RELIGION
Der Cru nu aller Démocratie : Die hochste Tfintsac/ie tier Popiilarital. Novalis.
La religion ciirctienne est la racine An toule démocratie, le Jait le plus élevé dans les droite de l'homnie.
La religion plane au dessus de tout dans la pensée, dans les désirs et dans les droits de l'homme, en ce sens que la religion, tout en étant d'un intérêt universel, est en même temps, de tous les intérêts humains, celui qui est le plus exclusivement privé dans le ressort de toutes et de chacune des consciences. La religion est, dans son acception la plus large, a la tendance de la nature humaine à 1 infmi, » et son principe se manifeste dans la recherche de la perfection dans toutes les directions. C'est dans ce sens le plus large que quelques athées spéculatifs ont été des hommes religieux, dans leurs eflbrls pour se perfectionner j eux-mêmes , hien qu'incapahles de perfectionner leur conception de l'infini. Dans un sens moins étendu, la religion est la relation des sentiments les plus élevés de riiomme vers un être inliniment parfait.
L'idée de la religion ne saurait être restreinte dans des limites plus étroites que celles-là : toute définition qui renferme la religion dans les hornes
d'un systèmp qui la rattache à un mode spécial de croyance, qui y mêle un espoir de récompense ou une crainte de châtiment estune définition avilissante et funeste qui ravale la religion à n'être plus que de la superstition.
La religion chrétienne est le plus haut-fait dans les droits de l'homme en ce qu'elle comprend, avec tout le reste, le principe de la religion naturelle, à savoir, que la religion est tout à la fois une affaire individuelle et universelle et que chacun y a un droit égal. On y trouve la sanction de tous les justes hesoins de l'égalité politique et sociale; car elle fait entendre une voix tantôt douce et tantôt formidable; elle proclame, tantôt aux ravons d'un beau jour, tantôt à la lueur de la foudre, le fait de l'égalité naturelle des hommes. C'est là, en effet, sa doctrine fondamentale, et c'est en ce sens qu'elle est la racine de toute démocratie , le principe de cette maxime qui place', au nombre des droits inaliénables de tous les hommes, la vie, la liberté et la recherche du bonheur. La démocratie américaine est profondément implantée dans le sol de la religion chrétienne; tout ce qui existe de bon dans la religion naturelle, elle le vivifie, elle l'illumine sans l'altérer.
Comment l'état existant de la religion s'accordet-il avec les promesses de sa naissance? Dans un pays qui se vante d'assurer à chaque homme le droit de rechercher le bonheur à sa guise, quel est Fétat de sa liberté dans le plus privé et le plus individuel de tous les intérêts?^ Jusqu'à quel point tous, hommes et femmes, peuvent-ils vivre libres de toute intervention , se livrer à leurs aspirations vers l'infini, réaliser leurs idées de perfection et harmoniser les fonctions de leur intellir-encc , aussi infiniment diverses que la conllgm^ation de leurs traits.
