DISCOURS DE M. ADAMS SVK LE TEXAS
Il est une hypothèse pkis redoiUahie, qui est certainement dans les limites du possible, et pliit à Dieu qu'elle ne fût pas dans celles du probable! Vous avez été, si vous n'êtes pas maintenant, sur le point d'avoir ia guerre avec le Mexique; et, je le dis avec douleur, cette guerre, si j'en crois le brnit public, a été provoquée de notre part, depuis le conunencement de l'administration actuelle jusqu'à l'autorisation récente donnée au général Gaines d'envahir le territoire mexicain. On dit quo Fun des premiers actes de cette administration, à l'époque oii il existait, au Mexique, beaucoup de mauvaise humeur contre les États-Unis, a été de proposer à cet État de céder aux Etats-Unis une portion de son territoire asez considérable pour constituer neuf États d'iuie étendue égale au territoire de Kentucky. îl faut avouer qu'il était impossible de trouver un meilleur moyen de faire naitre la jalousie, le soupçon, Thostililé et la haine; on ajoute que celte ouverture, offensante par elle-même, a été faite précisément à l'époque où un essaim de colons venus des États- Unis couvrait la frontière mexicaine d'agiotage et d'esclaves introduits en violation des lois du Mexique qui ont aboli l'esclavage dans toute l'étendue de la république. La guerre qui se fait maintenant au Texas est une guerre civile mexicaine, une guerre
avant pour but de rétablir l'esclavage aux lieux ou il a été aboli ; ce n'est pas une guerre civile , mais bien une guerre entre l'esclavage et rémancipation, et l'on s'est efforcé de nous y faire prendre part en appuyant la cause de l'esclavage. i. nia-j-
Certes, c'est pour nous une circonstance heureuse que ce monstre de Santa-Ana ait été vaincu et fait prisonnier, et, toutefois, je ne partage pas la joie enthousiaste avec laquelle on nous a dit que quiconque avait du sang anglo-saxon dans les veines devrait se réjouir en apprenant que ce scélérat, devenu prisonnier de guerre, a été fusillé de sang-froid par le chef aufflo- saxon de l'armée texienne victorieuse. Parmi les membres de cette Chambre, qui ne sont point d'origine anglo-saxonne, nul, sans doute, ne s'offensera qii' Anglo-Saxon moi-même, j'estime ce sang-là le meilleur qui ait jamais coulé dans des veines humaines. Certes, elle est loin de moi la pensée de ravaler la gloire de la race anglo-saxonne, bien qu'il y ait eu un temps où elle ait courbé la tète sous le joug et se soit soumise à l'ascendant de la race normande; mais une preuve manifeste de l'esprit qui nous pousse à cette guerre d'agression, de conquête et d'asservissement, c'est qu'on rallume tous les anciens brandons de haine nationale et héréditaire pour nous familiaiiser avec Tabominable idée de prisonniers massacrés de sang-froid. N'y a-t-il donc pas encore assez de haine entre les races qui composent votre population méridionale et la population du IMexique, sans qu'il soit nécessaire, pour stimider l'hostilité des races, de remonter à huit cents ans et de recourir aux annales d'un autre hémisphère? Quels sont les sentiments qui animent les parties constitutives de notre population méridionale, les populations anglo-saxonne, normande, française et mauresque-espagnole de la Louisiane, du .AHssissipi; de l'Arkansas et du Missouri? Quels
APPENDICE . oOy
sentiments existent entre elles et l'Indien sauvage, possesseur originaire du sol, et que déjà vous refoulez jusqu'au pied des monlagnes Rocheuses? Quels sentiments existent entre elles toutes et le nègre, Américain de naissance, Africain d'origine, qu'ils re, tiennent dans un cruel esclavage? Sont-ce là des éléments d'harmonie, de concorde et de patriotisme entre les parties constif utives d'une nation qui va faire une guerre de conquête ? Et quels sont les sentiments qui animent ce mélange bigarré de votre population méridionale contre le mélange, tout aussi hétérogène, de la population mexicaine? Toi, peuple anglo-saxon , propriétaire d'esclaves , exteiininateur d'Indiens , ne hais-tu {)as , du fond de ton ame, l'Indien hispano -mexicain, émancipateur des esclaves et aholisscnr de l'esclavage ? Et crois-tu que ta haine ne soit pas coidialement payée de retour? Va à Mexico, ou inteiToge ceux de tes compatriotes qui y ont été dans les trois ou quatre dernières années; ils te diront que c'est h peine si, en leur qualité d'Anglo-Améiicains, ils osent se montrer en public; sois sûr que, si tu détestes franchement le Mexicain, la haine qu'il t'a vouée n'est pas moins vive et moins profonde.
