‹ Voyage aux États-UnisChapitre 20 sur 26 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

i:srnir de la ukligioiv,

Cat' Dicti tie notis a pys donne Tcsprlt de crainte, mais de puissance et d';iniour et d'une saine intcllif^encc. Pali. , l'^Jpùtre.

Ici, par des travaux execiiles arec joie, des l'alignes (jiii trouvent leur re'i orapense en elles-niènics, on fait beaucoup jiour pouvoir faire davantage. Ici, nulle garde cruelle de soucis diligents qui tiennent éveillées les tètes couronnées, comme gens trop sages pour dormir ; mais une respectueuse discijdine, mie religieuse crainte, une douce obéissance. Le silence, un saint repos, la paix, les joies pures, les douces all'cctions s'y tiennent blottis. On y trouve suffisamment de place pour des monarques ; mais nulle ambition ne dépasse les limites d'une cellule fortunée. L'ame, recueillie en elle-même, reprend avec joie son affinité' avec le ciel; elle se detacbe des cboses de la terre, et se pre'pare à prendre son immortel essor vers sa patrie , vers la source de la lumière, vers le jour intellcctncl.

Crashatv.

En Amërique, la société est dans un état de transilion, au sujet de la religion, comme le sont la France et l'Angleterre, au sujet de la politique. En Amérique, la population est en avant du clergé comme les Anglais sont en avant de celles de leurs institutions politiques aujourd'hui en litige. Quelque décourageant que soit en Amérique, au premiercoup d'œil , l'aspect des opinions religieuses, un peu d'attention convaincra l'observateur que tout ira bien ; que la plus démocratique des nations est religieuse dans le cœur, et que ses superstitions et ses atteintes à l'esprit du christianisme sont ducs à des influences passagères.

Alin de constater ce qui est véritablement, dans

le pays, l'esprit de religion, ce n'est pas d'après les journaux que nous devons juger. Les journaux religieux sont presque exclusivement entre les mains du clergé, qui n'est, dans aucun pays, le représentant vrai de la religion du pouple. D'après ce que j'en ai vu, ces journaux sont, presque sans exception, extrêmement mauvais. Il en est peu qui aient quelque mérite littéraii-e et scientifique ; plusieurs propagent avec zèle certaines méthodes de charité, et nul doute qu'ils n'étahlissent une vaste et bienfaisante coopération de secours mutuels qui, sans eux, s'organiseraient beaucoup j)lus diflicilemcnt. Mais Varrogance et le manque de charité, l'hypocrisie, l'esprit d'exclusion et une absence totale de sympathie avec les hommes rendent, en .'^jénéral, celte esi^èce de publication aussi déplaisante que les organes correspondants des corps religieux dans l'Ancien-Monde. Elles sont trop peu humaines dans leur carcictère, depuis le livre de la société des écoles du dimanche jusqu'aux plus importantes revues religieuses, pour pouvoir être l'expression vraie de l'état spirituel de plusieurs millions d'individus. Pour trouver les seules manifestations véritables, il faut considérer les actes des laïques et surtout de ceux qiii sont le moins sous l'influence du clergé.

Si la religion procède de la morale, la religion doit être reprehensible là où la morale est fautive. Le plus grand défaut dans la moralité américaine est une excessive déférence pour l'opinion. ^ oilà où il faut chercher la raison du manf[ue de libéralité dont les incrédules et lescroyants, nos orthodoxes, ont tant à se plaindre. Maisl'csprit de religion commencedéjà à se faire jour à travers la restriction des sectes. Plus d'une voix puissante s'élève dans les églises et hors des églises, et même du haut de la chaire contre l'adoption et la pratique machinale de la religion, en faveur de l'individualité delà pensée, et conséquem-

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ment de la spontanéité de la parole et de l'action. Beaucoup de chrétiens non douteux dénoncent avec une égale énergie et rhypocrisie eî| ceux que' Thypocrisie a éloignés du christianisme. La répugnance pour les associations dans un but religieux fait de rapides progrès, et les peuples coninieDccnt à s'apercevoir qu'il ne saurait y avoir que peu de foi au fond de ce besoin d'approbation qui empêche des hommes et des femmes de remplir franchement leurs devoirs envers Dieu et leur prochain, si leur conduite n'est sanctionnée par la foule. Quelques membres du cierge ont renoncé , pour l'admission à leiu's églises, aux formes regardées autrefois comme indispensables. Une réaction visible se manifeste dans une grande partie de la société en faveur de tout homme qui s'isole sur un point quelconque d'intérêts religieux, et quoique cet homme ait contre lui les églises les plus régulièrement disciplinées, il sent plus d'une main amie presser la sienne.