L'absence de celte diversité est le fait frappan
qui se présente d'abord à l'investigateur; s'il n'y avait point de contrainte, point de lécompenses ou de punitions sociales, la presque uniformité de professions religieuses qu'on voit aux Etats-Unis n'existerait pas. Dans une société où les opinions religieuses seraient complètement libres, comme fai-^ saut partie des droits inaliénables de riiomnie, il y aurait beaucoup d'atbéos spéculatifs ( bien que probablement très peu d'athées pratiques), beaucoup n'adopteraient les principes de la religion naturelle que par rintermédiaire du christianisme, et le christianisme lui-même serait adopté dans des modes aussi divers que les esprits sur lesquels il régnerait. Au lieu de cela que voyons-nous? des lois promulguées contre les athées spéculatifs; l'opprobre déversé sur ceux qui embrassent la religion chrétienne autrement que selon les formules et les rites du christianisme ; et une oppression plus odieuse encore exercée par ceux qui voient le christianisme d'une manière, sur ceux qui l'envisagent sous un autre point de vue. Un jeune législateur chrétien et religieux fut, l'année dernière, plaint, blâmé et calomnié à Boston, par des ecclésiastiques, des gens de lois et des professeurs, pour avoir cherché à ftiire rapporter la loi, en vertu de laquelle le témoignage des athées spéculatifs n'est pas admis en justice. Des quakers, prenant entre eux le nom d'amis, s'excommunient mutuellement; des prêtres presbytériens prêchent la haine contre les catiioîiques ; un couvent est brûlé etles religieuses sont bannies de la localité, et des prêtres épiscopaux se font un mérite d'admettre des unitaires à siéger dans des comités d'intérêt public ! Comme on doit s'y attendre, au milieu d'une pareille infraction au principe qui garantit à tout homme le droit de rechercher le bonheur à sa guise, il n'y a pas, dans l'action des intellip-ences et dans les manifestations verbales, cette diversité infinie que réclament la na-
liire et la fidelite aux principes. La vérité est priyee de 1 irrelragable témoignage qui lui lournirait raccord né au milieu de cette diversité; la religion est insultée et scandalisée par des adhésions nominales et des hommages hypocrites. Aux États-Unis, le christianisme est professé de bien des manières ; mais il est bien peu d'hommes penseurs ou irréfléchis, studieux ou ignorants, respectueux on indifférents, sages ou dissipés, désintéressés ou mondains , qui ne professent pas convenablement le christianisme sous une forme ou sous une autre : cela n'est pas conforme à la nature de l'homme; la société ne réfléchit pas fidèlement l'aspect religieux de l'esprit humain.
On demandera si cela n'est pas également vrai de l'Ancien-Monde]: sans doute, mais la société de FAncien-Monde n'a encore appliqué aucun principe démocratique fondamental; la minorité qui gouverne la majorité n a point encore compris que la religion est le o-erme de toute démocratie; elle est si loin d'en être vciuie là, qu elle maintient encore une religion de IKtat, ordre de choseis en vertu duquel certains modes de crovance sont imposés à laide de récompenses et de punitions virtuelles. Les Américains se sont, depuis longtemps, placés sur un terrain meilleur : proscrivant toute religion d'Etat et proclamant la religion libre, il faut les juger par leurs propres principes, et non par l'exemple de sociétés dont ils ont réprouvé les erreurs par l'adoption du principe volontaire.
Cette circonstance , que la foi chrétienne est professée presque universellement en Amérique, et par beaucoup d'individus dont les habitudes intellectuelles e!, pratiques ne perraeîtent pas de supposer (Uie ce soit la religion de leur intellirience et de leuis affections individuelles, cette circonstance oblige à se demander quelle sorte de christianisme est pro-
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fessée, et comment on arrive à la professer. On ne pent se soustraire a la conviction que la croyance ainsi embrassée par le tyran, le libertin, le mondain, le bigot, le lâche et l'esclave ne soit, en grande partie, une superstition monstrueuse, offrant peu d'obstacles à leurs vices, peu de moyens de lectilication à leurs erreurs; véritable contrefaçon de ce divin cbiistianisme qui est la racine de toute démocratie, le fait le plus élevé dans les droits de l'homme. Si tant d'hommes humbles, purs, désintéressés, libres et braves professent la môme croyance, cela prouve seulement que ces hommes pénètrent jusqu'à la religion à travers la superstition, ou qu'à leur insu ils rejettent la superstition avec laquelle leurs esprits n'ont point d'alnnitc et. acce|)tent les vérités que toute superstition doit contenir afin de pouvoir vivre.
