CHAPiTRE III
ADMLNISir.ATIO.N- DE ï..\ nEI.IGION.
Oiio feront-ils alors, sinon de faire violence à l'esprit, ùe ç^rilcè liii-mèsne et cVcnrhatner la li!)crte, son t'poiisc; sinon Je délrnire les t'iiipies "s ivants I'risjes par la foi, leur propre foi et non celle d'un au Ire !' Mu. ton.
La vérité surgira delà terre, et la justice regardera d'en hiut. Psaume Sii.
Les investigations, relativement à la mise en pratique du système volontaire, en Amérique, le seul pavs où il soit en vigueur, sans avoir à côté de lui une religion d'Etat, doivent se porter dans deux directions. On demande d'aijord si la religion est administrée au peuple en quantité suîlisante, et, secondement, quel est le caractère du clergé.
Il est facile de répondre à la première de ces questions. Le besoin d'instruction religieuse et les moyens du culte social sont si grands, qu'il est partout fourni des fonds et des édifices à cet effet. Quoique le nombre des ecclésiastiques soit pins grand, proportionnellement à celui de toute autre classe de citoyens, qu'il ne l'est partout ailleurs, si ce n'est, peut-être, dans la péninsule espagnole, il ne l'est pas encore assez pour les besoins religieux de la population. Les prêtres manquent; mais les églises ci les fonds ne manquent pas. Selon l'état général des communions religieuses (i), fait en i855,
'i) Cet e'tiit n'est pas complet , mais c'est le plus approsimatif qu'il soit p-ossihlc doliteuir. Les uîi'thoilistes t'rjùscopaax ibiMu-nt la secte la ]:lus nombreiîse ; après eux vieniu-nt les calliolitiues , les anabaptistes calvinistes, les presl)yteri;tns, les consri-gationnaliMCs, les chrétiens, les
rV'' PARTIE. PvELIGIOX. PS?)
le nombre des églises ou coiiî^régations s'élevait à 1 5,477; îa population était, non compris les esclaves, de quinze à seize millioiis, sans compter un nombre très considérable de colons dispersés à des distances trop grandes pour former des sociétés régulières, ayant des ministres à résidence fixe. Pour ces 1 5,477 églises, il n'y avait que 12, i So ministres. Si, à ce cierge régulier, on ajoute les licenciés et candidats de l'église presbytérienne, les prédicateurs locaux des méthodes, les étudiants en théologie et les administrateurs quakers, on trouvera que le nombre des membres de l'enseignement religieux est dans une proportion considérable avec la population, et, to;]tefois, la secte des anal)aptistes annonce un déficit de trois mille ministres. Aucune peine n'a été épargnée pour fournir aux besoins religieux de la population; la Société américaine d'éducation a largement contribué à fournir de jeunes ministres; les Sociétés des missions bibliques ont obtenu d'impoi'tants résultats; en un mot, la société, aux États-ÎJnis, oifre l'incontestable preuve qu'on peut s'en reposer sur l'instinct religieux du peuple, du soin de fournir à ses besoins religieux. Ce n'est que depuis quatre ou cinq ans que cette vérité est devenue incontestable, même dans l'État de Massachusetts. Jusqu'en i854, tout citoyen de cet État était obligé de contribuer, dans une proportion quelconque, à soutenir une secte ou inie église. L'incompatibilité de cette obligation avec le vrai principe démocraticpie fut alors pleinement reconnue , et la religion fut abandonnée à l'appui volontaire, il est inutile de dire que l'événement a justiilé et au delà la confiance de ceux qui ont assez de foi dans le christianisme pour voir qu'il n'a
f'jiiscopaiix et Jes ciiiakers. Viennent rtisiiilo Jes autres coniniiinions , iiisr]ii'';mx n<)n-ri'?ist;nils et aux trcmlilcnrs , 'jiii sont les moins nom- - i)reiix . '^iVo/e de l' .■■/nicin-.)
364 DE L4 SOCIÉTÉ AMKRICVINF..
aucun besoin de la protection de TKiaf, et n'en est i]UQ plus recommandable aux allections de Ihomnie.
Quant à l'antre pointa examiner, le caractère du clergé, il y a plus à dire.
