fant dont le corps venait de se former. Le dieu
lui recommanda de le recueillir dans une coquille proportionnée à sa grosseur, et de ne pas manquer de le déposer dans de plus grandes à mesure qu'il croîtrait. Le créateur s'embarqua ensuite, mais non sans avoir répandu ses bienfaits sur les animaux, car aussitôt il poussa des cornes au cerf, une queue au chien, et des ailes aux oiseaux, qui prirent bientôt leur vol. Le nouveau-né grandit, prit des forces, et fut transféré successivement de la coquille qui avait été son premier berceau, à d’autres plus grandes, jusqu’à ce qu’il commençât à marcher. Bientôt il parvint à l’adolescence , et le premier usage qu’il fit de ses nouvelles facultés fut de féconder sa mère : c’est de son fils aîné que descendent les tahis, et de ses autres enfans le reste du peuple.
Leur re date de l’arrivée de Kouautzl.
Ils redoutent singulièrement Mattoch, étre fantasque, habitant les montagnes, dont ils font un monstre hideux et féroce, couvert de poils noirs, ayant une tête humaine avec une bouche énorme, armée de dents plus longues et plus fortes que celles de l’our:, dont il a aussi les
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ongles tant aux mains qu'aux pieds. Le tonnerre de sa voix renverse ceux qui l’entendent, et il met en pièces ceux qui ont le malheur de tomber sous sa main.
Les Noutkadiens croient que l’âme est immatérielle, et qu'après la mort elle ne fait que changer d’existence, mais avec cette différence que les âmes des tahis et de leurs proches vont joindre celles deleursancêtres près de Kouautzl, et celles des mistchimis passent dans un élysée inférieur nommé Pin-Paula, sous la dépendance du génie Ismitz. Les premiers disposent du tonnerre et des pluies par lesquels ils manifestent leur indignation ou leur bienveillance. Ils sont tellement infatués de leur importance, qu'ils sont persuadés que sil arrive quelque malheur à un tahis, la pluie n’est autre chose que les larmes que versent sesancêtres, pour le chagrin qu'ils en ressentent dans le ciel. Les tahis, livrés à la luxure, à la gourmandise, ou qui négligent le culte de la divinité, partagent dans l’autre vie le sort des mistchimis.
Si un degré de félicité inférieur à celui des tahis doit être le partage du peuple dans l’autre vie, en revanche, ils peuvent mieux jouir des
ECTCA plaisirs des sens dans celle-ci, étant affranchis
des abstinences et des exercices religieux dont l'observation est rigoureusement imposée aux chefs. La mort d’un tahis se pleure quatre mois, et les femmes, en témoignage de leur douleur, se coupent les cheveux à quelques pouces de la tête. Son corps est porté au sommet d’une montagne, où on le dépose, enveloppé de peaux de loutre, dans une bière qu’on suspend à un arbre. Des chefs des tribus amies assistent à ses funérailles. Comme chez la plupart des peuples sauvages, ceux-ci se font à diverses parties du corps des incisions, en témoignage de leur affiction. À la mort d’un tahi ainsi que d’un proche parent, quelques-uns des affidés du défunt vont journellement, pendant un certain temps, visiter ses dépouilles mortelles, et chantent auprès d’elles des cantiques qui expriment leur douleur, convaincus qu'ils sont d’être entendus par l’âme qui erre autour du corps jusqu'à sa dissolution entière. Les mistchimis sont ensevelis en terre pour être plus à portée de la demeure qu'ils doivent occuper chez Pin-Paula où ilsa’éprouvent d'autre peine que celle d’être séparés de leurs anciens maîtres, sans espoir
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de parvenir jamais à la félicité parfaite dont ceux-ci jouissent.
Les Indiens nomment tché-ha le hangar qui sert de cimetière aux grands chefs de Noutka seulement (1).
À l'entrée du hangar, il y a cinq files de statues en bois, grossièrement sculptées, qui se prolongent jusqu’à l’autre extrémitéousetrouve une espèce de guérite décorée, comme les baleines, de quelques crânes humains. Plusieurs de ces statues portent les parties sexuelles de l'homme, et ont même des cheveux naturels.
Une galerie d’ossemens humains fixe les limites du hangar.
