‹ Voyage autour du monde par les mers de lI̓nde et de Chine exécuté sur la corvette de le̓́tat la Favorite pendant les années 1830, 1831 et 1832 sous le commandement de m. LaplaceChapitre 42 sur 53 · PNEU AU ET · texte numérisé non relu

PNEU AU ET

NOTES. 477 tard, par les renseignements venus du Sénégal, voulut en vain ouvrir les yeux à ces malheureux; ils avaient tout abandonné , l'avenir seul leur restait. Ils partirent du Havre sur le navire du commerce la Belle Alexandrine, qui vint les débarquer à leur destination le 12 avril 1817, deux mois au plus avant la mauvaise saison. L'on jugera facilement quel eflet dut produire sur ces hommes qui cherchaient la terre promise, la vue du cap Bernard, avec ses rochers dépouillés de végétation, des sables brülants pour verdure, d'énormes baobabs pour arbres fruitiers, et enfin en place d'esclaves, des nègres libres, rusés et voleurs.

Les dissensions dont les premiers germes avaient paru avant le départ de France entre les émigrants et les directeurs de la compagnie, éclatèrent avec une grande violence pendant la traversée. Les principaux agents furent accusés par les autres passagers d'être complices de la friponnerie dont ceux-c1 commençaient à soupçonner les résultats. Mais le désordre fut à son comble quand au lieu des maisons toutes prètes pour les recevoir, des terrains tout défrichés qui leur avaient été promis, les émigrants ne trouvèrent qu'un sol aride et stérile, dont la possession ne leur fut même accordée par les nègres qu'à de très- onéreuses conditions. Les ouvriers refusèrent de travailler, les agents de la compagnie se réfugièrent à Gorée ou à Saint-Louis, et chacun s’appropria ce qu'il put des vivres et des approvisionnements qui avaient été débarqués et abandonnés sans abri sur l'emplacement du futur chef-lieu de la colonie. Cependant la mauvaise saison était arrivée, et surprenant les nouveaux colons armés les uns contre les autres, sans abri et sans aucune précaution contre les pluies, elle les décima rapidement. La plupart des prétendus philanthropes se sauvèrent dans les colonies spin, voisines, Où ils recurent des vivres du gouvernement, mais où presque tous succombèrent aux maladies du climat ; le reste s’embarqua pour l'Europe sur les bâtiments de l'état; mais ils ne furent pas plus heureux que leurs camarades, et ils moururent en partie à l'hôpital de Rochefort. Six de ces émigrants, doués de plus d'énergie et de moyens que les autres, voulurent rester sur la presqu'île de Bel-

Air; ils construisirent des maisons, firent des plantations, luttèrent contre la mauvaise fortune, dans l'attente des secours promis en France et qui ne vinrent pas. Au mois d'août ils avaient disparu , plaints des habitants de Gorée et dignes d’un meilleur sort. En France les opérations de la compagnie ne furent pas plus heureuses ; elle continua, il est vrai, encore pendant quelque temps à faire des dupes, malgré les avertissements réitérés du gouvernement: mais enfin les réclamations de ses victimes s’élevèrent de tous côtés avec tant de violence, que la justice informa contre les directeurs, dont le plus influent disparut et avec lui tous les projets de colonisation.

Note 5, page 44.

Horsburgh ne parle pas de ce courant à l'E. dont la Favorite a éprouvé les effets, et que la frégate la Thétis avait observé avant nous. Sans doute que le peu d'utilité qu'il offre à la navigation du cap de Bonne-Espérance l’a fait négliger par le savant hydrographe anglais. En eflet, les vents soufflant presque toujours de la partie d'O., et ce courant à l'E. n'étant pour ainsi dire que le remous de celui qui porte avec violence dans la direction opposée en contournant le banc des Aiguilles, il arrive que les navires fuyant ordinairement devant le temps quand ils font route pour les mers de l'Inde, ou se tenant toujours sur le banc des Aiguilles à leur rentrée dans l'Océan, ne cherchent nullement à en profiter dans le premier cas et le fuient dans le dernier.

Cependant j'ai regretté de n'avoir pas contourné plus au large le cap de Bonne-Espérance, car j'aurais évité, je crois, en manœuvrant ainsi, les fortes différences que nous avons eues à l'O., et peut-être aurions-nous gagné quelque chose de plus vers l'E. quand les vents ont commencé à soufller faiblement de cette partie. ,

Note 6, page 56.

De tout ce que la France possédait autrefois à Madagascar, elle n’occupait depuis la paix que la petite île de Sainte-Marie,

NOTES. 179 dont l'administration dépendait de celle de la colonie de Bourbon. ny.

+ Cependant la possession de ce pelit coin de terre était devenue un motif de crainte pour les Ovas, l'une des peuplades les plus aguerries de Madagascar, dont le roi Radama avait souvent témoigné l’impatience avec laquelle il voyait un établissement européen se former dans son voisinage.

La mort de Radama mit le sceptre des Nvas entre les mains de la reine Ranavalona - Manjaka, et l'administration de l'ile de Bourbon ne tarda point à s’apercevoir qu'elle maintiendrait difficilement avec la nouvelle souveraine des relations qui déjà, sous le règne du feu roi, n'étaient pas toujours complétement pacifiques. Le malaise qui devint bientôt la conséquence d'un pareil état de choses reporta naturellement la pensée du gouvernement de la colonie sur les anciens droits de la France relativement à Madagascar, et après avoir consulté à ce sujet le conseil colonial, il proposa au ministère le plan d'une expédition dont le but devait

être de prendre possession de quelques parties du rivage de cette

grande île, afin d'y former un établissement qui pût plus tard servir de point d'appui pour de plus vastes opérations.