Il est évident que, sous l'empire du système volontaire, la plupart des abus les plus fâcheux qui ont déshonoré tous les clergés chrétiens ne sauraient exister. En Amérique, le clergé ne peut aspirer au pouvoir politique; il ne peut jouer à la loterie des bénéfices ecclésiastiques; il ne peut étaler ni luxe ni pompe mondaine. Ces vices sont impossibles sous le svstèiue volontaire, au sein d'une république. Nous voyons, au contraire, le clergé protestant faire presque toujours cause commune avec le parti fédéral, toutes les fois qu il lui arrive d'exprimer une opinion politique. Mais, comme on peut le croire, le clergé appartient au parti de la crainte; et à l'exception des gens d'église, hommes d'Étatdel' Ancien-Monde, il arrive, presque partout, que ceux dont la foi peut soulever des montagnes, qui enseignent que l'on ne doit pas craindre « ceux qui tuent le corps et ne peuvent rien faire de plus,^) composent la classe la phis timide de la société, la dernière à prendre part aux grands conflits des principes. Ils sont toujours restés cachés dans leur tente pendant que se livrait la lutte entre la moralité et les abus. Comme corps, ils ont toujours appartenu au parti de l'aristocratie et de la crainte. 11 en est ainsi en Amérique où le parti de la crainte est déprimé, comme partout où le parti aristocratique a eu le dessus. En Amérique, le clergé, pris en masse, ne convoite pas la richesse : elle est si généralement hors de sa portée, que l'adoption de la profession cléricale est, d'ordinaire, un témoignage non équivoque de désintéressement. Je dis d'ordinaire j^ârcequ'û y a des exceptions. Uneconsi-
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(Icrationsi grande s'atlachc à cette profession, qu'elle l'élève au niveau des plus riches. Il arrive fréquemment que de jeunes ecclésiastiques, appartenant prescjue toujours à des familles pauvres, épousent des femmes riches, et lorsqu'il y a plusieurs fdles dânsime famille opulente , il est a peu près convenu que Tune d'elles devra épouser un ecclésiastique. Auprès des hons effets que produit cette habitude, on doit signaler aussi un mal funeste qui n'est pas spécial à l'Amérique : c'est que cela amène des aventuriers dans la profession ecclésiastique. Plus d'un planteur du sud a commencé par être ecclésiastique pauvre, et a dû à son mariage les moyens de devenir planteur. Bien des pasteurs du nord ont plus d'élégance mondaine (lue de sainteté, et font trancjuil-^ lement, tous les dimanches, leurs deux sermons,; comme pour acquitter le prix du loisir de la se-^ maine; mais tant que les traitements du clergé seront^aussi modérés qu'ils le sont maintenant, le plus grand nombre des ecclésiastiques embrassera sa profession en vue d'une existence laborieuse peu rétribuée. Je pense qu'on ne saurait douter que la vocation ne soit déterminée par les motifs les plus purs, et que les dangers auxquels le clergé succombe plus tard ne proviennent du désavantage de sa position. H serait à désirer que Ton fit quelques changements dans le mode de rémunération affecté au clergé. A présent, les traitements sont faibles et les cadeaux considérables. Txien de plus naturel que de voir des ouailles reconnaissantes témoigner leur respect pour leur pasteur en ajoutant à son bien-être; mais, si l'on en calculait tontes les conséquences, on s'abstiendrait de cet usrige et l'on augmenterait le traitemetit. Dans l'état actuel de la moralité, il est rare qu'un individu ait des obligations pécuniaires envers un autre, sans qu'il en résulte un donunai^e pour l'un ou pour Tau-
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tre , quelquefois pour tojis les deux. La synipatliic , les services peuvent se prodiguer avec un avantage mutuel très .orand; mais il est rare qu'on puisse en dire autant des cadeaux soit en argent, soit eu nature (i) : cela provient des idées fausses qu'on a attaclices à la richesse, en l'identi- Jlant d'une manièie trop étendue avec l'indépendance intellectuelle et morale. Je le demande à toute personne de ])onne foi; lui est-il possible d'être avec lui individu, auqiul elle a des obligations pécuniaires, sur le même pied de liberté que s'il n'existait entre eux aucun rapport de ce genre? Si cela est vrai de personnes avarit des vues, un but et des intérêts de môme nature, combien le danger moral est plus prand encore quand la personne cblifféc est char.<îée d'exercer une .influence spirituelle. Je ne vois de parti à prendre, pour un pasteur qui se respecte, que de s'abstenir strictement d'accepter un don quelconque. Cela exigerait quelque abnégation de la part de ses amis; m.ais ils doivent savoir que les cadeaux sont le moyen le plus bas et le plus grossier de témoigner son respect et son affection. Plusieurs voies leur sont ouvertes : d'aboid, en ayant soin d'assurer à lei:r pasteur un traitement annuel fixe, caj)ab]e de lui ôter îo'.ite inquiétude sur l'avenir de sa famille; puis en lui accordant cette loyale amitié, cette fraticbe symnathic, indépendantes de toute considération religieuse, qui i'encoujageront dans ses études et le soutiendront dans les travaux de sou ministère.
Le clergé américain étant ainsi absous du reproche d'ambition et de cupidité, reste à savoir s'il est également pur de celui dune déférence
f i) C'csl une Ti'iitc luimiliantc que, dniis quelque rani^ de la socùJtc quo IP soit, il est rare (lur deux luninics soient. as~tz vertueux |)Oui' que, Tnu ayaul des obligalious ];('cuniaiirs à l'autre , la moralitii de Tun ou de loMS deux n'c.v. souliVe, pas'?: ccpenilant i! i-u est ainsi.
( Rir.'ue d'Jùliniboiirs,'- , XLVill, p. 3o'j.)
IV" PAUTIK. IlELiGIO.N. .%7
aveugle pour ropinion. 11 enibrasse son é(al,, eji general, dans des vues pieuses et bienveillantes; mais, dans l'exereice, y conserve-t-il toute son indépendance morale? Je ne puis faire à eette question une réponse favorable.
Les vices d'une classe quelconque ne doivent pas être reprochés avec trop de rigueur aux individus; d'après leur étendue même, ces vices doivent provenir de quelques influences toutes-puissantes; tout en condamnant ces influences, on n'en doit pas moins plaindre les individus de se trouver placés sous leur empire. Le clergé américain est la classe la plus arriérée et la plus timide de la société dans laquelle il vit : se tenant à Técart des grandes questions morales de l'époque ; dépourvu de connaissances réelles; sans force ni elïîcacité dans la praliqise de la vertu; ignorant cette liberté chrétienne et républicaine qui est l'atmosphère natale de la piété et de la sainteté, et que son premier devoir est d'entretenir et de })ropager. Les causes immédiates de sa dégénération sous ce rapport ne sont pas difficiles à reconnaître.
Ce n'est pas seulement parce que Texistence du clergé dépend de l'opinion de ses ouailles ; on peut excuser le commun des hommes de suivre en toutes choses la ligne de conduite qui assure la tranquillité, sans trop s'enquérir de la nature même de cette tranquillité; mais si une pareille tendance peut être excusée, elle ne doit pas être louée dans le commun des hommes, et il faut la blâmer dans tous les pasteurs (jui croient posséder les principes les plus purs de la liberté évangélique.
