvages et faisaient la guerre avec des flèches; mais on sent que cette civilisation, coulée dans un même moule, s'y est figée depuis longtemps.

En matière politique, ils ont eu leur 1789 bien

des siècles avant nous : rarîslocratie de naissance a cédé à la libre compétition des places par des examens publics. Quand le dernier coulie peut, s'il s'adonne à des travaux littéraires, parvenir au bouton de mandarin, comment se fait-il pourtant que les fonctionnaires issus des concours libres deviennent les despotes les plus impitoyables , les plus vénaux et les plus injustes , maltraitant cette plèbe dont ils fsûsaient partie hier ?

De même dans les temples, cela'faît froid à vo?r! En dépit du nombre des adorateurs, la routine grossière, la cupidité des bonzes, vous diront que la pensée est absente, et que la matière seule est en jeu.

Le Chinois n'a pas de religion, il n'a qu'un culte, celui de ses intérêts, et, par suite,' une superstition et une adoration aveugles envers les génies qui passent pour présider à la fortune.

Et dans toutes leurs œuvres, s'il y a quelquefois perfection, il n'y a jamais étincelle I Tout est là : ici ils sculptent et vénèrent des cercueils, mais là ils tuent sans scrupule des nouveau-nés ! Ils cherchent le mérite dans la calligraphie , et non dans la pensée! Comment les idées peuvent-elles progresser dans un pays , quand il faut toute la vie d'un homme supérieur pour acquérir la connaissance de l'alphabet? Il en résulte que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la population de la Chine ignorent la moitié des caractères qui expriment les idées, et qu'ils ne com-

prennent pas le langage de ceux qui sMnstruisent pour eux-mêmes et non pour enseigner I Les grands lettrés passent leur vie un pinceau à la main, s'essayant à tracer avec élégance, sur une brique poreuse, de pieuses sentences inintelligibles pour le commun du peuple, et qui, éclatantes d'or au fond des pagodes, ne parlent pas à Tàme de leurs adorateurs. Leur littérature n*est plus qu'un coup de pinceau; et le Chinois, si avancé dans les progrès matériels, demeure fatalement immobile dans Je champ des idées!

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