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mettre en panne. Nous ne fûmes pas plus favorisés pendant la nuit, qui fut très-belle. Le volcan de Mowna-Roa ne se fit remarquer que par une lueur faible causée par la clarté de la lune qui était à son E ‘in.
Le 10.— A la faveur de petites variétés du N.-0. nous prolongeâmes la côte qui est bordée de rochers, sur lesquels la mer brise avec violence. En approchant de Taïroa nous reçümes la visite de deux chefs, et d’un Américain attaché à Taméaméa ; à dix heures, un naturel décemment habillé à l’européenne,
devoir hériter qu’en partie de sa puissance et de ses qualités, On ne Île croyait pas desiné à régner sur les îles conquises, où l'ambition des anciennes familles et les animosités locales, comprimées par les talens et la puissance du pére, ne manqueraient pas de se réveiller dès que celui-ci ne serait plus. Riorio devait d’ailleurs éprouver une opposition formidable de la part de Tamanou, sa belle-mère , femme favorite dé Taméaméa , appartenaüt à une famille trés puissante. Les dangers qui menaçaient ce jeune prince, doué cependant de plusieurs qualités, semblaient devoir ‘accroître par l'influence fàächeuse que quelques notions superficielles des coututies europégtinés exerçaient sur son faible jugement: On assurait qu'au lieu d’iiter la conduite dé son pére au sujet des institutions du pays, il manifestait d'avance V'intention d’abolir le tabou , qui, chez les insulaires du grant Ovéan équinoxial , est la base de la législation politique et religieuse.
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et parlant passablement anglais , s'annonça comme pilote, et me montra son brevet. Il fit diriger beaucoup au Sud du mouillage, à cause du courant qui portait alors au Nord- Ouest sur cette partie de la côte. La brise ayant toujours été faible, nous ne pûmes gagner qu’à quatre heures la rade de T'aïroa, où nous mouillämes par dix brasses, petit gravier, relevant les extrémités apparentes de l'ile au Sud 11 deg. Est et Nord 75 deg. Ouest; celles de la baie Nord 67 deg. Ouest et 53 deg. Est ; la pointe de rochers à l'extrémité Nord de la plage , au Nord 17 deg. Ouest du compas, à un mille. Ce mouillage n’est pas assez avancé dans Ja baie, etest trop rapproché de la pointe Nord, sur laquelle les courans portaient alors. On af-
fourcha Nord-Est et Sud-Ouest.
Je descendis aussitôt pour faire ma visite au
roi Taméaméa; son secrétaire Elliot me présenta à ce souverain des îles Sandwick (1), qui
(1) Cet archipel se compose de douze îles, situées entre le 18e deg. 54 min. et le a2e deg. 15 min. de latitude septentrionale, et le 217° deg. 30 min. et le 225e deg. 34 min. de longitude.
Cook ayant découvert le premier cinq de ces îles, les ap-
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était assis au bord de la mer, près d’une de ses maisons : il me fit diverses questions sur mon voyage, sur la: cargaison, et parut trés-fäché qu'elle ne contint pas d'objets de prix. Il s'informa ensuite des nouvelles d'Europe et de la santé de divers potentats. Deux de ses femmes qui étaient présentes, parurent aussi prendre part aux affaires du monde civilisé, dont les personnages les plus marquans ne leur étaient pas inconnus. Une d'elles fit plusieurs questions sur Napoléon. Le chef remit au lendemain de traiter sur les divers objets qui motivaient ma relâche. Dans une seconde visite, Le lendemain, j'obtins des vivres frais et du menu cordage du pays, en échange d'outils de charpentier, seuls objets du reste de la cargaison que Taméaméa trouva à sa convenance. Les propositions que je lui fis pour du sandal n’eurent pas de suite, à cause du prix exorbitant qu'il demanda. Il m’accorda sans difficulté la permission d'aller à Anaroura, dans l’île de Woao, où j'étais appelé par la nécessité de faire de
pela Sandwich, nom du premier lord de l’amirauté de cette époque.
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l'eau, du bois, et des rafraîchissemens qu'on s’y procure bien plus facilement que dans la partie d'Owehie où nous nous trouvions : je tenais d’ailleurs à visiter ce port, qui est lerendez-vous ordinaire des navires qui fréquentent ces parages, dans l'espoir de trouver à placer d’une manière quelconque notre fonds de cargain, dont il était impossible de tirer parti à la Chine. L’après-midi, il vint beaucoup de naturels à bord, entre autresRioriv, prince héréditaire, Tamamarou sa belle-sœur et sa femme, ainsi qu’une de celles du roi, avec une suite de gardes et de courtisans. À son départ, le jeune chef fut salué par trois coups de canon. À l’excep-
tion de quelques vols peu importans, dont le
pilote, qui était resté à bord comme commissaire de police, ne sut jamais découvrir les auteurs, nous n’eûmes pas à nous plaindre des naturels.
Dans la soirée, je fus prendre congé de Taméaméa. 1l montra dans cette dernière entrevue une affabilité que je ne lui avais pas encore remarquée. Je cherchai à dissiper l'impression que pouvait lui avoir faite l’état de dénûment
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où se trouvait le premier bâtiment français qui eût encore paru à Owéhie (1), Ce sujet lui rappela notre illustre et infortuné Lapeyrouse, dont il cita le passage à Mowie, avec deux grands bâtimens portant le même pavillon que nous. Il me demanda aussi le nom du roi de France, fit des vœux pour la prospérité de S. M. ,et me recommanda de les lui transmettre. Le vieux chef ne négligea pas de me prévenir qu'on n’était admis dans son port d’Anaroura qu'en payant un droit. Je reçus à bord un homme de confiance chargé de communiquer verbalement les ordres du souverain au gou-
verneur de Woao (2).