Le premier inconvénient grave qui résulte de la répugnance du clergé à traiter devant leur troupeau des questions actuelles , c'est que le clergé lui-même arrive inévitablement à se faire des idées
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fausses sur la nature de ses fonctions pastorales; j'en eiterai un exemple frappant : le clerp;é n'a ])as bougé encore au sujet de la ([uestion de l'abolition. Un petit nombre d'ecclésiastiques presbytériens ont courageusement tout risqué pour cette cause, quelques uns comme membres des sociétés abolitionnistes, d'autres comme professeurs, dans l'Institut d'Oberlin et dans ses succursales où toute distinction sur les liommes de couleur a totalement cessé. Mais la masse du clergé presbytérien est aussi hostile aux abolitionnistes que les propriétaires d'esclaves eux-mêmes. Je pense quils ne récuseraient ])as M. Breckinidge pour modèle. Quant au clergé episcopal, il garde, en général, le silence au sujet des droits de Ihomme ou fait servir son inlluence contre les abolitionnistes. Sans parcourir ici la liste de toutes les communions religieuses , il suffira de dire que les ministres, en général, sont opposés à l'abolition, si l'on en juge par leur silence dans la chaire, leur conversation en société et la conduite des hommes le plus immédiatement placés sous leur influence. Je passe aux unitaires, la communion religieuse que je connais le mieux, parce que je suis moi-même unitaire. Les membres de cette communion croient être afïranebis de beaucoup de superstitions qui obstruent l'intelligence et les actes des autres religionnistes; ils professent une religion empreinte d'une liberté plus grande, et déclarent que le christianisme, tel qu'ils le considèrent, a une allinité avec tout ce qu'il y a de libre dans la nature, de hardi et de vrai dans l'esprit humain, et qu'il doit être mis en pratique dans toute combinaison sociale, tout exercice de la pensée, tout acte de la vie. Les ecclésiastiques qui prêchent ces dogmes vivent à une époque de crise et au milieu d'un effrayant conflit de principes. D'un côté, est l'oppresseur s'efforeant de letenir sa puissance pour
iv" PAUTiE. — HJ•:LIG!o^•. 3(39;
la ,c0iiSjçrA;:alioji de son or; avec, lu ji s0nLi;aiigés .^e; merccnaiif, le perfide juisiilaiiinic, rauiLiiieux et le Caibliç» De l'aiilrc côté, sont les arais des esçlay.es, et,.?iYÇç,eiix ceux qui, saus aucune chance de réqom-, pense, sacrilient leur réputation, leur fortune, leur repos et risquent leur vie pour le principe de la liberté. Que faille clergé unitaire au milieu de cette guerre qui n'admet ni paix ni trêve, mais qui doit finir par la défaite du principe de la liberté ou de l'oppression'?^ -j.,. ,
M. May a en, je crois, riionneur d être le premier pasteur unitaire qui ait embrassé la cause du bon droit. J'interpelle son ennemi le pins acharné; qu'il ose dire s'il a sacrifié à son intrépidité une seule grâce chrétienne, s'il a rien perdu ilu ti ésor de sa piété, de sa douceur et de sa charité, au milieu des épreuves qu il a dû subir. Au lieu de cela, sou dévouement à, m* devoir éminemment difiicile a, développé en lui une énergie de caractère, une force de, raison que .s<>s meilleurs amis ne. lui sQupçounajerit pas.. Je fl^'ai,,pp;^,SA;ij^.,^a^eiJtimeat,,de.(^^ ])0ur la faiblesse do certains homnies revêtus des fonctions les plus haiiles, entendre Tinsolente compassion avec laqnelle quelques uns. d,çs ,epçlë;?ias- . (iqiies ses confrères parlaient d'un homme qu'ils n'ont pas le co(U\ige éclairé de suivre sur le champ de bataille du devoir, et sur let[uel ils déversent leur pitié dédaigneuse du haut de leur orgueil. Le docteur Follen l'a suivi de près; et il a tout fait, tout sacrilié pour s'identifier avec la cause de l'émancipation. Je l'ai entendu, à une époque périlleuse, prier à l'église pour u l'esclave malheureux, avili,., insulté, charg(; de chaînes de fer et de chaines d*or..» ,, Ce n'est pas ici le lieu dediv*^ quels ont été les sa- j„ crilices ; on connaît les services récetïts du,docleiii,v . Ohanning. . ,:i,^
Je coiuiais encore deux ecclésiastiques unitaires
qui ont l'ait, en faveur de la bonne cause, une déclaration ouverte et périlleuse, et un ou deux qui, en leur particulier, ont refusé de prendre parti contre cette cause; mais c'est tout. Le clergé unitaire , pris en masse, quoique désupprouvaut l'esclavage, peut être regardé comme hostile aux abolitionnistes. Quelques uns de ses membres ont prétendu près de moi que ce sujet leur répugnait; d'autres se contentent de voir les défauts individuels de quelques abolitionnistes; d'autres disent que leur chaire est la propriété de leurs ouailles, dont ils n'ont pas le droit de troubler la tranquillité par leurs prédications ; d'autres allèguent que cette affaire ne les regarde pas; d'autres encore, qu'on les renverrait sur-le-champ de leur chaire, s'ils abordaient la question des droits de l'homme, pensant que le sujet n'est pas assez religieux, et d'autres, entiu , qui s'excusent en se fondant sur une doctrine qui, je le crois, est née des circonstances, à savoir : qu'il appartient au cleigé de décider de la quantité de vérité que le peuple peut supporter, et de la lui administrer en conséquence. Ainsi , tandis que la société traverse la phis grande des révolutions morales, rejetant sa plus vicieuse anomalie, et appliquant son christianisme à sa politique et à su conduite sociale, le clergé, et même le clergé unitaire, présente de nombreux exemples de ministres qui se plaignent ou ridiculisent les apôtres de la révolution, prêchent sur le spiritualisme, sur la science, sur des vérités spéculatives, propagent des objets d'amélioration de troisième ou quatrième ordre, et abandonnent aux laïques la tâche d'exécuter la première et la plus pressante réforme morale de l'époque. Ils méconnaissent leur noble mission, qui consiste à éclairer et à guider, dans les temps de crise, le sentiment moral de la société. Non seulement ils refusent de coopérer au triomphe de la cause par
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leurs actes^ leurs écrits ou leur parole, raais ils sont convenus créviter de parler en chaire des droits de l'homme, jusqu'à ce que la tourmente soit calmce; personne ne leur demande de torturer la sensibilité de leurs auditeurs par des sermons sur l'esclavage : ce qu'on leur demande, c'est de ne pas leur cacher les principes de foi et de liberté avec lesquels l'esclavage est inconciliable.