Et voilà la nation contre laquelle, à l'instigation de votre gouvernement exécutif, vous allez faire la guerre, une guerre de conquête que vos agressions ont provoquée, ayant pour but de rétablir l'esclavage en des lieux où il est aboli; car c'est avec le Mexique que vous aurez la guerre, avec une république composée de vingt-quatre États et dont la population s'élève à huit ou neuf millions d'ames. Il sembleraittpje cettevictoire, remportéesurdouzecents hommes, que la capture de leur chef, le président de la république mexicaine, ont déjà assuré la conquête de la république tout entière. Qu'elles aient consonuné Tindépendance du Texas, la chose n'est pas impossible.
390 DE L\ SOCIKTK AMERICAINE.
Mais le Texas est à la république, mexicaine moins encore que l'État du Michigan n'est à la vôtre, cet État du Michigan dont la population vous somme vainement d'accomplir la promesse solennelle que vous lui avez faite de l'admettre, conmie État, dans l'Union américaine; l'État du Michigan, qui aurait des motifs plus puissants à alléguer contre vous pour déclarer son indépendance, s'il ëtait disposé à le faire, que la population du Texas n'en a jamais eu pour rompre son union avec la république du Mexique. Le Texas est une portion de l'extrême frontière de la république du Mexique : jusqu'à la révolution qui sépara le Mexique de l'Espagne, ce n'était encore qu'im désert habité seulement par des Indiens; lorsde l'organisation de la confédération mexicaine, il n'était pas assez peuplé pour former un État à part, il fut en conséquence annexé au Coahuila où réside la plus grande partie de la population indigène. L'histoire de îoutes les colonies hispnno-américaines émancipées a été, depuis leur séparation de l'Es- ])agne, une longue suite de guerres civiles, de révolutions résolues dans une seule bataille , souvent fort insignifiante, de chefs n'ayant d'autres titres au pouvoir que le menitre de leurs prédécesseurs immédiats. Ils ont tous partagé le caractère de la première conquête du Mexique par Cortez, et du Pérou par Pizarre; et c'est h\ ce qui me fai( frémir, à la pensée de lier, d'nne manière indissoluble, notre destinée à la leur. Il est possible qu'une révolution nouvelle du Mexique suive la captivité on la mort de son président; le bruit même a couru qu'une révolution de ce genre avait éclaté, même avant sa défaite; mais je ne vois pas comment la dépendance du Texas ou la capture et l'exécution militaire de Santa- Ana vous sauveront d'une guerre avec le Mexique. Santa-Ana n'était que l'un des individus de cette race dont l'Amérique espagnole a été,
depuis vingt-cinq ans, la mère féconde, de ces soldats de fortune qui se sont élevés, par le glaive ou la balle, au suprême pouvoir, et que la balle ou le p'iaive en a fait descendre. Cette race n'est pas éteinte; les dernières nouvelles, venues du Pérou, nous annoncent qu'un général vient d'y finir comme ont fini, au Mexique, Yturbide, Mina, Guerrero et Santa-Ana. Le sol qui les a produits peut encore en faire naître d'autres : ils se reproduisent d'euxmêmes ; il n'y a de changés que le nom et l'homme. Ce sera une guerre de races que votre guerre ; une guerre de l'Américain-Anglo-Saxon contre l'Américain-Mexicain-Mauresque -Espagnol, une guerre entre le nord et le sud de l'Amérique septentrionale, de Passamaquoddy jusqu'à Panama. Etes- vous préparés à une pareille lutte?
Je vous demanderai de nouveau quelle cause vous défendrez dans cette guerre? Sera-ce l'oppression, la conquête et le rétablissement de l'esclavage aux lieux où il est aboli? Dans cette guerre, le Mexique combattra sous les bannières de la liberté, et vos bannières à vous, je rougis de le dire, seront celles de l'esclavage.