Le seul moyen de distinguer la religion de la superstition, c'est de constater les choses avec lesquelles elles coexistent. « Vous les reconnaiti'ez à leurs fruits. »
La communion des presbytériens est très nombreuse. Selon les minutes de l'assemblée générale pour \S7)f\ , le nombre total alors en communion était de 247,964. La Nouvelle-Angleterre en contietit très peu ; le sud et l'ouest en ont la plus grande partie. Quelques uns des plus vertueux abolitionnistes du nord sont presbytériens; et c'est de la bouche et de la plume des presbytériens du sud que viennent quelques unes des apologies de l'esclavage, manifestant ainsi la plus profonde dépravation de ])rincipes et de sentiments. C'est encore là luie preuve à ajouter à uw million d'autres que la religion naît de la moralité, selon l'expi-ession d'un molalisfe |)ur i i). « On dit haliitticlienient que la ino-
(1) Sir James Mackiiild.sli.
ralité dépend de la religion ; mais cela s'entend dans le sens vnlgaire, selon lequel la conduite extérieure est regardée comme constituant la moralité. Dans le sens pins élevé dans lequel la moralité dénote le sentiment, il est plus exactement vrai de dire que la religion dépend de la moralité et qu'elle y prend sa source. La vertu n'est pas la conformité des actes extérieurs à une règle; !a religion n'est pas la crainte d'un châtiment ou l'espoir d'une recompense; la vertu est l'état d'un esprit juste, prudent, bienveillant, ferme et tempéré; la religion, c'est la totalité des sentiments qu'éprouve un tel esprit pour un être iniiniment parfait. » Ceci explique la différence entre la moralité des presbytériens du sud et celle des presbytériens du nord qui prennent en main la défense des esclaves. Parmi les presbytériens, de même que parmi les ecclésiastiques du sud , se trouvent des planteurs, surveillant les travaux de leurs esclaves, faisant , pendant la semaine, des achats et des ventes au marché aux esclaves et prêchant, le dimanche, tout ce qu'ils peuvent trouver de moins contraire à leurs pratiques journalières. J'ai écouté avec attention les prédications du sud, celles de toutes les communions , pour voir quel parti on pouvait, dans une telle région, tirer du christianisme, le fait le plus élevé dans les droits de l'homme. Je trouvai les religionnistes les plus rigides prêchant des récompenses et des châtiments en raison du mode de croyance et de la haine contre les catholiques; je trouvai les plus philosophes d'entre eux prêchant pour ou contre le matérialisme, et faisant des excursions dans le domaine de la phi-énologie; j'entendis 1< s plus paisibles elles plus décents prêchant d'innocentes abstractions, les quatre saisons, les attributs de la Divinité, la prospérité et l'adversité, etc. J'ai vu un autre ecclésiastique, qui ne maiîque jamais de se retirer dés qu'il est question
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de rémancipation des noirs, ou qu'on en vient à flétrir l'esclavage, prêcher contre ceux qui suivent la foule et font le mal , parce que les autres le font. Je n'ai entendu tenir un langage véritablement re-^ ligieux que par le révérend Joël Parker , prêtre presbytérien de la Nouvelle-Orléans; c'est la seule occasion où j'ai pu recueillir une allusion utile aux grandes vérités de la religion ou aux principes de la morale. Les grands principes relatifs aux trois rapports de l'homme , à Dieu, à ses semblables et à lui-même, en recherchant la perfection, la justice et la cbarité mutuelle et la liberté chrétienne, n'étaient jamais traités. En môme temps le clergé piétendait trouver dans la Bible des sanctions expresses de l'esclavage , et mettait des arguments , a cet eiïet, dans la bouche d'hommes publics qui, sur toute autre matière, paraissent se souvenir assez peu de l'existence de la Bible. Dans les assemblées publiques, des ecclésiastiques se félicitaient qu'il n'y eût pas un seul journal, au sud du Potomac, qui ne prit parti pour l'esclavage; quelques uns même établissaient une revue dont le principe fondamental était (( que l'homme doit être la propriété de l'homme. » Les membres du clergé , envoyés comme délégués à l'assemblée générale, avaient pour instruction de sortir de la salle s'il était question de l'esclavage, et de proposer l'abolition delà coutume de prier pour les esclaves. A la même époque , l'épouse d'un ecclésiastique voulait me faire admirer les soins bienveillants d'une amie qui avait acheté quatre mille livres pesant de porc pour la nourriture de ses esclaves ; et une autre dame, d'un caractère bon et religieux, me détaillait les peines qu'elle se donnait tous les dimanches matin pour enseigner vei'balement à ses esciaves autant de christianisme qu'il leur en fallait. Quand je la pressais de me dire pourquoi on leur donn;iit du cluMStianisme et on
leur refusait l'alphabet, et en vertu de quel droit elle leur interdisait la science que Dieu a destinée à tous comme l'air et la lumière du soleil, la nouveauté de cette idée parut la surprendre : dans tout ce qu'elle avait entendu à l'église , dans tout ce que lui avaient dit les chrétiens au milieu desquels elle avait vécu , rien n'avait éveillé en elle le soupçon qu'elle dépouillait ses frères de leur droit héréditaire. La religion du sud s'accorde rigoureusement avec la moralité du nord; on y trouve beaucoup de qualités douces , miséricordieuses et généreuses;, dans la classe opprimée des* femmes, on rencontre la patience, Théroïsme , l'humble résignation; et c'est parmi ces victimes que sont la foi , Tes-, pérance et la charité! Mais, dans cette région, le christianisme est dépouillé de ses princij)es radicaux de justice et de liberté, et il faudra le rejeter comrne une branche desséchée. , ' ' /'.
