‹ Voyage autour du monde [microforme]Chapitre 38 sur 48 · LM HE · texte numérisé non relu

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tures ; ses ports offrent des relàches commodes aux navires employés à la côte Nord-Ouest et à ceux qui passent d’un continent à l’autre. Ils y trouvent des rafraichissemens abondans ; et d’après le bon ordre établi par le souverain, ils peuvent procéder aux radoubs nécessités par les suites de leur navigation, vec la plus grande sécurité, en se conformant aux coutumes et aux lois des naturels.

Outre les mouillages reconnus par Cook et Vancouver, les Américains ont découvert 4e bons ports dans ces parages. L'ile d'Owehie en a un dans la baie de Weytéa, connu par Vancouver, qui en avait porté un jugement défavorable. Il faut en entrant et en sortant ranger la bande Ouest; on mouille à l’extrémité de l’enfoncement , où on trouve sept brasses d’eau et bonne tenue. On ne peut sortir avec les vents de N., la baie étant ouverte dans cette partie, quoiqu’elle soit située sur la pointe Est de l'ile. L'eau, le bois et les rafraïchissemens s'y font facilement , ce canton étant plus fertile que ceux sous le vent.

Woao a un excellent port que la nature a creusé dans le banc de corail qui cerne la côte

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AUTOUR DU MONDE. 353 Janvier 1819.

méridionale. C’est un barachoïs tortueux d’environ deux milles de long sur une encäblure de large à l'entrée, et deux et demie dans l’intérieur. Vis-à-vis de son ouverture se trouve un pâté, à l'Oucst duquel il ne reste que douze pieds d’eau à mer basse, la passe gît à peu près Sud quart-Su d-Ouest, et Nord quart-Nord- Est du compas. Il faut pour entrer tenir l’un par l'autre la pointe du fort et un magasin de maçonnerie qui reste dans le Nord. Un autre bâtiment semblable:se découvre de l'avant à quelques quarts par babord. On laisse de ce côté le pâté, parletravers duquel ilya quatre brasses, fond de corail. Le barachoïs asept brasses d’eau à l'entrée, et plus avant six: le: fond est partout de vase. Le port fait deux coudes, le premier sur babord, le second sur tribord. Malgré ces sinuosités, on pénètre facilement dans l’intérieur à la faveur des nuances différentes de l’eau qui signalent le canal et les deux bancs qui le bornent, pour peu que.le ciel soit beau. On peut aller jusqu'en dedans du fort, où l’on trouve encore quatre brasses. Les navires qui occupent ce mouillage paient 80 piastres d'ancrage ; on en exige 6o de ceux qui s'arrêtent dans le

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port extérieur, et de tous 25 pour le pilotage d'entrée et de sortie. Une partie des bancs découvre dans les malines ; la mer brise en tout temps sur leurs accores et dans la passe même lors des forts vents de $.-O. qui soufflent parfois dans les mois d'hiver. Ils rendent dangereux le mouillage de la baie de Witité , qui sert de rade au port situé à son extrémité Ouest.

Ce port, dont l'entrée étroite avait échappé aux recherches de l’infatigable Vancouver, a été découvert parles Américains. D’après les cartes de ce grand navigateur, il se trouve par 21 deg. 20 min. Nord et 157 deg. 58 min. Ouest de Gréenvick, ou 160 deg. 20 min. de Paris.

La variation y est de 10 deg. Nord-Est. Le village d’Anaraura occupe la partie occidentale d’une plaine fertile qui s'étend entre la mer et les montagnes, sur une demi-lieue environ de profondeur. Les navigateurs y trouvent des rafraichissemens abondans, tant en produits indigènes qu’en ceux que la prévoyance de nos devanciers y a introduits. Un gros ruisseau se décharge du fond du port à l'extrémité Ouest du village ; il ne peut pas recevoir à mer basse nos embarcations européennes : on est obligé

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de traiter avec le chef pour avoir du bois.

Je n'ai pas pu me procurer des renseignemens satisfaisans sur l’état numérique, même approximatif, de la population des îles Sandwich. Les personnes qui les fréquentent depuis long-temps assurent que le nombre des naturels diminue, et donnent pour preuve de cette décadence celle des cultures, beaucoup de terrains naguëre couverts de plantations étant maintenant en friche.

Ces insulaires sont robustes et fort endurcis aux fatigues. Il est étonnant de voir des habitans de la zone torride supporter les froids de la côte Nord-Ouest d'Amérique et les travaux de cette pénible navigation, sans que leur santé en soit altérée. Les jeunes gens mettent une espèce de point d'honneur à faire quelques voyages: on 1 trouve à bord de tous les bâtimens de traie, qui en prennent en allant à la côte pour renivrcer leur équipage : nous en eùmes nous-mêmes deux que le Brutus nous céda dans le détroit de Chatham; ils soutinrent aussi bien que no: gens les rigueurs de l'hiver de la Nouvelle- Archangel , pendant lequel ils furent constamment employés aux corvées les plus pénibies,

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concurremment avec nos matelots. Le nombre des naturels qui ont subi cet apprentissage est assez considérable pour fournir à l'armement des navires de Taméaméa. Les Indiens ont généralement adopté nos instrumens de charpentage, et s'en servent adroitement; ils se sont également familiarisés avec nos armes à feu ; ils substituent volontiers à leurs vêtemens indigènes quelques-uns de nos tissus, particuliérement nos draps bleus légers. Sous le rapport des coutumes et de l’industrie, l'influence de la communication des insulaires des Sandwich avec les natious.civilisées n’a pas été plus loin: les naturels n’ont rien changé à la construction de leurs demeures ni à leur manière de vivre. Les bestiaux se sont multipliés ; mais, malgréles troupeaux considérables de bœufs, de moutons et de chèvres qui existent aujourd’hui dans ces îles, les naturels en consomment peu, et le caprice de Taméaméa, qui en est le possesseur exclusif, ne permet pas qu'ils deviennent une ressource pour les navigateurs, auxquels il n’en cède que rarement. Les chevaux venus originairement de Californie prospérent aussi ; jen

ai vu une cinquantaine dans la plaine d’Ana-

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caisse, 106 ne paraissent pas avoir dégénéré ; mais on ne les emploie d'aucune manière.

