‹ Voyage autour du Monde par les Mers de l'Inde et de la Chine, executé sur la Corvette de l'État la Favorite, pendant les Années 1830-32. Accompagnée dun Atlas hydrographique et d'un Album historique du VoyageChapitre 27 sur 28 · DES DÉTROITS DE MALACA ET DE SINCAPOUR · texte numérisé non relu

DES DÉTROITS DE MALACA ET DE SINCAPOUR

(Extrait des journaux du bord.)

Le 8 août i83a, la corvette courant largue, avec une petite brise de nord variable au N. O., aperçut à trois heures quarantecinq minutes du soir les terres du détroit ; à six heures on avait reconnu Poulo-Bouton , vu à grande distance dans TE. 1 o° N. On continua à gouverner à l'E. 34°S., de manière à donner dans le détroit en passant à grande distance de Poulo-Bouton. Le fond, dans la nuit, fut de cinquante brasses, sable et gravier.

Le g au matin le temps était à grains, le ciel couvert et pluvieux ; les vents avaient passé au S. O. On apercevait à la fois les îles Poulo-Bouton, Lancava, Ladas et Poulo-Pera. Nous gouvernions sur Poulo-Pinang : toutes ces terres sont très-hautes et peuvent se voir d'environ quarante à cinquante milles. Poulo-Bouton,

qui à huit heures avait été relevée au N. 3° O., Ait perdue de vue à midi ainsi que Poulo-Pera. La brise de S. O. était devenue fraîche. Dans l'après-midi nous avons reconnu Poulo-Pinang, autrement île du Prince-de-Galles, où les Anglais ont formé un bel établissement, que nous laissâmes à quatre ou cinq milles ; les terres en sont très-hautes et couvertes d'arbres élevés : on peut les voir d'au moins vingt lieues. À quatre heures un canot parti de cette lie et monté par des naturels a accosté la corvette pour nous vendre quelques fruits et nous faire voir un registre de pilotage: c'étaient des pilotes de Poulo-Pinang. Dans la nuit la brise a été faible, variable du S. O. au S. E. et k TE. ; le fond a varié de trente-cinq k vingt-cinq brasses, vase et gravier. Les courants ont porté au S. et k l'O. (cinq au S. et sept à 1*0. en vingt-quatre heures).

Le 10 au matin le vent était O. et N. O. petite brise ; la mer trèsbelle , le ciel clair. On apercevait une grande partie de la côte comprise entre Poulo-Pinang et les Dinding : les terres en sont montueuses et élevées, taillées en mamelons assez semblables entre eux. A midi Poulo-Pinang nous restait au N. 1 3° E.; on distinguait alors la côte de Quedo-False-Dinding, reconnaissable, quand on vient du N. O., par les trois mamelons, Poulo-Dinding , les Sambilangs ou Neuf-Iles , et Poulo-Jarra : ces terres sont très-hautes. Les Dinding peuvent se voir de quinze lieues, les Sambilangs de dix et Poulo- Jarra de sept. Le fond a varié de trente-deux à trente-quatre brasses, vase et gravier. Dans la nuit temps à grains ; k onze heures le vent a sauté de 1*0. au N. O., et a soufflé grand frais pendant une demiheure. Après avoir doublé les Sambilangs, nous avons gouverné pour aller reconnaître l'accore N. O. du grand banc.

Le 1 1, au jour, on apercevait Poulo-Dinding dans le N. N. E. et la côte de la presqu'île , ou du moins les hautes montagnes qui la bordent ; la brise faible et variable du S. O. au N. O. A midi le point nous mettait à petite distance de l'accore N. O. du grand banc par la latitude duquel nous étions : le fond était de quarante-deux brasses, vase. Les terres hautes de Sumatra se voyaient du haut des mâts : d'en bas on pouvait voir quelques parties élevées de la presqu'île. Les Aroas se voyaient aussi du haut des mâts. A deux heures on a

commencé à voir d'en bas comme un point Round- Aroa t quelquefois appelée Poulo-Jamar. Nous en étions alors à quatorze ou quinte milles : le fond était de trente-six brasses, vase. Plus tard on Ta un peu mieux vue, et on a reconnu aussi la grande Aroa. A trois heures le mont Parcelar a été signalé par la vigie ; mais à la nuit on ne le voyait pas d'en bas. Le fond à trois heures était de vingt-six brasses, vase. De quatre à sept heures du soir le fond a passé de vingt à dix- huit brasses, vase et sable; à six heures quarante minutes nous relevions Round- Aroa à 10. io° S. : ce relèvement est un de ceux qui indiquent qu'il faut mettre le cap à TE. pour passer entre les bancs, ce que Ton ne doit pas faire de nuit, à moins que le mont Parcelar ne soit distingué parfaitement. Nous avons mouillé par dix-huit brasses, sable et vase, pour attendre le jour. Le temps s'est mis à grains ; la pluie est tombée par torrents toute la nuit Alors le courant de jusant portait au N. O. avec une vitesse d'un à un demi-mille : le vent était du S., variable au S. E. et au S. 0., faible brise.