Après ce que j'ai vu, je ne puis m'empêcher de conclure qu'à présent la classe la plus coupable, relativement à la question de l'esclavage, n'est pas celle des planteurs, ni môme des commerçants; c'est la classe des ecclésiastiques ; ils sont les plus coupables, parce que non seulement ils ne sontpas aveuglés par l'habitude, les préjugés ou l'intérêt pécuuiaire, mais font, au contraire, profession de passer leur vie dans l'étude des relations morales, et qu'ils ont pris l'engagement de proclamer la parole de Dieu tout entière. Que du moins, quand la cause juste aura triomphé, ils n'aient pas l'audace de se vanter de la gloire de leur pays, et puisque, dans cet âge du martyre, ils reculent devant le rôle de confesseurs, qu'on leur interdise le droit de marcher en triomphe avec la « glorieuse armée. » Néanmoins, si le clergé d'Amérique suit l'exemple des autres arrière-gardes de la société, il sera le premier à se glorifier d'une réforme que tous ses efforts auront tendu à retarder.
La méprise honteuse et funeste dans laquelle le clei'gé est tombé sur la véritable nature de ses fonctions, la supposition qu elle consiste à subordonner la véritéàla portée d'espritdeses auditeurs, ont dt^à pour résultat d'éclaircir les ranp;s dans les églises et d'obliger le peuple a chercher une administration de la religionmieux adaptée à ses besoins. Tout ce (ju'il y a de manque de foi dans autrui et dans les principes , et de foi siu'abondante en soi-même dans cette manière d'envisager le devoir pastoral qui a été soutenu en
ôi'2 DE LA socilt;: A3ii:r,ic.\i.\E.
particrilier et prôclié en p'.i])lic, est trop évident pour qu'il soit besoin de le faire ressortir davantage; pour inditjuer ses conséquences , il suflU de renvoyer à l'histoire de tous les clergés.
Je fus frappée un jour de voir soutenir, par le clergé unitaire, des points qui , j'en avais la conviction , dépassaient les limites de leur croyance; on me dit que cela provenait de ce que l'esprit public l'exigeait. Une autre fois, je vis un ministre dans une chaire, qui n'était pas la sienne, accompagner ses paroles de .'ïcstes véhéments, inaccoutnmés et (ont à fait inconvenants. On m'assura que des gestes exagérés étaient nécessaires ponrune certaine classe d'auditeurs, afin de faire im{)ression sur elle; on me dit aussi que, quand des préjugés et des intérêts se sont agglomérés autour d'un point quelconque de morale, la vérité cesse d'être la vérité, et que le devoir du ministre est d'éviter d'aborder cette matière. Les conséquences sont faciles à prévoir. (( Que pensez-vous qne fera le peuple quand il s'apercevra combien son clergé est arriéré? » disait un ministre d'une secte à un ministre d'une autre communioïlr-^^ t/ Je pense qu'il demandera bientôt qu'on lui doniie liri meilleur clergé, )) répondit celui-ci. Le peuple demande un meilleur clergé. A Boston même, si arriérée que soit cette ville, un changement notable s'est déjà eflectué. Un homme fort, doué des meilleures sympathies, a non seulement discerné les besoins de l'époque, mais il s'est mis en devoir de faii'c, pour y répondre, tout ce qui est possible à un homme isolé : il invite à venir prier ceux qui pensent et sentent, comme lui, sur ce que doit être la nature de leur communion avec le Père; il les appelle h soutenir leurs principes dansées temps périlleux. On accourt en foule autour de lui, et ce sont principalement les intelligences actives de la ville et de l'époque, les individus dont les cœurs gonllés elles esprits ftitigués
IV PVRTIE. IIFÏ.ICION. ôj.)
ne. trouvent ni icpos ni délassement dans l'.'S services abstraits et ineiïicaces que croient rendre les ministres, qui leur donnent la vérité telle qu'ils les jugent capables de la recevoii*. La vérité tout, entière peut seule satisfaire ceux qui vivent et mesjrent pour elle. L'apparition de cette nouvelle église dans Boston est un signe précurseur d'une baute éloquence (i).
