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croissance suit à peu prés la même marche. 11 peut y avoir, dans l'une et dans l'autre, un esprit vigoureux et plein d'avenir, infaillible dans la reconnaissance des vrais principes, mais sujet à l'erreur dans leur application; ardent dans son admiration de toute expression fidèle et brillante de l'intelligence, par les autres, mais ne sachant pas encore s'exprimer lui-même. Le jeune philosophe ou le jeune poète est habituellement métaphysicien, avant de laisser voir ce qu'il sera déûnitivement. A l'âge où l'on sent vivement, à vingt ans, l'invisible et impalpable monde de la réalité se découvre à lui brillant d'un éclatqui lui fait plus tard jeter presqu'un regard d'envie sur ses jeunes années. Dans ce monde lumineux, autant d'objets spirituels se révèlent aux yeux de son intelligence que d'objets matériels aux yeux du corps : sur le premier plan, les principes; puis une longue perspective de certitudes transformées imperceptihlement en probabilités, et allant se perdre dans les brouillards du possible, éclairées parle soleil écla-^ tant de la foi. Mais de tout cela, il ne peut d'abord rien exprimer; il est hrûlanl de convictions, mais il ne peut les manifester aux autres qu'en reconnaissant l'expression que d'autres ont créée; que, s'il essaie de le faire, il est ou inintelligible ou vulgaire. Tel me paraît être le degré auquel l'esprit de l'Amérique est arrivé. Le caractère de grandeur de la législation du pays est dû à cette heureuse circonstance (conforme aux voies delà Providence, qui a voulu que degrands instruments surgissent quand une grande œuvre doit être enfantée} , que des individus accomplis se trouvaient tout prêts à venir en aide au peuple dans l'expression de ses premières convictions. Les premières convictions d'une nation dans de telles circonstances ont pour objet ses droits généraux et fondamentaux, dont la législation doit être l'expression. Cette tàclie a été si bien remplie
par Ips Américains, qu'il y a toute raison de croire qu'ils ne s'arrêteront pas en route, car les principes se tiennent tellement, qu'il est impossible d'en saisir un sans en toucher nn autre. En conséquence, quoique la philosophie de l'ame n'ait encore rien produit en Amérique, ])eaucoiip de penseurs en recherchent les principes au milieu des éléments accumulés par r Ancien-Monde; et, sansque lapresseaméricaine ait encore jeté aucune lumière sur les })rincipes delapolitiqtie, d'un bout à l'autre du pays on entend les Américains citer Burke, ne manquant jamais de séparer les inspirations démocratiques de son génie des perversions aristocratiques de son caractère et de son éducation. Quoique l'Amérique n'ait rien créé encore dans la littérature ou les arts, et ne puisse même distinguer une création d'une combinaison, d'une imitation ou d'un calque, néanmoins la puissance d'admiration qu'elle fait voir en accueillant ce qui est bien inféi'ieur à ses besoins, la vigueur avec laquelle, après de ])erpéluels mécomptes, elle s'apjjiique aux produits de la presse, pour trouver l'impérissable dans ce qui est tout aussi passager que ce qui a précédé; tout cela prophétise la venue d'un génie créateur. La conviction que l Amérique doit posséder un artiste eminent est universelle, et une telle conviction est une garantie suffisante de l'événement. Dans chaque romancier, dramaturge, faiseur d'odes ou de sonnets, on a cru voir tour à tour le messie littéraire; mais il n'est pas encore sorti de son obscurité, et il est probable qu'il n'est pas encore prêt à en percer le voile. Comme nous l'avons dit, toute œuvre de génie est un mystère, jusqu'au moment de son appai ition. Ce que seront ses principes et son élaboration, il n'est ([u'un homme au monde qui puisse le dire, son auteur; mais on peut assurer que cette œuvre ne seia ni une copie plus ou moins
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exacte de rien de ce qui existe aiijourd'liui , ni un simple calque non illuminé et non vivifié par la lumière et le mouvement des principes, dont les formes ne sont que les manifestations extérieures : ce ne sera pas non pkis le tableau des relations mutuelles du conventionalisme, quelque délicate qu'en soit la perception, quelque habile qu'en soit Texposition. i\u delà de cette limite, la littérature américaine n'a encore rien produit.