Le i a, au jour, nous avons mis squs voiles avec une faible brise d'O. N. 0. pour doubler les bancs. Nous avons gouverné en tenant Round-Aroa k l'O. io° S. et Parcelar ' à TE. a° N. : ces terres servent de remarque pour éviter le banc de deux brasses et demie. 0 ne faut jamais, pour bien chenaler, surtout quand on est obligé de louvoyer, relever Round-Aroa au N. de l'O. et le mont Parcdar au S. de TE. Si on dépassait ce relèvement, on serait exposé à être porté sur les bancs par la marée avant d'avoir pu les éviter. Round- Aroa ayant disparu à l'horizon avant qu'on soit paré de tous les bancs , le mont Parcdar reste seul. Il faut donc conserver avec soin son relèvement, et attendre pour venir sur tribord que les terres basses qui sont dans le N. , depuis Gallans jusqu'au S. du mont Parcelar, s'aperçoivent très -distinctement de dessus le pont On approchera même ces terres jusqu'à cinq milles, avant de venir tout à fait sur tribord. A cette distance de la côte, on voit des

1 Le mont Parcelar est très-recon naissante en ce qu'il «t entièrement isole et offre de loin l*«»pect «Vnne lie dont on ne verrait mes le littoral.

terres dans le nord, qui sont Callans, Poulo-Romound, etc. etc. À une heure nous étions en position de faire de la route au S. ; le fond variait constamment de vingt-huit k trente-quatre brasses. A partir de cette heure, nous avons prolongé, avec une petite brise de N. 0. et d'O. , la côte depuis le mont Parcdar jusqu'à la pointe de ce nom. De quatre a huit heures du soir, les sondes ont été de vingt k trente brasses , mais quelquefois de dix-huit et de trente-neuf. Nous nous maintenions à une distance de six à huit milles de terre. La côte depuis Callans est extrêmement boisée et unie; quelques arbres plus élevés que les autres en varient seulement l'uniformité sur le bord de la mer, qui paraît baigner le pied des arbres. La côte fait alors l'effet d'un mur noir et a pic. Dans l'intérieur on aperçoit des terres plus hautes , qui sont également couvertes d'arbres jusqu'au sommet. La pointe Parcelar, que nous avons distinguée un peu avant la nuit, est la partie la plus basse de cette côte ; mais elle est saine. La route nous a fait passer entre le banc du S., sur lequel il y a de petits pâtés de sable avec une brasse d'eau , et la terre ferme qui est bordée de bancs en certains endroits. Dans le chenal il est prudent de conserver le fond de vingt-cinq à trente brasses : à dix-huit on est trop près de la côte ; à quarante on approche des têtes de sable du banc du S., près duquel le fond, plus considérable, diminue subitement De huit heures à minuit la sonde a été de vingt-cinq à trente brasses. À cette heure le temps était parfois très-sombre ; des grains se préparaient dans le S. O., où brillaient des éclairs fréquents : les grains de pluie et de vent se succédaient rapidement.

Le 1 3, de minuit à quatre heures, la sonde a légèrement varié de vingt-huit à trente brasses ; de quatre à huit heures elle a été de vingt-huit à trente-deux. Au jour le temps était à grains et la brise variable de l'O. au N. 0. De huit heures à midi la sonde a été de vingt-neuf à vingt brasses , et la brise a varié jusqu'au N. N. O. en mollissant beaucoup. A midi nous relevions le cap Rachado au N. i3° £. à quatre milles ; c'est un gros morne assez élevé et couvert d'arbres. Les relèvements que nous avons pris dessus n'ont jamais pu cadrer avec les autres , d'où il suit qu'il n'est proba-

blement pas bien placé sur la carte d'Horsburg dont nous nous servions.