Cette position du clergé relativement au peuple me fut, un jour, involontairement avoué par un ministre qui, de son propre aveu, évite systématiquement de prêcher sur les sujets qui l'intéressent le plus : il pense ne jiouvoir mieux servir son troupeau qu'en traitant, du haut de la chaire, des sujets qui sont pour lui d'un intérêt secondaire. Cet ecclésiastique, apprenant quelque nouvel acte de tyrannie sociale sur la question de l'esclavage, s'écria : » Une telle révélation des dispositions du peuple serait siiflisante pour autoriser un ecclésiastique à ([uitter sa chaire et à se mettre à l'œuvre pour réformer la société, n Comme ces paroles révèlent bien la nature des relations du clergé avec le peuple et avec l'époque! Toutes les fois qu'il est arrivé au clergé de porter la religion dans ce qu'il y a de plus important en pratique et, par ceia même, de plus intéressant, on a pu voir l'effet qu'il a produit ; malheureusement les occasions ont été trop rares. Lorsque, l'hiver dernier, le docteur Chaaning déclara, dans un sermon, que les législatures aussi bien que les individus étaient tenus de faire la volonté de Dieu , toutes les tètes se lournèient, tous les legaids se lixèrent sur lui. Une autre fois, un ministre ayant
(i) Voii', dans rajijicii'licc E, le fraiiincnt tVnn iliscoiirs par Oi'e.=:f<.'S A. lirowson, .sur ]<•.> besoins île lY'poiuio. Nous le donnons non cnimnc un s|)ccinien de ses compo.itions liabituelles, niais tel (juc nous le lui avons entendu proisonoer. Toiitciois il est j-.rolîabic que les leeleurs leront coriune Icsaiulileiirs et oïdili-ront le stv le po'iriic penser qiraiix clioses. (lYolc tic f'.'littetir.)
374 DE LA SOCIKTK AMKRICAINE.
prêché sur la nécessité dêtre qr.ckjiiefoisseiil contre l'opinion de tons, et ayant démontré qne les pins nobles bienfaiteurs de la race humaine, les plus dévoués servileuis de Dieu doivent quelquefois, en se, frayant un chemin dans de nouvelles régions de pensées et d'actions, franchir le cercle des sympathies humaines et souffrir en conséquence, plus d'un cœur intrépide se sentit ému, et le sermon produisit sur les auditeurs une impression profonde.
Il me semble que ce qui manque surtout au clerp-é de toutes les communions, c'est la foi, cette foi qui le porterait d'abord à s'approprier, sans crainte etsans exception, toutes les vérités, puis à les dispenser aussi libéralement qu'il les aurait reçues, 11 aime à citer l'autorité des apôtres. A quoi eût servi le ministère à saint Paul, s'ileût prêché sur toute autre matière que l'idolâtrie à Ephèse et la licence à Corinthe? Il v avait alors des gens dont la fortune, dont les préjugés, dont la moralité fausse étaient menacés. 11 y avait des gens qui ignoraient la gravité de leurs transgressions, comme aujourd'hui les oppresseurs des nègresl Comment saint Paul eût-il rempli sa mission s'il avait craint de jeter la division dans la société en proclamant des principes vrais; si, craignant de troubler la paix mensongère du lucre fortuné, du vice triomphant, il s'était borné à des spéculations semblables a celles dont il avait charmé l'oreille des Athéniens, évitant avec soin, à Ephèse, de parler de Diane, à Corinthe, de parler de sagesse et de tempérance? Quelle espèce d'apôtre eût-il été? 11 eût été ce qu'est aujourd'hui le clergé chrétien en Amérique.
Un grave inconvénient résulte encore de cette crainte de l'opinion, qui fait que le clergé évite d'aborder les questions ardentes de l'époque : c'est qu'il se prive de cette influence, la plus élevée de toutes, qjie les hommes exercent par leur caractère et leurs efforts individuels. Le caractère du clergé
est comparativement sans influence, parce qu'on le suppose exclusivement renfermé dans sa profession; ses convictions le sont également, parce qu'on les croit forméf s de matériaux imparfaits. Les opinions d'un ecclésiastique sur la politique et autres affaires de la vie active qui impliquent le plus la moralité n ont de poids qu'en proportion de la régularité de ses habitudes et de ses occupations. Quelques années pass(îes, un ministre ayantprèchésur l'escompteetsur l'élévation du prix en cas de disette de la marchandise, les négociants, ses ouailles, quittèrent l'église en riant, et le pasteur n'a jamais pu réparer cet échec; les négociants en parlent comme d'un homme très pieux et font grand cas de ses services pour maintenir, sous le joug de la religion, leurs femmes, leurs enfants et leurs domestiques; mais, depuis cette époque, en prêchant pour eux il a prêché dans le désert. Un père de famille, pieux et éclairé, me disait : (( N'accueillez qu'avec précaution la parole superficielle des ecclésiastiques sur cette matière (il s'agissait d'un fait relatif à une question sociale); ils n'y connaissent rien et n'y peuvent rien connaître. — Pourquoi.^ — Parce qu'il n'y a personne qui les en instruise. Vous savez que tous les gens raisonnables considèrent le clergé comme tenant le milieu entre l'homme et la femme. » Dans une république oùlapolitiquefournit, à lamoralitédechaquehomme, un exercice et des moyens d'expression, le clergé se tient en dehors du mouvement des partis et même de tous les intérêts politiques. Quelques uns se bornent à voter ; d'autres, n'osant pas même aller jusque-là, donnent, comme à l'ordinaire, pour excuse que Topinion ne permet pas que le clergé, dans les affaires du monde, soit sur le môme pied que les autres citoyens. Si cela est vrai, l'opinion publique n'a pas le djoit de dicter leurs devoirs privés aux instructeurs moraux de la société; et le public mon-
^76 DE r.v sonr.TK Ar»n':nifAiNF..
