‹ Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et relation de la découverte du sort de La Pérouse (volume 2)Chapitre 3 sur 37 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

D'après l'innombrable quantité de livres de voyages qui se publient continuellement ^ peut-être doit-on regarder comme difûcile qu'un nouvel ouvrage de ce genre attire l'attention. Mais le lecteur est prié de considérer que celui-ci a un caractère tout- à -fait particulier qui lui donne des droits à être remarqué-

Il n'offre pas la peinture de nations qui nous ressemblent plus ou moins sous le rap- *port des mœurs et de la civilisation, ni la description de pays qui ont été cent fois visites et décrits.

Ici tout est différent de ce qui frappe habituellement nos regards. Le lecteur est con- I. ▲

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duit an milieu des peuplades sauvages de la mer du Sud par des routes qui n'avaient pas encore été complètement explorées. On lui fait voir l'espèce humaine sous un nouvel aspect ; on le fait assister à des scènes propres à piquer sa curiosité et émouvoir son cœur, et celui qui les retrace est un marin qui a eu de nombreuses occasions d'étudier le caractère de ces insulaires, dans la paix comme dans la guerre, et qui a été sur le point de devenir victime de leur affreux cannibalisme.

Un autre genre d'intérêt «e rattaclie à ce voyage. Il a eu pour résultat la solution d'un problème qui occupait le monde savant depuis quarante années. L'homme qui a enfin découvert le sort si long-tems inconnu de# La Pérouse, a dû regarder la publication du voyage qui fut marqué par cette importante découverte , comme un devoir envers les nations française et anglaise , et plus particuliè-

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rement envers le gouvernement de Tlnde Britannique , sous les auspices duquel ce voyage fut entrepris.

Son éducation toute nautique et la profession de marin qu'il exerce depuis sa plus tendre jeunesse, Payant rendu plus propre à agir qu'à décrire ses propres actions ou celles des autres j il n'a point l'ambition de se placer au rang des écrivains, et ce n'est qu'avec une juste défiance de lui-même qu'il a entrepris une tâche si étrangère à ses goûts et à ses habitudes. Il ne s'y est décidé que parce qu'une nécessité inâpérieuse l'obligeait à offrir au public une relation exacte des événemens importans et des scènes extraordinaires dans lesquels il a été appelé à jouer un rôle.

Il n'essaiera donc pas de captiver le lec-

' teur par un style brillant ni par des descrip-

tions pompeusement pittoresques j il se bor-

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nera à un simple expose des faits racontés dans le langage concis, et parfois énergique, mais toujours peu fleuri, d'un homme de mer. Il se flatte qu'on n'attendra pas de lui cette pureté de diction et cette recherche d'expressions qu'on est en droit d'exiger d'un auteur de profession , et qu'on traitera avec indulgence ce premier essai d'une plume peu exercée (i).

(i) On croit utile de rappeler ici quelle était Topinion Je La Pérouse, lui-même, sur la manière dont il convenait de rédiger la relation d'un voyage de découvertes :

« Si Ton imprime mon journal avant mon retour, écri— ^ » Tait-il à un de &t^ amis, que Ton se garde lien d'«n con- » fier la rédaction à un homme de lettres ; ou il voudra sa- » crifier à une tournure de phrase agréable , le mot propre » qui lui paraîtra dur et barbare , celui que le marin et le sa- » vaut préféreraient et chercheront en vain , ou bien , mel- » tant de, côté tous les détails nautiques et astronomiques, en » cherchant à faire un roman intéressant, il commettra, par » le défaut de connaissances que son éducation ne lui aura » pas permis d'acquérir, des erreurs qui deviendront fu-

Elnfin il espère que son livre sera favorablement accueilli par les hoiaiines de sou métier, que leur propre expérience met à même de juger des difficultés qu'il avait à vaincre. L'heureux résultat de ses travaux peut apprendre au navigateur, affrontant mille dangers pour servir la cause des sciences et de Phumanîté , à conserver tout son €Ourage, et à ne pas perdre l'espérance au milieu des plus cruelles infortunes. Et^ en effet, sur quelque ile lointaine, sur quelque plage déserte qu'il soit jeté par le sort, la

» nestes à mes successeurs; mais choisissez un rédacteur » versé dans les sciences exactes , qui soit capable de calcu- » 1er, de combiner mes données avec celles des antres na- » yigateurs, de. rectifier les erreurs qui ont pu m'échapper, » de n'en point commettre d'autres* Ce rédacteur s'attachera » au fond ; il ne supprimera rien d'essentiel, il présentera M les détails techniques avec le stjle Apre et rude , mais coto- » cis, d'un marin ; et il aura bien rempli sa tâche en me sup- » pléant, et en publiant l'ouvrage tel que j'aurais voulu le » (aire moi-même. »

reconnaissance publique, infatigable dans ses efforts, finira par découvrir le théâtre de son désastre; çt, s'il est trop tard pour le rendre à sa famille et à sa patrie, elle honorera sa mémoire par un glorieux monument, et déplorera sa fatale et précoce destinée.

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