Les terres depuis le cap Rachado jusqu'à Malaca sont basses et couvertes d'arbres ; nous les avons prolongées en sondant de seize à vingt-quatre brasses. De hautes montagnes se voient dans l'intérieur. À cinq heures du soir la corvette a mouillé par vingt-deux brasses pour attendre le jour: le 1 4, à cinq heures trente minutes du matin , nous avons appareillé et mis le cap sur le mât de pavillon. Quand on arrive à Malaca, le mât de pavillon, placé à côté du phare sur un monticule, paraît en même temps que les îles à l'Eau et la touffe d'arbres voisine qui sert de point de relèvement. L'île aux Pêcheurs ne parait que lorsque Ton est proche de la ville. Il est essentiel de prolonger la côte à trois ou quatre milles de distance pour ne pas manquer le mouillage. En approchant de celui-ci, on voit l'île aux Pécheurs se détacher peu à peu de la côte : il faut en passer à trois quarts de mille environ , en conservant un fond de quinze brasses , et ne revenir sur bâbord que quand elle reste au N. N. 0.; le fond, alors de seize à dix-huit brasses, diminue rapidement. À neuf heures du matin nous avons mouillé par cinq brasses, vase molle, à un mille et demi environ du débarcadère, en relevant le mât de pavillon au N. 65° E., la grande île à VEau au S. 54° E., l'île àl'Eau le plus S. au S. 4o° E., et l'île aux Pécheurs au N. 65° 0. ; mais nous nous trouvions trop près du banc de vase qui borde la côte. Les canots des bâtiments de guerre ne peuvent accoster le rivage devant Malaca qu'à demi ou tiers de marée. Alors on gouverne sur le phare jusqu'à une encablure ou demiencablure de terre ; puis il faut revenir sur bâbord en serrant à longueur d'aviron la rive gauche de la rivière. A marée basse on est obligé de se faire prendre à certaine distance de terre par les embarcations légères du pays, qui vous conduisent à la cale.

Nous n'avons passé que trente-six heures sur la rade de Malaca. Pendant ce temps les vents ont été très-faibles de TE. au S. E. et au N. E. :1e temps à grains. Les marées ont porté S. S. 0. et N. N. E. avec une vitesse d'un mille et demi environ.

Le 1 5, à trois heures de l'après-midi, la corvette a mis sous voiles

avec une ffdfale brise de S. £. variable. Nous avions à bord un pratique pour Slncapour. La brise nous forçant de louvoyer, nous avons passé assez près des lies à l'Eau, entre lesquelles le pratique nous a dit qu'il y avait passage , mais non pas entre la terre et la grande fie. Dans la nuit il a fait presque constamment calme.

Le 16 au jour, nous avions en vue la côte depuis les îles à l'Eau jusqu'au mont Formose : elle est basse sur le bord de la mer, et de hautes montagnes se voient dans l'intérieur. Le mont Moar est un petit morne isolé qui s'aperçoit de Malaca sous la forme d'un ilôt. Les brises de S. E. , très-faibles et variables , nous ont forcés de louvoyer et de manœuvrer constamment. Le fond a varié entre dix-huit et vingt-deux brasses.

Pendant toute la nuit le temps a été menaçant ; les grains trèsnoirs qui s'étaient formés dans le S. 0. ne sont tombés à bord que le matin , et encore sans pluie et seulement avec une faible brise de N. O. et de N. Ordinairement les grains viennent avant minuit, mais passé cette heure ils n'éclatent qu'au jour.

Le 1 7 au matin , nous, relevions le mont Formose au N. ao° E. C'est une grosse et belle montagne conique qui a plusieurs petites ramifications : la côte continuait d'être basse ; les brises variaient du S. au S. 0. et au S. E. Nous avons gouverné pour nous rapprocher de Poulo-Pisang. A quatre heures nous en étions à trois ou quatre milles dans le N. 86° O., le fond étant de vingt-deux brasses, roches. Nous avons continué à louvoyer pour profiter des brises. La corvette a eu beaucoup de peine à gouverner convenablement pendant cette journée, ce qui doit sans doute être attribué à la force des courants qui commencent à devenir plus forts et plus variables en approchant de la petite Garimon.

De quatre heures du soir à minuit nous avons toujours continué à louvoyer pour nous élever, et la sonde a rapporté de dixneuf à vingt-deux brasses , vase.

Le 18, à une heure du matin , par un temps clair et assez beau , la sonde a rapporté subitement dix brasses. Mouillé de suite. Nous nous trouvions alors sur un banc très-sain qui ne s'étend pas à grande distance au S. de Poulo-Pisang. Jusqu'à six heures du

matin , que nous avons remis sous voiles , les courants ont porté au N. 0. avec une vitesse d'un mille et demi. Notre route, de huit heures à midi , nous a fait passer à trois ou quatre milles de Foulo- Cocob et de la pointe qui vient après. Celle-ci est bordée d'un basfond dangereux qui s'étend à un mille au large. A huit heures nous relevions Poulo-Pisang au N. du monde et la pointe E. de la petite Carimon au S. 370 E. A midi nous étions près de la côte de la presqu'île. La marée nous portait alors en route avec une grande rapidité; le vent était S. S. O., jolie brise. Nous avions appareillé de Poulo-Pisang à six heures du matin , avec commencement de jusant portant au S. E. Rendus par le travers de la petite Carimon, nous y avons trouvé le commencement de flot portant aussi au S. E : c'est le point du détroit ou les marées se rencontrant changent cap pour cap de direction. Cette observation peut être utile quand, comme nous , on se trouvera à même de pouvoir profiter des deux marées. A midi le vent au S., jolie brise, et le temps trèsbeau. Nous avons aperçu l'île Barn. A une heure on a gouverné un peu au vent; à deux heures trente minutes aperçu le Sec-aux- Arbres. On apercevait alors les îles Carimons, Barn, Alligator, Longue, Sincapour, Bintang, Battang, et beaucoup d'autres îles ainsi qu'une partie du continent. A cinq heures nous avions doublé les rochers Rabbit et Coney, qui se trouvent à la pointe de l'île Barn. On a fait alors diverses routes pour gagner le mouillage de Sincapour, en doublant la pointe S. de l'île Saint-Jean.