Si je considère nosEta(s-Unis et lesÉlats-Unis mexicains uniquement comme deux masses de puissance entrant en collision l'une contre l'autre, je ne doute pas que l'événement ne soit plus fatal au Mexique qu'à nous; la conquête de tout le Mexique ne serait même pas un résultat improbable du conflit, surtout si la guerre ne devait s'étendre qu'aux deux puissauces combattantes. Mais se renfermera-t-elle dans cette limite. Le Mexique est évidemment la plus faible des deux puissances, mais non la moins préparée à agir. Le Mexique a de la guerre une expérience plus récente; il compte un plus grand nombre de vieux soldats, et, quoique son chef le plus important ait éprouvé une fatale et ignominieuse
L*?Î92 DE î,\ SOCIKTii AMERICAINE.
if^éruiite, loutefois ciil.i est arrivé,. avant lui, Jk.^es û^éftéraux liop CGtolGants dans le si>60^y;tiop déclai- .i^iieux (ie leur eniieini. Anjourdhùî même, le
- JVIexique est plus piéj/aré à porter la guerre chez vous que vous ne Tètes à la porter chez lui. Santa- Ana pouria trouver un successeur enflammé du
;. désir de venj^er, non seulement son désastre, mais
- ^eaeoi'eoe que sa ihiiion et lui c(însidéreront comme r.,voire hostilité periide ; il pourra être appuyé par l'es- ;,.prit national; il pourra, non seulement changer en . défaite la victoire des Texiens, mais encore les obli-
,ger à eh/?rcher un refuge chez vous et les poursuivre ^ ay; ceutre de votre propre teriitoire. Etes-vous en .. luesure de leur résister? Les succès obtenus djins votre dernière campagne, contre une misérable ==4:;bande de cinq ou six cents Indiens séminoieg, invisibles, campagne qui a nécessité l'emploi de voire armée entière, de tous vos vieux généraux, de toutes jjFjQs^milices, de tous vos volontaires indisciplinés, ce ^.succès est-il l'avant-coureur de 1 énergie et de la .>oiyàgueur que vous appoiterez à cette guerre tout auitrement compliquée et bien plus formidable V J'ai j4ii Cùm{)li<jiiée, et comment? Votre guerre contre jbs séminoles s'étend déjà aux Griks. Vos ennemis, 5 jdfins Icnr marche calamiteuse, entraînent avec eux vos nègres esclaves, et leur mettent les armes à la main pour faire cause commune avec eux contre ..vous; et, jusqu'où s'étendra cet incendie si un gé- . néral mexicain envahit votre territoire, portant, dans . uuenaain, le flambeau delà liberté, et dans l'autre son étendard; annonçant à l'esclave l'émancipation, et la veijgeance à l Indien indigène? Quelle sera la . ^condition de vos États de la Louisiane, du Mississipi, de l'Alabama, de l'Arkansas, du Missouri et de la Géorgie? Que deviendront vos nègres? Que deviendra cette masse combinée et concentrée de tribus indiennes que, par une incNplicable poli-
APPE.NDICR. 393
tique, vous avez chassées de leurs habitations au loin disséminées, pour les refouler dans le voisinage même du Mexique, comme pour fournir à cette nation des alliés naturels dans ses hostilités contre vous? Vous avez sur les bras une guerre contre le Mexique, une guerre contre les Indiens et une puerre contre les nègres, et vous vous y précipitez en aveugles; vous parlez de reconnaître l'indépendance de la républicpie du Texas, et vous brûlez d'annexer à vos domaines, déjà trop vastes, non seulement le Texas, mais encore Coahuila, Tamaulipas et Santa-Fé, depuis la source jusqu'à l'embouchure du llio-lîravo. Deux cent mille lieues carrées n'élaucheraieuL pas aujourd'hui la soif d'agrandissement qui vous dévore.