L'empressement à rechercher les vérités spéculatives se manifeste par la vente rapide des publications hérétiques de toute nature. Le clergé se plaint de rénorme propagation des livres hardis, depuis la brochure incrédule jusqu'à la dernière discussion sur la question des miracles; il s'en plaint aussi douloureusement que les membres les plus libéraux de la société déplorent l'immense circulation de la fausse morale des traités religieux propagés par certaines sociétés. Ces plaintes se réunissent pour témoigner de l'intérêt (pie le peuple prend à la religion. L'amour de la vérité se montre aussi par l'explosion de l'hérésie dans toutes les directions. Des schismes éclatent par aii les corps religieux les plus rigides, et de nombreuses scissions ont lieu parmi ceux dont les formes sont le moins rigoureuses. Il est même des localités où les déistes peuvent venir, au milieu des chrétiens, adorer leur père

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commun, sans craindre qu'on insnke à leu^s, sentiments et qu'on ridiculise leur conviction. '

.le connais môme un lieu, et je crois qu'il en est actuellement plnsieurs /où les gens de couleur, sont admis à prier avec les blancs entremêlés avec eux, au lieu d'être misa part, dans une galerie spéciale. C'est la preuve la plus forte que les adorateurs lilancs puissent donner de leur conviction en faveur de l'égalité humaine. Je crois que la marche, habituellement suivie en Amérique, cessera également en celte occasion. l' ne lutte de principes est soutenue longtemps et avec des chances diverses de succès :. mais la victoire est bien près d'êtrfe obtenue umj fois que le principe est mis en action. Aujourd'hui, dans plusieurs assemblées religieuses, les gens de couleur siègent avec les blancs, prouvant par là que le principe de fraternité humaine est pleinement admis. On peut espérer que cet exemple se pro])agera d'église en église, d'abord dans les districts ruraux du nord, puis dans les villes (i); si bi,en que le clergé ne tardera pas a èe trouver dégagé Je la nécessité de voiler ou de modifier la vérité la plus essentielle de l'Évangile, en considération des passions et des préjugés de la portion blanche de ses ouailles, motif sur lequel il s'appuie à présen|t, pour s'excuser de ses concessions. , ',-'■■ - î

La noble bienfaisance de la société tout entière montre que l'esprit de l'Évaneile est àii milieu d'elle,

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(i) Lorsque jc' yisUaiikr'inaisci» tîc )'<jfa;;C'U!e'Nevfr-Ytfrfc,'^|)Oiir lu reioinialion des jeiuics ciiiniuels , un des employes me fit voir, «ver, satisiaction , que les riitauts de couleur l'taicnl assis parmilcs Ijlaiici, daus les tlcux écoles de garçons et de liilo.s. M'expliipiaat ensuite les arraugciuents de la c liapeile, il nie muuti'a roi!dr«JiL où se plaçaient 1rs i-lèvesde coidcnr. « Vous les laisse/ se coniondre eu classe, el vous les séjjarez à Tt-i^lisc? « dciuaudai je. Il ninoudit, <l'ua ton un peu sec :' « /Yfl^A jie soniuies pas amali; iniijtes , inaclanie. » il y a\ait qiiciqua chosede siabsunle daus sou irrilaliou souiL.ine et daus cette disliuctiou, i'ailc uui([ueiucnL à propos du culte, que totiîc uolre .••oeiéte éclata duu rire irresislilîlc. (I\'olc de VAulciir.)