Vis-à-vis l'entrée, il y a huit grosses baleines en bois, placées de front sur une ligne, et sur le dos de chacune desquelles on arrange avec symétrie les têtes de morts. Sur un lac près du tché-ha, il y a apssi une pirogue ordinairement jonchée de plumes d’aigles.
‘On procède à l'enterrement des chefs en ensevelissant leurs cadavres sous le hangar, à huit pieds de profondeur dans la terre; après un certain temps, on les ‘exhume pour leur ôter
(1) On a vu dans le premier volume, pag. 205, queles gens | du peuple n’ont point de cimetière.
la tête qu'on place ensuite sur le dos d’une
baleine, en mémoire de l’adresse qu’on reconnaissait au défunt pour les harponner ; puis, enfin, on élève la statue du décédé comme un monument de son souvenir, et pour indiquer que nul autre ne peut être enterré sous cette statuc.
Les chefs seuls ont le droit d'entrer dans le cimetière, et Macouina faisait tuer ceux qu'il connaissait y avoir été. Il y allait souvent dans la nuit, ou bien de grand matin, avant qu’il n’y eût personne de levé dans son village, pour saluer les mânes de ses ancêtres, et pour implorer le soleil, en lui demandant, comme à son dieu, de le rendre heureux dans l’autre monde.
Quand Macouina prend une baleine, il se rend de nuit au tché-ha pour rendre hommage au soleil de son heureuse journée, et pour offrir à ses ancêtres une partie de sa proie. Après avoir terminé cette cérémonie religieuse, il préside à la distribution de cette baleine, qw’il partage entre tous ses vassaux. Il ordonne ensuite une grande fête qui a lieu dans un petit bois derrière le village, et dans laquelle il parle au soleil à haute voix, en présence de tout son peuple. Les divertissemens de cette fête con-
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sistent à manger de la chair de baleine, à sauter au son d’un grand coffre vide, et à faire toutes sortes de contorsions et surtout beaucoup de bruit. Après cette réjouissance, Macouina s’occupe de sculpter grossièrement une baleine en bois, et de la placer devant le tché-ha , en mémoire de son offrande.
Les grands chefs de Noutka, leurs femmes et leurs enfans, jnsqu’àa l’âge de douze ans seulement , peuvent étre enterrés dans le tché-ha. Quant aux autres individus de toutes classes, on leur donne la sépulture en les allongeant tout nus dans le petit bois qui est derrière le village, et on les laisse ainsi se consumer sans autre cérémonie.
Les naturels sont pleins de vénération pour Macouina ; ils s’imaginent qu'il est parent du soleil , et que chaque fois qu’il va au tché-ha, c’est pour avoir des entretiens avec lui; ils croient aussi que leurs grands chefs revienæent quand ils veulent , et que la pirogue qui est vis-à-vis du tché-ha leur sert:à traverser le lac toutes les nuits; car c’est alors, disent-ils, qu’ils reviennent pour se promener dans le village.
La persuasion qu'ont ces sauvages que du
st8, séjour des bienheureux où il doit étre admis,
le prince qui les gouverne pourra un jour commander aux élémens, leur inspire une profonde: vénération pour un personnage appelé à participer aux attributs de la divinité. Cependant. nous n’avons rien vu de servile dans les hom-
mages que le peuple rend aux chefs.
La dignité de tahi cest héréditaire de père en fils. Elle fut dévolue à Macouina daus : l’année 1778, où son père fut tué par les Tahumasses, nation qui habite l’autre côté de Yile: son successeur tira de sa mort une vengeance terrible.
Il paraît, d’après les rapports des Anglais et des Espagnols, ainsi que de ce que nous avons vu nous-mêmes, qu'il y a toujours à Noutka trois chefs principaux qui exercent une grande autorité sur le peuple, comme délégués du tahi, auquel ils sont entièrement soumis.
Lors de notre passage , ses lieutenans étaient Omactéachloa, fils de Canicum ; Machvalick et Noak. Il arrive souvent que le tahi ou les chefs subalternes, lorsque l’âge ne leur permet plus de remplir les devoirs suprêmes, abdiquent en faveur de leur fils, s’ils en ont en état de
les remplacer. Les descendans des collatéraux du tahi, qui forment le corps des patri ciens , perdent ce privilége à la troisième génération et tombent dans la classe du peuple.