■Mais cette guerre, croyez-vous qu'elle sera restreinte au Mexique seul ? Non, certes. La lutte une fois commencée, le Mexique, comme le plus faible, cherchera autour de lui des secours aussi bien parmi vos nègres que parmi vos Indiens. Ni la Grande- Bretagne, ni la France ne souffriront que vous fassiez celte conquête sur le Mexique; elles ne vous permettront même pas d'aiinexer-, sans leur intervention, 1 Etat indépendant du Texas à votre confédération. Ainsi votre guerre mexicaine sera compliquée d'une guerre anglo-saxonne. La Grande-Bretagne ne saurait avoir d'objeclion sérieuse contre l'indé^ pendance du Texas ; elle ne demanderait sans doule pas mieux que de prendre le nouvel État sous sa protection, comme une barrière élevée tout à la fois contre le Mexique et contre vous; mais elle ne souffrira pas que vous vous agrandissiez par son adjonclion; surtout, elle ne vous |)ermettra pas d'acquérir le Texas par voie de conquête et en rétablissant l'esclavage. Poussée par le torrent iirésistible de l'opinion publique , la Grande-Bretagne a récemment , au prix de 100,000,000 de dollars, que la nation anglaise a
payés -avec joie, aboli l'esclavage dans toutes ses colonies des Indes-Occidentales. Après avoir donné un pareil exemple, elle ne restera pas spectatrice silencieuse du rétablissement de Tesclavage en des lieux où il était aboli depuis plusieurs années, et situés dans le voisinage immédiat de ses iles. Elle vous dira que, si vous voulez que le Texas fasse partie de votre confédération, ce doit être sans la tache et l'embarras de l'esclavage, et que , si vous faites la guerre pour enchaîner vos semblables, elle fera la guerre contre vous pour briser leurs chaînes. Quel rôle jouerez-vous, aux regards du monde, dans votre lutte acharnée contre la Grande-Bretagne : elle combattant pour l'émancipation et vous pour Fesclavape; elle la bienfaitrice et vous les oppresseurs de l'espèce humaine? Dans une telle [guerre, l'enthousiasme de l'émancipation réveillerait chez eile la rivalité nationale et toute sa jalousie naturelle contre notre agrandissement. Rien ne serait plus populaire, en Angleterre, qu'une guerre contre l'esclavage, la traite et les Anglo-Saxons nés de ses entrailles.
Quant à l'adjonction du Texas à votre confédération, quelle peut en être l'utilité? N'avez-vous pas déjà assez de territoire; deux millions de milles carrés ne sont ils pas une surface assez vaste pour 1 insatiable rapacité de vos agioteurs? J'espère qu il n'y en a pas un seul parmi ceux qui m'écoutent. N'avezvous pas assez d'Indiens à chasser du pavs où sont les toiïîbeaux de leurs pères, assez de tribus sauvages à exterminer? Sous le point de vue militaire, quel bien vous reviendrait de l'adjonction du Texas? ce serait pour vous une sou.rce non de puissance, mais de faihlesse. Votre frontière du sud et du sudouest n'est-elle pas suflîsammcnt étendue, sudlsamment faible, snllisamment dégarnie? Pourquoi ajoutez-vous sans cesse de nouveaux régiments de dragons à votre armée permanente? pourquoi, par des
ordres discrets ou indiscrets, vous efforcez-vous d'élever cette armée, de moins de six mille, à un effectif réel de plus de vingt mille îionniies? Votre général en chef, maintenant de retour de son excursion dans la Floride, vous recommande expressément d'élever votre armée à ce nombre. L'extension de votre frontière maritime, de la Sabine au Rio-Bravo, décuplerait votre faiblesse; car, maintenant, vous u'ètes faibles que relativement au Mexique. \ous seriez faibles alors contre la Grande-Bretagne, la France, peut-être même contre la Russie, contre toute puissance navale de l'Europe à qui il conviendrait de nous chercher querelle, dans le but d'établir une colonie; mais, surtout, nous serions faibles contre la Grande-Bretagiie. Far sa puissance maritime et ses colonies américaines, elle tient les clefs du golfe du Mexique. Quel serait le sort de notre frontière, de l'endiouchuie du Mississipi à colle du Rio-del-Norte, dans l'hypothèse d'une guerre avec la Grande-Bretagne? M. Monroe avait trois raisons pour accepter la Sabine comme frontière: d'abord, il ne croyait pas que nos droits s'étendissent jusqu'au Rio-Bravo; secondement, il pensait que notre union en serait surchargée au point de se briser en éclats par son propre poids; troisièmem.ent, il estimait que ce serait étendre une trop Ionique ligne de côtes maritimes qui, en cas de guerre avec la Grande-Bretagne, pourraient tomber en son pouvoir, et que nous ne pourrions ni défendre ni recouvrer. A cette époque, la question n était pas compliquée de celle de l'csclavage ou (le l'abolition. Ce territoire appartenait à l'Espagne; c'était un désert, et l'esclavage y était la loi du pays. Dans le triangle compris entrç les embouchures et les sources du Mississipi et du Rio- Bravo, on n'avait pas encore le projet de créer neuf Etals à esclaves, devant occuper dix-huit sièges dans l'autre branche de notre législature. Mais sur quoi
39& DE L\ SOCIÉTÉ AMÉrICAIKE.