Entre les Carimons et l'île Barn , le banc appelé &c- anx-Arbrts est le seul danger ; on l'évite en tenant la pointe N. de la petite Carimon à l'O. 5° S., ou bien les Frères ouverts par cette pointe. On en passe alors à un mille et demi environ. Cest un ilôt de sable cerné par un banc de rochers, à l'accore duquel on trouve dix-sept brasses. Trois arbres qui sont sur ce banc le font reconnaître d'un peu loin. Des pêcheurs d'olothuries s'y établissent dans la saison de cette pêche. Entre Carimon et l'île Barn les courants deviennent très-irréguliers et changent de direction à mesure que l'on ouvre ou que Ton ferme les nombreux canaux que forment entre elles les jles qui sont groupées et entassées dans cette partie jusqu'à Sin-

capour. Dans le N. de Sincapour on aperçoit le vieux détroit. Un passage entre les îles , praticable pour les bâtiments de la dimension de la Favorite, existe au N. de l'île JBarn et abrège un peu le chemin. La force des courants entre les Carimons et Barn est d'environ deux milles; mais leur direction n'est jamais constante , et il arrive quelquefois que là , comme entre l'île Barn et Sincapour, quand les vents de S. ont régné longtemps (cinq à six jours par exemple) , le courant sort constamment, c'est-à-dire porte à TE.

D y a dans l'O. de l'île Barn t par quinze brasses environ , un mouillage devant de nombreuses pêcheries. Des bateaux apportent du poisson aux bâtiments qui passent. Il paraît cependant qu'ils ne viennent pas à bord des bâtiments de guerre, dont ils ont peur. Après avoir doublé les rochers Rabbit et Coney, on est obligé de se rendre à Sincapour sans mouiller, car les courants sont tellement forts dans la partie du détroit comprise entre l'île Barn et l'île Saint Jean , que les bâtiments qui y mouilleraient seraient exposés à perdre leurs câbles ou chaînes et leurs ancres : le fond d'ailleurs y est de roche et de vingt-cinq à trente-cinq brasses. On n'est en position de mouiller qu'après avoir doublé l'île Saint- Jean quand on trouve le fond à vingt brasses. Il est alors de vase , tandis qu'à vingt-quatre brasses il est de sable et vase. Le mouillage sur la rade de Sincapour est par sept à huit brasses à un demi-mille de terre environ. Pour y arriver nous avons contourné la pointe sud de l'île Saint -Jean, de manière à l'ouvrir un peu avec un îlot qui se trouve à son extrémité, et alors nous sommes venus sur bâbord pour gouverner sur la ville. Cette route fait éviter un banc qui se trouve dans l'E. de Saint-Jean. A neuf heures nous avons mouillé par six brasses en relevant la maison du gouverneur au N. 3o° O., le mont Johorre au N. 6i° E., et la pointe S. de l'île Saint-Jean au S. 3o° O. Nous étions dans une partie de la rade où il y a une espèce de banc , car à terre de nous le fond augmentait.

Nous sommes restés sur la rade de Sincapour jusqu'au a 5. Pendant notre séjour les brises ont été fraîches et constamment de l'O.,

variables au N. le matin et au S. le soir, ce qui peut être attribué à un coup de vent de N. 0. qui s est fait sentir à Malaca et a duré, vingt-quatre heures. Nous avons eu des grains chaque jour sans beaucoup de vent, maïs avec une pluie abondante. Ds sont venus à toute heure, mais plus souvent le soir ou dans la nuit. Les courants S. 0. et N. E. n'ont pas eu une force de plus d'un mille et demi, quoique la mer marne au moins de sept à huit pieds.