I\' PAK'ili-:. JiKLiGiOA. 353

en cc qui conceinc !a condition des pauvres, des ijTuorants et des affligés. La géuéiosilë des sociétés ne saurait être l'objet d'une quesliou, et si elle était seul(;nient accompagnée de la stricte justice qu'exigent les mêmes principes de charité chrétienne; s'il y avait une attention aussi zélée pour les droits de l'intellip-euce et de la conscience que pour le besoin et les souflVances des malheureux, on venait la réalisation d'une haute moralité à un point (pie le monde n'a pas encore connu. J'ai vu des choses qui me persuadent que le principe de la charité s est pratiqué dans toute son étendue, etj'ai remarqué avec plaisir les cond)inaisons adoptées dans l'intérêt de tontes les infortunes. C'a été pour moi un spectacle plus doux encore de voir desjeiuies hommes et des jeunes femmes consacrant leurs soirées et leurs dimanches à communiquer, de la manière la plus bienveillante, une saine morale à la génération naissante. Mais rien nem'a pkis charméeque la parole que j'en'.endis, un jour, adresser par un jeiuie médecin à ini jeune ecclésiaslique, an moment où ils eatraientdansun nouvel édifice destiné à servir, tout à la fois, de chapelle et d'école, et où la religion devait se développer librement parmi déjeunes et libres intelligences. (( Maintenant, » dit le jeune médecin, « ces enfants vont dépendre de nous. INc souillons jamais ce lieu ])arle pluspetit acte de tyraimie spirituelle. Ayez l'œil sur moi et j'aurai l'œil sur vous, alin que nous ne fassions pas peser le poids dun cheveu sur ces jeunes âmes. Si nous leur imj)osons une seule opinion, notre œuvre est à jansais viciée. Que, dans ce lieu, les intelligences soient complètenumt libres. » (Jeiui qui prononçait ces paroles peut être considéré, je crois, comme l'organe d'un grand nombre qui sait (pse la circonspection est indispensable jiour rendre la ehaiilé ulile et la prière ellicace.

L'ascétisme qui règne en Américpie, dans une

OO I DE LA SOCIliTE A.MERICAINE.

grande partie de la société, atteste l'existence d'un profond intérêt pour les matières religieuses. Ses effets sont déplorables; mais ils ne font que manifester la perversion de ce qui , en soi, est un grand bien. L'ascétisme est, en Amérique, à peu près ce qu'il est ailleurs; il fait descendre la religion à un état de cérémonial, de contrainte, d'anxiéfé et la dépouille entièrement de son libre, généreux et bienveillant caractère; il nourrit dans les uns unégoïsmc timide, et dans les auti-es une liaine effrénée. Ses manifestations sont aussi remarquables à Boston que dans les villes d'Ecosse les plus rigides. Il est naturel que les jeunes gens de Boston , après une semaine employée au travail, désirent, le dimanche, pi'endre de l'exercice, respirer un air pur et voir la campagne; mais, pour arrivera la campagne, il faut faire beaucoup de chemin et passer les ponts dont nous avons déjà parlé, et il faut nécessairement que ces jeunes gens montent à cheval : or, ils ont été élevés dans la croyance que c'est un péché de monter à cheval le dimanche. Une fois qu'ils ont cédé à la tentation, ils se sentent portés à commettre une faute qui n'en est pas une , et il est rare qu'ils en restent là (i). Ils se réunissent d'abord pour fumer, puis poiu^ boire, et ainsi de suite. Si on les avait élevés à savoir que le dimanche, comme

(i) L'auteur lie la Famille avait , diins sou livre, lëg'ié Tcniploi du tlimiiiK lie autrement qii:' la coutuiuc ne l\uitorIsc. Clle rcjiivsentait la i'uinille dont elle ofiVaitle tableau, nprrs uuc semaine laborieuse, assistant, le dimanche matin, an service lli^in, et fais:int, dans raprès-midi, une promenade sur Tcau. Du reste, la journ<-e se passait en conversations religieuses. L'idée irtnie promenade sur Tean, le dimanche, choqua tellement, que Téditenr demanda à l'auteur de moditier ce chapitre, et de retranclier ce (|ui ('t;iit drjà iniprinie. L'aulcnr, ]e suis fâchée de le dire, lit ce qu'on lui demandait. Si elle se convcrîit à la superstition populaire , ce qui n'est guère croyable, je nui rien à dire. Dans le cas contraire, c'était une question de principe sur laquelle elle ne devait pas ceiler. S'il tant (|ue, pour éviter de chocpier des prejuîfi's religieux, des livres soient modifies et les convieiions d'un auteur ialsifiécs, il y a là un abandon non seulement des plus nobles prerogatives de l'auteur, mais de son devoir le plus impérieux. (JYote de U Auteur.)

