INSTRUCTIONS POUR LA CAMPAGNE
QUE DOIT PAlRB LA CORVETTE DE S. M. LA FAVORITE.
M. Laplace peut, en remplissant la mission spéciale dont il est chargé dans les mers des Indes et de la Chine, rendre d'importants services à l'hydrographie. Nous allons lui indiquer sommairement les parties de ces mers qui méritent surtout de fixer son attention ; beaucoup de recherches sont encore à faire dans ces parages , et il est à désirer que les commandants des bâtiments du roi qui seront chargés d'y faire flotter le pavillon français, suivent l'exemple qu'ont donné dans ce genre MM. de Kergariou, de Bougainville et autres navigateurs, et qu'ils augmentent les connaissances hydrographiques que nous possédons déjà sur cette partie du globe. La base de tout travail de ce genre est la détermination exacte des latitudes et celle des longitudes au moyen de montres marines. Nous engagerons M. Laplace à bien se pénétrer des avis qui ont été donnés à ce sujet , et à ne négliger aucune des occasions qui lui seront offertes pour s'assurer de la marche de ces précieux instruments. D devra déterminer les longitudes de tous les lieux ou il relâchera, lors même que ces longitudes auraient été précédemment données par d'autres navigateurs.
Les mers que M. Laplace aura à parcourir pour se rendre à Bourbon , son premier point de destination , étant les mieux con-
1 Ce nfann, rè&qt par M. Da*aey, ingtfajenr hydrographe «a chtf, et revu par M. Beaitempa-Beaupre' , directeur-adjoint et conservateur du depAt de la marine , a 4t4 remis au ministre de la marine le 4 décembre 1839» par M. le comte de Gourdon , vice-amiral , directeur général
«*i BWpM»
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nues de notre globe , il n'y a pas d'objet spécial de recherches hydrographiques qui puisse lui être recommandé. Nous supposons que la Favorite se rendra à Pondichéry en quittant Bourbon; il est probable que partant de France vers le ier décembre, die pourra arriver à Bourbon vers le i5 mars et en partir avant le ier avril. Cest vers cette époque que la mousson change, et qu'elle passe du N. E. au S. 0. dans les mers de l'Inde , c'est-àdire dans le golfe compris entre la côte d'Afrique et celle de Malabar, ainsi que dans le golfe de Bengale ; mais comme ce changement peut avoir lieu avant ou après le départ de la Favorite de Bourbon, on ne peut déterminer ici la route qu'il sera préférable de suivre : nous nous contenterons donc d'engager M. Laplace, quelque route qu'il prenne pour se rendre de Bourbon à Pondichéry, à utiliser sa navigation en déterminant les latitudes et longitudes du plus grand nombre possible de points terrestres, et en rapportant ces longitudes à celle du Port-Louis de l'Ile-de-France, ou à celle de Saint-Denis de l'île de Bourbon, qui en a été déduite. Les cartes de l'archipel qui se trouve au N. de l'De-de- France laissent encore beaucoup à désirer, malgré les travaux d'un grand nombre de navigateurs. Beaucoup d'îles et de banc» y sont mal placés , et les incertitudes sont d'une telle nature qu'il faudrait, pour les lever, .faire de la reconnaissance de ce seul archipel l'objet d'une mission spéciale.
M. Laplace rendra déjà un grand service à la navigation en dé* terminant les latitudes et les longitudes des points de cet archipel qu'il rencontrera. Cet officier trouvera dans les instructions données par Horsburgh, les renseignements qui pourront lui être nécessaires pour la route qu'il choisira. D sera aussi à même de juger ce que les circonstances lui permettront de faire de plus avantageux , tant au but de sa mission qu'à l'hydrographie.
La Favorite, en quittant la côte de Coromandel, se dirigera sur le détroit de Malac. B serait inutile que M. Laplace employât beaucoup de temps à visiter les îles Nicobar ; cependant, sans trop se détourner de sa route , il pourrait en prendre connaissance et déterminer leurs positions, principalement celle de la grande
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Nicobar, par rapport aux île» qui se trouvent au N. de la pointe septentrionale de Sumatra. Gomme les instructions de d'Après et d*Horsburgfa ne lui laisseront rien à désirer sur la navigation du détroit de Malac, il n y a rien à lui dire à ee sujet
Best à présumer qu'il reste encore de l'incertitude sur les positions d'une grande partie de points remarquables, tant sur la côte de la presqu'île malaie que sur celle de Sumatra et des îles qui s'y trouvent ; mais on recommandera en général à cet officier de déterminer les latitudes et longitudes de tous les points dont il aura connaissance, et principalement de tâcher de fixer la limite des bancs dont il aura occasion de s'approcher, et d assujettir toutes ces positions à celles d'un lieu antécédemment bien déterminé, tel que Pondichéry.