établissions-nous notre droit? Nous prétendions que la Salle ayant découvert l'embouchure du Mississipi , et la France ayant fondé un établissement à la Nouvelle-Orléans, cetfe dernière puissance avait droit à une moitié de la côte maritime, depuis l'embouchure du Mississipi jusqu'à l 'établissement espagnol le plus proche, qui était Vera-Cruz. L'embouchure du Rio- Bravo était, à peu près, à moitié chemin de Balize à Vera-Cruz. Comme héritiers des droits de la France, du chef de la Louisiane, nous réclamions tout le territoire jusqu'au Rio-del-Norte , bien qu'il y eût, à la source de ce fleuve, l'établissement espagnol de Sanla-Fé. La France, de qui nous tenions la Louisiane, nia positivement avoir jamais élevé une pareille prétention. Néanmoins nous soutînmes, tant bien que mal, notre réclamation et finîmes par accepter, comme compensation, les Florides et la ligne frontière du 4^'' de^ré de latitude, depuis la source de ^'Arkansas jusqu'à la mer du Sud. Telle était la nature de nos droits; et vous pouvez juger quelle eonfiarjce pouvait avoir M. Monroe à leur validité. Ce qu'on désirait avant tout dans ce pays, c'était l'obtention des Floiides. C'était le désir du général Jackson, et, dans l'entretien dont j'ai parlé et que, dit-on, il ne se rappelle pas, il me déclara que, tant que les fleuves de la Floride ne seraient pas en notre possession, il ne pouvait y avoir de sécurité pour la partie méridionale de notre territoire.
Mais supposons que le Texas soit annexé aux États-Unis; il ne se passerait pas un an avant que vous n'avez à faire la guerre pour conquérir l'ile de Cuba. Et quelle est la condition de cette ile? Elle est sous la protection nominale de l'Espagne. Et quelle est la condition de l'Espagne elle-même? Elle dédure ses propres entrailles dans une gueire civile pour la succession au tronci. Croyez-vous, quelle que soit Tissue de cette guerre, qu'elle puisse conservei*
la possession ivième nominale de (juba / M«ji}ito|itint que l'Espa^jne a perdu tontes ses colon içSiÇQiUint^n-* taies en Amérique, Cuba sent le besoin d'une pro^ tectionplns elïicace, et surtout de la protection d'une puissance navale. Supposonsque cette puissance navale soit la Grande-Bretagne. Cuba est à vos portes; si vous vous étendez sur une côte déserte, depuis la Sabine jusqu'au Pvio-Bravo, dans quelle position vous trouverez-vous à l'égard de la Grande Bretagne ayant dans ses mains, non seulement la Jamaïque, mais Cuba et Porto-ilico, et le mot abolition ins-< crit sur son étendard? Pensez-yous que ce soient là; des suppositions fantastiques? Ecoutez un fait bis-!'; torique qui ne remonte pas à une époque éloignée. Il n'y a pas un bien grand nombre d'années qu'une révolution intérieure, en Espagne, soumit, pendant quelque temps , ce pays et son roi au gouvernement passager des cortès. Celte révolution fut suivie d'une autre, par laquelle, sous les auspices d'une armée française commandée jiar le duc d'Angoulême, Ferdinand Vil fut rétabli sur un trône despotique; Cuba avait suivi la fortune victorieuse des cortès: quand vint la contre- révolution, les habitants de cette ile, ne pouvant piévoir quelle serait leur destinée, ne surent d'abord quel parti prendre. Deux partis considérables s'élevèrent dans l'ile: Pun voulait la placer sous la protection de la Grande- Bretagne, et l'autre l'annexer à la confédération des Etats-Unis. J ai toute raison de croire que des ouvertures furent faites, par l'un de ces partis, au gou-t vernement de la Grande-Bretagne, et je sais que des ouvert uies furent faites par l'autre au gouvernement des Étals-Unis. Je sais encore que le prési-!-: dent des Etats-Unis fut confidentiellement informé» par le gouvernement français, que le gouvernement anglais avait résolu de semjjarer de Cuba. »Si des ouvertures semblables furent faites à la France
o98 DE LA. SOCIÉTÉ A3IÉrICaI?;e.