Le 3 5 août au matin, nous avons mis sous voiles et fait route pour sortir du détroit en tenant le milieu du canal. Nous avions en vue les monts Johorre, Saddle-Hill dans l'île Bintang ; les îles Sincapour, Battang , Bintang , et la côte de la presqu'île de Malaca. Le petit Johorre, qui se trouve dans le N. E. du grand morne qui porte le même nom , est une petite montagne un peu dans l'intérieur, conique du côté de 10., et plate du côté opposé. Le mont Johorre, plus considérable , est tout à fait sur le bord de la mer, et se joint au rivage par une pente douce. Vu de TE. , il ressemble à un gros cap. Le petit Johorre est exactement N. et S. avec un banc dangereux, sur lequel il n'y a que deux brasses, et au S. duquel il faut passer. On en est paré quand on est sur le méridien de Johorre. Il paraîtrait, d'après nos relèvements, que Johorre ne serait pas très-bien situé, les angles pris sur ce morne n'ayant pu cadrer avec les autres-. La petite brise d'O. N. O., qui nous avait fait appareiller, a presque tout à fait molli dans la journée. Les sondes au milieu du canal nous ont donné toujours quarante brasses , tandis qu'Horsburgh n'y marque que de dix-huit à vingt-cinq brasses. A cinq heures du soir la brise est venue au S. E. Nous avons pris le plus près tribord amures. Le mont Barbucet et les îlots de la pointe Romania se sont alors bien dessinés. Le fond a diminué de quarante à quinze brasses. A sept heures nous avons laissé tomber l'ancre au mouillage de la pointe Romania par treize brasses , fond de corail, à deux milles environ déterre, et en relevant le mont Barbucet au N. 38° E., la pointe Romania au N. 44° E., et l'îlot le plus N. au N. 56° E. Les îlots de Romania sont un groupe de rochers , dont l'un est beaucoup plus

gros que les autres. Les courants à ce mouillage ont porté dans TE. avec une vitesse d'un mille et demi à deux milles.

Le 26, à la pointe du jour, nous avons remis sous voiles avec une petite brise d'E., variable au N. E. et au N. Nous avons relevé dans le N. le mont Barbuoet, qui est la dernière montagne du détroit sur la presqu'île : c'est un petit monticule parfaitement isolé et conique, principalement quand on le relève dans le N. p., il prend alors l'aspect d'un cône très-régulier et très-pointu. Les côtes de Bintang, dont notre route nous a rapprochés , étant très-saines, peuvent être hantées sans danger. Le mouillage y est bon, et deux montagnes isolées et très-remarquables servent de reconnaissance. La plus grosse est appelée Saddle-Hill par les Anglais, à cause des deux mamelons qui forment les extrémités E. et 0. de son sommet , et qui lui donnent effectivement la forme d'une selle lorsqu'on la voit du N. ; l'autre montagne est appelée Fabe-Bintang. A midi la brise de N. étant presque nulle, le temps est devenu orageux ej s'est mis à grains. A une heure des grains sont tombés k bord. Le vent variait à chaque instant, les éclairs et les coups de tonnerre se succédaient sans interruption. Nous avons mouillé par dix-huit brasses, vase, au milieu d'un grain qui ne nous permettait plus de voir la terre. Alors le mont Barbucet était relevé au N. a 5° O. , les ilôts de Romania au N., et Saddle-Hill au S. 53° E. A trois heures la brise s'est fixée, joli frais, au S. S. E. Nous avons remis sous voiles et lait route pour passer dans le S. de Pedro Blanco. En suivant cette direction il est nécessaire de passer à au moins deux milles de ce rocher, dont à cinq heures nous étions N. et S. On est paré de tout danger quand on amène False-Bintang par Saddle- Hill, c'est-à-dire quand on relève cette dernière au S. du monde; alors on peut faire route pour aller reconnaître Poulo-Aor, lorsque, comme nous, on voudra entrer dans la mer de Chine. Au soir la brise a fraîchi et est devenue variable au S. et au S. 0. A la nuit nous étions tout a fait en dehors du détroit de Malaca.

Note 17, page 3 12.

Plusieurs personnes , qui par leur position devaient être bien 1. 35

instruites des affaires de la compagnie dans l'Inde, m ont assuré qu'elle avait dépensé par jour 10,000 livres sterling (environ 250,000 francs) pendant les quinze mois qu'avait duré la guerre contre les Birmans. Grand nombre de bâtiments particuliers employés dans l'expédition ont été affrétés, pour un seul voyage, à un prix supérieur à leur valeur. Les dilapidations , les concussions les plus criantes ont eu lieu , et les coupables jouissent en paix du finit de leurs méfaits. Quels revenus, quel gouvernement même pourraient résister longtemps à une semblable administration ?

Note 18, page 35a.

(Extrait de mon journal , pour servir de renseignements sur i'attérage

et le mouillage de Manille.)