Un ecclésiastique du sud me disait un jour , ayéç une répugnance et une douleur visibles, que, bien qu il fût aussi heureusement partagé quun ministre pouvait l'être, traité avec affection et générosité par ses ouailles, de manière à montrer qu'on était content de lui, néanmoins il avait un sujet d'affliction. Pendant tout le cours de son ministère, aucun signe ne lui avait fait connaître qn'il eût agi le, moins du monde sur leurs esprits. Tous les dimanches, ils se rendaient à l'église régulièrement et avec décence , ils s'en retournaient tranquillement , et c'était tout; mais il n'avait jamais vu un sermon les affecter plus qu'un autre , et jamais il n'avait eu roccasion de remarquer parmi eux la moindre émotion religieuse. Un autre, ministre unitaire du sud , déplorait Tapjjarition de l'ouvrage du docleur Channiiig. « La cause marchait si bien auparavant ! — La cause marchait ! » s'écria un auti'e ministre unitaire du nord . « A ([ii<n sert ({ue le vaisseau marche
quand on a jeté à la mer le capitaine et la cargaison? » Les presbytériens du sud ont lieu de s'apercevoir que les princi|)cs de la liberté chrétienne ne sont pas pleinement embrassés par leurs frères du nord, quoique pratiqués par quelques uns avec un héroïsme désintéressé, en ce qui concerne l'abolition. Ceux qui veulent exclure de la sainte table les propriétaires d'esclaves usurpent une autorité que les principes de leur religion interdisent. La haine contre les catholiques a, dans son caractère religieux, une trop grande ressemblance avec l'oppression des nègres. Ceux qui déplorent le plus la persécution dont les catholiques sont actuellement l'objet aux États-Unis prétendent qu'il existe une ignorance générale à l'égard de la religion catholique, et que d'effroyables calomnies, propagées par quelques hommes pervers, c/rarent un p;rand nombre d'individus faibles. Cela
Ou
est incontestable; mais quelle que soit l'ignorance, il y a , dans la véritable religion chrétienne, quelque chose qui devrait empêcher la haine et donner un démenti à ces calomnies, en l'absence de toute preuve évidente de leur fausseté. Le véritable christianisme j)orte en lui une sérénité qui tempère l'imagination, calme les appréhensions mensongères et inspire la conviction que, de même que le cœur répond au cœur, aucune nombreuse réunion d'honniies ne peut jamais s'engager, au nom de Jésus, à devenir tout ce qu'il y a de plus opposé à la sainteté, à la douceur, à la pureté. La question : « Où est ta foi? » pouvait raisonnablement s'adresser au prêtre presbytérien qui avait prêché, à Boston, trois longues accusations contre les catholiques, le dimanche qui précéda l'incendie du couvent de Charleston, ainsi qu'aux parents qui mettent entre les mains de leurs enfants, comme livres religieux, les infâmes libelles qu'on fait circuler dans le pays contre les eatholicjues. Dans l'ouest, il m arriva un jour de trouver dans la chambre d'une
jeune demoiselle, fille unique d'une famille riche et influente, un de ces livres que lépithète de dégoûtant peut seule qualifier. Ce livre était auprès de sa Bible et de son livre de prières. Puisque la religion naît de la moralité, ceux qui mettent ce livre entre les mains de cette jeune Hlle seront responsables, un jour, si sa religion ressemble aussi peu que la leur à ce qui est « pur d'abord, puis piicifique. »