Outre les raisons que jai données, il en est une encore qui ne ])ermet pas sans injustice de prétendre que, dans le cœur et le cerveau de la nation, il n'y a rien de plus que ce qui s'est manifesté jusqu'à ce jour. La nation américaine se compose d'éléments extraits de presque toutes les autres nations civilisées, et, bien que les vérités premières émanées de Dieu et les traits généraux de l'homme soient communs à tous ses habitants, néanmoins il faut que des diversités infinies se fondent dans l'unité, avant qu'un caractère national puisse exister, avant qu'un même esprit national inspire la masse entière de la société. Selon toute probabilité, la première œuvre du génie américain contribuera puissamment à réaliser cette «rande fusion; mais l'apparition d'une telle œuvre est sans doute retardée, en proportion des obstacles apportésà la sympathie sociale, par la diversité des influences auxquelles la société obéit. Le prélude du concert a commencé; quelques auditeui'sdifiiciles blâment tous ces bruits discordants; quelques amateurs inexpérimentés prennent pour de la musique, les uns une note prolongée, les autres un coup d'archet brillant; mais l'heure du concert n'a pas sonné, le chef d'orchestre n'a pas encore pris place pour toucher la fibre d'où sortira l'harmonie destinée à retentir aux oreilles du monde.
J'ai vu la maison bâtie par Berkeley, dans Rhode- Island , sur un emplacement choisi tout exprès par
lui, afin de passer, dans ses promenades, sur la colline située entre sa demeure et Newport, et de charmer ses regards du magnilique aspect que présente une mer tranquille, la baie et les dunes qu'on découvre simultanément de la crête de la montagne. J'ai vu le groupe de rochers où l'on prétend qu'il médita et composa son Philosophe Investigateur. Au premier abord, il est douloureux de visiter cette retraite, et de voir combien le pays est vide encore de la philosophie tant aimée de celui qui l'habita. Mais, plus l'examine le peuple et moins il lit ses livres, plus l'étranger sent croître son espoir. Déjà plusieurs auteurs font porter leurs observations sur l'homme intérieur; les uns dogmatisent, d'autres attendent une révélation, tous semblent oublier l'existence de la méthode expérimentale; néanmoins on est en quête de la philosophie de l'ame. Qui le croirait? dans 1 Université d'iïarward, la chaire de philosophie est vacante depuis huit ans. Autrefois on endoctrinait les étudiants avec un certain nombre de chapitres de Locke; aujourd'hui nul n'a le courage de s'acquitter ainsi de sa tâche , et la voie ne parait pas encore suflftsamment libre à ceux qui seraient tentés d'ouvrir le champ de cette philosophie et de laisser les étudiants y glaner au gré de leur intelligence. Ces obstacles n'existent pas hors de l'enceinte de l'Université, et beaucoup de jeunes esprits sont à l'œuvre sans suivre aucun guide inutile ou trompeur. Si les cours professés à de jeiuies demoiselles , à qui on donne assidûment des notions fausses, tirées de lleid et de Stewart; si les panégyriques du docteur Brovai , hasardés sans la moindre compréhension de la nature et de l'étendue de sa pensée, sont fiits pour désespérer l'observateur; s'il s'étonne de voir une coterie discuter les principes définitifs perçus par la raison, sans trouver en soi-même une preuve
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suffisante de l'existence de cette raison, et a la con-t victiou que, si elle existait universellement, ces principes définitifs n'admettraient aucun doute ; toutefois il se console en voyant l'empressement à étudier les idées philosophiques des autres, et en découvrant les traces d'une certaine originalité apportée à des recherches spéculatives. Il existe un petit ouvrage écrit par un Swedenhorgien , intitulé : (( la Croissance de Vame, » que je considère comme une œuvre fort originale. Son originalité, la beauté de quelques unes de ses images, et plus encore son exposition de certains rapports, en font un livre réellement intéressant, bien qu'il ne commande pas l'admiration qui nait à la lecture de certaines œuvres philosophiques. Le genre humain peut douter encore, pendant des siècles, que la terre soit ronde et se meuve dans l'espace; mais, lorsque c'est à la conscience intime que l'on s'adresse, comme dans In philosophie de l'ame, un ouvrage qui ne conunande pas Tassentiment à ses propositions fondamentales manque son but, quels que soient son mérite et ses qualités.
