A L'ÉDITEUR DU GHRONIGLE DU BENGALE
• Monsieur, j'ai lu , il y a quelques jours , dans je ne me souviens pas laquelle de vos feuilles , un article où il était dit que la corvette française la Favorite, commandée par le capitaine La pi ace, ayant échoué sur la fausse pointe d'Yvi , avait été forcée de relâcher à Coringui pour réparer ses avaries. Le sens de cette phrase porterait les lecteurs à croire que ce bâtiment a beaucoup souffert , ce qui , je puis vous assurer, n'est nullement fondé. J'ai visité moimême la Favorite sur la rade de Mazulipatnam très-peu de jours après son accident , et j'ai eu la certitude que toutes les pertes de ce bâtiment , quoiqu'il fut resté sept jours échoué à une des embouchures de la Chrisna , se sont bornées à une ancre abandonnée. Le mouillage de la Favorite à Coringui n'a eu d'autre motif que celui d'une visite au comptoir français de Yanaon. Le capitaine Laplace témoignait le plus vif regret que la perte de temps occasionnée par cet événement l'eût empêché d'aller à Calcutta, comme il en avait l'intention en quittant Madras ; c'est ainsi que les bonnes personnes de la capitale du Bengale ont été privées de la vue du plus beau bâtiment peut-être qui ait jamais visité ces mers. La Favorite est une brillante corvette portant a A caronades de 3o livres françaises ; elle a 1 20 pieds de long et 33 de large , espèce de bâtiment inconnu , je crois , dans notre marine militaire ; sa poupe est ronde et travaillée avec beaucoup de soin ; l'intérieur de <etle corvette, qui a fait partout l'admiration des hommes du métier, est parfaitement installé pour la mer et le combat. La Favoite est d'une construction neuve, et exécute un voyage autour du monde.
• Un Lecteur. •
J'eus l'heureuse occasion , avant de quitter la Chine , de pouvoir remercier, dans la personne du capitaine qui avait visité la Favorite à Mazulipatnam, l'auteur de cet article, aussi honorable pour notre marine que pour le caractère loyal et sans préventions d'un officier de la marine royale anglaise.
ringui , fond de vase molle, profonde et noirâtre. Le courant de la rivière était très-fort et le flot très-faible; aussi pendant plusieurs heures de suite l'eau était-elle douce autour de la corvette , mais chargée de boue. Les vents de S. O. ont été presque constamment très-frais, avec une mer toujours très-belle. Parfois le jusant trèsfort a coulé nos bouées. Je crois donc prudent , pour éviter de les perdre, et même des ancres, comme il nous est arrivé, détenir toujours à bord le bout de Torin.
Les instructions sur la navigation de ces côtes assurent que la rade de Coringui est extrêmement dangereuse, et même quelle n'est pas tenaMe dans la mousson de N. E. Les habitants du pays prétendent le contraire, et assurent que jamais le mauvais temps ne se fait sentir au mouillage; mais comme, il y a trente ans environ, un coup de vent de N. E. fut si violent, que la mer poussée vers le fond de la baie inonda, submergea même Coringui, je pense qu'il ne serait pas prudent de s'y fier.
Note 16, page 3io.