‹ Voyage autour du monde [microforme]Chapitre 2 sur 48 · LL A · texte numérisé non relu

LL A

AUTOUR DU MONDE. 7 Avril 1818.

ractère de cet animal un changement aussi

remarquable que dans son régime. Il était devenu audacieux et jaloux de ses droits, et ne souffrait pas d’empiétement de la part de Negritto (), la terreur des sauvages.

Les deux jours suivans le temps se modéra, et le vent mollit en hälant le S. De forts grains se succédaient encore à intervalles, etamenaient de la pluie, de la neige et du givre.

Le 3 avril. — On put larguer les ris; on étalingua et on fit les dispositions d’atterrage. À midi je me faisais à 52 lieues du cap Omancy.

Le 4. — À 2 heures, la brise ayant hâlé le N. par l'O., on orienta au plus près babord sous les majeures; bientôt après le vent retourna à l'O., joli frais, mais toujours avec des grains et leur accompagnement ordinaire.

À midi nous étions par 55 deg. 42 min. nord, et 138 deg. 25 min. ouest. Le cap Engano restait au nord 8 deg. Est, distance 27 lieues, le cap Omancy au nord-est-quart-est , distance 18 licues. Nous courions au plus près babord sous les majeures et auriques, le premier ris pris.Le

temps s’embellissait et les grains perdaient leur

(:) Nom du chien que nous avions à bord.

8 VOYAGE Avril 1818.

force. 11 passait des touffes de goëmon le long

du bord , maïs on ne voyait pas d'oiseaux, quoiqu’ils eussent paru en assez grand nombre les jours précédens.

À 3 heures et demie on eut connaissance de la côte d'Amérique à toute vue, dans le Nord- Est-demi-Est. Je portai dessus pour la reconnaître en forçant de voile.

À 6 heures le cap Omancy, extrémité sud des terres apparentes, restait à l'Est, l’autre au nord-est quart-nord , de hautes terres coupées pyramidales les plus remarquables au nord-est, distance 14 lieues. Poutesles terres étaient couvertes de neige.

Ce relèvement mettait le navire par 56 deg.

12 min. nord et 138 deg. 24 min. ouest, position qui donnait sur l'estime suivie depuis les Marquises une différence sud de 35 deg. ouest, 170 milles en 35 jours.

Le 5.— Après minuit, nous eûmes pour la première fois le spectacle magnifique des aurores boréales.

A 3 heures du matin la brise se leva du N.-E., et prit ensuite un peu de force au N.- N.-O. A 4 heures et demie on aperçut la terre

ng

AUTOUR DU MONDE. 9 Avril 1818,

s'étendant de cet air de vent au N.-N.-E.:

bientôt après elle se développa au N.-E. + N. et N.-0. < O., et on reconnut au nord le mont Saint-Hyacinthe, dont le sommet était couvert d’une neige épaisse.

Nos efforts pour nous élever à la faveur des variétés, furent en grande partie neutralisés par la faiblesse de la brise : malgré la proximité de la côte, on ne vit pas un seul oiseau et trèspeu de goëmon. |

À 8 heures nous nous trouvämes à une lieuc de la côteau pied du mont, le cap nous restant au nord 79 deg. ouest, et l’ilot Robin ou Lazaroffau nord 25 deg. Est du compas, à une derilieue. Pendant le reste de la matinée nous n’eùmes que des risées variables, mélées de calme, qui nous retinrent pendant deux heures à un mille de l’île Lazaroff, malgré nos efforts pour nous en détacher à la faveur des variétés. À 10 heures on mit les embarcations dehors; en même temps le fanal de l'établissement fut à vue. dans le nord-est quart-est. Après avoir doublé Pilot, le calme reprit.