W" PAKTIE. RliJJGIOX. .)0a

lous les jours et toutes les saisons, a été fait, pour l'homme et non Tliomme pour le dimanche; que leur religion est dans l'état de leur esprit et non dans la disuihution de leur journée, il est prohabie qu'ils eussent passé le dimanche aussi innocemment que tout autre jour, et le désir d'accroître leurs connaissances religieuses et de cultiver leurs sentiments de dévotion, bien loin d'en être affaibli, n'aurait fait que prendre une nouvelle force. Une chose me frap})a : c'est que, dans TUniversité de Jefferson, à Charlotfeville, en Virginie, où il n'a été fait aucune distinction pour le culte, où l'on n'exerce pas la plus légère autorité sur les étudiants, à l'égard des observances religieuses, non seulement le service divin se fait de la manière la plus régulière, mais tout le monde y assiste. Ou sait combien, dans nos Universités anglaises, il résulte d'inconvénients des prières publiques auxquelles chacun est tenu d assister. A Charlofîeville, où on laisse chacun faire, à cet égard, ce qui lui convient, la présence au service divin est ponctuelle, paisible et absolument universelle.

La prescription ascétique des amusements s'étend au clergé, dans le pays entier, et comprend la totalité du monde religieux, dans la Nouvelle-Angleterre. En ce qui concerne le clergé, celte superstition ne saurait être de longue durée, tant elle est dépourvue de toute raison. A Philadelphie, je m'étais rendue à une soirée avec un ecclésiastique et d'autres amis ; bientôt la danse commença : luîc dame m'adressa une question qui impliquait le départ de notre ami recciésiaslique. « La voici, )) ré})ondis-je. —- « Oh ! je pensais qu'il était parti aussitôt que la danse a commencé, » dit la dame d'un ton qui doiuiait à entendre que, dans son opinion, il aurait du partir. On disait, de cetecclésiaslique, (|ue ce ne devait pas être un houîme

Ô.JU DE L'i. SOCIETE AMERICAINE.

foi't religieux, pcircc qu'on le voyait trop souvent en socicHé. Nul ecclésiastique ne met le pied au théâtre ou ne touche une carte; il est même convenu qu'ils doivent se retirer quand les cartes paraissent, comme lorsque la danse commence. L'exclusion du théâtre est peu importante; car on peut avoir des doutes raisonnables sur l'utilité d'encourager un amusement qui semble vicieux en Amérique, au suprême degré. Les Américains ont peu le goût dramatique, et Fesprit de puritanisme élève contre le théâtre une opposition si énergique, qu'il n'y a pas lieu d'espérer que ce grand moven d'exercice intellectuel produise dans la société le bien moral qu'on pourrait en attendre. Du resîe^ la race proscrite des artistes dramatiques est, sous le point de vne du talent et de la moralité, ce que doit être naturellement toute classe proscrite et déprimée. Le directeur du théâtre de Boston a fait de grands efforts pour relever leur condition et leur art; il a impitoyablement purifié son établissement, et en a exclu tout ce qui pourrait blesser la pruderie de Boston; mais tout a été inutile; l'incomjjatibiîité est trop grande, et ceux qui font le plus de cas des plaisirs dramatiques seront les premiers a demander la clôture des théâtres américains. Je sais plusieurs familles qui n'ont pas de liaison avec le clergé, et qui ne se donnent pas pour striet(unent religieuses , où Shakspeare est caché par des raisons de pruderie; je n'ai pas besoin d'ajouter que, chez ces gens-là, il n'y a pas la plu^î légère intelligence de ce que c'est que le drame. Si l'on rencontre pa.r ci par la un lecteur de Shakspeare, on ne taide pas à découvrir qu'il ne voit dans les chefs-d'œuvre de son théâtre qu'un recueil de passages descripliques, didactiques, etc. En Cet état de choses, il ne faut s'étonner ni regretter que le clercn:é s'abstienne du théâtre. Onant à la danse, ou cet amusement est innoc( ut, ou u ne l est pas :

iv*^ PAKTiF.. — Rr.i.iniox. '>«)<

s'il ne l'est pas, persoiuie ne doit danser; s'il est innocent, les ecclésiastiques doivent danser comme les autres, car ils ont, comme nous, nn corps à animer et un esprit à égayer. Si vous établissez cette distinction en raison de leurs fonctions, vous ne devez pas en rester là, il faut aller jusqu'au célibat du clergé, et jusqu'à ses lugubres spéculations qui ont contristé le génie naturel et libre du christianisme.