Le a septembre, jour qui précéda notre arrivée à Manille, les vents du S. O. au S. avaient soufflé violemment dans la matinée; mais avant la nuit ils avaient considérablement perdu de leur force, et le ciel s'était éclairci : déjà nous sentions l'approche des terres. Pendant la nuit la brise varia jusqu'au S. E., avec des grains et un peu de pluie : la température était chaude et pesante. A minuit nous étions , d'après les montres marines, à vingt-deux lieues dans TO. de l'île Cabrera; je fis forcer de voiles, et le vent qui était revenu au S. S. E. nous permit de gouverner à l'E. Au jour, les vigies aperçurent la terre un peu dans le S. de notre route, et bientôt je la reconnus pour les îles Luban et Cabre. Nous gouvernions dessus quand la brise hala de nouveau le S. E., puis, à mesure que je fis arriver vers le N. pour aller reconnaître l'entrée de la baie de Manille, elle tourna à TE., presque calme, mais avec une forte houle venant de l'O. A onse heures j'avais parfaitement reconnu la haute montagne de Marivelle , mais elle restait au vent de notre route ; cependant le vent revint peu à peu vers le S., et la corvette put mettre le cap sur le Corrégidor. Le temps était alors clair et très-beau , la mer faiblement agitée par la houle d'O. De

hautes terres se dessinaient dans le N. L'île Cabre, placée, d'après nos chronomètres, quelques minutes trop à TE. sur la carte d'Horsburgh, est basse, couverte d'arbres, et peut être aperçue de six lieues par un temps assez clair; mais de nuit, avec un ciel couvert, il faudrait en être très-près pour la distinguer. Luban au contraire est élevée et se voit de très-loin. Ambil est une terre ronde qui s'aperçoit également du large à grande distance.

La pointe de Mindoro surtout peut être distinguée de douze lieues environ.

Pendant la nuit les baromètres ont descendu à vingt-huit ponces sans aucun changement apparent dans le temps.

A une heure nous eûmes connaissance du Corrégidor, qui parut d'abord comme plusieurs petits points noirs à l'horizon. À cinq heures la corvette passait entre cette île et la Monha , rocher conique très-accore de tous les côtés. Sur la côte N. de la grande terre, la mer brisait avec violence sur les roches appelées Coohinot. La brise était très-faible, et ne nous permit de dépasser qu'à sept heures la pointe E. du Corrégidor, sur lequel flottait le pavillon espagnol. Je venais de faire arborer le nôtre quand une grande chaloupe, que nous avions aperçue à la chute du jour, tira un coup de pierrier, et se montra à petite distance de la corvette, que je fis mettre en panne. L'embarcation accosta, et un officier espagnol monta à bord. Il m'adressa les questions laites ordinairement par les stationnaires, et nous quitta en laissant un pratique pour conduire la corvette au mouillage devant Manille. Il était alors sept heures et demie; le ciel s'était un peu couvert, les nuages entouraient le sommet de la montagne de Marivelle, des grains se formaient de tous côtés" à l'horizon, mais ce n'était que la fin d'un beau jour. La brise, toujours faible, varia jusqu'au S., puis se fixa au S. O., et le temps redevint peu à peu aussi beau qu'auparavant.

Le pratique donna successivement plusieurs roules, TE. N. E. , le N. E. ; mais je pense qu'une seule à l'E. N. E. 1/2 N. aurait suffi : je fus même forcé de diriger moi-même le bâtiment, car autrement nous aurions été dans la partie N. de la baie. Avant minuit, le feu très-faible qui, placé sur une des jetées de la rivière, en

marque l'embouchure, nous restait au S., ainsi que les bâtiments mouillés sur la rade. Un instant après la corvette mouilla par six brasses et demie, à environ un grand mille de terre. La lune était pleine; il y avait flot, et le courant filant un nœud portait au S. E.

Après Horsburgh et d'Après , il ne reste rien à dire sur l'entrée de Manille ; cependant je crois que, malgré les instructions données par ces deux savants hydrographes, il est peu facile de reconnaître la baie , alors éloignée de quatorze lieues , quand on double dans le N. les îles Cabre et Lu ban. Les terres dans le 5. ne paraissent que très-imparfaitement , et Ton voit dans le N. de très-hautes montagnes qui, à cette grande distance, semblent former entre elles l'entrée de la baie, et peuvent d'autant plus facilement induire en erreur , que les plans sont très-imparfaits et donnent de mauvais relèvements. Il faut donc , je crois , quand on a dépassé les îles Luban et Cabre , dont on doit venir prendre connaissance, laisser sur bâbord toutes les hautes terres que Ton aperçoit, au nombre de trois, car celles du N. se distinguent déjà, et bientôt, en faisant le N. E. 1/2 E. ou l'E. N. E., suivant la distance où l'île Cabre est restée dans le S-. on prendra connaissance de l'île du Corrégidor; alors les terres au S. de l'entrée de la baie se développeront davantage , et enfin quelques heures de bonne route et une brise fraîche peuvent mettre un navire assez en dedans pour recevoir l'embarcation que le fort du Corrégidor envoie toujours , et qu'il but attendre avant d'entrer.