À midi on releva le cap Engano au sud Go

deg. ouest, le fanal au nord 55 deg. Est du com-

10 VOYAGE Avril 1818,

pas. Nous étions à un mille dans l'Est de l’ilot, et à la même distance au sud de la côte. La sonde donnait 22 brasses, roche ct corail ; nous avions trouvé le même fond, et pas moins de 18 brasses à l’ouest et au sud de Lazaroff. Dans ces parties il est bordé de rochers sur lesquels la mer brise avec force. On en voit aussi sur la côte, mais mi les uns ni les autres ne s'étendent au large. Le canal qui sépare l’ilot de la grande terre paraît sain et praticable, quoiqu’étroit. Après quelques variétés mélées de calme, la brise s'étant faite de l’O.-N.-O. joli frais, je fis route sous les trois corps de voiles pour entrer dans la baie de Sitka. Afin de ménager le vent en cas de variétés dans l’intérieur, je me décidai à passer entre le banc de brisans du cap White et le groupe de rochers dans l'Est, au lieu de donner dans la grande passe sous le vent de ces dangers. Je rangeai le banc au quart du chenal. En dedans on dirigea sur le fanal, sous la misaine et les huniers, on hissa le pavillon et on tira deux coups de canon pour appeler le pilote. Peu après nous vimes l’établissement qui se découvre en doublant les îlots qui sont en avant.

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AUTOUR DU MONDE. II Avril 1818,

À 3 heures nous étions à nn mille du fanal, aucune embarcation ne paraissait. J’arrivai par la passe du sud-ouest (ou du milieu ) que je jugeai plus facile que celle du nord, mais un moment aprés on aperçut sous le fanal un canot kodiaque qui se dirigeait sur nous, on mit aussitôt en travers babord au vent; l’embarcation ne tarda pas à nous joindre et mit à bord un pilote russe. Sous sa direction, nous tinmes le vent pour gagner le mouillage du nord ; mais aussitôt après, voulant apparemment éviter la perte du temps, il témoigna le désir de conduire le navire à celui du sud, sur lequel je gouvernais avant qu’il ne vint. À 3 heures trois quarts nous donnämes dans la passe ‘grand largue , babord amures.

A / heures nous mouillâmes sur la rade du sud de la Nouvelle-Archangel par 17 brasses fond de vase.

À notre arrivée à la Nounvelle-Archangel, chef - lieu des établissemens russes dans cette partie du monde, qui appartiennent à la compagnie russe dite d'Amérique, M. Heigmeister, capitaine - lieutenant de la marine impériale,

venait d’en prendre le commandement. Jallai

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12 VOYAGE Avril 18:18, le voir à bord du Xutusoff: La bienveillance

qu’il m'avait precédemment témoignée à Lima et à San-Francisco ne s’était pas refroidie depuis qu’il était à même de la rendre eflicace. Dés cette première entrevue, j'eus l’assurance de trouver, pour réparer le début fâcheux de l'expédition, tous les secours dont il pourrait disposer sans préjudicier aux intérêts dont il était dépositaire.

Nous conclûmes ensemble une convention pour faire la chasse aux loutres de compte à demi. Les principales stipulations étaient que la compagnie nous fournirait trents bateaux de peau (baidarka), chacun armé de deux chasseurs kodiaques, le tout sous la surveillance de deux agens; que les produits de la chasse seraient également partagés, et qu'une indemnité de 200 piastres serait payée pour chacun des chasseurs qui perdrait la vie dans une attaque de la part des Indiens.

Cet arrangement me parut d'autant plus avantageux, que l’expérience que j'avais acquise l'année précédente, ne me laissait que très-peu d'espoir de succès en faisant la traite des pelle-

teries avec les sauvages, au moyen de nos objets

que de as nce asse mdes

que

AUTOUR DU MONDE. 13 Avril 1818,

d'échange mal assortis , et que l'accident pour lequel j'étais tenu à une indemnité , ne se rencontrait que rarement depuis plusieurs années. Nous fümes aussi autorisés à déposer sans frais, dans les magasins de la compagnie, le sandal et les objets qui ne pouvaient pas étre employés pendant l’expédition. La nature de 6e service m’engagea à prendre une ancre de détroit et son câble.

Mon départ pour le port Saint-Paul de l’île de Kodiack où nous devions aller prendre les chasseurs, fut retardée par la visite qu'exigeait le cuivre, dont une grande partie était déjà détériorée. On échoua le navire, mais la rigueur de la saison suspendit souvent les travaux.