Les meilleures productions de la littérature américaine sont, à mon avis, les Nouvelles et les Esquisses, dans lesquelles les habitudes et les manières de la population des campagnes sont décrites avec exactitude et impartialité, et sans prétendre au pittoresque : telles sont les Nouvelles du juge Ilalî de Cincinnati; telles sont aussi les Nouvelles de l'auteur de Swallow Barn , où l'on remarque toutefois plus (le raillerie que de vériîé. Les Nouvelles de miss Sedgvrick sontd'ini ordre plus élevé, par la beauté morale qu'elles respirent : cette beauté morale est d'une nature plus attrayanle que la bonhomie, qui fait le charme des peinîui'es deniœurs de Washington Irwing. Ses Nouvelles ne son( pas sans analogie avec la manière de V/ashing!on Irwing, quand elle
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observe sans malice, quand sa plaisanterie est calme et de bonne compagnie. Les romans de miss Sedgwick sont en même temps empreints d'une grande beauté morale, attribut de tout ce qui sort de sa plume; mais, comme œuvres d'art, ils ont de grands et irréparables défauts. C'est dans les Nouvelles qu'elle excelle; et, dans cette carrière, quiconque a observé ses progrès ne peut assigner la limite où elle s'arrêtera.
Parmi la foule de Nouvelles qui paraissent sans noms d'auteurs, il en e5t trois qui m'ont frappée, comme excellentes dans leur genre ; Allen Prescott: c'est rbistoire d'un jeune enfant de la Nouvelle-Angleterre, peint d'après nature, et dans un cbarmant esprit d'impartialité ; la Ménagère de la Aonvclle- A.ni^leterre: c'est un tableau très gai du ménage d'un jeune avocat avec ses premières joies et ses perplexités plaisantes; et, enlin, les Mémoires d'un chantre de village de la Nouvelle- Angleterre , esquisse d'un genre plus relevé encore.
Les écrits de Washington Irwing ont reçu toute l'approbation qu'ils méritaient. Il a vécu dans luie atmosphère de gloire, pendant un grand nombre d'années, dans la douce conviction d'avoir été le bienfaiteur de la génération actuelle, en servant à combler tant de lacunes dans des existences ennuyées , et en offrant des distractions à d'autres existences pénibles et occupées. Il est probable que ses espérances sont satisfaites, et tout semble annoncer qu'il n'ira pas plus loin. Si l'un de ses ouvrages parvient à la postérité, ce sera son Christophe Colomb ; ses dernières productions seront les premières oubliées.
Les romans de Cooper ont une vitalité bien chétive : quelques descriptions de lieux, quelques aventiu^es isolées ont sans doute beaucoup de méiite; mais ce n'est pas la vie humaine qu'il nous présente, ses
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caractères de femmes n'ont rien de vrai, et dans le choix qu'il fait des chances de l'existence mortelle, il choisit habituellement les moins probables. Il a une vigueur de perception et de conception qui, avec de l'étude et du travail, aurait pu en faire un grand écrivain; tel qu'il est, c'est un beau talent avorté.
Les Américains ont un poète : Bryant n'a point donné encore la mesure de ce qu'il peut faire et de ce qu'il fera, il faut l'espérer, mais il a déjà produit des choses qui vivront. Ceux de ses poèmes les plus coinius et les plus avantageusement cités sont de faciles, douces et fidèles descriptions de la nature, du genre de celles où se complaît son imagination. On a de lui un poème délicieux, la Brise du soir; mais d'autres compositions, telles que le Passé et TJianatopsis, indiquent un talent plus élevé et d'un autre genre; s'il cultive les dons qu'il a reçus en partage, s'il consacre à la poésie le reste de ses jours, en 1(-V(i7it les yeux, comme le véritable artiste, vers la di'^uité de sa missiou , sa renommée s'étendra dans l'avenir, comme elle a déjà franchi l'Océan.
