CHAPITRE VIII
Relâche à la Nouvelle- Archangel. — État de cette colonie russe. — Kodiack. — Port Saint-Paul. — Détails sur les îles Poustoy et Lesmoy. — Avantages pour la compagnie russe d'Amérique établie à Kodiak, — Dangers de certains courans.
Le 1° mars. —LaA brise fut variable de PE.- : D - N.-E., joli frais, avec beau temps. Je fis gouverner au nord-est. Nous passämes à 7 heures dans l’ouest des îles Masse et Chenal (1) (Héhéaou). Quoique nous n’en fussions alors qu'à 2 lieues +, on ne vit aucun indice d’habitation ni aucun arbre. Les cocotiers dont parle Vancouver, d'aprés Heïgerst, ne se trouvent pro- (G) Ces deux iles font partie de celles découvertes par Mar-
chand, en 1795.
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Mars 1818bablement pas au bord de la mer. D’après le
garde -temps, dont la marche avait été arrétée la veille à Nouhiva, l’île Héhéaou est à 35 deg. ouest de la pointe Est du port de Taïa- Hoy.
Ross m'avait dit qu’elle était occupée par une petite colonie de Nouhiva. Ces pauvres gens, nese trouvant pas bien dans leur pays (la partie nord de l'ile), donnèrent à un Américain une certaine quantité de sandal pour qu’il les transportât dans une île qu'il prétendait connaître, et dont il leur avait fait un tableau bien. différent, sans doute, de celuï'que dut leur présenter le rocher où il les déposa. Leur nouveau séjour n'offre que quelques cocotiers ; la pêche leur fournit aussi des ressources. Quoiqu’ils aient en somme de quoine pasmourir de faim, ils prièrent le capitaine d’un navire qui les visita, de les ramener à Nouhiva; mais il en sortait, et la position de ces îlots sous le vent de tout larchipel, et, plus encore, le défaut de bois pour faire des pirogues, doivent empêcher ces malheureux Indiens de retourner dans l’île fortunée dont l’imprudence les a éloignés.
Le 5.— A l'exception de quelqu ; grains,
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Mars 1818.
le temps fut beau au commencement du mois.
Quoique la brise, toujours modérée, ne nous permit pas de faire de grandes journées, nous coupâmes la ligne pour la quatrième fois, le sixième jour de notre départ, par 145 deg.
5o min. ouest. Jusque-là, la plus grande différence ouest avait été de 5o min., et la somme de ces différences cinquante-cinq lieues en cinq jours.
Les 18-21.— À cent quarante lieues dans l'est des îles Sandwick, sous le 150° méridien, entre le 18°et le 25° parallèle nord, le baromètre éprouva des oscillations extraordinaires. La cause de ce phénomène nous est restée inconnue , mais elle ne peut être attribuée àl’agitation du navire.
Le 23.— Le navire passa sur la position que Spinosa assigne à l’île douteuse de Maria Laxara ou Lagorta, sur laquelle j'avais gouverné, le cap au nord-ouest-quart-ouest. Nous n’eûmes aucun indice de terre. Un gros albatros brun fut le seul oiseau qui parut ces deux jours. Cette île a été cherchée inutilement sur divers points par Lapeyrouse et plusieurs autres navigateurs
 VOYAGE Mars 1818.
modernes. Les Américains, qui depuis trente ans fréquentent habituellement ces parages, ne croient pas à son existence.
Les grains et les pluies , quoique fréquens, nous permirent d'achever le calfatage du pont, qu'on n'avait fait que commencer à Noubhira. Outre les travaux ordinaires pour l'entretien du grément, l'équipage fut occupé à moudre du blé, et les ouvriers employés à divers objets utiles à la côte nord-ouest. Les voiles vieilles avaient été déverguées et remplacées par de meilleures capables de soutenir les coups de vents fréquens dans les parages où nous allions entrer.
Un baril de salaison confectionné à San- Francisco, ayant perdu sa saumure , fut trouvé dans un état de détérioration avancée. On essaya de désinfecter la viande en la faisant bouillir entourée d’une couche de charbon, le tout enveloppé d’une toile ; mais ces tentatives n’eurent aucun succès, quoiqu’on eût successivement employé leau de mer et l’eau douce.
Si la vertu du charbon trompa nos espérances dans cette occasion, nouslui dûmes en revanche
AUTOUR DU MONDE. 5 Mars 1818,
la conservation de douze jambons contenus dans une futaille où on les avait enfouis dans du charbon pulvérisé.
Le 24. — On s’aperçut que le cuivre commençait à se détacher sous les bossoirs. Cette avarie était d'autant plus fâcheuse que ne pouvant provenir que de la mauvaise qualité de la maticre, il était probable que tout le doublage se trouverait sous peu dans le même état de détérioration.
Le même jour, par 30 deg., nous eùmes les premières brumes qui ne durérent que quelques heures dans la matinée ; il y avait une longue houle du N.-N.-0. La brise hâla le S.
le soir, en renforçant, et il venta constamment bon frais de cette partie le reste du mois, avec quelques variétés du S.-S.-E. et S.-0. Aucun jour ne se passa plus sans la brume qui s’accrut en durée et en densité.
Le 25.— Nous fimes rencontre d’une baleine
et d’un banc de marsouins. Le 29, il parut
beaucoup d’oiseaux océaniques , la plupart de la famille des petales, albatros et plongeurs; on vit aussi une branche de goëmon.
Le 31. — Le soleil ne parut pas. À midi
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je me faisais par 49 deg. nord et 145 deg. 40 min. ouest. Nous avions fait 6o lieues dans les vingt-quatre heures. Le baromètre avait baïssé de »7 p.91. à 27 p. 31. A midile temps prit un aspect menaçant, il se forma un rideau de brume dans la partie de l’ouest ; la brise, qui s'était modérée au S.-E., renforça vers le soir et sauta par avalaison au S.-O. Il venta tourmente de cette partie variant à l’'O., avec des grains violens, une pluie neigeuse extrémement froide, et une mer très-grosse, que le choc croisé des lames du sud-est et de celles du vent régnant rendait trés- fatigante et faisait embarquer fréquemment. On réduisit la voilure à la misaine. Quoiqu'on eût commencé de bonne heure à serrer les huniers, cette manœuvre coûta beaucoup de peine et de temps, à cause de la rigueur soudaine du froid qui engourdissait les hommes, et leur laissait à peine lusage des mains. Le froid et les lames firent périr la plupart de nos animaux, sans
épargner un mouton de Californie, qui avait fait la campagne de Noutka, et qui, en prenant les habitudes du bord, s'était acquis la bienveillance générale. Il s'était opéré dans le ca-