elle-même, c'est ce que je ne puis affirmer; mais je sais parfaitement que M. George Canning, alors ministre des affaires étran.«jères, en Anp-leterre, craignit un moment que, sous la tutelle du duc d'Angoulème, Ferdinand VU ne confiât au commandant d'une escadre française la garde du château IMoro. Il arriva qu'à cette époque une escadre française considérable fut équipée et reçut l'ordre de faire voile pour les Indes-Occidentales, sans que le gouvernement britannique eût reçu communication formelle de ce fait; aussitôt qu'il en eut connaissance, il donna ordre à l'ambassadeur anglais, à Paris, de demander, de la manière la plus pércmptoire, la destination de cette escadre, et une assurance positive qu'elle n'était pas destinée pour la Havane. Ce fut Toccasion d'explications mutuelles à la suite desquelles , non en la forme solennelle d'un traité, mais en se communiquant mutuellement leurs intentions formelles, la Grande-Bretagne, la France et les États- Unis convinrent que, dans la condition actuelle de Cuba, aucune d'entre elles n'en enlèverait la possession à l'Espagne. Cet engagement fut fidèlement observé par toutes les parties contractantes; mais sans cet engagement, qui doute que, depuis cette époque, l'une des trois puissances ne se fût emparée de cette île et ne la possédât sans contrôle? Aujourd'hui les circonstances ont changé; des révolutions populaires en France et en Angleterre ont peut-être affaibli, en Angleterre, l'esprit de conquête, et il est probable que la France a bien assez à gouverner son royaimie d'Alger. Priais l'Espagne est de nouveau en proie au fléau de la guerre civile, et toutes ses colonies d'Amérique sont irréparablement perdues pour elle. Il est impossible qu'elle retienne, longtemps encore, une ombre de domination sur les Indes de Cuba et de Porto-Uico; d'autre part, ces Indes, dans leur condition actuelle, ne peuvent for-
APPEJSDICE. 399
merdes nations indépendantes, capables de se proléger elles-mêmes. Elles resteront, longtemps encoi'e, à la merci de la Grande-Bretagne ou des États-Unis; en ce moment môme, la Grande-Bretagne est sur le point d'intervenir dans la guerre pour la succession espagnole. Si, par suite de la faiblesse inconcevable de la confédération mexicaine, cette révolte du Texas amenait sa séparation d'avec cette république et son adjonction aux États-Unis , je regarde comme impossible que la Grande-Bretagne prenne la cliose avec indifférence. Elle comprendra que cet événement menace d'ébranler sa puissance coloniale sur le continent, dans le goUe du Mexique et dans la mer des Caraïbes; elle comprendra aussi qu'il met en péril l'abolition de l'esclavage dans ses propres colonies. Une guerre pour le rétablissement de l'esclavage, là où il a été aboli, si elle réussit au Texas, doit s'étendre sur tout le Mexique; et cet exemple pourra donner le signal d'une guerre entre la race blanche et la race noire dans les Indes-Occidentales. N'en doutez pas, l'Angleterre prendra possession de Cuba et de Porlo-Rico, en verlvi d'une cession de l'Espagne, ou à l'aide des batteries de ses murailles de bois; et, si vous lin demandez en vertu de quel droit elle agit, elle vous demandera, à votre tour, en vertu de quel droit vous avez prolongé votre côte maritime de la Sabine auRio-Bravo. Elle vous fera une question plus embarrassante encore; elle vous demandera de quel droit, vous qui parlez de liberté, d'indépendance et de démocratie, vous faites une guerre d'extermination pour forger de nouvelles cbaînes et de nouvelles entraves pour remplacer celles qui ont été brisées. Elle portera l'émancipation et l'abolition dans cliacun des plis de son drapeau; tandis que vos étoiles, tout en croissant en nombre, seront obscurcies par les sombres Tapeurs de l'oppression, et on n'apercevra de vos
400 DK LV lîOCm'il;: A.niliKiCAL'Si:.
bannières que les lanières sanglantes du piqueur des esclaves.