Les Américains possèdent aussi un historien de mérite : l' Histoire des Etats-Unis, par M. Bancroft, est à peine commencée encore; mais ce commencement est emj)reint d un esprit d'impartialité et de bienveillance, et l'on y reconnaît la fidélité de l'auteur aux principes démocratiques; or, ce sont là deux conditions essentielles dans un historien de la république. Mener cette œuvre à sa fin sera une tâche ardue ctdilîlcile; mais, si l'ouvrage réalise les espérances qu'il a fait concevoir, ce seia un important service rendu à la société tout entière.
La littérature périodique des États-Unis est d'un ordre très inférieur. Je ne connais pas une seule revue où l'on trouve quelque chose qui ressenjble à de l'impartialité ou à de la critique éclairée. La Be-
vue américaine du 7zo;y? jouissait autiefois d'une certaine réputation en Angleterre; mais cette réputa^ tion a baissé considérablement^ en Amérique et à l'étranger, par Tabsence de principes plus encore que de talent. Cette Revue semble avoir maintenant pour tout principe de louer tous les livres dont elle parle et de caresser, aussi adroitement que possible, les préjugés populaires. La Revue trimestrielle américaine, publiée à Philadelpbie, est rédigée avec talent; mais elle est sans intérêt par sa morale surannée et son extrême disette de pensées.
La Revue du sud, publiée à Cliarleston, interrompue il y a quelque temps , mais reprise, je crois, récemment, est ce qu'il y a de mieux dans la littérature périodique du pays. Sauf les larges déductions rendues nécessaires par les défauts du caractère du sud, cette Revue se maintient au premier rang et sa supériorité est incontestable.
Il m'est arrivé de trouver un joyau de littérature américaine là où je m'attendais le moins à le rencontrer, dans le Knickerbooker, revue mensuelle de New-York. Le printemps dernier, une série d'articles commença à paraître dans cette Revue, intitulés : Lettres écrites de Palmyre (i). Six de ces lettres avaient déjà para quand je quittai le pays. Je n'ai pu encore me procurer les autres ; mais, si elles répondent aux premières, je ne doute pas qu'elles ne soient bientôt, dans les deux pays, entre les mains de tout le monde.
Ces lettres, que j'ai lues plusieurs fois, sont restées dans ma mémoire comme un fra.5[mént de beauté sublime et tendre. Zénobie, Longin et une nombreuse suite de personnages y vivent et se meuvent
(i) Lettres rcriies (le Palmyre, par Lucius JI. Piiuii, n son ami i\Iinciis Ciirtius , h Rom<:. Kllcs pru.sciilcnt le t.>I)!c;i;i de Te'tat de rOricnt sous le ixi^nc d'Amcliou, et seront tcrmin'Jcs, j»: peuso, par la cliiite de r.ilm} rc. ( IS'olc de l ./iHciir.)
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dans une majesté naturelle; et les beautés de description et de sentiment me paraissent aussi reiDarquables que la conception hardie des caractères et la peinture de l'époque. Si ce IVa.^ment anonyme n'est pasTœuvred'un véritable artiste; si l'ouvrage, c[uand il sera complété, lÀ'est pas d'un ordre bien plus élevé que tout ce qu'a produit la presse américaine, ses premiers admirateurs éprouveront encore plus de surprise que de regrets.