Le 21. — J’allai visiter un établissement indien dans une des petites îles au nord-ouest de la Nouvelle-Archangel, à cinq ou six milles. Je fis ce trajet dans une baidarque à trois places qui me fut fournie par ordre de M. de Heïgmeister. Un des Kodiaques qui n’accompagnait avait été quelque temps prisonnier des Espagnols à San-Francisco, et parlait leur langue d’une maniéreassez intelligible. Il avait apporté

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14 VOYAGE Avril 1818.

de ce séjour une certaine prédilection pour le pays et ses habitans, ce qui est assez naturel si l'on compare le climat âpre et la vie dure et laborieuse des Kodiaques dans leur île ou dans les autres établissemens russes, avec la température de la Californie et le bienheureux far niente, qui, du plus au moins, répand son influence sur tout ce qui tient aux Espagnols.

Nous entrâmes dans une anse presque entiérement fermée par une île sur laquelle est situé un village indien, composé d’une vingtaine de cases en bois. Le débarcadaire étantincommode, les Indiens, que la vue de la baidarque avait rassemblés au nombre d'environ cinquante, enlevérent l’embarcation avant que je pusse en sortir, et me portérent avec de grands cris jusque dans la case du chef, qui me reçut avec hospitalité, me fit porter des tranches de je ne sais quelle graisse que je goûtai et que, à mon grand étonnement, je trouvai mangeable. Il me servit ensuite deux espèces de pâtes de fruits, lune d’un goût assez agréable et approchant de la groseille, l’autre, mêlée avec de la graisse d’un goût rance, exécrable. On me servit dans des assiettes de porcelaine, et on me donna un

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AUTOUR DU MONDE. 15 Mai 1818.

couvert complet, tout cela assez propre. Après s'être concerté avec sa femme, le chef me présenta quatre petites peaux de martres blanches, quoiqu'il vit bien, d’après les faibles cadeaux que je lui avais fait, qu'il me restait trés-peu à lui donner en retour. Il y avait dans la case environ une centaine d’Indiens, qui se conduisirent avec beaucoup de décence. Les femmes paraissent trés-considérées par les naturels.

Le 1* mai. — La matinée fut belle, mais calme. On se disposa à appareiller avec la premicre brise. L'agent (Petrowsky) de la compagnie, chargé de surveiller la chasse, vint à bord avec le pilote, ainsi qu'un passager pour Kodiack.

À dix heures le gouverneur Heigmeister vint me faire sa visite d'adieu ; il voulut bien recevoir un paquet pour la France, en se chargeant de l’acheminer par la goëlette qu’il allait expédier pour Ochotsk.

La fraicheur se faisant sentir de l’ouest, dés qu'il eut pris congé on leva ancre à jet, on établit les auriques et les latines et on dirigea le navire à sortir par la passe du nord. La chaloupe du Kutusoff que M. Heigmeister avait

nca tres à Dos ARE PRE At HAT en

Mai 1818, bien voulu envoyer pour cet effet, nous re-

morquant, à onze heures et demie, la brise prenant de la force, on mit les huniers orientés

babord.

A deux heures, étant dégagé desilots, on mit en travers sous les huniers; j'expédiai le pilote dans la chaloupe du Xutusoff, et on mit à bord les embarcations. A deux heures trois quarts je fis servir au plus près tribord sous les trois corps de voile , le cap au sud-ouest, la brise qui avait été fraiche mollissant. A trois heures un quart le capitaine Young, du brick de la compagnie la Finlandia, vint à bord porter quelques effets pour Kodiack. La brise de l'O. tomba tout-à-fait, et fut remplacée par

des calmeset des variétés qui nousempéchèérent

de gagner le large.

Le 2. — Les calmes durèrent la majeure partie de la journée, sans autre interruption que de faibles risées del’O.-S.-0. A la faveur de ces variétés et des courans qui portérent N.-O. depuis notre sortie, nous fimes quelques pro-

grès dans Île Sud - Ouest (1).

(1) À midi, on relevait le cap Engano au Nord 13 deg. Est, les extrémités apparentes Nord 13 deg. Ouest , et Est 3 deg. Sud

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