Ces misérable schefs de peuplades affamées, à moitié nus, sales habitans de cases enfumées, vrai réceptacle d’ordures et de puanteur, sont aussi fiers de leur illustre origine que les premiers potentats du monde civilisé : ils en font souvent le sujet de leurs conversations. Leurs femmes et leurs filles partagent aussi leur orgueil. Le rang des individus de ce sexe est déterminé par celui des pères et des mères.
À Noutka, et sur toute la côte Nord-Ouest, k polygamie est en usage chez les tahis et les nobles, qui la considèrent comme une marque de richesse et de grandeur. Eneffet, on n'obtient une fille qu'en donnant aux parens des pelleteries, des pirogues, des vétemens à l’européenne, des fusils, etc. : aussi sont-elles une source de richesses pour leurs pères, pour peu qu’elles aient quelques avantages personnels. Les pauvres mistchimis, ne disposant que d’une faible partie du fruit de leur travail, peuvent rarement fournir à une telle dépense : les mieux
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partagés sont ceux à qui Île tahi donne une femme en récompense de leurs services; la plupart des autres vivent dans un triste célibat. Quoique les femmes soient pour ainsi dire achetées, elles sont traitées avec beaucoup de douceur par leurs maris, qui n’exigent d’elles que les soins du ménage et les travaux qui conviennent à leur sexe. D’après divers rapports dignes de foi, elles exercent sur le sexe le plus fort une suprématie marquée; chez quelques tribus du Nord, on en a vu maltraiter des hommes de la maniére la plus cruelle. En présumant, comme je le fais, que dans les faits cités à ce sujet, il s’agissait de femmes de la haute classe contre des gens du peuple, cette particularité serait encore loin de justifier un acte d'autorité si révoltant, puisqu'il est en opposition directe avec les lois de la nature. Il est bien certain que dans cette partie les matrones sont appelées aux délibérations. C’est presque toujours une d'elles qui gouverne les pirogues de guerre. La destruction du premier établissement russe à Sitka fut déterminée par les plaintes des femmes des tribus voisines, indignées du mépris de la maitresse du gouverneur. Entr'autres avanies, cette
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femme , créole de Kodiack, avait craché dans l'écuelle qui ornait la lèvre inférieure de la femme d’un chef; elles dirent aux hommes que s'ils n'avaient pas assez de courage pour combattre les Russes, elles iraient elles-mêmes les attaquer dans leur fort.
A Noutka, et je crois sur toute la côte, les cérémonies nuptiales se bornent à un repas. Les femmes sont nubiles au même âge que les Européennes ; elles accouchent avec une facilité singulière. Les Espagnols qui ont résidé longtemps à l’anse des Amis, assurent qu’elles se jettent aussitôt à la mer et nagent long-temps sans donner de marques de douleur. Lorsqu'un tahi devient père, il s'enferme pendant un certa in temps dans sa case, sans oser regarder le soleil ni la mer, de peur de s’attirer le courroux de Kouautzl, qui le ferait mourir, ainsi que le nouveau-né. Au bout d’un mois, le père lui impose un nom devant les chefs assemblés, auxquels il donne un repas et fait des présens. En entrant dans les divers âges de la vie, le fils d’un chef prend successivement un nouveau nom, qui est toujours significatif ou allégorique. Le même changement a lieu pour les
filles à l’époque où la nubilité se manifeste.
Cette cérémonie se fait avec appareil, si celle qui en est l’objet appartient au grand chef ; elle est accompagnée de jeux, où des prix sont dé-
cernés aux vainqueurs. Ensuite le tahi la menant à un métier à tisser, disposé dans la partie la plus apparente de la case, lui dit qu’étant parvenue à l’âge de femme, elle ne doit plus s'occuper que des devoirs de son sexe. Dès-lors la jeune princesse ne sort plus de la demeure de son père, renonce au chant, à la danse et à tous les amusemens de l'enfance, s'applique aux divers ouvrages qui conviennent aux femmes, et observe une retenue exemplaire. Nous avons remarqué généralement beaucoup de modestie chez le beau sexe , dans cette partie de la côte, et nous avons lieu de croire que, libres ou mariées , les femmes se livrent rarement au libertinage.