On répète continuellement, et avec beaucoup de vérité, des deux côtés de l'Atlantique, que c'est au mauvais état de la législation sur la propriété littéraire que doit être attribuée l'infériorité de la littérature américaine. Il est vrai que l'imperfection de cette législation décourap-e les auteurs américains, en même temps qu'elle cause un grave préjudice aux écrivains étrangers. 11 est vrai que les libraires américains ne rétribueront pas les auteurs indigènes, tantqu'ils pourront s'approprier les œuvres des écrivains anglais , et que le public américain est plus disposé à prêter l'oreille à la voix des Anglais qu'à celle des propliètcs de son propre pays; il est vrai qu'en Amérique, où cbacun doit se créer des moyens d'existence, la carrière littéraire manque d'encouragement , en ce sens , qu'à peu d'exceptions prés, il est impossible à un auteur de vivre de sa plume; mais tout cela n'explique pas la non-existence de la littérature en Amérique. La législation actuelle, en vertu de laquelle les œuvres des écrivains anglais sont contrefaites et mutilées , de manière à ne laisser aucune chance aux œuvres indigènes, est si évidemment vicieuse, que tout fait présumer que cet état de choses sera bientôt changé; mais cet abus ne saurait imposer silence au génie , si le génie éprouve le besoin de se faire entendre. On doit comprendre aujourd'hui qu'aucun pouvoir sur la terre n'est capable de comprimer la force inlellec-
tuelle quand elle est d'une nature grande et forte, d'étoutFer la voix d'un génie véritablement inspiré : des libraires coutrefacteurs et des lois défectueuses ne sauraient exercer cette pnissance. Ce découragement est injuste, pénible, mais il ne peut être fatal. Si un génie indigène, d'un ordie plus élevé qu'aucun génie anglais , avait existé en Amérique dans les dix dernières années, il se serait déjà fait entendre, il se serait frayé un ebemiu dans les esprits et dans les cœurs de sa nation, en dépit d'une nuée de libraires sordides et d'une législation absurde; il l'aurait fait lors même qu'il lui eût fallu sacrifier son denier pour acbeter du papier et vendre son lit pour payer l'imprimeur, expédient auquel il n'est pas croyable que jamais auteur soit réduit sur celte terre de prospérité. L'absence de protection pour la propriété littéraire étrangère est assez funeste sans qu'on la rende encore responsable de la nullité de la littérature indigène. Les causes de cette nullité viennent de plus loin , et leur action continuera encore longtemps après la réforme de la lé,o;islalion.
Pour donner quelque idée du goût littéraire du pays, je vais exposer le degré depopularitédonl m'ont paru jouir, en Amérique, les écrivains vivants ou récents de l'Angleterre.
Le nom que j'ai entendu répéter le plus fréquemment est celui de mistriss Hannah More. Elle est beaucoup plus connue dans le pays que Sliakspeare ; cela indique les goiils religieux du peuple plutôt que ses goùls littéiaircs. Scott est idolâtré ainsi que miss Edgcworth; mais je pense que, de tous les auteurs, celui qu'on lit le plus est M. Buhver. Je doute qu'il soit possible de passer quelques heures en société sans entendre prononcer son nom. Il n'est ])as adoré avec la vénération absolue et implicite que l'on porte à miss Edgeworih; mais ses livres sont
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dans foutes les maisons, ses sentiments dtîmocl'atiques dans toutes les bouches, et la moralité de ses (ouvres est un sujet constant de discussion dàVis toutes les classes, depuis les ecclésiastiques les plus graves jusqu'aux écoliers les plus insouciants. Après elle vient mistriss Jameson; elle est fort aimée , et elle le doit à ses Traits caractéristiques de la femme. A une distance considérable, on cite mistriss llemans. C'est à peine si l'on entend parler de Byron. Words- Worth est dans le cœur du peuple, mais il est des noms qu'on prononce plus souventque îo sien , et je ne doule pas que son influence ne soit aussi puissante que l'influence d'aucun de ceux ([ue j'ai mentionnés; nioins étendu.e, cette influencé est plus forte; si l'on ne trouve pas ses livres dans tous les magasins, ils gisent sous l'oreiller, sont ouverts sur la table à ouvrage ou sorlent de la poche; ils sont couverts de notes et usés. Colleridge fait les délices d'un petit nombre. Il en est de même de Lamb , à qui, toutefois, oiî porte une affection plus tendre, .l'ai rarement entendu prononcer le nom de M. llallam, mais toujours avec un res])ect extraordinaire et de la bouche de ceux dont l'approbation a le plus de prix.