Plusieurs personnes, dans le sud et dans l'ouest, m'aflirmèrent très sérieusement que le pape, de concert avec l'empereur d'Autriche et les Irlandais, se servait des catholiques d'Amérique pour dissoudre l'Union. La propagation vaste et rapide de la foi catholique aux Etats-Unis, en éveillant l'attention, avait donné naissance à ce bruit. La vérité est que le pape désire que les catholiques d'Amérique continuent à former une église coloniale, tandis que les catholiques du pays se regardent maintenant comme suîïisamment nombreux jjour constituer une église catholique américaine. Celle circonstance a donné au prosélytisme un grand stimulant; c'est ce qui a suscité des craintes et fait naître des persécutions qui n'ont fait que favoriser l'accroissement de la secte. Pendant que les presbytériens prêchent une religion dure, ascétique et persécutrice, les catholiques eu dispensent une douce et indulgen(e, et le prodigieux accroissement de leur nombre est une conséquence nécessaire de cette différence. Le besoin de prêtres est devenu si grand, que le terme de l'éducation cléricale a été abré.^jé de deux ans. Les observateiu^s , familiarisés avec les modes dans lesquels les institutions même du caraclère le plus positif, le plus déîlni, s'adaptent aux î)esoins de l'époque, ne s'inquiètent pas de voir se propager, chez un peuple intelligent comme les Américains, une religion aussi llexible dans ses formes que la religion catholique. Le corps des catholiques est démoera-
ïique dans sa politique et se corajDose des professions les plus indépendanles. Le catholicisme est modifié, en Amérique, par l'esprit du temps, et ceux qui le professent ne sont pas gens à se laisser aveuglément dominer par leurs prêtres. Si on les laisse tranquilles et qu'on les traite conformément au vrai principe républicain, ils pourront nous montrer comment, dans quelque vieille forme religieuse que ce soit, le Ara i peut être séparé du faux, si bien que la vue étant éclaircie, le corps entier sera plein de lumières. S'ils ne peuvent y parvenir, leur forme religieuse dépérira ou, du moins, restera inoffensive; car il est assurément trop tard pour revenir aux siècles d'ignorance. En tout cas, les principes démocratiques que tout Américain professe exigent de lui qu'il ne s'ingère dans la religion de personne; il peut faire, à lépard de la religion, ce que bon lui semble; étudier, controverser, adopter, rejeter, parler, écrire ou prêcher, à propos de tout ce qu'il voit ou pense de ses doctriîîes et de ses abus. Mais il n'a rien à faire vis à vis de ceux qui le professent, si ce n'est d'observer religieusement les rapports fraternels qui le lient h eux , et jamais une dissidence d'opinions ne doit l'cnîtraîner à porter atteinte à sa fraternité républicaine et chrétienne, à laquelle il est obligé.
Ce ne sont pas là les seuls fruits de la superstition qui remplit la société , en comprenant, sous la désignation de chrétiens, beaucoup de gens qui connaissent fort peu la doctrine du christianisme et sont liés loin de se conduire selon son esprit. Le traitement infligé à quiconque ne croit pas est un de ses fruits les plus déplorables.