Letahi ne peut approcher ses femmes qu'après la pleine lune, et même alors il se prive des plaisirs du mariage’, si des malheurs publics, tels que le retard des poissons de passage , la suspension de la pêche par le gros temps, exigent de lui le jeûne et la prière. Dans ces
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occasions, il se rend au lieu destiné au culte de la divinité, et reste deux où trois jours sans prendre d’autre nourriture que quelques herbes et un peu d’eau, une fois seulement dans toute la journée. Après avoir tenu les yeux levés au ciel et les bras croisés sur la poitrine, il implore, avec ferveur et à grands cris, la clémence divine, en invoquant la protection des tahis ses ancêtres, dont il promet de se montrer toujours digne de descendre. Les jeùnes et les prières du tahi sont mélés de diverses cérémonies dans lesquelles ses femmes interviennent pour l’engager à mettre fin à ses austérités.
La conduite des habitans de Noutka nous porté à croire que c’est la tribu de la côte Nord - Ouest, dont la fréquentation offre le moins de dangers aux navigateurs ; il faut avouer aussi qu’elle est une des plus faibles et aujourd’hui la plus pauvre que nous ayons vue. Cependant la douceur comparative des mœurs de ces sauvages fait présumer que le sentiment de leur infériorité n’est pas la seule cagse de leur modération. Ils sont peu adonnés au vol, vice si généralement répandu parmi le: sauvages, quoiqu'ils ne connaissent pas les be-
soins factices que créelacivilisation. À Noutka, les moyens de satisfaire à ceux que la nature impose sont à peu près communs à tous.
Nous n’avons pas remarqué que le mal vénérien y fasse de grands ravages, ce qui est une nouvelle preuve de la sagesse des femmes.
Il ne paraît pas que leur population ait éprouvé de diminution, depuis l'arrivée despremiers navigateurs qui les visitérent. À Noutka, comme sur toute la côte, elle est très-clair semée et presqu’impossible à évaluer d’après la vie errante des sauvages.
L'idiôme de Noutka est plein de consonnes
et d’aspirations. Les terminaisons en t3, en tl et en {zl s'y rencontrent fréquemment. Beau-
coup de mots sont coupés sans égard au nombre des syllabes, qui est rarement de plus de trois. Il ne paraît cependant pas que celui des composéssoit considérable. Dansleurs conversations avec nous, les naturels prononçaient d’une manière trés-distincte et mettaient beaucoup de sagacité dans l'emploi et le choix des expressions, ainsi que dans l'emploi et l'intelligence des signes auxquels on était obligé d’avoir re-
cours de part et d’auire.
Nous avons remarqué quatre dialectes diffé-
rens, dans les parties de la côte Nord-Ouest que nous avons explorées: celui de Noutka qui, avec quelques variatior::, est commun à Nitinat, et je crois à toute l’île Quadra et Vancouver; celui de la Reine Charlotte qui, modifié, se parle aussi dans celle du Prince de Galles; un autre, usité à Sitka, dansle détroit ue Chatham, dans les sunds de Christian et de Frederick ses affluens dans le Sud; le quatrième, dans le canal de Lynn. Il ne nous a pas semblé que les langues du Nord aient aucune affinité avec celle de Noutka ; mais il est évident qu’elles sortent de la même souche , ayant beaucoup d'expressions communes ou qui ne diffèrent
que par la manière de prononcer. Il y a plu-
sieurs autres dialectes chez les tribus tant conünentales qu'insulaires que nous n’avons pas visitées. Lors de notre première relâche, nous trouvâmes la langue qu’on parle à Noutka trèsdure ; elle nous parut presque de l’italien quand nous retournämes à l’anse des Amis, après avoir fréquenté les parties septentrionales de la côte. À mesure qu’on s’avance dans cette direction , le langage devient de plus en plus rude et dé-
218 VOYAGE La A Q sagréable à l'oreille, Les consonnes dures, les
st, tzl sont plus multipliés et se prononcent avec une espèce de sifflement de chaque côté de la bouche, semblable à celui que font les chats quand ils sont provoqués, et qui se rencontre aussi dans le dialecte aléautien. Les Indiens du Nord ont un k aspiré et guttural qui, tiré du fond du gosier, rend le son le plus dur et on peut dire le plus dégoütant qu'il soit possible d'imaginer : ils ont aussi un grasseyement trèsdésagréable. Dans la même partie, nous n’avons pas entendu prononcer la lettre w, et très-peu ou imparfaitement d et ». Il est inutile de dire que l’écuelle que les femmies portent à la lévre inférieure ne leur permet pas de prononcer les consonnes.
