DE MANILLE (ILE LUÇON) A MACAO (CHINE
( Extrait des journaux du bord.)
Le mardi a novembre i83o, la Favorite mit à la voile et fit route pour sortir de la baie de Manille. A sept heures du soir, après avoir éprouvé des brises variables du S. S. E., die- était sortie de la baie et la route fut donnée au N. 0. î/a O. Alors nous commençâmes à sentir la forte houle du large , la brise fraîchit un peu et permit de prolonger la côte jusqu'à la pointe Capones. Cette pointe est très-haute et très-saine ; toutes ses parties ne sont pas également boisées; die est reconnaissalde par un groupe d'îlots, peu distant de son extrémité : les courants nous portèrent dans la nuit de trois milles au S. et de cinq à TO. A midi , nous relevions la pointe Capones au N. a3° E.; dans le reste du jour la brise, extrêmement variable et faible, ne permit de faire que très- peu de chemin.
Le 4 novembre, beau temps, petite brise d'E. et de N. E. : nous trouvâmes les brises près de terre plus faibles et plus variables qu'au large. A midi , le courant nous avait portés de douze milles à TE. dans les vingt-quatre heures : une grosse houle de N. N. 0. se faisait sentir; le reste de la journée la brise continua d'être molle et variable.
Le 5 à minuit , la brise se fit au N. N. 0. assez fraîche ; la mer devint très-houleuse , les lames longues , la corvette fatiguait beaucoup. Malgré la baisse des baromètres, nous n'eûmes pas de mauvais temps : le ciel resta pur, avec une température douce. Au jour, les brises devinrent faibles et variables. Un trois mâts faisait la même route que nous. Dans cette partie de Luçon, la côte vient en déclinant jusqu'au cap Bolinao; depuis la pointe Arena les terres sont basses; on aperçoit cependant des mornes dans l'intérieur.
Dans le jour, beau temps, grosse houle, calme et brises très* variables de N. E. dont nous ne pûmes profiter à cause de la force de la houle qui empêchait le bâtiment de gouverner.
Le 6, même temps. Nous avions un peu approché le cap Bolinao ; la houle continuait et nous faisait casser beaucoup de manœuvres ; les courants nous avaient portés de deux milles au N. Au soir la brise se fit un peu du N. E.
Le 7» la brise parut vouloir s'établir; la mer était très -grosse du N. N. O., et les coups de tangage des plus violents. Nous gouvernions au N. N. O., et à mesure que nous nous écartions de la côte, nous ressentions la mousson deN. E.» qui paraissait bien établie au large. Dans la journée , la brise et la mer augmentèrent encore; le grand mât de huile craqua: nous diminuâmes de voiles. Au soir, la route n'étant pas favorable , on vira et on porta sur la terre , qui était très-embrumée ; les courants nous avaient, dans les vingt-quatre heures, portés de dix-sept mules au N.
Le 8, la brise devint moins forte en approchant de terre « mais la houle resta toujours aussi grosse. Au jour, on apercevait les terres au N. du cap Bolinao: elles sont élevées, montueuses, arrondies et paraissent boisées. La première terre reconnaissable au N. du cap Bolinao est la pointe Dille , qui se projette un peu au large , et au N. de laquelle il y a un gros morne: vu du large, ce dernier ressemble à une île. A onze heures, petite brise de S. Le grand mât de hune fut dépassé et remplacé.
Le g , la mer resta toujours très-houleuse : la brise reprit au N. E. , joli frais ; le baromètre se tint haut. Au jour, on vit les terres au N. de la pointe Dille ; elles continuent d'être élevées ;
on apercevait quelquefois de hautes montagnes en deuxième et troisième plan , dont les sommets paraissaient en général plats et arrondis. Cependant près de la Coupée de Pigan, plusieurs montagnes sont crénelées et présentent des pics dont quelques - uns sont doubles et font la fourche : la Coupée de Bigan, vue du N., forme un angle très-aigu dont le sommet est en bas. Un peu au N. de cette montagne s'en trouve une autre dont le sommet , affaissé dans le milieu , lui donne la forme de deux grosses mamelles : c'est la montagne du Bigan. Pendant le jour, la brise fraîchit et la mer devint plus grosse ; nous avions été portés de douve milles au N. : nous commençâmes alors à sentir ce violent courant au N. qui prolonge la côte O. de Lu<Jon, et permet de remonter contre la mousson de N. E. ; il était sans doute la cause de la grosseur de la houle de N. et de N. N. O. qui fatiguait la corvette.
Le 10, ciel couvert, mer très-grosse, bon frais de N. E. : nous louvoyâmes pour nous élever dans le N. Au jour, nous étions asses près de terre. Le long de la côte, à partir du N. de Bigan , il y a trois fles ( l'île Bantay, la plus au S., puis Salimangua et Sinay, la plus au N., qui est voisine de la pointe Culile). Ces trois îles sont basses, bordées de récifs et de plages de sable ; elles forment de petits ports le long de Luçon , dont l'un , celui de Salimagua ou Solo-Solot, est le meilleur de cette partie de la côte, appelée Hocas. Les courants nous portèrent de vingt et un milles au N.
Le 1 1, temps brumeux, petite pluie par intervalles, grand frais de N. E., mer très-grosse : les terres étaient couvertes de nuages, l'horizon brumeux ; le baromètre montait à mesure que le temps devenait plus mauvais ; les lames étaient longues et courtes. Au jour, même temps, violentes rafales : nous. continuâmes à louvoyer. De l'île Sinay à là pointe Culile, les terres sont basses et sablonneuses près de la mer, mais les hautes montagnes sont encore très-voisines du rivage.