Û'e'jjnr lu qu'il a besoin des exemples rlti clergé, îrtison (le pins pour le cleigé tie remplir fidèlement ses devoirs de citoyen. D'où viendrait h répugnance du public à voir le clergé s'acquitter de ses devoil's civiques, sinon de l'opinion populaire qu'il est inapte à les reinplir? Si la démocratie voit que presque tout le clergé est fédéraliste; si les néijociants et \v.s avocats fédéralistes repiardent le ciereé con»me impropre aux affaires ordinaires et le considèrent comme tenant le milieu entre l'bomme et la femme, on compi-end quelle répugnance on doit éprouver à le voir prendre part à la politique^ si, toutefois, cette réjuignance existe. 11 ne faut pas s'en rapporler, à cet égard, à la parole du clergé seul; car il lui arrive souvent de croire le peuple incapable de supporter des choses dans lesquelles les ouailles ont déjà devancé leurs pasteurs. 'Un troisième inconvénient très «ïrave, réstdtant 'de l'isolement du clergé, c'est que, tont en privant les ccelésiasliques de l'espèce d'induence la plus élevée que rhomnie ait recr.e en partage, elle leur en donne ime d'une espèce inférieure, influence anssi pernicieuse aux autres que dangereuse pour eux-mêmes; inîluence limitée aux membres les plus faibles delà société, aux femmes et aux hommes snperstitieux. Ceux-ci les appellent de fidèles gardiens. Gardiens de quoi? Une personne bien portante peut garder un malade: un homme, saiii d"intelli,o;ence, peut p-aixler lui aliéné; une grande personne peut garder un enfant, et, dans un but social, un surveillant peut garder un criminel. Mais comment un homme gai-derai(-il son égal dans les matières spirituelles les plus absolninent individuelles de toutes.^ comment un homme pourra-t-il s'interposer entre lame d'un antre et Tinlini vers lequel elle tend ? Si l'on dit qu'ils sont lespardiens de la vérité et non de la conscience, on peut leurdemanderd'exhiber leurs pouvoirs. Dieu
IV'' PARTIE. RF.MGION. oil
a donné la vériliî pour tons; chaonn doit en prendre ce qu'il peut en recevoir, et celui-là se rend conpahle qui Gonfie à un autre la ^arde de ce qui lui a été donné pour lui-même. Quant à l'aptitude du clergé au rôle de gardien, il me sulïiia de dire ce que je sais : rinfidélité a pénétré dans l'enceinte de leurs églises, dans une proportion qu'ils ne soupçonnent même pas; et il règne, parmi leurs ouailles, un déréglemenl dont ils seront les derniers à ê(re informés. Même dans les choses regardées comme étant de leur compétence spéciale, l'état de la foi et de la moralité, ils sont plus dans les ténèbres que les autres membres de la société. Quelques unes des pei sonnes les plus religieuses et les plus morales se trouvent parmi celles qui n'entrent jamais dans leurs églises; au contraire, parmi ceux qui forment l'auditoire du pasteur, pendant qu'il subtilise sur des abstractions, bal it un édifice moral sur des principes imparfaits ou sur des impossibilités métaphysiques, il eu est en qui la capacité même de croire fermement a été erueilement détruite; il en est qui cachent une morale relâchée sous les dehors rigides de la religion ; d'autres, plus désespérés encore, sont arrivés au point de faire marcher simultanément et leur religion et leur dérèglement. Cela ne ressemble-t-il pas à l'avengle conduisant l'aveugle?
^■■ Sur ceux qui considèrent le clergé comme de fidèles gardiens, son influence est mauvaise en tant qu'elle se raitache à son ministère; quant à celle qui est inspirée par Tamitié et les relations sociales, elle est bonne ou mauvaise, selon le caractère des individus. Je n'ai |;as une haute opinion de l'utilité des visites du pasteur à ses ouailles, excepté à des personnes pauvres et aflllgées qui n'ont guère d'autre sympathie humaine à attendre. Je ne m'étendrai pas sur un sujet désagréable, le dévouement des dames au clergé. Je pense qu'il n'y a pas de ministre à vues li-
bérales qui ne voie et ne sente que trop vivement tout ce qu'il y a d'inconvénients à ce que les femmes n'aient de ressource contre l'ennui que dans la religion, et à ce qu'il y ait une profession spéciale chargée de l'administrer. J'ai entendu quelques unes des femmes âgées, les plus rationnelles et les plus pieuses que j'aie connues en Amérique, parler, avec le sentimenld'une conviction forte, des inconvénients qui résultent pour leur sexe des visites faites à leurs ouailles par des ecclésiastiques jeunes et pauvres. 11 n'v a pas beaucoup de différence entre la confession auriculaire de l'Église catholique et la confiance spirituelle dans les ministres qui mettent le plus d'empressement à s'acquitter de ces sortes de visites. Ou peut voir, dans les journaux religieux de l'Amérique, les secours que les femmes donnent à de jeunes ministres par le moyen de travaux à l'aiguille ou de souscriptions. Si des jeunes gens ne peuvent gagner pai^ eux-mêmes de quoi terminer leur éducation, pourvoir à leur nourriture et à leurs vêtements sans le .secours des femmes, ils peuvent conclure en tonte ' assurance que leur vocation est d'abord de gagner leur pain, sans préjudice de ce qu'elle pourra être plus tard (i). Mais cette dépendance n'est pas du tout nécessaire; il y a plus de ressources pour les ecclésiastiques qu'il n'y a d'ecclésiastiques pour en profiter.
Un jeune ecclésiastique se plaignit, un jour, à moi de l'afiliction que lui causaient les visites qu'il faisait à ses ouailles : il venait de visiter et d'exhorter une mère qui avait eu la douleur de perdre son enfant; douleur contre laquelle avaient échoué ses consolations. La malheureuse mère était restée immobile, écoutant lout ce qu'il lui disait; mais il avait la conviction de n'avoir produit aucune impression sur elle, et qu'il était résulté de sa visite
(i; Voiv r;ippenclicc i' ,
IV^ PARTIR. — REr.IGIOX. 370
plus de mal que de bien. Commeni aurait-il pu en être autrement? Que savait -il de la douleur d'une mère pleurant la perte de son enfant? On l'avait envoyé chercher comnie une sorte de magicien pour charmer la douleur du cœur, comme si une telle douleur pouvait être charmée. La sympathie est le seul moyen de la rendre supportable , et certainement il n'en avait aucune; il n'avait qu'une ti- Aiide afïliction qui venait aggraver encore l'atriietion maternelle : il était donc tout simple qu il ne pût produire aucun effet salutaire.