En sortant du détroit de Malac, la Favorite entrera dans la mer de Chine, etc'est dans cette partie que M. Laplace pourra rendre les plus grands services à l'hydrographie ; car cette mer, malgré le grand nombre de navires qui l'ont parcourue et qui la parcourent journellement, et malgré les laborieuses recherches des hydrographes, présente encore un grand nombre de points dont les positions sont incertaines; les cartes les plus exactes qui en aient été faites ne sont fondées que sur des déterminations de longitudes en quelque sorte isolées ; il n'y a point cette liaison que l'on met dans les travaux de ce genre depuis que l'on se sert de montres 'marines. Les voyages de MM. de Kergariou et de BougainvSle ne nous ont encore donné que quelques points : aussi le champ qui reste à parcourir est-il très-vaste. L'hydrographie réclame de M. Laplace des services moins brillants, à la vérité, que la reconnaissance de côtes et parages entièrement inconnus ; mais eHe retirera des avantages d'une égale importance de la détermination géographique des caps, îles et écueils près desquels il aura occasion de passer. Ainsi , quelle que soit la route que M. Laplace jugera à propos de prendre pour, remplir la mission dont il est chargé , on l'engage à ne rien négliger pour fixer avec ses montres les longitudes de tous les points remarquables dont il aura connaissance, et d'assujettir ces déterminations à la
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longitude de ManiHe, sur l'exactitude de laquelle on peut compter. D aéra en conséquence nécessaire que la Favorite fiasse dans ce port une relâche qui sera encore nécessitée par la longueur 4e la navigation précédente. •
À l'époque où la Feront? entrera dans les mers de la Chine, la mousson du S. O. sera dans toute sa face : ainsi ML Laplaoe pourra choisir ou de se rendre à Manille d'abord* et de là à Ms> oao, ou de se rendra <lirectcinent>à ce dernier point, pour.de là aller à Manille. Au reste, le* points dont il est à dénier qu'il puisse prendre connaissance se trouvent presque tous aur l'une et l'autre de* deux rentes. Ge-sem sur les lieu* seulement que M. Laplace pourra juger celle qu'il oonviendra lemieuXide^sume.
Le premier groupe d'îles dont il pourra prendre' connaissance en sortant du détroit de Malac, est celui des Anambas» M. le baron de Bougainvflle a passé au travers deces îles en 1 8a....... et
en a reconnu une partie. M. Laplaoe verra par la carte qu'on lui envoie le travail deMvdeBougainvilfo, et il jugera .quels sont les points sur lesquels, miserait plus convenable qu'il dirigeai ses propres observations.
En quittant les Anambas, M. Laplaoe pourra ou se porter directement sur la cote de Cochinchine, -ou s'éloigner de la route directe pour aller visiter le groupe. des Iles Nasunas, qui estisjtué à moins de trente tieues dans le N. O. des Anambas. H serait utile d'obtenir la position de quelques pointa remarquable* de ces îles, et surtout de déterminer, en s'y rendant , ki position de l'île Haycocfc et de l'île Low, par rapport, aux deux groupes dont ou vient déparier.
Des Natunas, la Favorite se portera sur les cotes de la Cochinchine. Les cartes de ces côtes qui se trouvent dans le Neptune des côtes orientales et du grand archipel d'Asie, «ot été levée» par M. Dayot, officier français qui a fait un long séjour aupoès du souverain de la Cochinchine. Quoique oes cartes paraissent mériter une grande confiance, il est à désirer néanmoins que les navigateurs* qui fréquentent ces parages ne négligent aucune occasion d'en vérifier quelques parties. M. Laplaoe trouvera la
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longitude de Tourane dans le Mémoire astronomique du voyage de la Tkétm> que Ion a joint aux présentes instructions.