La pointe Culile est un petit morne boisé situé au bout d'une plage. Au soir, même temps : on louvoya en virant lof pour lof. Courants au N., treize milles.
Le la, coup de vent de N. E., violentes rafales et mer très-
grosse : les terres avaient disparu sous les nuages: les baromètres se soutenaient très-haut, et leurs légères oscillations indiquaient un peu d'accalmie quand la colonne de mercure baissait ; et quand celle-ci remontait, le mauvais temps augmentait : l'humidité était très-grande. A onze heures du matin, la corvette fatiguant beaucoup, je fis prendre la cape sous le foc d'artimon et le petit foc. Courants au S., trois milles.
Le i3, même temps : le coup de vent de N. E. continua; les courants nous portèrent au S. de dix milles : nous manœuvrâmes pour que la cape ne nous éloignât point trop de la terre.
Le 1 4 dans la nuit et la matinée, le temps resta le même ; mais vers midi , il s'éclaircit et le vent tomba ; la mer était très-grosse: au soir, nous forçâmes de voiles. Les courants nous portèrent au S. de onze milles.
Le 1 5 dans la nuit, calme plat et houle très-forte; ciel couvert. Au jour, brise très-faible de N. ; nous nous retrouvâmes sous la Coupée de Bigan : les terres étaient dégagées de nuages; le baromètre avait baissé. Au soir, la brise fraîchit un peu. Les courants nous avaient portés de vingt-quatre mules au N.
Le 16, temps couvert et petite brise de N. E. ; grosse houle de N. N. 0. Au jour, le temps devint pluvieux et la brise inégale. A partir de onze heures , pluie continuelle jusqu'à trois : la houle se fit du N., et la brise fraîchit un peu au N. E. A trois heures, la brume s'étant dissipée, les terres qu'elle laissa alors apercevoir nous étaient inconnues, sauf la pointe Culile que nous reconnûmes à grande distance dans le S. La houle était très-forte ; les lames, creuses et courtes , ressemblaient parfaitement à de grosses lames de barre et déferlaient de la même manière. On sonda à quatrevingt - quinze brasses sans fond : tout indiquait que ces lames étaient le résultat d'un violent courant opposé à la direction de la houle , et que nous nous trouvions rendus au cap Boyador. Les observations avaient été ce jour-là impossibles; mais d'après l'estime , nous aurions été portés au N. de quarante milles au moins dans les dernières vingt-quatre heures. A cinq heures trente minutes , nous primes le bord du large , en forçant de voiles.
Le 17 dans la nuit, jolie brise de N. E. variable; mer houleuse. Au jour, même temps; ciel sombre. La brise varia un peu. Ce jour à midi, on trouva que dans quarante-huit heures, les courants nous avaient portés au N. de cinquante -quatre milles. A quelque distance de la côte de Luçon, nous trouvâmes le temps plus clair et la mer bien moins grosse : la brise était maniable.
Le 18 dans la nuit, très-beau temps , jolie brise de N. E., mer houleuse; au jour, même temps. Nous gouvernâmes pour passer à environ trente milles au N. du banc de Piratas, qui découvre et sur lequel la mer brise avec force. Les courants nous avaient portés de trente-cinq milles au N.
Le 19 dans la nuit, beau temps, jolie brise de N. E. , mer un peu houleuse de la même partie. A trois heures trente minutes du matin , ayant doublé le banc de Pratas , nous mîmes le cap à TO. N. O. 1/3 O. Au jour, même temps. A dix heures , nous avions en vue une trentaine de bateaux de pêche chinois amarrés deux à deux et remorquant un filet. Les courants nous avaient portés de dix-huit milles au S. : comme nous nous trouvions assez près de terre, on diminua de voiles, afin de rester en position d'entrer à Macao le lendemain matin. La quantité de bateaux en vue à la nuit était très-considérable.
Le 20 dans la nuit, beau temps, bonne brise d'E. N. E., mer un peu houleuse. Les sondes rapportèrent de vingfcinq à trente brasses, vase. Au jour, la terre que nous aperçûmes était très-élevée ; on remarquait une grosse montagne dont le sommet est un plateau ; Piedra Blanca était vue aussi , du haut des mâts , dans TE. N. E. ; les îles qui bordent la côte , quand on approche de Lema , ont leurs sommets formés de pitons coniques ; elles sont hautes , déchirett , arides , nues , et faciles à approcher, malgré quelques rochers hors de l'eau et très-près de terre : le ciel était gris et couvert de nuages qui ne s'abaissaient pas sur les montagnes. A onze heures, nous étions dans le canal entre Lema et Poo-Toy: une jolie embarcation nous accosta et mit à bord deux pilotes pour nous conduire au mouillage de Macao, moyennant vingt piastres fortes d'Espagne. Nous gouvernâmes pour passer entre l'île
Lantao et les île» au S. ; Lanlao est la plus haute de ces îles et a des pics remarquables. Après avoir doublé ce canal, nous marnes le cap à 1*0. pour aller au mouillage. La sonde varia graduellement de quûue à quatre brasses , vase molle. A. quatre heures, mouillé par quatre brasses, vase molle, à cinq milles environ de la ville, relevant Macao au S. 700 E. , Gow - Point au S. 63° E. , la plus E. des Neuf-Sœurs au N. io° E. a un mille et demi environ. Quelques jours après , nous primes un second mouillage à deux milles environ de la ville, relevant Cow-Point au S. 160 E* , le fort de la ville au N. 6o° O. , et la plus N. des Neuf-Sœurs au N. 39° E.