La religion n'est administrée avec avantage en Amérique que par le caractère personnel des membres les plus vertueux de la société en dehors de la profession théologique, et aussi par les actes et les prédications des membres du clergé qui mettent le plus de régularité dans leur conduite et dans leurs idées. Les ecclésiastiques dont le caractère est exclusivement clérical sont, après les ecclésiastiques vicieux, les plus dangereux ennemis du christianisme.
La cause n'en est pas dans le système volontaire, car le mal est également grand des deux côtés de l'Atlantique; et une religion de l'État, comme en Angleterre, ne fait qu'ajouter à ce mal; elle est dans le clergé supérieur, dans le scandale dune classe insouciante, ambitieuse et mondaine, et, dans le clergé inférieur, elle naît du spectacle d'une classe négligée, mal rétribuée et portant à elle seule tout le poids du ministère (i).
Le mal réside dans une superstition qu'aucune religion de l'Etat ne peut détruire ; dans celle qui consiste à croire que la religion puisse être dans quelque chose
(i) Rioii «.l'iimusant connue (!c voir le point de vue sons lequel nos institutions aristocratii|iies et ecclrsiaslifjiics sont envisaijc-es jiar la siniplii'id- re|)ul>!icaine : on m'a j)lusieiirà ibis tlcinanclc si les i-vêrjnes anglais n'élaifint pas une aristotralio inlermciliairc entre les lords et les coaimunes. '^ Yotc de l'Autcuf.)
380 DF. LA. SOCU'tÉ A]Mi':RIC.\I\E.
qui n'est pas la vertu. Il en résulte qu'il existe une profession ecelésiastique non pour lYlude de la science théologiquc, ce qui serait très raisonnable, mais pour la dispensation de la vertu : de là vient que la vertu ecclésiastique est séparée par la pratiquede la vertu active personnelle etsociale; delà vient encore que la classe agricole d'Amérique, continuellement en présence du grand-prêtre de Dieu, la nature, et hors du contact mondain d'une société égarée par la superstition, est toujours en avant du reste de la société sur la grande question morale de l'époque, tandis que le clergé est toujours en arriére.
Quel remède à cela? un changement dans l'administration religieuse. Le peuple ayant été élevé à croire qu'il voyaitle christianisme dans ses ministres, il est d'abord résulté de cette erreur qu'on s'estmépris et qu'on se méprend encore sur le véritable esprit du christianisme. Les'conflits moraux dont nous sommes témoins servent à rectifier cette erreur, et le peuple commence à s'apercevoir que ce qu on croyait un miroir fidèle n'est qu'un grossier réflecteur; ce qui l'amènera à regarder par ses propres yeux, sans aucim intermédiaire. La profession cléricale est tropdiflieile et trop périlleuse, trop peu justifiable en principes, trop opposée à l'esprit de l'Évangile, pour survivre longtemps aux investigations religieuses et individuelles auxquelles les fautes du clergé poussent chaque jour le peuple.
En attendant, à quoi devons-nous donc nous confier en matière de religion? à l'administration de Dieu et au cœur de l'homme. Dieu n'a-t-il pas ses voix, différentes des nôtres, pour instruire l'homme alors qu'il s'égare? Dans l'ouest sauvage, loin des églises et des prêtres, il est doux de voir la religion fleurira Tomhre des forêts, au souffle des vents, à la lumière des étoiles. L'enfant sur la pelouse n'est pas seul à prêter l'oreille pour entendre les pas de
Ill" l'AliTII'. i\ELIGlU.\. 381
Dieu sur le'parquet de sa créaf.iou ; nous sommes tous enfants et tous nous prêtons l'oreille. Des impulsions reli^jieuses s'éveillent partout où il y a vie et religion ; partout où il y a affections à nounir, vieillesse et enfance à protéger. S'il est vrai que la sensibilité religieuse ne soit jamais mieux éveillée que par le spectacle de la beauté morale, rexislcnce de la religion est partout assurée; car la beauté morale n'est pas moins perceptible à l'intelligence humaine que la lumière du jour aux yeux humains. La religion vivra tant que vivra l'histoire de l'Évangile, tant la beauté morale y resplendit avec éclat : comment ceux qui la contemplentpouriaient-ils ne pas comprendre que, si elle se dévoilait à l'esprit de l'homme, elle sei'aît à l'instant adoptée par s.i raison et parson amour. Du jour de sa naissance elle a réorganisé et vivifié la société et poursuit maintenant son œuvre dans le Nouveau-Monde. Comme je l'ai dit, les institutions de l'Amérique sont profondément implantées dans ïè christianisme ; son esprit doit se frayer une route certaine au tiaversd'une société où il est, en quelque sorte, inné; le manque de conliance en ses propres forces ne peut arrêter pour toujours cet esprit dans sa sainte mission; il continuera à signaler les anomalies, à démasquer l'hypocrisie, à gourmanderla mauvaise foi, à sympathiser avec le proscrit, et à chasser les passions sordides de ce temple de la société, le plus glorieux qui ait jamais été construit. La société sera infailliblement chrétienne comme la démocratie est évidemment chrétienne.
Ft^ 1)É ■'L*À '^JC AtkhE.WE PARTIE.
COiNCLUblOIV. 383
CONCLUSIOIV.