A cet égard, on voit dans le nord une fàclieuse infraction aux droits de l'homme; néanmoins un meilleur esprit commence à se manifester; il en est qui s'habituent à voir combien il est contraire à tous les principes chrétiens et démocratiques de pu-
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riir lin homme des opinions qu'il professe. J'en aï assez vu pour savoir combien celte infraction est peu favorable au christianisme. Je sais que beaucoup de gens éprouvent une ré[)ugnance secrète pour des dogmes et des pratiques qui leur ont été imposés depuis leur enfance, et combien cette répugnance s'accroît en raison même des rigueurs dont l'opinion punit l'incrédulité. Je sais qu'il est, dans la Nouvelle- Angleterre comme partout ailleurs, des esprits qui, par la nature de leur organisation, doivent nécessairement passer par un état de scepticisme avant d'arriver à un t*tat de conviction inmiuabie; que ceux-ci sont entourés de pièges qu'aucun homme ne doit tendre à son frère; qu'on les pousse à l'hypocrisie, à l'insouciance , au désespoir, à l'abdication des privilèges de leur raison et de leur conscience. Je connais des femmes, chez lesquelles les fondements de la croyance ont été creusés par l'autorité, aller tous les dimanches à l'égiise avec contrainte pour entendre ce qu'elles ne croient pas, se coucher le soir en se reprochant un manque de piété qu'elles regrettent de ne pouvoir atjteindre, et se lever le malin découragées, ne voyant d'autre perspective que le supplice de cacher le secret qui les oppresse à des parents, à lui époux, à des sœurs, à des amies. Je sais que beaucoup de jeinies gens ont été |;oussés dans la carrière du vice pour n'avoir pas eu d'autre alternative que l'orthodoxie ou l'opprobre, se trouvant dans l'impossibilité de croire ce qu'on leur présente; sentant qu'il n'y a pas de crime à ne pas croire, mais voyant que l'incrédulilé est imjintée à crime, et qu'en étant aussi soupçonnés, ils perdent toute confiance en autrui et en eux-mêmes et finissent par tomber. Je sais que tout cela existe et bien d'autres choses encore. De l'air mystérieux dont on m'eut annoncé (juc telle personne était atteinte d'aliénation mentale, ou intempéranJe, ou insolvable, on me disait à l'oreille qu'un
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Ici était soupçonne! d'etre incrédule. J'étais toujours tentée de répondre : k Et vous aussi, vous l'êtes en mille clioses auxquelles Tindividu eu question ne fait ([n'en ajouter une.» T3n hoiiiine àgé^ généralement rationnel et bieuveillanl, me lén^toignait le regret qu'il n'y eût pas de lois en vertu desquelles les déistes sel aient exclus des emplois et les hommes moraux seuls admis. ïîçureusement, la société n'est pas arrivée à ce point de tyrannie et de folie qu'elle puisse adopter une idée semblable; mais ce doit être inie société bien superstitieuse que celle où une pareille idée a pu être exprimée de sang-froid par un homme sensé.
Une circonstance me fra!)pa dans le pays. Aussitôt qu'une conversation intime et animée s'engageait entre moi et une autre personne sur des matières religieuses, on supposait que j'étais une convertie. Il en était de môme dans d'autres circonstances.: toutes les fois que je manifestais un vif intérêt pour une des sectes de la religion chrétienne, on me supposait afiiliée à une de ces sectes. Ce fait en dit beaucoup.
De salutaires influences agissent pour éclairer et- (•largir l'esprit de la société ; l'une des plus puisî?antes est l'union d'hommes et de femmes de toutes les religions dans un ])ut d'intérêt commun, spécialement dans la cause de l'aholition. Des personnes, qui naguère étaient prêtes à s'excommunier les unes les autres, sont maintenant liées d'une mutuelle affection pour obéir aux plus hautes prescriptions de la loi chrétienne. Les églises de 13oston et même les antres édifices publics étant p-ardés par le dragon du bigotisme, en sorteque l'entrée en est interdite a la foi, à l'espérance et à la charité, on va ériger un vaste édiilce à l'usage de tons ceux, y compris les déistes, qui désireront se réunir pour
se livrer à une discussion libre. C'est là du moins un progrés.
