RE STE PSM DE
Juia 1518
veni babord avec petite brise de S., ne voulant pas accoster, dans ces circonstances, les dangers dont l'entrée de la baie est semée. On tira deux coups de canon pour appeler le pilote. À quatre heures, la brume se dissipa en grande partie, et je fis route pour le port. À sept heures, le pilote vint à bord et dirigea sur la passe du Sud-Ouest. J’envoyai au gouverneur un paquet contenant la relation de la catastrophe du 18. A huit heures nous entrâmes dans la passe, en rangeant à l'honneur par tribord le rocher le plus en dehors. Aussitôt après la brise tomba tout-à-fait: le courant nous drossant sur le second îlot, les embarcations furent mises à la touline , et on tira un coup de canon. Peu après la chaloupe du port arriva; elle était armée, ainsi que tout son équipage, les naturels ayant tué deux Russes à vue même de l'établissement. A neuf heures, nous donnâmes dans la rade du Sud de la Nouvelle-Archangel, où nous mouillâmes par huit brasses.
Je me rendis aussitôt auprès du gouverneur que je trouvai trés-affecté de notre malheur commun , mais toujours plein de bienveillance
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parer nos pertes. Sa bonne volonté se manifesta par la proposition qu’il me fit de joindre l’expédition de chasse qu’il venait de mettre dehors, avec ce que je pourrais armer de baidarques, si toutefois les Kodiaques consentaient à une seconde sortie. Je ne balançai pas à accepter cette offre, qui, d’après les chances de succés qu’une longue expérience a donnée aux Russes, me faisait concevoir l'espoir de compenser par les produits de la chasse l’indemnité à laquelle j'étais tenu pour les Kodiaques tués, et de la faire avec moins de danger que si nous restions réduits à nos seuls moyens.
M. Heighmeister me parla des hostilités des Indiens, qui rarement laissent passer la belle säisoh sans donner des sujets d'inquiétude. La grande quantité de baies qu’ils trouvent alors dans les bois, et l'abondance du poisson d’eau douce, en leur assurant une nourriture spontanée , leur permet d’employer à l'exercice de leur malveillance le temps qu’à d’autres époques ils sont obligés de consacrer à se procurer des moyens de subsistance.
Je pris les mesures de sûreté qu’exigeait la
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situation de la colonie, particulièrement pour
le service des embarcations et pour les communications avec la terre.
Le 27.— Le chirurgien du Xutusoff vint prendre les Kodiaques blessés, au nombre de onze , et les fit transporter à terre. Les baïdarques furent aussi envoyées à l'arsenal pour subir le radoub dont la plupart avaient besoin.
Le 28. — On porta à terre les quatre affüts brisés le 18, et qui pouvaient encore servir. Afin d'éviter la perte du temps, mon intention étant de sortir le jour suivant, les ouvriers du port travaillèrent aux affüts qui furent reportés à bord le soir; les baidarques étaient prêtes aussi, et les Kodiaques, persuadés par M. Heighmeister , étaient disposés à ressortir pour tenter la fortune avec leurs compatriotes.
Le matin M. Foucault me prévint que l’équipage témoignait'de la répugnance à ressortir avec des baidarques. Etant monté sur le pont unmoment après, la majeure partie passa sur le gaillard d’arrière et me manifesta ses sentimens par l'organe de l’'armurier : les matelots basaient leurrefussur cequele genre de service qu’exigela protection des baidarques n’était pas mentionné
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dans les engagemens souscrits par l’équipage, et sur ce que lés hommes qui pouvaient étre mutilés n’avaient'rien à attendre de l'armateur. Je crus dévoir user de moyens de persuasion, et l'impression que parut faire le peu de mots que je leur adressai mie fit concevoir l'espoir de les ramener. Je fus cependant étonné de voir parmi eux ceux sur lesquels je comptais lé plus, et qui avaïent fait preuve dé dévouement le 18.
Le 29.--Mes espérances ne se réalisèrent pas: lés motifs dé devoir, d’honneut et même d'intérêt que je fis valoir de là manière la plus propre à les stirialer ne purent reléver le moral de cés gens frappés de térreur. Dés sÿmptômes de cette faiblesse s'étaient manifostés x Kowalt, méme, après l'affaire. Cette dishosition des esprits n'avait fait qué s'accroître par l’état d'alarme dans laquelle nous trotivämes la cotonié russe, à la suite du meurtre des détix Russes tués par les Indiens à vuë dé l’établissement, et pat les rapports exagérés'de quelques employés sut l'audace , T4 force ét les succès antérieurs des sauvages. Les moyens de persuasiôn ayant échoué, fort du dévouement de Pétat-major, je n'aurais pas balancé à én ém-
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ployer de plus énergiques s’il ne s'était agi que d’un coup de main, d’une affaire du moment ; mais la protection des embarcations de chasse devant se répéter journellement pendant plusieurs mois, était un service qui exigeait des hommes d'une résolution fermé et constante, et on ne pouvait l'entreprendre, avec des géns mal'disposés, qu'en s'exposant aux événemens les plus fâcheux. Cédant à Ha force des circonstances, je renonçai à l'exécution du projet arrêté avee le gouverneur, et je résolus d’employer, sans plus tarder, la seule réssouree qui me restât, savoir de parcourir les détroits et de faire la traite avec la cargaison mal assortie que j'avais, et de suppléer par l'activité et la persévérance à la faiblesse de nos moyens.
Le 2 juillet. — Le Kutusoff alla mouiller à l'ouverture de la passe du Nord. Il était sur son départ pour la Californie, où M. de Heighmeister, laissant ses pouvoirs à M. Yanovsky, se rendait afin d'extraire une cargaison de blé, et probablement aussi dans l'intention de prendre avec le gouvernement espagnol des arrangemens ultérieurs.
Je me proposais de sortir aussitôt le retour
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du pilote qui était à bord du Xutusoff; il ne vint que le lendemain, et nous ne pümes appareiller que le soir à la faveur d’une petite fraîcheur de l’E..et à l’aide de nos embarcations et du grand canot de l’Otkritié, bâtiment de la compagnie. Nous allâmes mouiller dans la rade du Nord où l’on est plus en appareillage avec les vents de la saison, Cette précaution ne fit que retarder notre départ, la brise s'étant levée du S.-S.-E. , avec laquelle la sortie de cette passe n’est pas praticable, J’eus le déplaisir d’être retenu deux jours à ce mouillage par les variétés de S.-O. et les calmes.
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