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DE LA FAVORITE. 545 m amusèrent — pis et ne déridèrent peint du tout les l :t peu avenantes qui m'entouraient.
Éeperdunt neuf hétres allaient sonner. J'avais remarqué qu'à la roideur et à l'ennui peints sur la plupart des figures de la société, était venue se joindre une teinte d'incertitude et d’embarras , et qu'un petit ministre proteslant avait ajouté un nouveau degré d'importance à son air mystique et compassé. Quoique ne devinant pas le motif de ces changements, je jugeai qu'il était temps de battre en retraite : mon introducteur imita mon exemple sans trop se faire prier. J'avais laissé derrière moi M. Sholten, que son compatriote le consul de Danemark avait également présenté, et je sus le lendemain par luile mot de l'énigme que j'avais cherché en vain. À peine, moi profane papiste, étais-je sorti du salon, que la Bible fut apportée en grande cérémonie au ministre puritain, et les prières commencèrent : pendant leur durée, qui fut au moins d'une grande heure, à ce que prétendit mon lieutenant danois, il fat tenu à genoux ainsi que toute la société ; et l'on devinera sans doute que cet excès de dévotion valut au protestant M. Sholten bien des plaisanteries de la part de ses camarades auxquels il avait souvent reproché le bigotisme prétendu des catholiques romains. Cependant toutes les observations que firent ses contradicteurs pendant nos fréquentes relâches, furent presque toutes aussi contraires à son opinion; mais, comme il arrive toujours, elles ne terminèrent nullement la discussion.
J'aisouvent remarqué et même j'ai acquis la conviction que le protestantisme anglais s'est armé pour ainsi dire de
544 "!: VOYAGE l'intolérance et de la fureur de prosélytisme auxquelles a sagement renoncé le clergé français depuis le commencement du siècle. Dans notre patrie, les mœurs sont loin d'y avoir perdu; chez nos voisins, elles n'y ont rien gagné ; mais c'est pour eux une espèce de point de ralliement autour duquel se groupent, pour résister au choc des classes inférieures et défendre leurs nombreux privilèges , l'aristocratie, le clergé anglican qui en fait partie, et les familles enrichies dans lesquelles cette caste puissante se recrute prudemment tous les jours. Ces ministres, soutenus du crédit de la noblesse à laquelle beaucoup d’entre eux tiennent par les liens du sang et tous par des intérêts communs, riches des biens de l'Église , fortement rétribués dans leurs fonctions, généralement instruits et d’une conduite exemplaire, doivent exercer une grande influence sur la population, et en effet leur pouvoir est très-étendu. Ce sont eux qui entretiennent dans la haute société cette dévotion qui nest qu'apparente, mais calculée pour tromper le vulgaire. Ces Bibles si richement reliées, toujours exposées dans le lieu le plus apparent de l'appartement d'un gentleman anglais et surtout écossais, souvent laissées ouvertes sur la table le dimanche pour en imposer aux passants, sont peut-être plus rarement lues hors du temple que nos livres de messe hors de l'église; mais elles témoignent du rang et surtout de lopinion du propriétaire; dès lors le but est rempli.
Le clergé de France, du moins maintenant, ne se recrute que peu ou point dans la noblesse et les hautes classes de la société ; il a perdu ses grands biens; peut-
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DE LA FAVORITE. 545 être même est-il généralement moins instruit que les ministres protestants ; mais il est beaucoup moins absolu, moins fanatique, moins intolérant que ces derniers auxquels il a laissé l'air hautain et mystique des anciens puritains, pour ne conserver que la douceur et la charité. Combien de fois n’ai-je pas eu lieu d'admirer, dans les contrées les plus lointaines, la simplicité de mœurs de nos missionnaires, leur résignation au milieu de toutes sortes de privations, l’abnégation de tout intérêt personnel, leur zèle infatigable à secourir les malheureux de leurs conseils et souvent de leurs faibles moyens ! Presque partout au contraire j'ai vu les missionnaires anglicans, quoique grandement rétribués et vivant au sein de l'aisance, être durs, peu charitables envers leurs compatriotes malheureux, absolus envers les pauvres néophytes soumis à leur joug, enfin regarder leur saint ministère comme une place à exploiter dans l'intérêt de leurs femmes et de leurs enfants. Il est vrai que ces apôtres errants inspirent peu de vénération aux Anglais, et ne jouissent que d’une faible considération parmi le clergé anglican.
Sincapour n’a été jusqu'ici qu'un établissement commercial : Apeiques canons Poe foire les saluts, une de cipayes pour maintenir l'ordre, composent
ins ses moyens de défense. Le gouvernement en est confié à un résident , qui reçoit les ordres du gouverneur général de l'ile du Prince-de-Galles; un député résident est chargé des affaires civiles: cette place était occupée pàr un homme de moyens, d'un esprit vif et prompt, aimé, estimé généralement dans la colonie;
enfin cinq juges composant le tribunal, dont les décisions doivent être soumises, dans certains cas, à la sanction de la haute cour du chef-lieu : la se borne le nombre des principales autorités. Les employés secondaires sont dans la même proportion. Tous jouissent de très-forts émoluments, mais aussi ils administrent sagement une population de vingt mille Malais et Chinois, et de plusieurs centaines d'Européens établis.