D pourra aussi vérifier la position de quelques-uns des écueib qui forment ce qu'on appelait autrefois banc de Puraoel ; ces écueile n ont été visités jusqu'à ce jour par aucun navire français»
La partie septentrionale de la cote de la Gochinohine qui touche à cette de Topjfmn,ofiire aussi des recherches intéressâmes à foire. U en est de même sur toute la côte qui forme le golfe de Tonquin. L'île d'Haynan , qui forme la partie orientale de ce golfe, a déjà été en partie explorée par M. de Karganou, eommandant h CybiU en 1817. Ces! principalement sur les parties orientales et méridionales de cette fk que les travaux de cet officier se sont étendus» IL Laplace trouvera dans le Neptune des côtes orientales d'Asie les plans de quatre ports assez beaux qui se trouvent sur ces cotes. Nous ne possédons encore rien sur la parue occidentale d'Haynan.
Lorsque M. Laplace quittera les cotes de l'île d'Haynan, il se rendra à Maoao , où il fera une courte relâche , et d'où il partira pour se rendre à Manille vers la fin de la mousson; du & O.
H se trouve, à quinze ou vingt lieues dans le N. de la route directe qui conduit de Macao au cap* Bolsneo, un banc sur lequel il y a une petite île, couverte degasoh et d'arbrisseaux, dont il serait à désirer que l'on put déterminer la position, par rapport à Maoao et à Manille. *
La relâche à Manille sera asses longue pour foire les réparations rendues nécessaires par la navigation précédente, et procurer quelque repos à l'équipage de la Favorite. M. Laplace devra s'occuper, pendant cette relâche, à obtenir avec une grande exactitude la marche de ses montres, puisque la longitude de Manille doit servir de point de départ pour fixer les longitudes de tous les points de la mer de Chine qui auront été visités. - •
Lorsque h Favorite quittera la baie de Mansle, la mousson du N. E. commencera à se foire sentir : M. Laplace sera donc le maître de diriger sa route pour venir gagner l'un quelconque des détroits qui séparent Sumatra de Bornéo , et d'explorer les nom-
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breux écueils qui bordent les côtes de Palawan et de Bornéo. Nota ne citerons pas ici les points sur lesquels il pourra diriger plus particulièrement ses recherches ; car tout dans cette partie est pour ainsi dire à faire. Cet officier trouvera dans les instructions et sur les cartes d'Horsburgh tous les renseignements qu'on pourrait lui donner ici sur ces parages. Nous dirons seulement qu'il serait avantageux qu'il pût, en sortant de Manille, revoir le groupe des Natunas et en compléter la reconnaissance.
Pour entrer ensuite dans la mer de Java, la Favorite devra passer dans un des détroits qui se trouvent entre les îles de Sumatra et de Bornéo. Le plus étroit de ces passages est celui de Banca , qui est bien connu. Entre l'île de Banca et celle de Billiton, il y a deux passages , l'un àl'O. de l'île Gaspard, dont il prend le nom, et l'autre à l'E. de la même île et de l'île du Milieu, qui s'appelle détroit de Clément; il trouvera dans le voyage de Marchand deux plans de ces passages qui ne sont peut-être pas exacts, mais qu'il sera bon cependant qu'il consulte; enfin on peut passer à l'E. de l'île Billitoo, entre cette île et Bornéo. Les circonstances décideront M. Laplace dans le choix de ces passages ; dans tous les cas, on croit devoir l'inviter à compléter une des cartes qu'il aura sous les yeux.
On s'abstiendra d'entrer ici dans les détails de la navigation des différents détroits dont il vient d'être question , parce que l'ouvrage d'Horsburgh, déjà cité, contient tout ce qu'on sait à cet égard.
Lorsque la Favorite se trouvera dans la mer de Java , la mousson de l'O. y régnera : elle pourra donc se rapprocher de la côte septentrionale de cette fie, et faire une relâche soit à Samarang, soit à Sourabaya. Ce dernier port a reçu depuis peu de grands accroissements : les bâtiments y sont bien à l'abri pendant la mousson de l'O.
La longitude de Sourabaya a été déterminée avec une grande exactitude dans le voyage d'Entrecasteaux : on pourra la prendre pour point de départ de celles qui seront observées en sortant de ce port. ( Voir la Relation da Voyage d'Entrecasteaux, )
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M. Laplace , en quittant la cAte de Java , se trouvera en position de rendre encore de grands services à la navigation. En effet, les parties septentrionales des fies situées a TE. de Java , telles que Baly, Lombock, Samba wa, Sandelwood, Flores jusqu'à l'Ile de Timor, n'étant pas bien connues, M. Laplace pourrait les prolonger avec la mousson de l'O., et aller ensuite jusqu'à Timor, au sortir de la mer des Moluques , par un des détroits qui séparent les îles dont on vient de parler. M. Laplace consultera le voyage de fUranie, s'il étend ses reconnaissances jusqu'à Timor.