Une personne grave, éminemment religieuse, me parlait un jour des influences par lesquelles Tesprit humain est le plus habituellement et le plus énergiquement éveillé à une sensibilité religieuse, vive et permanente. Nous attribuâmes tour à tour cette influence aux impressions fortes produites par le spectacle de la beauté et de la grandeur de la . nature, à la douleur, à la joie et à beaucoup d'autres causes. Mon amie conclut qu'il fallait surtout l'attribuer au spectacle de la beauté morale dans un individu. Je n'en doute pas; et, s'il en est ainsi, quel irréparable dommage doit être infligé aux facultés les plus hautes de la natrjre humaine, par l'immorale tyrannie du monde religieux dans la république! Par cette tyrannie même, on déclare combien on juge la croyance essentielle non seulement au salut, mais à l'existence. Tout esprit vit par la croyance comme le corps par l'air atmosphérique; mais les objets et les modes de croyance doivent varier, et c'est de la méconnaissance de cette vérité que naît la superstition. S'il faut absolument que les hommes exercent la vigilance mutuelle à laquelle les portent leurs affections humaines, ils feraient bien, dans leur intérêt comme dans celui de la religion, de noter ce que leurs frères croient plutôt que ce qu'ils ne croient pas : on s'apercevrait bientôt que l'immensité de la somme réduit presqu'à rien le délicit. Si l'on en agissait ainsi, la religion n'aurait rien à craindre ; les sectes particulières et les excentricités individuelles disparaîtraient en présence de la foi universelle et vivante. On m'a parlé d'un enfant se tenant debout sur un tertre , dans une attitude extatique, écoutant « s'il n'entendrait point les pas de Dieu là haut sur ce grand parquet
IV^ PARTIE. RELIGIOxV. 339
bleu. » Qu'importe à quelle secte chrétienne appartenait cet enfant? qu'importe même qu'il n'appartint à aucune? On m'a parlé d'un père et d'une niére sauvages que la mort de leur unique enfant avait plongés dans l'afïliclion la plus profonde. Le père ne tarda pas à succomber à sa douleur. Dés qu'il fut mort, la veuve solitaire reprit sa gaité. Ou lui demanda pourquoi. « J'étais malheureuse, » ditelle, )) en songeant que mon enfant serait sans appui dans le monde des esprits. Maintenant son père est avec lui, et il sera heureux. » Oui s'aviserait de demander la croyance de ce modèle d'amour tout ensemble maternel et divin ? Unejeune fille fut emmenée de la campagne à la ville par son séducteur qui refusa de l'épouser comme il le lui avait promis, et la mita la porte au momentoù elle était attaquéedu choléra. Elle fut ramassée sur le seuil d'une maison et transportée à rhùjjital. Dans l'agonie de la mort, elle refusa opiniâtrement de révéler le nom de son séducteur, et moiuHit en emportant son secret. Avec un pareil témoignage que l'esprit même de l'Evangile était dans cette humble créature, ceux-là seuls qui auraient eu le courage de la repousser, à cause de sa chute, s'inquiéteront de savoir en quelle forme l'esprit de l'Évangiie lui avait été communiqué. La religion n'a rien à craindre, et personne n'en douterait si nous voulions seulement remarquer combien sont universelles un petit nombre des convictions de l'homme et la totalité de ses affections. Tant que les hommes éprouveront le sentiment de l'admiration, et que l'univers sera un spectacle merveilleux; tant que les hommes aimeront la gloire naturelle etqueles cieux et la terre en seront resplendissants; tant que les hommes révéreront ce qui est saint, et que la beauté de ce qui est saint brillera aux yeux des moins clairvoyants, la religion n'a rien à crain-
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dre. Par la même raison, le christianisme n'aurait rien à redouter, si sa beauté sainte n'était jamais obscurcie par les souillures de la passion humaine à l'aide desquelles on le déshonore, et l'on peut assurer que tous les hommes seraient chrétiens.
Ceux qui ont la certitude que le christianisme n'a rien à craindre (et ceux-là sont nombreux) , ceux qui, en conséquence, se gardent d'empiéter sur la liberté de conscience de leurs frères, ceux-là se montreront les républicains les plus moraux, dans la fei'me croyance où ils sont que le christianisme est la source de toute démocratie, le fait le plus élevé dans les droits de rhonime.
IV« PARTIE. — RELTGTON. 3//1