,,^La coutume ascétique de s'occuper de la moralité d'autrui a été poussée, à Boston, an point d'exciter fréquemment la satiie de quelques uns de ses citoyens les plus sages. C'est une preuve que cette habitude ne tardera pas à tomljeren désuéUide. Lorsqu'on parlait d'ouvrir un tliéàtre italien, quelqu'un fit observer que cela n'était pas possible, attendu que le nom seul de théâtre sudirait pour efirayer. « Eh bien, » dit un autre, « aj)pelez--îe Cours de musique avec accompagnement d'exemples, et tout le monde y viendra. »

Les cours abondent à Boston, et j'en suis charmée, du moins, jusqu'à l'ouverture des amusements publics qui, tôt ou tard, seront nécessaires. Ces cours ne sont pas d'une grande utilité pour l'instruction scientifique et littéraire, ces sortes d'établissements n'ayant, en général, d'autre l'ésultat que d'activeiles études particulières; mais, à Boston, il est probable qu'ils remplacent des réunions pleines d'exaltation religieuse, beaucoup plus nuisibles que les cours ne sont utiles. Les dissipations spirituelles auxquelles se livre le monde religieux, partout où règne l'ascétisme, sont plus préjudiciables à une morale saine que ne l'ont jamais été les amusements ])id)lics en usage dans les temps modernes. On peut douter que la licence même ne soit pas également encouragée par l'excitation résultant des émotions religieuses passionnées, séparées de l'action, et il est certain

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que les vices spirituels les plus dangereux, Torgueil, l'égoïsme, la tyrannie et la superstition, fleurissent abondamment dans les serres chaudes des réunions religieuses. L'horreur qu'inspirent les transgressions sensuelles fait perdre de vue ce qu'ont d'odieux les vices spirituels. Si, toutefois, une pure intelligence avait à décider entre les uns et les autres, elle comprendrait que les vices qui naissent de la fragilité de la nature humaine son! moins incurables et moins révoltants cjue ceux qui sont, en grande parlie, factices et qui proviennent de la perversion des plus hautes fiicultés de l'homme. 11 est difficile de décider quelle nature de vices (si toutefois il est possible de tracer entre eux une ligne de démarcation) produit le plus de maux et consomme, le plus complètement, la ruine de l'homme; mais il est certain que la sympathie des âmes naïves s'attache plus volontiers aux publicains et aux pécheurs qu'aux pharisiens de la société : en cela ils ont raison.

Toutefois, l'ascétisme démontre l'existence d'un sentiment énergique du devoir religieux qui n'a besoin que d'être rendu plus large et plus éclairé. Un ecclésiastique à principes libéraux, un homme aussi démocratique dans sa religion, aussi sincère dans sa charité qu'aucun laïque du pays, me faisait remarquer un jour Texistence de celte extrême sensibilité religieuse dans les enfants des Pèlerins et me demandait ce qu'il fallait faire pour la cultiver et Icntretenir; il partageait ma crainte de voir cette disposition d'esprit s'exaspérer par la superstition prédominante et qu'elle se transformât, dans la génération suivante, en quelque chose de bien difiérent de la société religieuse. Nous proposâmes de grands changements dans les habitudes domestiques et sociales; moins d'o'oservance religieuse dans les familles et plus d'intérêt véritable dans la partie inîellecluelle de la religion ; plus de soins rationnels

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de la santé, en vivant conformément «lux lois de la nature qui ordonnent l'exercice du corps et le délassement de l'esprit : nous demandâmes qu'on encourageât la promenade à pied, en voiture, en bateau, etc., et la jouissance du .grand air et des paysages de la campagne; qu'on favorisât les amusements sociaux de toute espèce, et qu'on écartât toutes les entraves religieuses mises à la parole et aux actions; en un mot, qu'on respectât et qu'on approuvât sur toutes choses la [spontanéité sous quelque forme qu'elle se produise. Nécessairement, cela ne peut être l'œuvre que de ceux qui approuvent et respectent la spontanéité; mais j'ai la certitude qu'ils sont assez nombreux, au centre même de la société américaine la plus ascétique, pour faire espérer qu'ils ne tarderont pas à s'affranchir du joug des prêtres et des dévots.