Il paraît que la passe le long de la côte du S. est très-firéquentée par les bâtiments qui sortent avec les vents du large ; mais je pense que , pour ceux qui n'ont pas de pratique, le canal au N. du Corrégidor est préférable , quels que soient les vents.

Peu de jours après notre arrivée, un officier de port espagnol vint nous amarrer pour la mauvaise saison. L'ancre du large fut mouillée dans le S. 0. par six brasses, celle à terre par cinq brasses et demie, fond de vase , et sur chacune quatre-vingt-dix brasses de chaîne. Nous relevions le fanal de la jetée au N. 370 EL, pointe Cavité S. 3a° O., Corrégidor S. 59° 0., Cavallero S. 54° O., enfin Marivelle

S. 84° E. La corvette dans cette position était à plus d'un grand mille de la jetée ,. mai» un peu moins éloignée du rivage , vis-à-vis les murailles de la ville.

Pendant le mois de septembre nous avons éprouvé tous les inconvénients de la mauvaise saison dans laquelle nous étions. Pas un jour ne s'est écoulé sans grains accompagnés de torrents de pluie. Le a 7 septembre le ciel , qui jusqu'à cette époque n'avait pas été encore entièrement sombre, se couvrit tout à fait, et fit perdre la vue des hautes terres qui entourent la baie. La mer grondait au rivage ; depuis plusieurs jours les baromètres avaient descendu lentement, mais d'une manière constante, jusqu'à vingt-sept pouces quatre lignes ; alors les vents, ayant passé du N. presque calme, temps pluvieux, au S.O., commencèrent à souffler avec une extrême violence; la pluie tombait sans interruption et avec une force que je n'avais encore observée nulle part: la nuit suivante fut encore plus mauvaise. La corvette , qui avait ses mâts de hune calés et ses basses vergues amenées, chassa peu à peu,, et vint pcesque à pic de son ancre du N. E.. La mer était affreuse; les longues et énormes lames qui arrivaient du large embarquaient à bord par-dessus le gaillard d'avant: le ciel était toujours sombre et la pluie ne discontinuait pas. Dans la soirée du a 8 le vent tourna un peu au S. E. en perdant de sa violence ; les baromètres commencèrent à remonter, le ciel s'éclaircit, et le a 9 au matin le beau temps était revenu.

Ces coups de vent de S. 0., très-communs dans. les mois de septembre et octobre, sont appelés collas par les Espagnols, qui autrefois envoyaient pendant cette saison leurs bâtiments au mouillage devant Cavité; depuis quelques années cependant les navires de guerre ont donné un exemple contraire en restant toute l'année devant Manille : mais pour les imiter il faut avoir des chaînes ou de très -bonnes amarres, autrement on serait exposé à se perdre sur la côte.

L'ancien préjugé qui a fait considérer dans la saison des collas (depuis juillet jusqu'en septembre) la rade de Cavité comme plus sûre que celle de Manille, eut sans doute quelque fondement à l'époque ou le commerce des Philippines à l'extérieur était fait par

trois ou quatre galions qui, arrivant à des époques fifres, passaient dans la petite rivière , servant de port a l'arsenal , le temps de leur séjour à Luçon, et n'en sortaient que pour appareiller avec la mous* son de N. E. Le commerce du pays nf employait alors que des bâtiments de moyenne grandeur, qui dans la mauvaise saison pouvaient mouiller devant Cavité fort près du rivage , et étaient ainsi abrités par la pointe très-basse qui s'étend au N. O. Mais maintenant que les plus grands navires fréquentent dans toutes les saisons la baie de Manille, leur éloigneraient du chef-lieu, centre du commerce, et où s'embarquent et se débarquent toutes les marchandises, la difficulté que les bateaux éprouvent souvent pour arriver à Cavité dans une saison où les beaux temps durent à peine quelques heures , doivent les entraîner dans de grands irais , en rendant les transports extrêmement dispendieux , incertains et même dangereux.

Dans le colla que nous reçûmes devant Manille, les grands bâtiments mouillés sur la rade de Cavité furent exposés à une trèsgrosse mer, surtout lorsque dans les grains le vent halait l'O. Plusieurs chassèrent sur leurs ancres, d'autres allèrent à la côte, et tous éprouvèrent des avaries.

Cavité offre seulement l'avantage d'une communication plus facile avec la terre, et moins souvent interrompue qu'à Manille, dont ta barre est souvent forte sans que la brise du large se fasse même sentir; mais à l'un comme à l'autre mouillage, dans les mauvais temps, les «relations avec la côte sont également impossibles.

Note 19, page 38 1.