Autant quenous avons pu en juger à Noutka, les chefs sont habitués à parler en public avec facilité , et plusieurs possèdent le genre d’éloquence que donnent l'imagination, le juge-ment et l'habitude.
Chez toutes les tribus, le système de numération est décimal. À Noutka , on ne compte
quejusqu’à dix (ayo). Pour exprimerunnombre composé de dizaines et d’unités , on répète «yo
Lu | autant de fois qu'il y a de dizaines, et on déent signe les unités au moyen des doigts ; ainsi pour é de dire vingt-trois, on dit ayo, ayo, et on élève bats trois doigts. Les Indiens du Nord comptent tré plusieurs dizaines en faisant précéder le mot du tchinkat (dix) de ce nombre , qui indique du combien de fois la dizaine doit être prise et déon signent les unités par les doigts, ou bien ils ble indiquent par signe les vingtaines et nomment és les unités restantes. Il nous a paru que ces ons peuples ne connaissaient d’autre mesure que la peu brasse, l’empan et l'épaisseur du doigt.
lire Tous les Indiens de la côte Nord-Ouest posvre sèdent la musique de la nature, et aiment à les chanter en chœur, en mesure, sur un ton grave, s'accompagnant du bruit qu’ils font en frappant ka, sur une planche, sur le bord de leurs pirogues, vec avec leurs pagayes ou tout autre corps solide. lo— Ils ont aussi pour cet usage des espèces de mage rotes composées de morceaux de bois évidés, dans lesquels ils mettent de petits cailloux. Un né= des musiciens donne le ton et est suivi par les pte autres, qui élévent la voix plus ou moins ; un bre d'eux interrompt le chant par intervalle en
oussant de grands cris. À cela près, leur ma- O ,
nière se rapproche de notre plain-chant : ils prenaient plaisir à entendre notre petit orgue ; mais en général la musique n’est de leur goût qu’autant qu’elle est bruyante.
Les chefs ne chantent que des sujets religieux, moraux ou patriotiques ; mais il en est autrement de ceux que choisissent les mistchimis, pour qui la pantomime, les danses et les chants d’une obscénité extrême sont les passetemps les plus agréables de l'hiver. Les tahis ne se permettent ras de prendre part à ces bacchanales, mais ils peuvent y assister comme spectateurs.
Nous avons de fortes raisons de croire que le genre de libertinage qu’on reproche aux peuples orientaux est répandu parmi toutes les tribus indigènes de la côte Nord-Ouest. Leurs pipes etleurs bâtons sontsouvent ornés de figures représentant l’image de la corruption la plus dégoütante et la plus dépravée.
Nous n’avons eu occasion de voir ni les danses pyrrhiques, ni les représentations pantomimes de chasse , dont Vancouver donne la description.
L'année commence en juillet et se diviseen
1818, quatorze mois de vingt jours, outre les supplé-
mentaires adjoints à chacun, dont le nombre
est déterminé annuellement par des causes accidentelles , telles que la durée du passage de tel poisson, l’époque plus ou moins avancée de la maturité des fruits, etc. Tous ont des noms significatifs tirés de ces circonstances ou des vicissitudes des saisons. Chez un peuple dont le système de numération est si imparfait, la chronologie ne peut être qu’un chaos ; aussi, quoique les Indiens de Noutka connaissent la succession des tahis qui les ont gouvernés, ce n’est que par une connaissance approfondie de leur langue et de leurs coutumes, qu’on pourrait parvenir à déterminer l’époque à laquelle ce pays a été peuplé.
En résumé, le peuple de Noutka est peu favorisé de la nature ; il est sale et paresseux, et aujourd’hui pauvre et faible; mais il est généralement assez judicieux et d’une imagination vive. Il a de la douceur et de la docilité dans le caractère; il est porté au bien et sensible aux bons procédés. Les chefs | quoique toujours prêts à demander, ne sont pas étrangers aux sentimens généreux. Enfin les Noutkadiens
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222 VOYAGE . 1818, ont le cœur bon et sont le meilleur peuple de
la côte Nord-Ouest ; c’est celui avec lequel on peut traiter avec le plus de confiance, et chez qui les navigateurs peuvent pourvoir le plus commodément à leurs besoins.
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