PARIS E. PLON ET C'«, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
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MDCCCLXXV Tous ilrtiits réserve^
HARVARD COLLEGE LIRRARY
6IFT OF
DANIEL R. FEARIN6
39 JURE 1 il 5
J'étais là, telle chose m'adrinL La Foktaibb.
Si je puis espérer la bienveillance du lecteur pour le journal de mon voyage autour du monde, c'est en lui disant que j'avais vingt ans, depuis huit jours seulement, quand je faisais voile pour l'Australie, et qu'après avoir, sur un parcours de seize mille neuf cents lieues, visité tant de contrées du globe comme en un magnifique panorama, je viens afironter à vingt-deux ans les périls de la publicité.
C'était uniquement pour mes parents que j'avais pensé écrire mon journal : il était la consolation promise à ceux que je quittais. J'y ai consigné tout ce que j'ai vu et appris pendant mon long vovage; je devrais plutôt dire que j'y ai consacré le peu de temps que me laissaient, pour écrire, les accidents variés d'une vie agitée et toute remplie. Chaque soir, après les fatigues du jour, je jetais bien vite mes notes sur le papier, et chaque malle qui partait pour l'Europe apportait aux miens le trop court récit de mes mouvements.
Lorsque je contemplais devant moi cet espace infini où je ne devais pas les voir, ou bien quand je regardais en arrière vers ces parages où je le$ savais attristés de mon absence, c'était une heure d'encouragement et dç force nouvelle, de délices et d'aspirations élevées, que celle où je traçais pour eux le journal de tous les instants de ma vie jeune, active, folle et enthousiaste, ou mélancolique, calme et sérieuse.
Mais puisse espérer que ces lignes écrites à la hâte, tantôt sur la table vacillante d'un navire ballotté par la mer, tantôt sur mes genoux à la fin
d'une journée de chasse, ou dans quelque hutte de Cannibale, inspireront à ceux qui. les liront une pale impression des joies sincères, des émotions vives et des souvenirs délicieux de mon voyage ?
Ces souvenirs de chaque heure, tels qu'ils se présentaient à moi, sous la Ligné 6u prés du Pôle Sud, je les ai laissés dans leur ensemble, quelquefois confus et sans transitions, ce qui est le propre du journal; et j'ai retranché seulement tout ce qui m'étant personnel, ne pouvait intéresser que ma famille. — Je viens simplement, et avec la timidité, mais aussi avec toute l'ardeur de la jeunesse, raconter ce qui m'a frappé dans la succession des grandes images, des faits curieux, des aventures, des dangers peut-être, de longues navigations et de pays lontains.
Qu'on me pardonne donc ce que peut avoir de monotone le récit, même abrégé, d^une première traversée de trois mois; qu'on me pardonne les ai*dèurs'tk*op foUes dans les chasses émouvantes des plaines sans fin de l'Aufi^ traliè ou de la jongle brûlante de Java; qu'on me pardonne mes jugements sur les constitutions politiques des colonies australiennes, ou bien les éclats de la gaieté que m*ont causée les harems des sultans javanais, les amazones du roi de 'Sihm, ou un déjeuner à Pékin avec le régent de la Chine ! '"Si j^'at pu^ dans un voyage rapide, embrasser tant de choses diverses, jq n'aTcii cela aucun mérite, je le dois à des circonstances exceptionnelles ; çar^ dans ces lointaines et dangereuses pérégrinations, je ne volais pas de mes propre!^ dilès. J'avais l'honneur d'accompagner un jeune Prince qui, 4epuis màplîls'téndk^è'^éttfîànce, ^Voulait bien m^'appeler don ami^ qui, JmÎi a voit déjà bien couru les mers comme Élève, puis comàie Enset^oe dans I9 .m^ripe des États-Unis d'Amérique, où il avait conquis ses grades par de soUdes et brillantes études, et qui, après six ans de service à la mer, voulait faire le tour du globe pour son instruction et son plaisir.
Dans l'espace de trois mois, trois jeunes Princes de la maison d'Orléans partaient d'Europe, pom^ exercer dans de lointains voyages leur intelligence et leur activité, qu'ils ne pouvaient consacrer au service de leur pays : — le Duc d'Alençon, Ueutenant de l'armée espagnole, dans la glorieuse expédition des Philippines, commandait l'artillerie et faisait si vaillamment ses premiè-
rés armes; — le Prince de Gondé, allait aux Indes et en Australie... où la morty hélas ! l'arrêta à l'entrée d'une carrière qui promettait d'être si belle ; — le Duc de Penthièvre, fils du Prince de Joinville, entreprenait le tour du monde !
C'est ce dernier que j'avais le bonheur de suivre : il fut partout reçu et fêté par des^ hommes de cœur qui lui faisaient, ayec uujç pfévenanc^e et une somptuosité inouïes, les honneurs de leur patrie à^optive. Si j'ai pp glai^er quelques épis dans une moisson que j'aurais dû rapporter si abondante, j'ai, a cœur de placer ici, avant tout, l'expression la plus vive de ma reconnaissance pour ceux qui nous ont accueillis avec la plus cordiale hospitalité.
Je dois aussi cet hommage à nos amis d'outre- mer, en mémoire d'un de nous qui n'est plus !.. . Car les beaux souvenirs de notre voyage tant rêvé ont été mêlés des plus cruelles douleurs, et un voile de deuil devait couvrir pour nous, au retour, le brillant passé qui avait réalisé toutes nos espérances du départ: — il devait m'être réservé le triste devoir de rapporter en France le cercueil de M. Fauvel, Lieutenant de vaisseau, cet homme d'un cœur .si attachant, si élevé, et d'une science si solide, qui n'avait point quitté le Prince depuis sept ans, — que nous aimions comme un second père, — et qui, après avoir partagé toutes nos émotions comme tous nos périls dans un voyage dont il était l'âme, succombait, vingt jom^s avant de toucher l'Europe, aux fièvres pestilentielles des marécages tropicaux.
Maintenant que le lecteur nous connaît tous trois, qu'il voit presque un enfant pour narrateur et le tour du monde à faire, je lui demande son indulgence pour un simple Journal de Voyage,
Sandricourl , décembre 1868.
trait de l'Atlas de MF Bonnefont
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