Les calmes et la faiblesse de la brise, variable
du N.-E. auS.-E., nous firent employer près de trois jours à ce court trajet. Pendant cette traversée nous eûmes successivement connaissance des îles Taourowa , Mowie, Ranay et Morokay, intermédiaire entre Owehie et Woao.
(1) J’ignorais alors le passage de la frégate Za Canonnière , commandée par le brave capitaine Bourains, dans son voyage au Mexique, |
(2) J’eus aussi pour passagers l'épouse de l'Anglais Young, et une jeune femme de Woao, qui vint joindre le navire au large.
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Ranay, dont nous passâämes à deux lieues, n'offre qu'une surface aride, sur laquelle on n’aperçoit aucun vestige de culture ni d’habitation. La nuit du 13 au 14, ‘nous eûmes sous Morokay un fort orage, avec beaucoup de pluie et de tonnerre, mais peu de vent. Il était encore plus menaçant sur Woao, qu'il nous cacha jusqu’au jour malgré sa proximité. Le 14, nous prolongeâmes à deux ou trois milles de distance, une partie de la côte orientale de cette île, qui git Nord-Est et Sud-Ouest. A dix heures, sous le point Sud-Est, il vint à bord un noir américain qui s’offrit pour pilote. Sous sa direction, après avoir traversé la baie de Witite, dont la côte présente un aspect riant, nous mouillâmes à midi sur la rade d’Anaroura, située à son extrémité Ouest, par douze brasses, fond de petit corail, coquilles brisées et sable fin. On relevait les extrémités apparentes de l'ile au Nord, 80 deg. Ouest, et Sud 76 deg. Est, et le mât de pavillon du port au Nord Nord-Est.
Le navire à trois mâts l'Eagle de Boston se trouvait seul dans le port.
En arrivant à terre je fus accueilli avec la bienveillance la plus cordiale par trois capitaines
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américains, qui m’ayaient fait inviter à descendre chez eux. Dans la soirée, je.m'abouchaï avec Bouky, chef d'Owehie, et gouverneur de Woao pour Taméaméa, par l'intermédiaire de don Francisco Paulo y Marina, espagnol, résidant depuis long-temps dans ce pays, et je pris des arrangemens relativement aux besoins du navire. Je traitai aussi avec le capitaine Davis, pour le placement de ce qui nous restait de cargaison, qu’il prit payable en sandal.
Le 15.— La brise sauta brusquement au Sud- Ouest , avec de fortes apparences de gros temps. La rade n'étant pas tenable pour les vents de cette partie, qui soufflent quelquefois avec beaucoup de violence dans cette saison, je me
décidai à entrer dans le port. Le navire ayant appareiïllé avec une petite brise de l'Ouest, sous la direction d’un Anglais, pilote au service de Taméaméa , toucha sur l’extrémité du banc de l'Est; une double pirogue aidée du petit canot l'ayant fait abattre au vent, il para après
avoir talonné fortement pendant dix minutes, sans étaler. À deux heures 1l mouilla en dehors du fort par 6 brasses fond de vase grisâtre, et affourcha aussitôt dans le Nord-Ouest, relevant
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les pointes de la baie au Sud-Est, et à l'Ouest 9 deg. Nord; le bâton de pavillon du fort au Nord 19 deg. Est, à la distance de cinq à six encäblures. Cet accident n’eut pas de suites apparentes.
Le 20.— L'eau, le bois et” tous les rafraichissemens étaient embarqués , ainsi que le sandal dont nous avions fait acquisition, et toutes les dispositions de départ étaient prises. Les vents du Sud et les calmes qui régnèrent pendant sept jours nous firent perdre un temps précieux en nous retenant dans le port.
Le déplaisir que me causa ce fàcheux retard fut adouci par la bienveillance dont je reçus tous les jours de nouveaux témoignages de la part de mes hôtes, les capitaines américains, qui n’oublièrent rien pour me rendre agréable mon séjour auprès d'eux. C’est pour moi une vraie satisfaction de consigner ici les droits qu'ont acquis à ma reconnaissance MM. Davis et Meck, armateur et capitaine de l’Æagle de Boston, et M. Pigot, venu quelques années avant sur le Forester, et arrivé depuis quelques mois du Kamtchatka , après avoir traversé deux fois le continent.
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Le 26.— Une fraicheur du N.-E s’étant fait sentir, nous sortimes du port d’Anaroura à sept heures du matin, remorqués par deux canots de l’Æagle, une pirogue double , et notre grand canot. Nous bùmes notre derniére bouteille de vin avec le capitaine Meck , qui était venu nous mettre dehors. À son départ , le navire lui rendit le salut qu’il avait fait le surlendemain de son arrivée lorsque j'avais été diner à son bord. 11 nous répondit de la voix. C'était une véritable séparation d’amis. La brise trèsmolle ayant varié au Sud, nous gagnâmes peu au large dans la journée. Au soleil couchant le relévement du port d’Anaroura et des extrémités apparentes de Woao nous mit par 2H deg. 13 min. Nord et 160 deg. 20 min. Ouest.
Prenant cette position pour point de départ, je fis route pour la Chine en dirigeant sur les Mariannes.
Sans anticiper sur l'importance que la colonisation des côtes occidentales de l'Amérique baignées par le grand Océan septentrional doit
donner un jour aux îles Sandwich , cet archipel:
est déjà d’un grand intérêt, malgré l’imperfection actuelle de sa civilisation et de ses cul-
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