11 tUut leiminer ce livre ; mais je n'ai point de conclusion à présenter. Je n'ai pas la prétention d'avoir, à propos de la société américaine ou de son avenir, établi une théorie à laquelle il soit nécessaire, en terniinant, démettre la dernière main. La société américaine elle-même ne constitue que les premières pages d'un .grand livre d'événements, dans le progrès desquels nous ne pouvons porter qu'un regard incertain et borné. Il n'y a donc pas de conclusions possibles sur Tétat actuel de cette grande nation.
En attendant, des faits prédominants ressortent de son histoire et de sa condition; et, tout en refusant de formuler un jugement sur sa vertu ou son bonheur positif ou relatif, il peut être utile de constater ces faits.
Par un heureux concours d'abondance extérieure et d'institutions libérales, l'Amérique voit moins de crimes, moins de pauvreté et redoute moins de dommages éventuels de toute espèce quaucune des sociétés qui l'ont précédée dans les voies de la civilisation. Ce n'est pas là seulement un bien présent, c'est encore le meilleur pronostic d'une fidélité persévérante aux vrais principes démocratiques.
Quoique, dans la pratique, les Américains soient restés en arrière des principes proclamés de leur association, ils ont réalisé beaucoup de choses pour lesquelles le reste du monde civilisé lutte encore, et que quelques nations commencent seulement à projeter. En tout et pour tout ils se gouvernent euxmêmes. Ils n'ont à crahidre ni une aristocratie hé-
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réditaiir, ni rmiion de la iciijjion avec l'Élat, ni des impôts vicieux ou excessifs, ni l'iriesjjonsahilité d'aucune classe. Quels que soienl les vices qui restent, encore ou puissentnaitre, soit dans la légishitiou, soit, dans la puissance executive, les moyens d'y remédier^ sontenlre les mains du peu[)le tout entier; etcc peu-, pie est en possession de ia glorieuse certitude qu'avec du temps et des efibrls tous les buis raisonnables seront infailliblement atteints. Les Américains ont, une elTroyable anomalie à rejeter, un péché mortej^^ contre leurs propres principes à abjurer; mais ils p, travaillent avec une ardeur qui prouve que le cœur de. la nation est resté sain. Les progrès que la question d'abolition a faits depuis trois ans dans la totalité des districts ruraux du nord témoignent en faveur de la vertu de la nation plus éloquemment que ne déposent contre elle les bruyantes clameurs d'une portion des planteurs du sud, de l'aristocratie commerciale du nord et le silence du clergé. Il ne faut pas juger de la nation par ceux de ses membres, dont les intérêts mondains sont liés au maintien de lanoma-^. lie, ni même par les huit cents sociétés abolitioniiistes qui fleurissent dans le nord, appuyées parles secours individuels d'un grand nombre de ses associés; ce n'est d'après aucun de ces partis, c'est par l'aspect du conflit établi entre eux que la nation, doit être jugée relativement à l'esclavage. S'il est vrai que les cinq abolitionnistes qui se réunirent pour la première fois, il y a cinq ans, dans une petite chambre,' pour mesurer leurs forces morales contre cette énormité nationale, sont devenus une armée sous les assauts de laquelle Tinstitution vicieuse tremble jusque dans ses fondements, il est temps que l'esclavage cesse d'être pour la nation une tache déshonorante. L'Europe doit maintenant à l'Amérique la justice de Ja regarder comme la terre de l'abolitionnisme tout aussi bien que la patrie de l'esclavage.
coivcLUsiois. o85 '
La ('ivilisatîoîi et'ln moralité îles Américains soHt,* loin d'être à la hauleur de leurs principes; c'est àssèxf en dire; cela vaut mieux que de les mettre en regard (le la moralité ou de la civilisation europénne, ce cpii serait de toute inutilité, à moins qu'on ne veuille supposer, ce qui ne serait pas juste, que leur moralité et leur civilisation résultent de leur organisation politique; ils sont soumis à Factioil' de mille autres inlluences qui doivent nécessairement empêcher de conclure de la politique des Américains à leur moralité. Ces conclusions seront un peu moins téméraires dans d-Hix siècles : en attendant, le devoir du monde, aussi bieri que celui de l'Amérique, sera de surveiller la mar-' che du républicanisme et de la moralité natio-' nalè, d'observer leur action mutuelle et de faire humi3lement leur profit des leçons qui doivent ressortir de cette nouvelle expérience. Au monde entier, de même qu'aux Américains, il importe de s'assurer si ce haut degré de respect et de bienveillance réciproque, qui distingue les Américains, doit être atv tribiié à \ëiiv républicanisme^' 'et!, "^ensuite , jusqu'à quel point leur républicanisme' est responsable de' leur plus grand obstacle : rabsence d'indépendance mnralp. ■" ' ^'"i ''-'' ' t^-' '''^ ■'->•■- >^' iUj^Lu.r:.. ,i\i, 4.J^> il
Le trait le [iltis éminèlftniortt distînctif'chez eiix'ç^t le contentcuient national : si c'était !e résultat de l'apathie, ce serait un sentiment méprisable; s il n'existait pas conjointemeiitavec un principe actif de progrès, il serait absurde. Tel qu'il est, je ne puis envisager cet attribut national qu'avec un sentiment de vénérât ion : ayant peu de doutes sur le salut général de l'Union américaine, et n'en ayant aucun sur le progrès moral de ce peiiple, il est évident pour moi que ce contenteuient national survivra à tous les mépris et même à toutes les' admirations, et qu'on
finira par le regarder avec cette émotion naturelle et universelle qui permet de reconnaître dans un individu l'égalité d'ame inspirée par un respect rationnel de soi-même.
APPENDICE. o'Sl
APPEIVDICE A.