Étes-vons préparés à toutes ces guerres : à une guerre avec le Mexique; à une guerre avec la Grande- Bretagne, sinon avec la France; à une guerre générale contre les Indiens; à une guerre servile; et, comme conséquence inévitable de toutes celles-là , à
unef^uerre civile? car tout cela doit aboutir défini-
tivement a une guerre entre les couleurs aussi bien
qu'entre les races : et vous imaginez-vous que, tandis que vous allumez sciemment cette conflagration et vous y précipitez en aveugles; vous imaginez-vous que, tandis que, selon la nature même des choses, vos États du sud et du sud-ouest doivent être la Flandre de ces guerres compliquées, le champ de bataille où doit être livré le terrible et dernier combat entre l'esclavage et l'émancipation; vous imaginez-vous que le congrès sera sans autorité constitutionnelle pour intervenir, de manière ou d autre, dans l'institution de l'esclavage, à l'égard des Etats de cette confédération? Soyez-en persuadés, le congrès devra intervenir, et il interviendra peut-être pour soutenir l'esclavage par la guerre, peut-être pour l'abolir par des traités de paix; et non seulement il aura le pouvoir constitutionnel d'intervenir , mais ce sera pour lui un devoir imposé par les clauses expresses de la constitution elle-même; car, du moment où vos États à esclaves deviendront le théâtre de la guerre civile, servile ou étrangère, dès lors les pouvoirs militaires du congrès interviendront dans l'institution de lesclavage, de toutes les manières , depuis les réclamations d'indemnités pour esclaves pris ou déliuits jusqu'à la cession à une puissance étrangère de l'État aflligé du fléau de l'esclavage.
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VciUi's iVarlioiis surla b:in(iue des ?'!als-L'nis. . . . . iG;),<>oo 00
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J.ntt'icls des soninK'» dites par Ls Banques aux Etats-Unis iGo 00
lufor^ts des soimrtcs ducs i des personnes inconnues , toue|i<^s paries . ;, Eiaîs-Unis. . ."xio un
SoFniiics ohreiiuc's du'Tri'sor sur Ciiix doeuine.nls ....>.;. ^i,'i. ., ; ii.") 00
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riiJirc (lu IJrand vr\ ine ............ 1 .(ion o-i
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ÉTAl' DES DÉPE.NSES DES ÉTATS-UMS POUR l'aNNÉE 1832.
dollars. cU.
Gotivcincmcnt civil, relations (itrangcres 'et divers 4,577,i4i 35
Armée 7 ,082,8-; 7 o3
Murine 3,900,870 29
iG,5iG,383 77
Telles ont été , en i832, les dépenses du gouvernement fédéral des Etats-Unis , sans y comprendre la dette publique , au compte de laquelle près de trente-cinq millions dj dollars avaient été payés cette année-là.
Voici , dans la même année , le tableau des recettes de l'Etat du Connecticut.
Inte'n'ts en trois pour cent des Eta!s-Unls 1,882 00
Impôts sur les actionnaires des banques non residents. 1,817 00
Produits de la prison de lEtat 5, 000 00
Dividendes sur les actions de la Banque, jiosse'dées par
l'État 26,670 00
Amendes et recettes diverses ^. 7,448 00
Impôts de rÉtat .* 37,984 00
8G,3oi 00
Voici quelles ont été les dépenses :
Dépenses ordinaires du Gouvernement Go,o52 00
Edifices et établissements publics ■ '",77'^ "o
Population en i83o 297,066
Je vais donner aussi le tableau des recettes et des dépenses de l'un des Etats les plus étendus et les plus actifs, ayant, en i830, une population de i, 348, 233.