Aucun auteur n'exerce une influence aussi digne d'envie que jM. Carlyle. Il est remarquable qu'une influence comme la sienne ait été acquise par des articles de revue disséminés dans ime longue suite d'années et dans un grand nombre d'ouvrages périodiques. Les Américains ont sa P^ie de Schiller ; mais ce n'est pas à cet ouvrage qu'il doit sa réputation. Ses articles dans la Revue d'Edimhouri^ ont répondu aux besoins de plusieurs des meilleurs esprits de la Nouvelle-Angleterre; esprits fatigués des déclamations hypocrites de moralité iuachinale, et cherchant ailleurs \\n appui plus sûr. L'école qui s'est, sur-le-champ, formée fait honneur aux élèves
et au maître. L'ouvrage remarquable de Carlyle, iiuitulé Sarior rcsartas, publié par fragments dans \g Magazine de Fraser, a été réimprimé en Amérique, ctexerce une influence proportionnée a l'admiration sincère qu'il a excitée. C'est peut-être la~ première fois que les Américains ont adopté un ouvrage anglais sans nom d'auteur, dénué de toute recommandation et même complètement négligé en Angleterre. Ce livre agit sur eux avec une force étonnante. Il a déjà régénéré les prédications de plus d'un membre du clergé, et je ciois pouvoir ajouter l'esprit et la conduite de beaucoup de laïques. C'est unbienfait qui a répondu à un pressant besoin, comme le témoignent ceux qui Font su apprécier^ par la ferveur de leur reconnaissance.
Le meilleur moyen de mettre les Américains à même d'exprimer ce qu'il peut y avoir en eux sera bientôt mis à exécution, du moins, je le pense : il s'agirait de créer une publication dans laquelle s'établirait une discussion complète et libre de toutes les questions envisagées sous toutes leurs faces, en se renfermant dans une certaine brancbe d'investigations intellectuelles, la moralité sociale, par exemple. A présent, il est fort dilïicile d'offrir au public l'ensemble d'un sujet quelconque. Ces difficultés proviennent de la partialité immorale delà plupart des journaux, de la cauteleuse prudence des revues, de la déférence craintive des écrivains pour l'opinion, des obstacles opposés à la libre publication par l'État de la législation sur la propriété littéraire. Une publication, ayant pour objet de présenter avec impartialité tout ce qu'on peut dire sur un sujet quelconque, sous la seule condition de s'abstenir de personnalités à l'égard d'un adversaire, serait, dans les circonstances actuelles, le meilleur remède possible aux inconvénients dont on se plaint, le plus sûr stimulant à la rechercbe de la vérité, la meilleure éducation dans
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l'art d'exprimer clairement et lil)rement sa pensée. Une publication semi)!able, sous la direction d'un homme tel que le docteur Follen, plein d'instruction, de philosophie et de ce religieux amour de la vérité, qui est une garantie d'impartialité, serait un honneur pour le pays et un hon exemple pour des sociétés plus vieilles, du sein desquelles la peur de la liberté de discussion n'a pas encore disparu. Un éditeur, digne d'une pareille œuvre, déclinerait la responsabilité de retrancher une opinion quelconque, rentrant dans le cercle de la matièi'e en discussion. Son rôle se bornerait à élaguer les personnalités, à nourrir l'esprit de justice et de charité, et, dans ce but, à fortifier le côté faible lorsqu'il le verrait insullisamment défendu. On dira que des éditeurs capables de remplir ainsi leurs fonctions sont rares; cela est vrai; mais, à cette objection, le docteur Follen est une réponse vivante.
Je ne pense pas, comme certaines gens, qu'une publication decctte nature soit redoutée et serait repoussée par le public. Au premier abord, elle exciterait quelque surprise et quelque inquiétude : la partialité est tellement le caractère distinclif des journaux américains , qu'il s'écoulerait quelque temps avant qu'on s'accoutumât à l'idée d'une marche logique toute contraire; mais le public américain n'a donné aucune preuve de sa répugnance à connaître la vérité. Loin de là, je suis convaincue qu'en moins de deux ans, un ouvrage ainsi conçu serait entre les mains de tout ce qui,'dans le pays, pense avec loyauté et agit moralement, et que, par son intermédiaire, des voix éloquentes se feraient entendre des points les plus éloignés , s'empressant de profiter de ce moyen de publicité, et prouvant que la disette de la littérature américaine n'est pas le résultat du vide de la pensée ou de l'absence du sentiment. Dans
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tous les cas, cette tentative servirait à constater si ce soiftles moyens d'expression ou la matière à exprimer (pii mancpient à la littérature en Amérique.
FIN DE LA iROlSlhME PARUE.