Lorsque M. Laplace quittera les lies de l'archipel d'Asie dont la reconnaissance vient de lui être recommandée, il pourra juger par l'état de ses équipages et celui de son bâtiment , s'il lui est possible de revenir dans les ports de France en doublant le cap de Horn, après avoir traversé le grand Océan , ou bien s'il est nécessaire , pour abréger sa campagne, de revenir par le cap de Bonne-Espérance. S'il se détermine en laveur de cette dernière route , die est trop connue pour qu'il soit nécessaire de rien insérer dans cette instruction de ce qui peut s'y rapporter; mais dans le cas où il préférerait celle qui lui ferait traverser le grand Océan, il contournerait la Nouvelle-Hollande, et après avoir relâché à Hobart-Town , nouvel établissement des Anglais, situé à la partie méridionale de la terre de Van-Diémen, près du canal d'Entrecasteaux, il remonterait au N., pour faire une relâche au Port-Jackson.
En quittant ce port, ce qui pourra avoir lieu probablement dans le courant du mois de juin i83i, la Favorite fera route pour traverser la partie du grand Océan comprise entre la Nouvelle- Hollande et l'Amérique; quoique ce trajet soit de plus de i45° en longitude, on ne croit pas qu'il puisse prendre plus de deux mois à deux mois et demi , parce qu'en se maintenant par une latitude un peu élevée, l'on éprouve presque toujours des vents d'O. d'une force soutenue, qui permettent de faire beaucoup de chemin.
Trois routes se présentent en quittant le Port-Jackson pour aller a Valparaiso , port de l' Amérique où devra relâcher M. Laplace : la première passe au N. de la Nouvelle-Zélande, la seconde dans
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le détroit de Cook, qui sépare le» deux file» principale» de ce groupe ; enfin la troisième passe au S. Quelle que soit la route que M. Laplace choisira , nous lui recommanderons de nouveau de ne rien négliger pour avoir toujours la marche de ses montres avec une grande exactitude, même lorsque ces précieux instruments ne serviraient plus qu'à déterminer la route du bâtiment , et par suite la force et la direction des courants.
D y a lieu de croire que la Favorite pourra avoir connaissance de la côte d'Amérique en septembre, et relâcher dans le même mois à Valparaiso. Si, en partant de ce port pour venir doubler le cap Horn, M. Laplace pouvait déterminer avec précision la position de trois dangers qui ont été reconnus par la goélette américaine le Dolphin, en mai 182 5, et sur l'un desquels s'est perdu le navire l'Océan en se rendant à Valparaiso, il rendrait encore un grand service à la navigation.
Voici la position de ces rochers d'après le journal nautique tenu à bord de la frégate du roi la Marie-Thérèse, par M. Barrai , et publié dans les Annales maritimes, 1837, a* partie, tome II, page 711.
Latitude S. Longitude 0.
ier récif. 33° 5if ao. 74° 18' .
ae — 33 5a i5 74 i4
Ces dangers sont seulement à quelques pieds sous l'eau: On trouve autour d'eux une profondeur de dix-sept à vingt brasses d'eau.
D serait essentiel de déterminer leur distance à la côte la plus voisine.
A son retour dans l'Océan atlantique, If. Laplace touchera à Rio-Janeiro , avant d'entrer dans l'hémisphère septentrional ; il s'assurera en ce lieu , dont la longitude est bien déterminée, si la marche de ses montres a été régulière, et il prendra un nouveau point de départ pour sa dernière traversée, pendant laquelle nous l'engageons à étudier aussi soigneusement que pendant toute la
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durée de son voyage , la direction et la force des courants , au moyen d'observations nombreuses.
Nous n'avons rien dit dans tout ce qui précède des observations de distances ; nous engagerons cependant M. Laplace à ne pas négliger cette méthode d'obtenir des longitudes absolues. Il n'ignore pas qu'on peut, au moyen des montres marines, rapporter à un seul point toutes les observations de ce genre faites à des époques différentes mais rapprochées, et parvenir par là à avoir un nombre suffisant de données pour déterminer une longitude absolue. (Voir le Voyage tEntrecastoaux. )
Cependant on doit s'appliquer principalement à avoir des différences de longitude , au moyen des montres, et à les rattacher aux points terrestres dont les longitudes ont été déterminées précédemment par de bonnes observations astronomiques.
ETAT NOMINATIF