Avant d'abandonner ce comptoir anglais, le plus avancé jusqu'ici vers la mer de Chine et dans le grand archipel d'Asie, sur lequel dominent encore les Hollandais, tournons nos regards sur les pays que la Favorite a déjà parcourus, et nous verrons comment nos rivaux sont parvenus à établir pas à pas leur puissance sur un immense développement de-côtes dont ils ont expulsé successivement toutes les autres nations européennes ; car de quelle importance est le village de Mahé avec son pavillon français, au milieu des possessions anglaises depuis Bombay jusqu'à Ceylan? Peut-on croire que l'ombre de l'ancienne Pondichéry, celles de Yanaon et de Ghandernagor, paraissant à peine sur ce côté de la presqu'ile entre Ceylan et Calcutta, puissent empêcher l'Angleterre de se considérer comme maîtressé absolue de ces contrées? À la fin du siècle dernier, le réseau de fer que cette nation à étendu sur l'Indostan n'allait pas plus loin sur les bords de la mer que l'embouchure de TOugly; bientôt la prise de possession et les lortifications de l'île du Prince-de-Galles lui assurèrent l'entrée du détroit de Malaca; mais ce n'était encore qu'un point isolé en 1814 Quelques années plus tard, le traité
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DE LA FAVORITE. 347 de paix avec les Birmans mit au pouvoir des maîtres de l'Inde plusieurs points importants sur la côte qui sépare Calcutta du Pégu et celui-ci de l'île du Prince : ils s'emparèrent ainsi de tout le commerce de ces pays, et même de celui de Rangoun, où jusque-là jamais les Européens n'avaient pu être reçus. La cession de Malaca par les Hollandais suivit de peu d'années l'époque où Sincapour surgit pour ainsi dire tout à coup à la partie la plus étroite du détroit, pour en fermer le passage à toutes les nations aussitôt que l'Angleterre l'ordonnera. De ce point, armé, fortifié en peu de temps et devenu une station pour ses escadres, cette puissance pourra également bloquer les détroits entre Bornéo et Battam , seuls passages pour entrer dans ces mers. Déjà elle a soumis à son influence le royaume de Siam et les autres provinces riveraines du golfe étendu qui porte ce nom, ébranlé la puissance des Hollandais, détruit leur commerce et capté la confiance de leurs sujets, qui sans nul doute au moment de la guerre voleraient au-devant de ces nouveaux maîtres, et leur livreraient Java, sur laquelle a déjà flotté en 1811 le pes 7: up
C’est ainsi que nos rivaux nt : tleur puissance sur des pays lointains, il est vrai, et presque inconnus même dé nom à PRE de nos modernes économistes, mais que le exploita du temps de sa splendeur, et dont, faute d'appui, il est repoussé maintenant. Nous aurons occasion plus tard de fairé voir les nouveaux projets de l'Angleterre pour son agrandissement dans les mers de Chine;
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ils sont près de recevoir léur exécution, et quand enfm
notre belle patrie s'éveillera aux cris de son commerce réduit au désespoir, les passages seront au pouvoir dé la Grande-Bretagne, et la guerre même devenue impossible dans ces mers.
Dans le détroit du Gouverneur, resserré entre de hautes terres, et dans les autres passages fréquentés par les bâtiments, qui arrivent ainsi après de longs détours au détroit de la Sonde et dans la mer qui baigne les côtes de Java, la navigation est rendue lente, difficile, par des brises faibles et très-variables, des orages violents et surtout des courants aussi forts que changeants. La corvette eut à lutter contre ces obstacles depuis le 25 août au matin, jour de son appareillage, jusqu'au surléndemain soir, qu'elle entra dans les mers de Chine; nous devions les traverser pour arriver à Manille, point très- intéréséhnt fréquenté par nos bâtiments du commerce, et que pour cette raison il m'était ordonné particulièrement de visiter.
La Favorite avait laissé pour longtemps derrière elle le beau ciel, les belles mers, les calmes des détroits de Malaca et du Gouverneur; la terrible mousson de S. O. que nous retrouvions dans les mers de Chine, quoique touchant à sa fin, était cependant aussi sombre, aussi orageuse que sur les côtes de l'Inde. Les hautes terres voisines de Sincapour étaient encore en vue que déjà les vents se fixaient au S. O., des nuages épais couvraient un ciel pluvieux, la mer s'élevait en lames courtes et fatigantes pour la corvette, qui cependant marchait rapidement vers sa nouvelle destination; elle | passa à petite distance des archipels en grande partie
DE LA FAVORITE. 349 inconnus dont nous devions quelques mois plus tard faire l'hydrographie ; le vaste golfe de Siam ; que de fréquents coups de vent rendent dangereux dans cette saison ; les côtes basses et bordées de bancs de la presqu'île du Camboge ; enfin la Gochinchine dont nous étions destinés à visiter l'année suivante le port principal, furent laissés successivement sur notre gauche. Les vigies apercurent du haut des mâts l’île Pulo-Condor, qui doit une triste célébrité à son climat empoisonné et aux tentatives malheureuses que les Anglais et les Français ont successivement faites autrefois pour s'y établir, et s’assurer ainsi dans les mers de Chine une position trèsavantageuse; mais des maladies terribles ont toujours forcé les Européens de fuir cet horrible séjour. En effet le climat y est affreux; la saison des pluies, qui commence en avril, dure huit mois, pendant lesquels il pleut chaque jour et sans interruption avec une abon< dance extraordinaire. Les eaux descendant des montagnes forment des torrents qui ravagent et entraînent tout. La terre, détrempée par les pluies, exhale une odeur infecte qui rend l'air très -malsain : alors tout tombe en pourriture ; les hommes eux-mêmes ne peuvent travailler sans un abri. La saison sèche cause une autre incommodité : l'eau tarit presque partout; le sol, qui m'est, malgré sa couleur noirâtre, que du sable mêlé à une petite quantité de terre végétale fournie par la pourriture des bois et les feuilles tombées, devient aride et brèlant; l'ardeur du soleil est si excessive, qu'il
est très-dangereux de s'y exposer même pour un court
instant.