L'abaca, produit d'un arbre de l'espèce des bananiers, ressemble beaucoup au chanvre : peigné avec soin, il en a à peu près la couleur ; mais on le trouve rarement en cet état dans le commerce. Cependant depuis quelques années , l'emploi de cette marchandise , qui précédemment avait été borné aux seuls bâtiments de la colonie , est devenu très-commun à bord des navires marchands venus d'Europe, et son exportation ayant fait des pro-

grès considérables , les ouvriers chinois et indigènes donnent plus de soin à la confection du cordage d'abaca; malgré cçla, il est encore inégal, mal commis et bien loin d'être comparable au cordage de chanvre européen.

L'amirauté anglaise, qui ne néglige rien de ce qui peut être utile à la marine , a fait faire dans les grands arsenaux d'Angleterre des épreuves sur l'abaca , qui a paru pouvoir soutenir la comparaison avec le chanvre d'Europe , pour la force , la finesse des ûls et leur flexibilité; mais comme, malheureusement, il ne prend pas le goudron, l'humidité fait gonfler le cordage, le pourrit ou le met hors de service en peu de temps. J'ai voulu , par économie , remplacer à bord de la Favorite de vieilles manœuvres courantes par de l'abaca ; mais bientôt j'ai élu forcé d'y renoncer. Le nouveau cordage , gonflé par l'humidité , ne passait plus dans les poulies ; séché ensuite par le soleil , il avait perdu toute sa consistance et ne pouvait inspirer que très-peu de confiance dans les mauvais temps.

L'abaca tenu constamment dans l'eau de mer, n'y pourrit pas : aussi je le crois très-bon pour amarres. Je l'ai vu ainsi' employé à bord d'une corvette anglaise à la satisfaction de son commandant.

Note ao, page 4io.

Lors de mon passage à Manille , le rhum étranger et l'eau-devie étaient prohibés ; les vins de France payaient l'énorme droit de cinquante pour °/„; par une singulière exception, le Champagne seul et le cidre n'étaient soumis qu'au droit de quatorze pour %; mais cette dernière clause avait été limitée à trois années.

La manière dont ces droits sont levés ferait honneur aux nations commerçantes les plus civilisées , dont souvent les douanes n'emploient pas des procédés aussi favorables aux intérêts du commerce que ceux que l'on suit à Manille. C'est sur la facture de la cargaison , et d'après les prix courants , que les droits sont

établis dans cette colonie ; et il arrive fréquemment que le marchand obtient une diminution -, quand il donne des preuves irrécusables qu'une ou plusieurs parties de sa cargaison ont été vendues au-dessous du prix coté à son débarquement De vastes magasins bien entretenus reçoivent en entrepôt les marchandises moyennant le seul droit d'un pour % par an. Enfin les négociants de toutes les nations se louent beaucoup de la protection désintéressée qu'ils trouvent dans l'administration des douanes de Manille, et surtout du système grand et libéral qu elle suit à leur égard.

Note 21, page 4a4.

Rarement plusieurs années s'écoulent sans que Luçon soit visitée par un de ces terribles ty-fongs auxquels nous avions échappé en i83o. Le 37 octobre de l'année suivante, un de ces ouragans ravagea la colonie d'une manière enrayante : il se déclara à minuit et dura quatre heures ; le vent commença au N. N. O. et finit à TE. N. E. Ce fut au N. que le ty-fong souffla avec une rage dont les habitants n'avaient pas encore vu d'exemple : l'air semblait embrasé ; tous les navires mouillés devant Manille et Cavité allèrent à la côte et se perdirent en grande partie ; une frégate anglaise seule, le Crocodile, amarrée solidement avec des chaînes-câbles, au même mouillage qu'avait occupé la Favorite l'année précédente, résista et n'éprouva que de légères avaries. A terre , le ty-fong ne causa pas moins de désastres : les moissons furent détruites , les arbres brisés ou arrachés , toutes les cases du faubourg au S. de Manille disparurent, et dans Bidondo même la plupart des maisons eurent leurs toits enlevés.

Dans la Laguna, abritée cependant au N. par de hautes montagnes, l'ouragan se fit sentir plus fortement encore peut-être qu'au chef-lieu : la ville de Santa-Gruz fut très-maltraitée, et parmi la grande quantité de bêtes à cornes que l'effroyable violence du vent et les torrents des montagnes entraînèrent dans le lac, [dus de quatre - vingts bœufs ou buffles traversèrent un canal de trois

lieues, et vinrent, noyés ou encore vivants, aborder sur la presqu'île de Hala-hala.

L'habitation de H. de la Gironnière, que j'avais visitée un an auparavant, souffrit beaucoup par le vent et Y inondation qui ravagèrent les champs de cannes à sucre et détruisirent entièrement le joli petit village de Hala-hah. Heureusement qu'au fléau ne vinrent pas se joindre , comme il est arrivé quelquefois , des tremblements de terre et des éruptions de volcans.

Note as, page 456.

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