Il paraît que ce projet ne fut pas adopté dans son entier et que le gouvernement jugea suffisant de donner à la colonie de Bourbon les moyens d'imposer assez aux chefs des Ovas pour leur faire craindre l'inimitié de la France. ee:

Une frégate de 60 canons, la Terpsichore, fut détachée de la station française du Brésil pour aller prendre les ordres du gouverneur de Bourbon; elle arriva à Saint-Denis le 27 mai 1829. M. le capitaine de vaisseau Gourbeyre, qui la commandait, trouva sur la même rade la gabare l'Infatiqable, le transport le Madagascar.et l'aviso le Colibri. I y fut rejoint, peu de temps après, par la corvette de charge la Nièvre, et par les gabares lu Chevrette et la Zélée.

Un petit nombre de soldats fut embarqué sur cette division qui, vers la fin du mois d'août, prit possession du port de Tintingue, où M. Gourbeyre fit élever un fort sur lequel le pavillon

français fut arboré solennellement le 16 septembre, et qui, bientôt armé de huit pièces de canon, reçut une garnison de trois cents hommes et les approvisionnements nécessaires.

Le général des Ovas ayant qua une députation peus de. mander de quel droit les Français s’établissaient ainsi à Tintingue, M. Gourbeyre répondit en exposant les griefs de la France et en revendiquant les droits imprescriptibles qu'elle avait sur le territoire que ses troupes étaient venues occuper; puis, le 10 octobre, la Terpsichore, la Nièvre et la Chevrette se présentèrent devant Tamatave pour réclamer l’assentiment de la reine aux dispositions déja prises et la conclusion d'un traité; mais aucune réponse satisfaisante n'ayant été faite à cette sommation, une déclaration formelle de guerre s’ensuivit , et le 11 octobre les trois bâtiments, embossés à trois cents toises de distance, ouvrirent leur feu contre le fort de Tamatave, qui en peu d'instants fut entièrement bouleversé : les Ovas, leur général et ses principaux oficiers s'enfuirent dans toutes les directions. Poursuivis > “un détachement de deux cent trente-huit hommes débarqués de nos bâtiments, ils laissèrent sur la place cinquante des leurs, et on trouva dans le fort vingt-trois canons ou caronades, un pierrier, deux cent douze fusils, quatre-vingts zagaies et beaucoup d'autres objets.

De ce moment les hostilités furent alternativement suspendues et reprises, toujours à notre avantage et au grand détriment des Ovas, à qr supériorité de nos soldats ne permettait de faire qu'une “résisfhnce insignifiante. Partout où nous pûmes les attaquer, à Foulpointe, à la pointe Larrée , ils éprouvèrent une perte considérable et nos troupes s'établirent à terre dans les redoutes qu'ils abandonnaient.

Afin de mieux assurer la défaite des Ovas, M. Gourbeyre avait eu soin de se ménager les moyens d'opérer une utile diversion en excitant contre eux d’autres peuplades indigènes ; mais il paraît que ses négociations à ce sujet n'eurent que des résultats peu importants.

Cependant il était impossible que nos troupes pussent se main-

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NOTES. 181 tenir dans les positions dont elles s'étaient emparées , à moins qu'elles ne reçussent des renforts considérables qui ne pouvaient venir que d'Europe; et faute de ces secours, dès le commencement du mois de novembre, M. Gourbeyre, renonçant à de nou velles entreprises, laissa le fort de Tintingue armé de quatorze bouches à feu , avec quatre cents hommes de garnison et des vivres pour trois. mois ; puis il revint à Sainte-Marie avec sa division.

Sur la fin £ iabre, la reine Ranavalona- -Manjaka yes pour traiter de la paix, deux ambassadeurs qui furent reçus à bord de la Terpsichore, et à qui le commandant de l'expédition remit une lettre pour leur souveraine avec le pr d'un traité dans lequel étaient tracées, e de tout arran gement, les limites du territoire dont la France réclamait la possession,

Ce ne fut que le 19 janvier 1830 que la réponse de la reine parvint à Bourbon ; et cette réponse était un refus formel d'accepter les conditions qui lui étaient imposées.

La Terpsichore était alors à Saint-Denis. M. Gourbeyre proposa au conseil de la colonie de reprendre les hostilités, mais avec des moyens beaucoup plus étendus : un corps de troupes de douze cents hommes au moins, une compagnie d'artillerie, des ouvriers militaires , des chaloupes armées et tous les pp enonients nécessaires pour une campagne décisive.

La colonie n'étant pas en mesure de fournir les asie d'une semblable pr il ses en ERAGR à ns métropole. et attendre les secours que le er ; mais la France étant alors soslilt der ne d' . on se borna à faire partir une frégate et une corvette de charge avec quelques troupes et une petite partie des approvisionnements demandés.

Avant l'arrivée de ces deux bâtiments, l'influence meurtrière du climat s'était fait sentir à la petite garnison de Tintingue, qui avait perdu une partie de ses soldats. La population de Sainte- Marie avait éprouvé le même sort, et les équipages de la division navale comptaient un grand nombre de malades et de morts.

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