Quoique le climat et le sol des Sandwich soient généralement favorables à nos légumes, ils n’entrent qué comme un faible accessoire dans le régime alimentaire des naturels, qui ne se sont attachés qu'a la culture de ceux qui n’exigent que peu de soins, tels que les giraumons et les melons d’eau; les autres se rencontrent rarement.

Un vieux soldat prussien, que sa destinée a conduit du camp du grand Frédéric à Woao, y exerce le jardinage avec succés, et fournit d’excellens légumes aux navires qui relàchent à Anaraura. Don Francisco Maria fait d’assez bon vin des vignes dont ii a apporté les plants de la Californie. Cet homme actif et industrieux distille aussi Le jus de la canne indigène , et élève des arbres fruitiers. Les essais qu'il a faits sur la culture des cafés, de l’indigo et du coton, ont eu des résultats non moins satisfaisans , qui prouvent qu’il est peu de prodüctions précieuses des deux Indes qui ne puissent être naturalisées dans cet archipel, où des bras laborieux ouvriraient bientôt des res-

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358 VOYAGE Janvier 1819, sources importantes au commerce. Mais avant

tout il faudrait vaincre la répugnance que les goûts et les habitudes paresseuses des naturels apportent aux travaux des grandes cultures, et on ne peut attendre ce résultat que des progrés de la civilisation, qui excite l’industrie en fai-sant naître de nouveaux besoins.

Il y a peu d'années que Taméaméa (1) fit construire à Anaraura un fort carré d’environ cinquante toises de côte, dont celui du Sud bat le port extérieur et les passes, celui de l’Ouest le port intérieur, et les “eux autres la campagne. Le front du Sud n’a qu'un simple parapet , les trois autres côtés ont un rempart de huit à neuf pieds de hauteur. Les deux fronts de mer sont armés de quarante canons; celui du Sud a des piéces de dix-huit. Cet ouvrage, qui a été tracé par Young , a plusieurs défauts , dont le principai est que trois de ses côtés seraient battus ex enfilade ou de revers par le navire qui canonnerait un des frouis de mer. Tous les canons sont montés sur des affüts le marine, dont la plupart ont éié iaïts par les naturels. La con-

(1) Ce personnage remarquable est mort quelques semaines

après notre passage.

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struction de ce fort fut déterminée par les inquiétudes qu’inspira à Taméaméa l'apparition des Russes à Atonay. Le désir de prendre part au commerce du sandal, déjà en décadence, avait fait concevoir au gouverneur Baranoff l'idée de former un établissement dans cette île. Cette entreprise, à laquelle le souverain du pays ne mit pas d'opposition, excita l'inquiétude de Taméaméa, et lui fit prendre des dispositions défensives extraordinaires ; elle fut abandonnée aussitôt l’arrivée de M. Heigmeister à Sitka. Cet établissement , qui, quoique toujours languissant, avait coûté des sommes énormes à la compagnie , n’a servi qu'a inspirer aux Indiens des sentimens de méfiance envers les Russes. Ces impressions, que la retraite de ces étrangers n'avait fait qu'assoupir, ont été réveillées par le passage du Rurik et de la Kamitchatka.

Peu de temps avant notre passage , Taméaméa avait expédié un de ses navires pour la Chine, sous son pavillon particulier, qui est à sept bandes horizontales, blanches et rouges. Les Chinois n’ayant pas permis à ces nouveaux venus de monter à Canton, ils avaient dû traiter

leurs affaires à Macao , où ils avaient vendu

leur cargaison de sandal. Ce bois est jusqu’à présent le seul objet qui puisse s'exporter de ce pays , que des bras laborieux pourraient couvrir des productions des Antilles. Les Américains furent les premiers à y reconnaître cette production il y a environ douze ans, cten font depuis une branche de commerce. Les cargaisons qu’ils ont exportées ont été tirées principalementt de Woao, où il en reste peu dans les environs du port. L'intérieur des quatre grandes îles, et particulièrement d'Owehie et de Mowie, en est encore couvert. Le sandal des Sandvich ne passe qu'après celui de la côte de Malabar et de Timor. Le sandal a été également d’une grande ressource à Tamari, chef d’Atonay.

Outre le commerce de ce bois précieux, Taméaméa se réserve généralement tous les trafics de quelque importance; quelques-uns de ses favoris seulement obtiennent la permissionwe traiter avec les étrangers. La quantité étonnante de munitions etd’armes, de tissus et de marchandises de toute espèce qu’il possède ne lui laisse rien à désirer de nécessaire, ni même d’utile dans la sphère de ses besoins et de ses connaissances.

Les bases sur lesquelles les Américains ont

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établi leurs opérations n’existent plus. Comme on ne peut pas spéculer sur les caprices du vieux chef, qui lors de mon passage voulait

des draps fins, des mousselines, des vins délicats, le commerce du sandal de ces îles, qui d’ailleurs tombe en défaveur à Canton, doit se ralentir considérablement.

Février 1819.

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