Des symptômes de l'apparition du véritable esprit de liberté venaient continuellement me charmer. Un ecclésiastique unitaire, se plaignant de la superstition de ses confrères, qui se vantaient perpétuellement de leur liberté relative, me disait : « Nous nous occupons tellement de nous tenir fermes sur le terrain de notre liberté, que nous n'avançons pas. » Un autre me disait, en entendant louer quelqu'un comme homme et comme chrétien : « Comme si être chrétien, c'était le nec plus ultra de la perfection! comme si être homme n'était pas beaucoup plus qu'être chrétien! )>

La manière dont les femmes se font une occupation de la religion témoigne non seulement du vide qui existe quand l'on tombe dans nna telle méprise, mais de la vigueur avec laquelle le sentiment religieux se reporterait vers les grandes choses et les occupations importantes de la vie, si cela était ])ermiis. J'étais frappée de cette vérité en voyant des femmes braver l'ouragan, la gelée, la neige,

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jjQur se rendre d'un prêdie à un aiilre, cl empjoyei" leur journée à visiter les pauvres et les maîades; en leur voyant faire, dans leur Mouveau-Testanient, une leclnre fjuotidieinie qui leur élait trop familière pour laisser dans l'esprit une impression durable. J'a.i vu des ecclésiastiques et des dames tomber dans les erreurs les plus grossières sur des faits importants de Thisfoire de l'Évangile, dont ils lisaient un passage tous les jours. 11 n'est pas étwiiant que celte mauièie de lire s'oppose à la eomrr préhension complète de ce qu'où lit; maisje m'étonne que ceux qui ricsaïuaieut l'ignorer ne changent pa§ de méthodeelne SAMJeiUçnt pas, une bonne foiSy^ apprendre ce qu'ils ont vainement cru savoir toi^te leur vie.

La femme d'un membre du congrès, personne consciencieuse et religieuse, s'est fait une règle unique pour juger tons les individus; elle se demande, avant tout, s'ils sont pieux. Je n'ai jamais pu comprendre ce qu'elle entendait par là. Elle désirait, disait-elle, que son mari quittât le congrès, attendu que, n'étant plus jeune, il était temps qu'il songeât au salut de son ame. Après une longue cou versation sur ce sujet, elle ne put arriver à comprendre que la religion n'est pas une occupation, mais une affaire de priiicipcs et de caractère, et que, comme il n'est pas de plus important devoir que celui qu'aeconqjîit un niemjjre du congrès , il n'est pas de situation dans laquelle un homme puisse atteindre à une plus grande élévation religieuse, si l'esprit de religion est eu lui.

La moralité et la religion du peuple des États- Unis ont beaucoup soullert de cette circonstance, que, surtout dans la Nouvelle-Angleterre, la société y est ostensiblement religieuse. A mesure que cette société vieillira, la religion y sera plus naturelle et moins affectée dans ses dehors : on com-

iiienoe à s'y npercpvoir quo ce qui rend religieux les imlividus et les sociétés, c'est l'esprit plus que lu forme. Tout ce qu'ils ont à faire, c'est de revendiquer leur droit héréditaire de liberté ; c'est d'être libres'et naturels sans craindre ni la licence ni l'irréligion. L'esprit de leurs pères vit fortement en eux, et, d'ailleuis, ils ont en eux l'esprit d'humanité, qui est le saint des saints de la religion. L'idée juste ou fausse du devoir leur est présente pendant toute leur vie, et l'amour de leur prochain est dans leurs cœurs : avec cela , comment n'auraient-ils pas la certitude d'être toujours religieux? Ce à quoi ils doivent viser, c'est que leur religion soit libre et ])ure.

362 DE lA SOC.lKTl': AMKRICMXF.

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